Catch

Le juste tri

Le bien et le mal, situation critique
Problèmes politiques et techniques, OK man, tout s’explique.

Mc Solaar, Le bien, le mal

 

Faire une review des deux shows entourant le weekend revient à opérer un tri sélectif entre le bon grain et l’ivraie. Auriez-vous fait le même tri que nous?

 

 


La question était bien sûr: quel âge a Bob Barker?

 

 

Analyse de Smackdown du 4 septembre et de Raw du 7

 

Ce weekend a commencé et s’est achevé par deux moments fantastiques : l’entrée en scène de CM Hardy pour débuter Smackdown, et la destruction de Cena par Orton pour conclure Raw. Entre ces deux séquences qui nous ont rappelé pourquoi on adore tant les heels — le foutage de gueule qui fait pleurer les kids et le beatdown sadique —, on a connu comme toujours le meilleur (un exceptionnel combat entre Mysterio et Morrison) et le pire (un guest host de Raw qui ferait mieux d’animer des soirées bingo dans des maisons de retraite du Minnesota).

 

 


Non, antique épave décatie tout juste bonne à donner à disséquer à des étudiants en anatomie ivres, je ne connais pas le prix d’un anus artificiel.

 

 

CM Punk effectue un véritable sans-faute depuis son turn. Quel contraste avec son règne pitoyable de 2008, quand il n’était qu’un face fade et sans aucune ampleur! A présent, alors qu’Orton stagne quelque peu (malgré un net regain de forme ces derniers temps), que Jericho emploie ses talents en duo et qu’Edge soigne sa jambe dans son loft de Floride, Punk est sans doute le heel numéro un de la Fédération. Un statut qu’il a d’autant plus de mérite à assumer que c’était pas gagné d’avance de se faire haïr en adaptant à peine son discours « esprit sain dans un corps sain ». Les habitués de la Ring of Honor savaient pourtant de quoi il était capable en heel et nous en assuraient depuis un moment: si la WWE lâchait la bride au keupon, il ferait sensation. Ca nous apprendra à ne pas leur faire confiance. A ce propos, les deux plus grandes stars de la ROH, Brian Danielson et Nigel McGuinness, ont récemment signé à la WWE, et seraient d’après ceux qui les connaissent des superstars potentielles, à condition bien sûr d’être correctement bookés (à noter que Danielson était déjà brièvement passé à Stamford il y a quelques années). On attend de voir ça avec impatience, car Punk nous a mis l’eau à la bouche…

 

 


Vous savez quoi? Brian imite parfaitement John Cena, et Nigel est hilarant dans sa parodie de Triple H!

 

 

Quand la musique d’entrée de Jeff, retraité de la WWE depuis la semaine précédente, a retenti dans la salle comble de Smackdown, l’ovation a été tellement monstrueuse que, par un miraculeux wishful thinking, les spectateurs continuèrent, quelque temps durant, de voir dans la silhouette habillée et grimée en Jeff Hardy qui se dandinait sur la rampe d’accès au ring le véritable guerrier aux cheveux couleur gay pride. Il faut dire que Punk a dû prendre des cours avec Charlie Haas, tant son imitation a été convaincante: la gestuelle, le rythme, les poses in-ring, tout y était, et quand les gros plans des caméras se fixèrent d’abord sur son visage émacié, luisant de rage sardonique sous le maquillage du clown blanc, puis sur les faces décomposées de plusieurs kids dans l’assistance, on vécut un immense moment de Schadenfreude.

 

 


Wahoo, en fait Jeff Hardy c’est CM Punk! Mais comment il faisait pendant les combats pour se battre contre lui même???

 

 

Punk lâcha ensuite une dernière salve d’injures à l’adresse d’un Jeff reparti dans ses paradis artificiels, comme le tir des 21 canons en mémoire du héros tombé au champ d’honneur. Comme il fallait s’y attendre, le gros Matt se pointa alors, la jouant frère enragé désireux de laver l’honneur de son petit Jeff adoré. Mouais, après des mois de feud fratricide, Matt en protecteur familial ne passe toujours pas. Le combat fut annoncé pour la fin de la soirée, comme de juste. Mais sur ce coup-là, il faut dire que les bookers de Smackdown ont été mal inspirés. Non pas en organisant ce match, mais en constellant l’émission de rappels du retour imminent de l’Undertaker. Celui-ci n’avait toujours pas daigné jouer les David Copperfield alors que la soirée approchait de la fin et que Punk était en train de faire perdre à Matt quelques kilos superflus. Dès lors, quand le gong sonna enfin et que le noir se fit, il n’y eut que les commentateurs et les catcheurs pour feindre la surprise…

 

 


Salutations, maître. Je vous ai amené une belle proie bien dodue pour votre dîner, j’espère que vous la trouverez à votre convenance.

