Catch

Referme cette boîte, Randy!

[Au jour le jour]

 

« L’art de la police est de ne pas voir ce qu’il est inutile qu’elle voie. »
Napoléon Bonaparte.

 

 

Les voix dans la tête de Randy Orton disent : appelle les flics !

 

 

Compte-rendu du Smackdown du 27 février et du Raw du 2 mars

 

 

Le monde merveilleux de la WWE, on le sait, échappe aux lois humaines. On peut y cogner ses adversaires avec les objets les plus divers, les enterrer vivants, les enfermer dans des cercueils auxquels on met le feu, les agresser à l’extérieur du ring à coups de masse, les renverser en bagnole et ainsi de suite. Au cours des dernières émissions, on a même découvert qu’il était autorisé d’envoyer le patron de la fédération et les gosses de celui-ci à l’hôpital en leur tapant dans le crâne comme un ouvreur de rugby — on ne risque rien de sérieux, dès lors qu’on explique qu’on est porteur d’un symptôme de violence incompressible, ah ben désolé ma bonne dame, mais je suis comme ça moi !

 

 


— Fallait pas m’inviter !

 

 

Pourtant, en débarquant il y a quelques semaines à Raw entouré de toute une cohorte de médecins et d’avocats, Randy Orton a ouvert la boîte de Pandore. Si, sur le coup, les suiveurs ont admis qu’il fallait bien ça pour éviter au sculptural psychopathe de se faire virer manu militari par ce qu’il restait des McMahon, l’inévitable contrecoup de ce cette ouverture de la WWE au vrai monde et à ses lois est arrivé ce lundi. Cette fois, une semaine après sa course-poursuite très « Bib-Bip le Coyote » dans l’esprit avec Triple H, Orton est arrivé avec des avocats et… des flics. Des types en uniforme de la police, en tout cas. Chargés, nous explique-t-il, d’arrêter Triple H pour agression à main armée ! Alors comme ça, ça y est, la police américaine s’est payé un poste de télé et a découvert l’existence de la WWE ! Damn ! La règle numéro un disait bien pourtant qu’il ne faut JAMAIS parler du Fight Club ! Que vont faire les flics, maintenant qu’ils ont sous les yeux cet univers qui foule aux pieds l’intégralité du Code pénal chaque jour que Dieu fait ? Ils vont arrêter HHH, naturellement, mais aussi en premier lieu ce malade d’Orton qui, le soir précédent, avait éclaté sur le sol la tête de Stephanie McMahon. Avant de se tourner vers les autres catcheurs, dont aucun n’est blanc-bleu en termes de conduite acceptable dans la société des hommes… Mais non. Apparemment, la police n’a vu que l’épisode de la semaine dernière, et imagine probablement que c’est le premier de l’histoire. Seul Triple H l’intéresse. Quelle absurdité !

 

 

 

Ouf, heureusement que personne n’a parlé de cet épisode aux flics !

 

 

On aurait parfaitement pu éviter cette mascarade en mettant à contribution Vickie, GM actuelle de Raw faut-il le rappeler, qui aurait été tout à fait habilitée à déclarer qu’en cas de nouvelle attaque de Triple H sur Orton, le premier serait dans la minute dépouillé de son titre et viré. Mais non, il aura fallu faire pénétrer la police dans l’enceinte sacrée de la WWE…

 

 

La réalité s’est invitée un instant dans la fiction, et celle-ci s’écroule immédiatement en morceaux comme le miroir d’Alice défoncé à coups de sledgehammer. Vite, Randy, referme cette boîte de pandores ! Vite, avant que ne déboulent, à la suite des flics, les organisations de défense des personnes âgées (outrées par les maltraitances infligées à Vince), l’ambassade d’Italie (désireuse de laver l’image de son pays du ridicule auquel le voue chaque soir — et brillamment — Santino Marella) ou encore la SPA (bien décidée à offrir une existence décente à Hornswoggle) !

