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La ceinture des cinq continents

The Intercontinental Championship has been viewed as one of the most prestigious awards in the world of wrestling. Since its inception in September 1979.
Site officiel de la WWE

 

Certains hommes parlent aux arbres. D’autres murmurent à l’oreille des chevaux. Il y en a même qui discutent avec des urnes magiques. Notre lecteur et ami Latrell, lui, ne tombe pas dans de telles absurdités. Il est simplement allé interviewer la ceinture intercontinentale. Un entretien exclusif avec l’une des grandes stars de la profession, qui porte sur le milieu un regard pour le moins acerbe et revient sur les grandes heures de sa brillante carrière.

 

 


Cuir de vache sacrée d’Inde, or issu des mines d’Afrique du Sud, logo conçu par des designers italiens et incrusté par des graveurs péruviens. La classe mondiale à l’état pur.

 

 

Interview de la ceinture intercontinentale

 

 

– IC, comment vous sentez-vous en ce moment?
– Eh bien… on va dire mieux. Je regagne des spots en pay-per-view. C’est évidemment un juste retour des choses, vu ma classe naturelle, mais la vérité m’oblige à dire que je dois aussi cette meilleure exposition à mes porteurs. Jericho, Mysterio et maintenant Morrison, c’est quand même autre chose que l’affreuse période Marella-Regal de l’année dernière. Avant, j’avais été chez Umaga, c’était particulier mais j’appréciais: il me vénérait, tout son village organisait des sacrifices humains en mon honneur, c’était dépaysant, disons, même pour une grande voyageuse comme moi. Mais je me serais bien passée de ce détour par Milan, quand j’ai été proprement dérobée par ce filou gominé de Santino! Vous vous souvenez de son Honk-o-Meter, quand il voulait me garder plus longtemps que le Honky Tonk Man? Quelle vulgarité, j’avais l’impression d’être un objet qu’on exhibe sans pudeur. Encore un peu et il me faisait griffer Dolce&Gabbana! Le passage de Raw à Smackdown a été salvateur. Dieu seul sait ce qui me serait arrivé si j’étais restée à Raw! Je serais probablement sur le Miz à l’heure qu’il est, si ce n’est entre les mains moites du nain. Rien que d’y penser, j’ai des frissons.

 

– Vous aussi, vous joignez votre voix aux détracteurs de Raw?
– Oui, oui, je sais bien que c’est une tarte à la crème en ce moment, mais tout de même, le casting est plus correct ici que là-bas non? Regardez mes prétendants actuels: Dolph Ziggler, bien sûr, et un peu plus loin des gars comme Finlay, R-Truth, Knox et Matt Hardy, ça vole plus haut que Festus et cette imposture de Carlito. Et pour ce dernier, c’est bon, j’ai donné pendant 90 jours. J’avais fini toute salopée avec ses morceaux de pomme, merci bien.

 

 


Et je ne vous parle même pas des pellicules.

 

 

– Que pensez-vous de la ceinture US ?
– Je n’ai rien à voir avec cette ignoble courtisane. Une ceinture qui n’accepte pas les challenges, j’appelle ça une planquée. En ce moment, c’est que des challenges hebdos de cinq minutes. Ça finira par un Scramble ou une blessure rendant le titre vacant pour que ça change. Et rappelez-vous, quand MVP l’a perdue contre Kingston: pas un relent de déception chez le basketteur. Et pourtant, c’est pas comme s’il pouvait viser plus haut, hein! Mais non, il félicite Kofi comme s’il se débarrassait d’un bâton merdeux. Remarquez, ça lui va bien comme surnom.

 

 


Touchant de naïveté, Kofi croît qu’il vient de recevoir une Green Card.

 

 

– On vous sent un peu virulente…
– Il y a de quoi non? Regardez-là, cette pouffiasse tunée comme une Golf dans le Pas-de-Calais. Elle se prélasse chez Kofi depuis quelques semaines, dans des vapeurs cannabiques, tranquille, et reste peinarde à la maison pendant les ppv. Le lundi soir, quand il y a les plus grosses audiences, quand c’est en direct, Madame daigne se montrer quelques instants, la foule scande le nom de Kofi, et hop, retour à la casa… Non, franchement, je la trouve non seulement paresseuse, mais aussi vulgaire. Normal, en même temps, pour une ceinture spécifiquement US, vous savez comment ils sont là-bas. Leur horizon, c’est un McDrive et leur fantasme, une cuite à Las Vegas. Elle a même pas son passeport, je suis sûre! D’ailleurs, pourquoi croyez-vous qu’elle ne va pas à Breaking Point? Parce que c’est à Montreal. A l’étranger, pensez-vous! Alors, elle a beau se la jouer mondiale avec Kofi, personne n’est dupe. Kingston, on croit que c’est la capitale de la Jamaïque, mais n’oubliez pas que c’est aussi un bled dans l’Arizona. Tout de suite moins glamour, hein?
Moi, pendant ce temps, je suis la ceinture des cinq continents. Le monde est mon jardin. Je suis comme chez moi partout. Quand Rey m’a emmenée au Mexique, j’ai été accueillie comme un enfant du pays.