 

 

C’est un peu notre crainte pour la feud entre Punk et le Taker: que les bookers ne sachent pas trop comment s’y prendre. Le personnage du Taker inspire une telle déférence que, hormis l’habituel « je n’ai pas peur de l’Undertaker, c’est l’Undertaker qui devrait avoir peur de moi » que sortent systématiquement tous les adversaires du croque-mort depuis vingt ans, Punk risque de ne pas obtenir de feuille de route valable. Pourtant, ce ne sont pas les prises qui manquent dans le personnage du Taker pour un moralisateur tel que Punk. Faire passer son décorum morbide pour un mauvais trip de tox trop effrayé par la vraie vie pour vivre dans le monde réel, voilà qui serait un bon début… Enfin bon, on verra bien, mais à vrai dire, en l’espace de cinq jours on a eu notre dose des apparitions mystérieuses du Taker, il est temps de passer à quelque chose de différent.

 

 


Gargamel est de retour. Le schtroumpf punk va prendre cher.

 

 

L’autre morceau de bravoure de Smackdown fut le superbe combat dans lequel Rey Mysterio céda son titre intercontinental à Morrison. Rey a donné à un journal mexicain une interview dans laquelle il faisait part de son irritation quant à sa suspension, qui a pris effet dès le lendemain de l’enregistrement de ce Smackdown. Mais s’il en a gardé rancune à la WWE, d’autant qu’il avait exprimé depuis longtemps son désir de conserver une ceinture pour une longue durée et qu’il devait la lâcher ce soir-là, Rey, en très grand professionnel, n’en montra rien. Il livra un combat admirable de plus de vingt minutes à un Morrison qui tint son rang avec sa maestria coutumière, déployant comme toujours son talent multi-facettes: aussi à l’aise dans la haute voltige que dans les prises techniques au sol, crédible en cogneur, improvisateur extrêmement doué, excellent vendeur des coups adverses, le délice du vendredi soir a bien mérite son surnom. Reste seulement à lui permettre de redevenir ce personnage sûr de lui et quelque peu délirant qu’il s’était forgé du temps du Dirt Sheet, et il sera parfait. Car il est manifestement mal à l’aise pour jouer les faces benêts à la Cena, tout en salutations au public et à l’adversaire. Le rictus moqueur de l’empereur du Palace of Wisdom lui sied bien mieux que le sourire niais du gendre idéal de service.

 

 


Bon, si y’en a qui veulent jouer au morpion sur mon bide, faites-vous plais’, c’est le moment!

 

 

A ce détail gimmickien près, Morrison est sensationnel. Et comme Randy Orton, CM Punk, Dolph Ziggler, Kofi Kingston, mais aussi Jack Swagger, Evan Bourne ou encore les deux Legacy et les deux Colon, liste loin d’être exhaustive, il a moins de 31 ans. L’avenir s’annonce radieux et rapide, quand on voit les gabarits et les styles de tous ces petits gars.

 

 


Et moi! Et moi! J’ai que 23 ans moi! Je suis encore là pour au moins vingt piges! Hahaha!

 

 

Non, toi tu vas mourir poignardé par Chavo Guerrero avant la fin de l’année.

 

Un autre représentant de la jeune génération qui pourrait faire son trou dans les années à venir, c’est Mike Knox. A 31 ans et surtout 1m98 et 130 kilos officiels, il représente le seul vrai colosse de la jeune génération. Rapide pour son gabarit, plutôt doué au micro, il peut lui aussi aller assez haut dans l’avenir, même s’il arpente les rings depuis déjà une bonne dizaine d’années. Les trois autres participants au combat à quatre de vendredi étaient Finlay (50 ans), Kane (43) et Khali (36, mais une mobilité de centenaire). Autant dire que niveau big men cogneurs, ça risque de s’ouvrir devant Knox dans les années à venir. En attendant, le match a été conforme à ce à quoi on s’attendait, quoique plus stiff que d’habitude, Finlay mangeant comme toujours le plus grand nombre de mandales.

 

 


My name is Finlay and I love to bleed!

