Catch

Le réjouissant triomphe du Mal

Mieux vaut bien faire le mal que mal faire le bien.
Ovide

 


L’instant précis où Jeff comprend que pour le Big Show, la formule « je vais t’arracher la tête et te chier dans le cou » n’est pas une image, mais un projet.

 

 

Après Wrestlemania, la WWE est repartie sur les chapeaux de roue. A condition de fermer les yeux sur le fait que, draft ou pas, les lutteurs des diverses divisions continuent pour l’heure d’apparaître là où bon leur semble (ce qui s’explique notamment par une tournée européenne bookée en vertu des affiliations d’avant la draft), on peut même se réjouir ouvertement du buildup du prochain pay-per-view, Backlash, qui arrive dès dimanche. En tout cas, on vous y invite. Quoi de plus agréable que de voir les pires ordures éclater sans retenue les gendres idéaux?

 

Analyse du Smackdown du vendredi 17 et du Raw du lundi 20 avril

 

Deux mots en préambule : grâce au génie technologique de McOcee (c’est son rôle que tenait Julia Roberts dans l’inoubliable Traque sur Internet), nous disposons à présent d’un joli module télévisuel qui vous permet de visionner les derniers Smackdown et Raw. Si vous ne les avez pas encore vus, foncez-y et revenez-nous lire par la suite. C’est ici. Sachez qu’à notre humble avis, si vous n’avez que dix minutes devant vous, ce sont les parties 13 et 14 de Raw qui sont les plus indispensables (combat sans disqualification entre HHH et Randy Orton).

 

 


Triple H ne sait pas comment faire pour regarder Raw. Il n’a pas encore découvert la télé des Cahiers du Catch!

 

 

Il faut reconnaître une chose aux storyliners de la WWE : sans jamais l’admettre ouvertement, ils savent tirer les conclusions de certaines de leurs erreurs et jouer sur leurs points forts. Après la tempête de protestations soulevée par certains événements survenus à Wrestlemania — principalement l’indigeste combo « victoire de Cena / victoire de Triple H » —, tout se passe comme si la fédération cherchait à apaiser ses fans les plus âgés, donc les moins à même de sauter au plafond quand un gentil bat un méchant. C’est ainsi que, ces derniers temps, nous avons vu bon nombre de grands salopards prendre l’avantage sur les héros positifs qui leur étaient opposés.

 


Tout à fait. C’est pourquoi je tiens à présenter mes excuses, au nom de la France, pour le comportement inique de Nicolas Sarkozy lors du match qui a opposé Finlay à Christian.

 

 

Merci, Ségolène. Qu’est-ce que je disais déjà? Ah oui. Le Big Show a massacré consécutivement Jeff Hardy (à Smackdown) puis Rey Mysterio (à Raw, non sans encaisser un superbe 619 dans le cul); notre John Morrison favori, enfin sous les feux de la rampe à Smackdown, aussi arrogant et voltigeur que Shawn Michaels à sa meilleure époque, a brillamment démarré sa nouvelle carrière solo en battant R-Truth ; le psychotique Dolph Ziggler a remporté une victoire inattendue sur le désormais Face MVP ; l’invincible Cena n’a pas réussi à battre le sardonique Jericho, et a même fini humilié par son challenger pour le titre de World Heavyweight Champion, Edge ; et, surtout, le succulent Randy Orton a eu raison de sa némesis Triple H, à l’issue d’un combat qu’on aurait tant aimé voir à Wrestlemania… A côté de tout cela, les quelques concessions faites aux bons gars et aux bonnes filles (victoires de CM Punk sur Kane, de Melina sur Beth Phoenix, de Gail Kim sur Maryse, de l’Undertaker sur Shelton Benjamin et de Batista sur Ted DiBiase puis sur Chavo) ne pèsent pas lourd. Il reste encore un Smackdown d’ici Backlash, mais les heels fondent sur ce dimanche comme des locomotives de rage lancées sur les rails du succès.