 

– Justement, parlez-nous de votre rupture avec Rey Mysterio. N’êtes-vous pas triste d’avoir dû le quitter?
– C’est le jeu, en même temps. J’ai signé pour une vie de nomade, toujours un baluchon de prêt au cas où mon logeur perd ou se fait choper la main dans le sac à malices. D’ailleurs, je suis pas étonnée de ce qui est arrivé à Rey. Il était mon détenteur, Ziggler se faisait de plus en plus pressant, Morrison aussi commençait à me lorgner, normal qu’il ait stressé et ait pensé à se charger. Je ne lui en veux pas, je prends même ça comme un hommage.

 

 


Au Mexique, tout le monde porte mon masque. Cette ceinture est pour moi le seul moyen de me différencier.

 

 

– Revenons un peu sur votre carrière: des années de vie commune avec Don Muraco, le Honky Tonk Man et Randy Savage dans les années 1980, puis la dégringolade progressive dans les années 1990 (marquées cependant de combats somptueux) et la chute inexplicable des années 2000, avant un rebond salvateur.
– J’étais en récession (rires). Bah que voulez-vous, c’est la loi du marché, l’Ere Attitude et ses courtes périodes de titre. Je dois en être a mon 120e règne, et il y en a eu cinquante différents entre 1999 et 2003, avec pour couronner le tout, une unification avec cette bimbo d’US durant un an et demi, et même une double avec ce gros lourdaud de titre World HeavyWeight, pendant un temps. Ce n’était vraiment pas facile à vivre. Actuellement, j’ai repris le rythme des pay-per-view, quatre à la suite, série en cours. Je suis très confiante pour l’avenir. Avec un main-event trusté par les mêmes gueules, je vais continuer d’être la ceinture ciblée par les midcarders en quête de gloire, et vous voulez que je vous dise: c’est eux, les meilleurs. Jeunes, énergiques, pleins d’idées, je m’ennuie pas un instant avec eux.

 

 


Le Honky Tonk Man ne s’est jamais remis de la perte de la ceinture intercontinentale.

 

 

– Vous avez connu de nombreux porteurs. Avec lequel d’entre eux vous êtes-vous le mieux entendue?
– Je ne veux blesser personne, mais puisque vous me posez la question, je ne peux que répondre Chris Jericho. Au début, je l’ai à peine remarqué. C’était une époque où j’avais, disons, une vie assez échevelée… (elle rougit). Mais il a su me conquérir par son insistance et son humour. Il a toujours eu pour moi les yeux de Chimène. Evidemment, il lui est arrivé d’aller voir ailleurs, mais j’ai assez vécu pour savoir que dans ce genre de situations, les torts sont partagés. Aujourd’hui, il s’amuse avec le titre unifié, moi je dis tant mieux! Je sais que de toute façon, je garderai toujours une place dans son cœur. Quoi qu’il en soit, nous avons été ensemble neuf fois, vous vous rendez compte? C’est bien simple, aucune ceinture n’a été lié à un seul homme aussi souvent. Ce qu’il y a entre Chris et moi, c’est très spécial. Le soir, parfois, on restait tranquillement à la maison, il me lisait le dictionnaire, c’était merveilleux…

 

 


Quand Chris fait une nouvelle conquête, il dérouille d’abord son ex.

 

 

Comment voyez-vous la fin de l’année?
– Autour des hanches de Morrison. De belles hanches bien fermes, ciselées, un régal. Nous avons déjà été ensemble deux fois et chaque fois, ç’a été super, surtout physiquement, pour parler crûment. Le peroxydé me harcèle, Rey va finir par revenir, Chris n’est jamais très loin, mais si quelqu’un veut bien me demander mon avis, je suis très bien au Palace of Wisdom. Généralement, il me dépose sur un trône en diamants qui plane dans la Grande Salle des Rêves et se mire dans mon reflet, c’est très agréable.

