Catch

Amour, gloire et effraction de domicile

[Au jour le jour]

 

Quand les événements nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs.
Jean Cocteau.

 


Alors si t’as un problème, tu viens chez moi
et on en discute calmement autour d’une bière, OK?

 

Analyse du Smackdown du 6 mars et du Raw du 9 mars.

 

Ceux dont le cœur ne s’est pas emballé lors de ce Raw ne sont pas humains. Le complexe triangle amoureux formé autour de la ceinture heavyweight et la haine inextinguible que se vouent le dernier survivant du clan McMahon et le Legend Killer sont de grandes réussites, menées de main de maître. L’une des premières explications du succès de ces storylines, c’est, selon nous, le fait qu’elles ne mettent pratiquement pas de faces en présence. Seul Cena (qui se conduit d’ailleurs comme la dernière des enflures) est censément un gentil. Triple H est au-delà du bien et du mal depuis qu’il s’est mué en Punisher. Quant aux trois autres protagonistes essentiels, ce sont des heels bien établis, qui peuvent donc se consacrer comme tout un chacun à leurs propres intérêts au lieu de bassiner la foule avec le « respect » qu’ils vouent aux fans et toutes ces fadaises. La crédibilité y gagne, et le naturel des acteurs aussi.

 

 

La seconde explication réside justement dans le jeu d’acteur de chacun. Triple H a gommé les excès de sa première apparition en tant que mari furieux (quand il palpitait de partout comme s’il avait à l’intérieur un Blob essayant de sortir), et paraît à présent réellement dévoré de haine froide. La haine froide, ça tombe bien, c’est exactement le trip du sensationnel Randy Orton, qu’il maîtrise à merveille. Les mérites d’Edge ne sont plus à vanter, et le voir passer en quelques instants de la satisfaction d’un champion qui maîtrise toutes les données du problème à la prostration de l’homme trahi est parfaitement jouissif. Le Show dispose également de tout un arsenal d’expressions faciales tout à fait appropriées, et Cena s’en sort pas mal dans son personnage de face outré après avoir été mis à l’écart du big picture et qui est prêt à tout pour revenir par la fenêtre. Et, bien entendu, Vickie enterre tout le monde avec un vrai talent de tragédienne. Personnellement, je rêve de la voir en scène pour jouer un rôle genre Mère courage ou un truc dans le style.

 

 

Faut te faire à l’idée, Edge. Ils vont si bien ensemble.

 

Big up également aux storyliners, qui ont pratiquement tout bon jusqu’ici. Ils se permettent même de jouer avec nos nerfs en faisant miroiter une invraisemblable liaison entre Vickie et Cena pour mieux nous reprendre de volée quand Cena révèle son chantage (du coup, alors que tout le monde s’attendait à apprendre que le Big Show et Vickie étaient amants, on a quand même été surpris !). Quant à la séquence de défonçage de la maison des Orton, on trouvera naturellement pas mal de mauvais esprits pour rappeler qu’il s’agit quasiment de la copie conforme d’un épisode survenu en 1996 et mettant aux prises feu Brian Pillman, dans le rôle ici dévolu au génial Orton, et Stone Cold Steve Austin, dans celui de Triple H. Regardez cette vidéo et jouez au jeu des sept erreurs. Cette répétition ne nous semble cependant pas spécialement scandaleuse, puisque une partie non négligeable des spectateurs actuels de Raw n’étaient même pas nés à l’époque, et parce que tout dans le caractère de Trips et dans la situation actuelle concorde pour voir HHH venir péter la Orton casa. Cette fois, alors qu’on avait gueulé contre l’irruption de la police la semaine précédente à Raw, l’apparition des flics semble naturelle…

 

 

Je te l’ai jamais dit ? Je DETESTE la déco chez toi.

 

Cela dit, on attend de voir comment la creative team va se dépêtrer de la situation : HHH a été embarqué par les condés, et la stipulation de son combat à Wrestlemania contre le majestueux Orton disait clairement qu’il n’avait pas le droit de s’en prendre physiquement à Randy d’ici le 5 avril, à moins d’être « physiquement provoqué ». On suppose que l’épisode de ce lundi sera présenté comme la réponse de Triple H à l’attaque subie le vendredi précédent, et que le brillant Orton va décider, à la réflexion, de ne pas porter plainte contre HHH, afin de ne pas saborder sa chance de lui ravir son titre à Wrestlemania.

 

 

Quant au développement futur du triangle Edge/Show/Cena qui dansent autour de Vickie, on ne s’en fait pas trop. Les voies de l’amour sont si impénétrables que nous accepterons probablement n’importe quel rebondissement à venir.

 

 

Pour le reste, on assiste à un buildup pas désagréable du combat Michaels / Taker. Si Edge et le Big Show se battront pour l’amour, les deux légendes s’affronteront pour la gloire. Notons que l’Undertaker parle très bien pour un mort-vivant. Mais à présent que le Taker et Shawn se sont dit leurs quatre vérités, il faut leur permettre de se dégourdir un peu d’ici le bid day. Nous ne désespérons pas de voir un gros méchant pas beau faire irruption d’ici là dans cette idylle pleine de respect mutuel, pour mieux se faire vaincre par les deux papys, histoire de rappeler qu’ils n’incarnent pas seulement le passé, mais aussi le présent.