 

 

Cela dit, la confrontation micro en main et front contre front de Trips et Orton a été, de notre point de vue, saisissante d’intensité, et le rappel de leur ancienne rivalité datant de l’Evolution est salutaire : enfin, la WWE ne nous prend plus pour des débiles amnésiques comme dans le cas de la révélation bâclée du mariage IRL de Triple H et de Steph (lire ici à ce propos le coup de gueule de la vitupérante McOcee). Hunter a obtenu ce qu’il voulait, à savoir un combat contre Orton, en manipulant l’orgueil et la soif de vengeance de Mr. RKO, mais celui-ci a gardé la main avec un vrai discours de serial killer à propos du plaisir qu’il a ressenti à démanteler à coups de pied la belle-famille de HHH et, spécialement, à propos de la douceur de la peau de Stephanie, de son parfum, de son cou qu’il tenait entre les mains avant de la détruire… Superbe travail de heel, on avait presque l’impression de voir Kevin Spacey à la fin de Se7en !

 

 


Tu sais que j’ai rencontré ta femme, hein Brad Pitt?

 

Le résultat des courses, pour l’heure, c’est que Triple H affrontera bien Randy à Wrestlemania, mais qu’il lui est formellement interdit de poser d’ici-là ses mains calleuses sur le divin tatoué. Quatre semaines de provocations randyno-légacyennes à prévoir, pour notre plus grand bonheur, loin des yeux de la police, dont on espère qu’elle trouvera à s’employer ailleurs. Notre pronostic : redevenu le Cerebral Assassin, Hunter va se démerder pour obtenir d’ici Wrestlemania des combats contre les deux jeunes faons de la Legacy, ou bien intervenir dans leurs matchs (car aucune stipulation ne lui interdit de s’en prendre à eux). Les fous du roi Orton vont manger grave, mais ils sont là pour ça, en même temps. Et cette fois, ce n’est plus ce maigrichon de Shane qui leur fera face… En attendant, Orton a trouvé sa mouture du U can’t C me de Cena.

 

 

 

You can’t touch me !

 

 

Cette storyline hypnotisante jusque dans ses excès cannibalise le reste de la préparation de Wrestlemania, mais les autres main events vaudront également le détour. Le titre de heavyweight champion est resté entre les mains tremblantes d’Edge, mais la situation du Canadien est bien précaire : non seulement ce gros muscle parlant de John Cena le poursuit de semaine en semaine de ses assiduités, mais peut-il encore seulement compter sur le soutien de sa petite femme adorée ? Au faîte de sa puissance, general manager à la fois de Smackdown et de Raw, Vickie semble bien décidée à pusher le Big Bad Motherfuckin’Show, qui a retrouvé des atours de monster vendredi en dominant et battant Cena, et se voit à présent propulsé challenger numéro 1 d’Edge pour son titre.

 

 

— Vickie, je savais que t’avais pas froid aux yeux, mais un plan à trois avec le Big Show, heu…

 

 

Pour autant, aura-t-on droit à un Edge-Show à WM ? Ce n’est pas impossible, mais comme il est impensable d’avoir Wrestlemania 25 sans Cena et son abominable five knuckle shuckle, un combat à trois n’est pas à exclure.

 

Ou alors — horreur, malheur —, le rappeur-marine pourrait devenir l’adversaire de Chris Jericho, au nom de toutes les légendes anciennes que Y2J piétine inlassablement semaine après semaine. Cena, qui nous gonfle depuis des lustres avec ses promos sur le thème du « Respect », formerait alors une digue de dignité outragée face aux flots de mépris déversés par Jericho sur les détenteurs de la Carte Vermeil.

 

 