 


Eh Cena! La lumière au bout du tunnel… c’est le train!

 

 

Deux storylines ont survécu telles quelles ou presque à Wrestlemania: celle impliquant les frères Hardy et celle mettant aux prises Orton et HHH. La première ne semble pas destinée à durer l’éternité, puisque Matt a été drafté à Raw la semaine dernière. Il est probable que les frangins s’affronteront pour la dernière fois lors de leur combat à Backlash, dont la stipulation « I quit » est parfaitement indiquée vu la rage qui les oppose (le match n’est gagné que lorsque l’adversaire a prononcé les mots « I quit », à savoir « J’abandonne » — à ne pas confondre avec le « I quit » à savoir « Je prends ma retraite » de JBL à Mania). Certaines rumeurs font état d’un break plus ou moins long de Jeff à l’issue de Backlash, mais on aura le temps d’en reparler à ce moment. En attendant, Matt est encore intervenu vendredi dans le match entre son frère et le Big Show, lequel a du coup servi de trampoline à Jeff. L’inventivité des deux gars dans le ring n’est plus à démontrer, et on attend avec impatience leur combat de ce dimanche. Ils ne parlent presque plus, et c’est mieux pour tout le monde. Les Hardy, c’est comme Zidane: quand tu les entends, tu te dis que le don de coordination physique doit empiéter sur celui de la parole.

 


Jeff et Matt essaient de se dire bonjour.

 

 

Quant à la guerre mondiale Orton and slaves / Triple H and friends, elle est rondement menée. On s’était déjà réjoui, la semaine dernière, de voir les Heels soudés comme une première ligne de rugby tandis que les Faces apparaissent aussi unis et disciplinés que les dirigeants du PS un jour de primaires internes. Pour notre plus grande joie, cette ligne a été suivie lors des trois derniers shows. Trois? Oui, trois, car — et nous ouvrons ici un aparté furieux — la WWE, non contente de nous fournir jusqu’à présent trois shows par semaine (Raw le lundi, ECW le mardi et Smackdown le vendredi, sans parler des pay-par-view mensuels), a décidé d’y ajouter tous les jeudi un nouveau programme: WWE Superstars. L’idée, si on a bien compris, est d’y faire se rencontrer des stars venues de toutes les divisions. Si ce programme ne sert pas à faire avancer les storylines, mais seulement à offrir du spectacle supplémentaire aux accros les plus fondus (et accessoirement à bouffer des parts de marché sur le dos de l’émission hebdomadaire de la TNA, Impact, diffusée ce même soir), alors passe encore. Que ceux qui ne peuvent pas vivre trois jours sans voir du catch s’y sustentent. Mais si, comme on le redoute, et comme son premier épisode l’indique clairement, il s’agit d’un show de plus à voir absolument si l’on veut comprendre ce qui se passe, alors on proteste avec véhémence: déjà que nous, aux CDC, n’avons pas le temps de regarder l’ECW, dont nous nous contentons de suivre les résultats sur le Net, si en plus les storylines de Raw et de Smackdown progressent lors de WWE Superstars, le catch devient plus qu’un hobby chronophage: quasiment une addiction à plein temps. Franchement, quatre soirs de WWE par semaine, alors que le temps d’antenne est si souvent perdu en interminables entrées des catcheurs (suivez mon regard courroucé vers l’Undertaker et Triple H), en rappels des épisodes précédents, en pubs pour le nouveau navet de John Cena ou en apparitions du Great Khali, c’est un peu du foutage de gueule. On trait le veau d’or par tous les pis, pour lui faire pondre un nombre d’œufs record!

 


Et si malgré tout ça, il te reste du temps libre, tu peux aller reformer les Vengeurs avec Captain Marvel Punk.