 

 

A propos de papys, on n’a, hélas, pas vu de nouveau clash de Jericho sur quelque vieillard arthritique. Dommage, espérons qu’il a gardé ça pour la semaine prochaine. L’issue de son combat avec Kingston était écrite d’avance : intervention d’un vieux, et Kofi au MITB, et Chris qui a les boules. C’est donc Flair qui s’y est collé. Le défi qu’un Jericho furieux a lancé à Flair dans la foulée pour la semaine prochaine ne sera sans doute pas relevé par le Nature Boy. Qui les ancêtres enverront-ils à sa place ? Toute la question est là. Je les verrais bien tenter d’humilier Jericho en chargeant le bouffon Charlie Haas de venir fringué en Ric Flair… ce à quoi Chris réagirait en pétant un fusible et en explosant Haas au-delà du raisonnable. Si vous ne connaissez pas les talents de Haas, regardez absolument cette vidéo des meilleures imitations de l’excellent au demeurant Charlie. Confessons que nous avons espéré un instant voir Jericho s’en prendre à Bob Orton, le père Hall of Famer de l’incandescent Randy Orton, ce qui aurait permis d’ajouter au tableau déjà très fourni de Raw une feud aussi soudaine que violente entre les deux super-heels Orton et Jericho. Ou alors Chris aurait pu s’en prendre au daron de l’un des deux autres membres de la Legacy et avoir un combat avec Rhodes ou DiBiase, afin de les gonfler un peu… Enfin bon, vous verrez bien quand nous aurons été engagés par la creative team.

 

 

— Donc je résume : à soixante ans passés, tu te balades encore en chemise hawaïenne et tongs, t’as un collier de verroteries autour du front, et ton fils, c’est ce loser de Sim Snuka. Mec, je vais même pas perdre mon temps à te clasher, je vais juste laisser les gens te regarder en silence.

 

 

La défaite de Jericho a donc propulsé Kofi Kingston dans le Money in the Bank Match. Le pseudo-Jamaïcain est un high flyer parfaitement calibré pour ce genre de combat, tout comme l’est Shelton Benjamin, qualifié par la grâce de sa victoire par disqualification aux dépens de Jeff Hardy (soit dit en passant, quelle règle absurde que celle de la disqualification dans ce genre de situation !). On se désespère de voir l’athlétique Shelty B. enfin remporter un main event qui vaille — et qu’on ne nous parle pas de son titre de champion des États-Unis : tout comme pour le titre Intercontinental, passé dans l’indifférence générale des mains de Punk à celles de JBL, la creative team ne se foule pas pour nous rendre spécialement intéressantes les ceintures de midcard… A ce propos, il est croustillant de voir que l’absence totale de buildup du match pour le titre intercontinental entre CM Punk et JBL est due à une fuite sur le net, qui a conduit la WWE à purement supprimer la séquence dans laquelle JBL devait expliquer pour quelle raison il s’intéressait soudain à ce titre. Mais revenons au MITB. Sera-ce le jour de l’étalon-or, le 5 avril ? Ce qui est sûr, c’est qu’une fois de plus il va sortir un sacré show dans ce match toujours très spectaculaire (et cette année la perspective de voir les 200 kilos de Mark Henry grimper une échelle suffit à nous faire saliver)… MVP s’est donc également qualifié en sortant Matt Hardy, sans doute appelé à de plus hautes tâches à Wrestlemania. On ne saura sans doute jamais où les storyliners voulaient en venir en infligeant à MVP une interminable streak de défaites avant d’en refaire un catcheur de haut vol qui gagne clean contre des main eventers. Ca l’a fait passer de heel à face mais sans que la rédemption ait été évidente. Dommage, il y avait matière, avec toute sa thématique du sport de haut niveau. Quant aux frères Hardy, ils sauront sans aucun doute livrer un combat technique de qualité, mais Dieu que leur feud, qui avait pourtant très bien démarré (ah, cette intervention de Matt au Royal Rumble !) est fade… D’ailleurs, rappelons que pour l’heure ni les Hardy ni Jericho ne sont engagés dans quelque combat que ce soit à Wrestlemania, même si leur participation ne fait aucun doute.

 

 


Aucune chose « ne fait aucun doute ». Tu l’apprendras bien assez tôt, Karaté Kid.

 

Un dernier mot pour les férus de mathématiques complexes : depuis des semaines maintenant, la WWE nous présente sans discontinuer Wrestlemania 25 comme « le 25ème anniversaire de Wrestlemania ». Heu non les gars. Si vous saviez compter, vous sauriez que ce n’est que le 24ème… On décompose pour ceux qui ont encaissé trop de Sweet Chin Music dans leur enfance : Wrestlemania I a eu lieu en 1985. Wrestlemania II, celui du premier anniversaire, a eu lieu en 1986. Etc. WM 25, tenu en 2009, célèbre donc le 24ème anniversaire de l’événement. Demain, nous essaierons de déterminer l’âge de l’Undertaker, sachant qu’il avait 740 ans le jour de sa première participation à Wrestlemania (Wrestlemania 7, en 1991, où il affronta Jimmy Snuka, dont on a vu lundi dernier qu’il ne s’en est jamais remis).

 

 

 

— Ouais d’accord, l’Undertaker m’a battu ce jour-là, mais c’est parce que j’avais pas ma SUPER NOIX DE COCO!

 

 

 

 

Edit: nous apprenons à l’instant que la jeune femme présentée comme l’épouse du sympathique Randy Orton n’était pas la vraie Samantha Orton mais… une playmate soi-disant nommée Laura Croft. Et que la scène n’a pas été tournée dans sa vraie maison de Saint-Louis mais quelque part en Floride! Manquerait plus qu’on apprenne que les flics arrivés à point nommé pour arrêter Triple H étaient des acteurs! Damn!

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