 

 


Super, ça ira vachement bien avec mes futs en cuir!

 

 

– Quelle a été votre plus grosse déception cette année?
– Sans contestation possible, le fait d’avoir été bradée à Wrestlemania. Je ne suis pas une ceinture comme les autres, oh! C’est la grande fête annuelle, et cette ignominie de JBL préfère mettre en scène sa retraite en 16 secondes! Bonjour et au revoir, messieurs dames. Il n’a pas pensé à ma famille présente dans les entraves de l’arène. A toutes mes répliques qui attendaient sagement dans les stands. A tous mes fans sur les cinq continents, de Sydney à Rio en passant par Dakar, Oulan-Bator et Reykjavik. Jamais je n’avais été traitée de la sorte.

 

– Y a-t-il un catcheur particulier chez qui vous ne voulez absolument pas vous retrouver?
– Un des Cryme Tyme, le petit là. Si c’est pour me faire barioler la poire à coups de Yo Yo Yo avant de me faire revendre à la sauvette en échange d’un lecteur DVD ou d’un survêt Tommy Hilfiger, je préfère encore me retrouver à servir de tapette à mouches chez le Great Khali.

 

– On a l’impression que vous n’avez pas d’amies parmi vos collègues…
– Eh bien non. Mais je n’en ai pas besoin non plus. Le boulot reste au boulot et je me moque de ne pas être conviée aux parties de strip-poker avec les ceintures féminines. Quant aux deux prétendues stars, la WWE a pété un plomb depuis qu’elle est chez Orton, paraît qu’elle entend des voix dans sa dorure… Quant au WHC, entre Jeff qui le gagne, Punk qui cashe sa mallette dessus deux secondes plus tard, Jeff qui le reprend, Punk qui le regagne puis déboule fringué en Jeff, sans même parler du Taker qui menace de l’embarquer dans sa tombe, il est devenu schizo, le pauvre vieux. L’ECW porte bien son nom: crade, souillée de sang et cervelle, tout la monde la bat froid. Enfin, les ceintures par équipes, depuis qu’elles sont unifiées, sont intenables: quatre chenapans profondément marqués par des pitres comme les Bushwackers, la Legion of Doom ou encore Edge et Christian, vous les mettez ensemble, c’est le bordel garanti. Franchement, je sais pas comment Chris peut supporter ça, lui qui est si posé.

 

 


Dieu que je déteste cette promiscuité.

 

 

– Une dernière question: à quoi aspirez-vous?
– En fait, j’aimerais revoir disparaître cette saleté de ceinture US qui me fait de l’ombre, que je le veuille ou non. Vous vous rendez compte qu’il arrive qu’on nous confonde? C’est comme si on prenait Candice Michelle pour Simone de Beauvoir! Plus globalement, j’aspire à un peu plus de respect des fans, des lutteurs et des promoteurs. Je regrette un peu l’époque des Ladder entre Shawn et Razor. Mais comme je vous l’ai dit, on y retourne peu a peu. Je ne fixe pas de limites à mon ambition: si on croît en ses rêves, ils peuvent arriver (regardez Chavo par exemple, il a toujours eu ce fantasme qu’il pensait impossible à réaliser, de se faire ficeler façon bondage par un nain alors qu’il serait déguisé en vache; eh bien, il y a cru, et ça s’est produit!). Et moi, ce que je souhaite, c’est de faire un jour le combat de clôture de Wrestlemania. Ca m’est arrivé en 1990, à WM VI, mais ça m’a laissé un goût amer dans la boucle: comme vous vous en souvenez sans doute, j’étais entre les mains de l’Ultimate Warrior (un homme très calme, très introverti… non, je plaisante). Il a eu un match contre Hogan, Champion WWF à l’époque. Warrior a gagné, c’était dément. Hogan n’avait plus perdu depuis six ans! C’aurait dû être mon triomphe! Mais cet abruti de Warrior a pris le championnat WWF et m’a déclarée vacante! Vous imaginez la gueule de bois. Pendant trois semaines, je me suis retrouvée en suspens, jusqu’à ce que Mr Perfect me remporte dans un tournoi, comme si j’étais un gigot dans une tombola à La Bourboule! Bref, je veux du respect. Est-ce trop demander?

 

 


Un gigot? Où ça? J’échange contre cette ceinture!

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