 

 

Ainsi, les trois combats du WWE Superstars inaugural diffusé jeudi dernier ont tous fait avancer des intrigues: dans le cadre de la course au titre de l’ECW, Christian a vaincu Finlay, et affrontera donc Swagger pour le titre à Backlash; l’Undertaker a battu Matt Hardy par décompte à l’extérieur, avant une intervention rageuse de Jeff; et Shane McMahon a perdu par disqualification face à Cody Rhodes, avant de continuer à le bastonner après le gong et de lui infliger son traditionnel coast to coast à travers une poubelle. Soit dit en passant, c’est à peu près la chose qu’il fasse bien, tant ses « coups de poing » sont pitoyables.

 


Chat! Pas le droit de retoucher son père! Haha!

 

 

C’est ce dernier combat qui nous intéresse le plus: la disqualification de Shane ajoute du piment au match à trois contre trois qui opposera, à Backlash, l’équipe composée de Randy Orton et de ses deux séides Rhodes et DiBiase à celle de HHH, Batista et Shane. Pour rappel, l’équipe gagnante (y compris par disqualification) verra son leader remporter le titre de WWE Champion, actuellement détenu par Triple H. Autant dire que le comportement irresponsable de Shane, qui a frappé Cody à coups de chaise, ce qui a entraîné sa disqualification, coûterait très cher à son beau-frère s’il s’avisait de remettre ça dimanche prochain. On aurait aimé que le combat tenu à Smackdown entre Batista et DiBiase connaisse le même dénouement, afin d’insister davantage encore sur l’indiscipline de l’équipe de Triple H, mais Batista a été tenu trop longtemps éloigné des rings pour ne pas devoir gagner proprement, afin de renforcer sa stature d’indestructible bestiau. Il n’empêche que DiBiase lui a tenu la dragée haute, et que globalement Rhodes et DiBiase apparaissent désormais comme des compétiteurs bien plus sérieux qu’il y a encore quelques semaines, quand ils servaient de défouloirs à un Trips déchaîné. Tant et si bien que l’équipe d’HHH paraît manquer d’idées pour sa stratégie de dimanche…

 


Hé les mecs, j’ai une super idée! Si on les flinguait?

 

 

Triple H, justement, a fini par subir un tombé de Randy ce lundi, après un excellent fight, pour le coup sans disqualification. Orton, qui a superbement « vendu » une jambe endolorie suite à un brutal assaut adverse, a profité de l’abnégation de ses deux sbires, qui se sont employés non seulement à le sauver de HHH mais aussi, excusez du peu, à repousser Shane et Batista, arrivés à la rescousse (le second finissant par porter un spear accidentel au premier). Le RKO est toujours la prise ultime, à la fois aérienne, brutale et inattendue, et on se met à rêver d’une fin aussi jouissive pour dimanche…

 


Sont pas un peu cons? Ca fait dix minutes qu’on est sortis de ring, et ils sont toujours en train de se battre…

 

 

La WWE a également tiré les conclusions qui s’imposaient de la très bonne forme du toujours populaire Dragon Steamboat (56 ans) pour prolonger sa tournée d’adieu en lui offrant un match en un contre un avec Jericho à Backlash. Même si l’échange verbal entre les deux hommes, ce lundi à Raw, sentait un peu le réchauffé, entre un Jericho méprisant l’incapacité de Ricky à passer la main et à rentrer chez lui faire des grilles de Sudoku, et un Steamboat désireux de rendre aux fans tout ce qu’ils lui ont donné et autres fadaises, on regardera cet amuse-bouche avec plaisir dimanche prochain.

 


Je sais! Je sais! J’ai trouvé une nouvelle vanne! T’es prêt? Bon alors voilà: hé, Steamboat, tu perds tes cheveux! Va t’acheter une perruque! Mwahaha!