 

 

Avez-vous remarqué que, ces derniers temps, le Great Khali n’aime rien tant que bloquer l’adversaire dans le ring et le cogner de la paume de son immense main en pleine poitrine? Manœuvre normale pour un géant, direz-vous, et l’une des rares accessible à l’Indien… Eh bien paraît-il que le Big Show ne l’entend pas de cette oreille, se considère comme l’inventeur de ce subtil mouvement et a récemment demandé des royalties à Khali, entre deux portes, l’affaire se terminant en pugilat dont le Punjdabi Sextoy serait sorti vainqueur! C’est-y pas beau ça? En attendant de savoir si c’est un work ou un shoot, prions pour que le Show ne soit pas distrait de ses tâches avec Chris pour une feud avec Khali, on a déjà donné.

 

 


Il devrait, car il marche de moins en moins vite.

 

 

Terminons sur Smackdown en saluant un combat féminin plus que correct, avec une Eve et une Layla en nette progression depuis leur affeux affrontements d’il y a quelques semaines (après leur infâme dance contest), tandis que Natalya n’est peut-être pas une bombasse de FHM mais suinte le catch par tous les pores. Mais c’est en coulisses que se trament les choses les plus intéressantes, Melina continuant de bitcher sur Dolph auprès de Maria, laquelle a tenté sans succès de la convaincre qu’elle n’avait pas besoin de ses conseils vu qu’elle était une « grande fille ». Mais bien sûr.

 

 


– Maria, j’ai vu Dolph dans le vestiaire, il était en train de forniquer avec les Bella, Eve, Layla, Rosa et Hornswoggle.
– Ben, tant qu’il me trompe pas, il fait ce qu’il veut, hein!

 

 

On attend en tout cas de voir ce que tout ça va donner, d’autant que Melina est la copine de Morrison dans la vie (et son ancienne associée dans le ring du temps glorieux des MNM) et que Morrison et Ziggler vont probablement feuder en tête à tête au moins d’ici le retour de Mysterio début octobre. Bref, Smackdown tient toujours ses promesses, et en a même apporté une nouvelle avec le nioubie Drew McIntryre, déjà très populaire chez tous les spectateurs qui n’en peuvent plus de scander à leur corps défendant What’s up pendant des jours après avoir assisté à une entrée de R-Truth.

 

 


– What’s up? Ben c’est bien simple, moi je suis up, et toi t’es down.

 

 

On ne sera pas aussi élogieux à propos de Raw, qui nous a fourni ce lundi le bas du panier du concept guest host. Que sont les guest hosts? Des célébrités qui passent une heure avec des adultes en slip en essayant de ne pas éclater de rire. Les critères selon lesquels les guest hosts doivent être jugés sont selon nous les suivants: qualités d’acteur, entrain, notoriété, degré d’intérêt pour le catch, faible altération du show, conneries à promouvoir ou non. De ce point de vue, pas étonnant que les meilleurs aient été jusqu’ici des catcheurs retraités ou Shaquille O’Neal, qui est à la fois un fan de la WWE, un acteur en herbe et un type plus que crédible pour interagir avec les catcheurs, et surtout qui n’avait rien à promouvoir.

 

 


Non mais c’est pas la peine de fayoter, il a pas ramené de sèche-cheveux.

 

 

Cette fois, on a eu droit à l’inverse: un vieillard (85 ans) ne connaissant rien au catch, strictement inconnu hors des USA étant donné que son unique fait de gloire est d’avoir présenté le Juste Prix local pendant 50 ans (ce qui dans un monde parfait lui vaudrait au mieux un poste de bateleur de supermarché), qui est surtout venu pour promouvoir son autobiographie et en a profité pour nous infliger non pas une mais deux séquences « le juste prix ». Ce fut long, chiant et pas drôle (waa putain Santino a proposé 1500 dollars pour un DVD! Waaa Jillian chante super mal! Waaa IRS demande si les taxes sont incluses ou non dans le prix…), et on ne sait pas si le pire fut de voir Bob mettre KO Chavo Guerrero ou de le voir longuement interviewé par Josh Matthews sur son bouquin, comme si c’était Ric fuckin’Flair.

 

 


L’avantage de la maladie d’Alzheimer, c’est qu’on est toujours surpris en relisant ses mémoires.

 

 

Du coup, pas de Kofi, pas de combat féminin, un rapide Chavo-Bourne (au temps pour ceux qui pensaient qu’on allait enfin ne plus voir Guerrero se fader le nain lynchien: Horny est évidemment venu foutre sa merde dans un combat qui était d’ailleurs pas mal, sans évidemment que l’arbitre ne disqualifie Bourne pour la peine), et tout un tas de variations autour du thème du Juste Prix.

 

 


Hmm, je dirais 100 dollars la demi-heure.