Car pour l’heure, le clasheur en costard n’a pas d’adversaire désigné pour Wrestlemania — ni même de match prévu, d’ailleurs, même si ce n’est qu’une question de temps. Lundi dernier, Chris avait fort à faire, car à la différence de ses performances précédentes, où les vieux lui ont tous rendu la monnaie de sa pièce avec des contre-clashs de très bonne facture, il faisait face à la Supermouche Jimmy Snuka, qui n’a prononcé qu’un seul mot : « Non ! », comme le Mime Marceau dans le « Silent Movie » de Mel Brooks. A ce propos, nous sommes preneurs d’explications auprès de nos lecteurs expérimentés : Snuka est-il débile ? Ne sait-il pas parler ? Est-il pire acteur que Matt Hardy ? Pour quelle obscure raison n’a-t-il pas pu répondre à Jericho ? Question subsidiaire : a-t-on euthanasié son fiston Sim, qui faisait il y a peu encore partie de la Legacy ? Ce dernier a-t-il fini au fond d’un plan social comme son acolyte Manu, et si non, pourquoi n’est-il pas intervenu pour défendre l’honneur paternel ? Quoi qu’il en soit, il reste quatre semaines à Jericho pour nous réjouir avec ses merveilleux morceaux de bravoure. Flair, Piper, Steamboat et Snuka y sont déjà passés. What next ? On parierait bien sur Jerry Lawler et Hacksaw Jim Duggan, mais ensuite ? Austin ? Hogan ? The Rock ? Voire Bret Hart, qui reçoit d’innombrables louanges dans les commémorations des anciens Wrestlemanias diffusés pendant les émissions ? Qui sera chargé de faire ravaler sa morgue et ses dents au Legend Clasher? Tout est possible, y compris le scénario Mickey Rourke. Mais ici, plus encore que dans toutes les autres storylines, le buildup importe bien plus que le combat final. Quand on voit que Jericho a fui devant un Snuka sexagénaire brandissant une noix de coco (avant de l’attaquer par derrière), on se dit que même si c’est Mae Young qui lui fait face sur le ring à Wrestlemania, il finira KO, avant que toutes les superstars qu’il aura humiliées ne viennent lui faire subir leurs prises de finition en un gang bang jubilatoire. Toute autre issue nous surprendra encore plus qu’une qualification de Lyon à Barcelone.

 

 

 

L’adversaire dont nous rêvons pour Chris Jericho à Wrestlemania 25.

 

 

(Soit dit en passant, on vous recommande d’aller faire un tour sur ce site consacré au catch français des années 1950, vous y découvrirez peut-être des photos de votre grand-père en slip léopard).

 

 

Les deux autres grands combats un contre un prévus pour Wrestlemania se goupillent assez moyennement, il faut l’admettre. Si l’affrontement entre l’Undertaker et Shawn Michaels est tellement attendu que les fans se moquent plus ou moins du buildup, on est tout de même en droit de penser que la creative team aurait pu un peu mieux se creuser le cerveau pour préparer le choc entre les deux vétérans.

 

 

 

La première fois que Shawn Michaels a pris part à Wrestlemania, c’était il y a tellement longtemps que la télé était encore en noir et blanc.

 

 

Vladimir Kozlov, pourtant bien boosté vendredi par une victoire clean et convaincante contre le Taker, a été sacrifié pour les besoins de la cause, et se retrouve sans doute hors de la big picture. Si on ne pleurera pas sur la probable absence du Russe à Houston le 5 avril (ou alors dans une bataille royale qui servira de déversoir à toutes les « superstars » qui n’auront pas su se trouver une place dans les main events), on regrette cependant que son invincibilité (hors Elimination Chamber) ait été aussi facilement rompue par Shawn. Le combo habituel « descente du coude / Sweet Chin Music » et on passe à autre chose. Quatre semaines encore à patienter, et Kozlov apparaît désormais hors du coup. Il faut s’attendre à ce qu’un autre sinistre individu se mette en tête de briser le streak de l’Undertaker, mais comme Kane est désormais dans le Money in the Bank, on ne voit pas trop de candidat naturel.

 

 

Et quel os donner à Shawn dans le mois qui vient ? Kozlov aurait selon nous dû gagner ce lundi (peut-être avec l’aide d’un JBL revanchard) et continuer à faire peser un vrai danger sur la tenue du combat des Mégastars (puisqu’il faut bien un vocable supérieur au galvaudé « superstars », qu’on attribue même à Jesse et Festus)…

 

 

Mais cette construction en eau de boudin n’est rien par rapport au cauchemar qu’est en train de devenir la feud des frères Hardy. Rivalisant de faiblesse au micro, les deux gars transforment cette storyline en or en feuilleton en plomb. On n’a même pas envie de s’attarder sur leur confrontation de vendredi dernier, tant elle a manqué de passion, de rage, de vie — tout ce que les deux frères, et spécialement Jeff, sont justement censés incarner.

 

 

 

Dumb and Dumber, la suite.

 

 

Enfin, Kane s’est donc qualifié pour le Money in the Bank, un choix bizarre, tant l’exercice avait été un succès l’an dernier avec un lineup exclusivement composé de gars légers et rapides. On aurait préféré y voir Mysterio, mais qui sait, la porte lui est peut-être encore ouverte. Après son excellente perf au Elimination Chamber de Raw, c’est bien le moins qu’il mérite…

 

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