 

 

Jericho n’avait pas que ça à faire lundi, vu qu’il a livré un combat superbe à Cena, dont il a encore une fois tiré le meilleur (même s’il ne put rien faire quand le marine frappa un bon mètre à côté de sa tête lors de son atroce five knuckle shuffle). Edge, qui semble avoir mis entre parenthèses ses désarrois conjugaux, est arrivé à la fin pour une très belle séquence: défonçage méthodique de Cena, spear violent et con-chair-to! (Pour réaliser un con-chair-to, chers amis, rien de plus simple: placez un adversaire évanoui (petit frère endormi, arrière-grand-père sénile, ami de beuverie en coma éthylique) au sol, la tête sur une chaise, et frappez-lui le crâne de toutes vos forces avec une autre chaise. N’oubliez pas d’essuyer les murs après.)

 


Si le type à terre est John Cena, vous avez le droit de frapper plusieurs fois.

 

 

Suite à quoi Edge s’est emparé du micro et, la fureur lui fêlant la voix, a rappelé que le combat qu’il livrera dimanche à Cena pour le titre de WHC sera un Last Man Standing, à savoir qu’il faudra que l’adversaire ne se relève pas sur un compte de dix… avant de compter méthodiquement jusqu’à dix, les yeux fixés sur un Cena KO. Après avoir hurlé « Ten!!! », il prononça en détachant les syllabes: « Le nouveau champion poids lourds est Edge. » Non seulement cette séquence a superbement rehaussé la température du combat à venir, mais elle a également appris à l’assistance (et à Cena, s’il était conscient) à compter jusqu’à dix. Dernière remarque à propos de Cena: on a rarement entendu un Face être autant hué. Lors de son combat contre Jericho, on entendait des chants Y2J! et même l’agression en traître d’Edge a été saluée par une bonne partie de la foule. Mark my words, amis: John Cena sera tôt ou tard un heel exceptionnellement haï. Ce jour-là, on sera à ses côtés.

 


En attendant, tu vas soigner cette mauvaise peau et après, tu te permets.

 

 

Pour ce qui est de nos éternels griefs, on s’est fait une raison. Si bien que la moindre amélioration dans quatre catégories sinistrées est un vrai rayon de soleil. Ces quatre catégories, ce sont bien sûr les deux ceintures secondaires (celles de champion Intercontinental et de champion des Etats-Unis), le championnat par équipes et la division féminine. Depuis la draft, les ceintures IC et USA n’ont pratiquement pas été mentionnées, leurs tenants (respectivement Mysterio et MVP) ont perdu leurs combats clean et aucune défense n’est prévue à Backlash.

 


Mais Rey s’est quand même illustré par ce coup de pied au cul sorti tout droit d’un Tex Avery.

 

 

De même, aucun combat par équipes n’a été organisé. Ils doivent être fiers, les Colon, avec leur beau titre de champions unifiés, conquis à Wrestlemania sans même avoir les honneurs d’une retransmission télé… Des quatre parents pauvres des storylines, c’est encore la division féminine qui s’en sort le mieux, avec deux combats plutôt au-dessus de la moyenne (en particulier, aucun être humain ayant atteint la puberté ne peut rester insensible quand Beth Phoenix frappe Melina à la nuque avec le propre pied de celle-ci) et, prenons le parti d’en rire, un Santino toujours aussi drôle, allant jusqu’à inventer un herpès à Santina pour lui éviter d’avoir à embrasser le Great Khali. C’est bien peu par rapport au passé du catch féminin (jetez un oeil sur notre Wall de Vidéos pour vous remettre en mémoire les grandes heures des affrontements Trish-Lita), mais faute de grives, on se contente de grivoiseries.

 


Je crois que t’as marché dans un truc chérie, laisse-moi t’aider à essuyer ça.

 

 

Au final, deux shows qui redonnent le moral, même si on pressent bien que plus dure sera la chute dimanche prochain si les Faces prévalent à nouveau. En attendons, savourons un Raw qui finit avec un Cena inanimé et un Triple H vaincu: une telle conjonction est aussi rare qu’un passage de la comète de Halley, une erreur de Chris Jericho au micro ou un fan de John Cena ayant déjà perdu ses dents de lait.

 


Ouais, aussi rare que les jours où McOcee roule un palot à un type de 2m20 (soit 80 centimètres de plus qu’elle, quand même).

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