 

 

Heureusement, il y a quand même eu trois avancements de storyline. D’abord, les bookers ont consciencieusement essayé de nous convaincre que MVP et Mark Henry représentaient un danger quelconque pour Jerishow, en faisant perdre clean Jericho contre un MVP dont l’état de forme approche celui de son vieux rival Matt Hardy, et en faisant bodyslammer le Show par Henry. C’est bien sympa, mais les challengers auraient mieux fait d’essayer d’apprendre une prise de soumission ou deux en prévision de dimanche…

 

 


Oh! Une peluche grandeur nature du Big Show! Fallait pas, Monsieur Barker!

 

 

Ensuite, on a assisté à ce que Triple H et Shawn Michaels considèrent probablement comme un énorme effort pour mettre la Legacy over: à l’issue d’un combat opposant à DX l’équipe surprise de Randy Orton et du sympathique et souriant Chris Masters, les deux papys (qui venaient donc de livrer un combat face au champion WWE et à l’une des principales brutes de la fédération) ont pourchassé les gamins dans les couloirs du stade et les ont méchamment tapés et forcés à s’enfuir à toute blinde en volant une caisse, comme de vulgaires Cryme Tyme. Bravo les gars, l’avenir vous dit merci. A noter aussi que cet abruti de Hunter a jugé spirituel de grassement comparer Rhodes et DiBiase à Siegfried and Roy, célèbre (et kitchissime) duo de dompteurs de tigres de Las Vegas, et accessoirement couple gay affiché. Et c’est pas la première fois qu’il sort ce genre de vanne de fin de banquet chez les De Villiers. A force, on commencerait presque à se poser des questions sur les raisons profondes de cette insistance.

 

 


– Hé Shawn! Shawn! Comme c’est Submissions count anywhere, tu penses qu’ils vont se planquer où, ces deux gros pédés? Dans un magasin de déco ou dans un sauna? Warf warf warf! Les gros pédés!!!
– Je sais pas Hunter, mais t’as une érection, là.

 

 

Rhodes avait entre-temps été donné à manger à Cena. Le moment le plus important de ce combat s’est produit avant, quand Cody est revenu sur le RKO que son père d’adoption avait porté sur son géniteur. Assumant pleinement une heelitude décomplexée, il s’en est plutôt bien sorti, expliquant qu’il devait faire carrière et que s’il est là où il est, c’est grâce à Orton et pas à papa. « Là où il est », quelques minutes plus tard, ce fut évidemment dans le STF de l’autre boulet de Marine, jusqu’à un semblant d’intervention d’Orton qui lui valut de perdre par disqualification et non sur abandon, sans que ça change grand-chose sur le fond: l’idée de voir Rhodes abandonner ce dimanche est plus que jamais crédible. Mais que voulez-vous, il fallait bien que John ait son moment de gloire (j’ai un peu accéléré le déroulement du combat, je rêve où il a pas fait son U can’t c me?).

 

 


Steal the Shoes Match. Si vous êtes le premier à piquer la chaussure de votre adversaire, vous gagnez.

 

 

Oui, il fallait bien que John ait son instant de gloire, car la suite de la soirée allait être moins glorieuse. Cena finit exécuté d’un combo « DDT depuis les cordes – RKO sur une chaise » qui lui apprendra peut-être à interrompre le beau, le sublime, le magnifique Randy quand il parle. Ce fut lent, méthodique et proprement magique, comme toujours quand Orton enclenche le mode psycho, qui hypnotise proprement les spectateurs, surtout comme quand ce lundi, les commentateurs ont le bon goût de se taire pendant ce temps-là. Les chances que Cena abandonne à Breaking Point n’en ont été que plus réduites, alors on espère que tout le monde a bien savouré ce règne certes mal booké mais sauvé du désastre par la grâce du jeu d’acteur (et de corps) d’un Orton au sommet de son art théâtral depuis un an. S’il le perd dimanche, Orton aura conservé le WWE Championship pendant 132 jours de suite (exception faite de l’intermède Batista deux jours en juin), depuis Backlash, le 26 avril. Espérons que si c’est une ère Cena qui s’ouvre ce dimanche, elle soit cent trente deux fois moins longue.

 

 


I hear voices in my head, they talk to me, they understand, they can’t see me… Mais qu’est-ce que je raconte moi?

 

 

PS: encore un énorme merci à nos vignetteurs, dans l’oeuvre desquels on a abondamment puisé. Vous êtes beaux et sportifs, les femmes vous aiment et les hommes vous admirent.

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