Catch

WWE et vie politique française

Tout n’est pas politique, mais la politique s’intéresse à tout.
Nicolas Machiavel

 

Après les brillants articles de papa Reune, sur la vision toute particulière de la géopolitique de Vince McMahon, ou sur ses rapports avec le parti républicain US, nous nous attaquons aujourd’hui aux troublantes similitudes qui existent entre l’organisation de la WWE et celle de la vie politique française, leurs codes communs et leurs modes de fonctionnement si semblables à nos yeux. On se tue à vous le dire depuis la naissance des Cahiers du Catch, le catch, c’est la vie, et la WWE est partout, même lorsque Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy se foutent sur la gueule.

 


Par contre, le site de la WWE est mieux foutu.

 

 

Décryptonite : De l’influence du catch sur la vie politique française

 

Nos catcheurs préférés combattent à Raw, SmackDown ou à l’ECW, dans de simples combats ou pour le titre lors de pay-per-view. Ils sont heels ou faces, réalisent des turns, ne brisent jamais la kayfabe et bossent leur gimmick. Ils leur arrivent de botcher des prises et de subir des screwjobs. Mais ils respectent toujours la storyline. Exactement comme ceux et celles qui composent la classe politique française et dont les us et coutumes ressemblent à s’y méprendre à ceux de la WWE. Démonstration.

 

Nos lecteurs le savent bien, la WWE s’organise autour de trois branches bien distinctes, Raw, SmackDown et l’ECW. S’il est toujours hasardeux de s’aventurer sur le chemin de la comparaison qualitative entre les trois shows, soulignons tout de même que le premier réunit autour de ses spectacles bien plus de téléspectateurs que les deux autres, que le deuxième s’adresse plutôt aux esthètes de la discipline, tandis que le troisième, lui, a pour objectif de réunir les jeunes pousses au talent prometteur et sert également de voie de garage pour catcheur usé sur le retour.
Enfin, la WWE peut également s’appuyer sur des fédérations dites de « développement » (comme l’OVH ou la FCW) où sont formés les catcheurs les plus prometteurs, dans l’espoir de combattre dans une des trois grandes branches.

 


« les branches de la WWE, allégorie », par Kofi Kingston.

 

 

La France s’organise politiquement peu ou prou de la même manière. L’UMP, le PS et le Modem représentent les trois « brands » principales de la vie politique française, et plutôt que d’utiliser la méthode de l’audimat comme dans le catch, on mesure leur popularité respective via le nombre de votes recueillis lors des élections. Si l’UMP est ce qui se rapproche le plus du show du lundi soir, en terme de populisme et d’approche simpliste des événements (parfaite pour les Kidz et les demeurés), il est en revanche plus délicat de positionner le PS comme le SmackDown local, tant ses récents déboires nous empêchent de le présenter comme l’ex libris de la politique nationale. Reconnaissons-lui cependant une histoire assez riche pour nous permettre cette comparaison des plus capillotractées.

 


Si si, souvenez-vous!

 

 

Le Modem quant à lui nous semble par contre parfait dans son rôle d’ECW, rassemblant autant de vieilles gloires sur le retour, dont François Bayrou, que de nouveaux venus en politique dont l’avenir nous dira s’ils ont les compétences et la persévérance nécessaires pour se battre au plus haut niveau.
Enfin, les deux principales « brands », l’UMP et le PS, disposent également de leurs fédérations de développement, sur lesquelles elles peuvent s’appuyer si nécessaire. Ainsi, le parti du Président de la République sait pouvoir s’appuyer sur un iconoclaste rassemblement allant du Front National au Nouveau Centre, en passant par les Chasseurs et les ahuris gravitant autour du Vicomte de Villiers. Le PS, lui, n’hésite jamais non plus à recourir à ses propres fédérations de développement, comme le Parti Radical de Gauche, les Verts, le Parti Communiste et l’Extrême Gauche, même s’il entretient des relations plus conflictuelles avec les deux derniers. Oui nous parions que le deuxième reviendra lui manger dans la main si nécessaire.

 

Notons tout de même que les liens qui unissent les fédérations « satellites » aux deux principaux partis politiques français ne sont pas toujours aussi solides que les rapports entretenus entre la WWE et ses vassaux. Ce n’est pas Lionel Jospin qui nous dira le contraire, lui qui s’est pris en pleine gueule la révolte des « satellites » en 2002, ni Jacques Chirac, qui a souvent dû faire contre mauvaise fortune bon cœur, à l’époque où la droite française était fâchée avec sa principale fédération de développement, le Front National. Heureusement, l’élection de Nicolas Sarkozy a permis de réconcilier tout ce petit monde, même si le prix a payer en fut une cannibalisation presque totale du public (ainsi qu’une partie du roster) du partenaire d’extrême droite, le Front National, aujourd’hui sur le déclin.

 


On va vous passez ces racailles au karcher. Et si ça suffit pas, on a des transformateurs EDF.

 

 

Vous les savez toutes et tous, les personnages qui évoluent au sein de la WWE sont divisés en trois catégories bien distinctes : les « Faces » (les gentils), les « Heels » (les méchants) et les « Tweeners » (ceux qui se situent entre les deux catégories et semblent hésiter au moment de choisir le camp à rejoindre). Et comme dans la compagnie de Vince McMahon, rien n’est figé, il arrive à cette petite troupe de réaliser des «turns », les faisant passer de gentil à méchant et inversement. Le plus récent « heel turn » est celui de CM Punk : il était un catcheur straight edge, au profil de gendre idéal, plutôt sympa avec tout le monde et qu’on rêverait tous d’avoir à sa table un soir de réveillon ; il est devenu un catcheur straight edge, sorte de gendre honni, détestable avec son entourage, le genre de mec dont la présence suffit à vous gâcher un diner de noël.
Tous ce petit monde est ensuite équitablement réparti entre les trois branches de la fédération de Stanford.

 

La vie politique française n’est pas organisée autrement, même s’il faut opérer ici un distinguo important : lorsque la WWE réparti à peu près équitablement ses méchants et ses gentils dans ses trois principales branches, on préfère en France concentrer les personnalités au sein d’une même « brand ». Ainsi, les « heels » ont-ils choisi de se regrouper au sein de l’UMP, tandis que les « faces » ont préféré rejoindre le Parti Socialiste. Les « monster heels » (les méchants vraiment très méchants), se situent quant à eux en marge de la politique française, aux extrêmes, de gauche comme de droite. Enfin, autre singularité, les « tweeners » ont massivement adhéré au Modem et semblent en proie aux doutes au moment de parachever leur « turn », à l’instar de leur leader, François Bayrou, qui parait avoir du mal à assumer son passage vers le bon côté de la force. Ainsi, lors des dernières élections municipales, on a vu certains de ces tweeners (appelons les « les petits gris ») s’allier aux « faces », alors que quelques uns de leurs petits camarades préféraient la compagnie du camp des « heels » de l’UMP. Comme CM Punk en son temps, il va tout de même falloir choisir un jour.

 


Comme quoi on peut avoir une tête de heel bien fourbe et être le meilleur raconteur d’histoires auvergnates du monde!

 

 

Si nous sommes obligés de reconnaitre une inégale répartition des « heels » et des « faces » entre les branches nationales, nuançons tout de même notre propos : La définition de la frontière « gentils » / « méchants » n’est pas toujours aussi linéaire qu’il n’y parait. Il est en effet difficile d’éprouver de la sympathie pour Claude Bartolone ou George Frêche, et en cherchant bien, on doit certainement pouvoir trouver des gens bien à l’UMP.


Oui, par exemple.

 

 

Les « turns », eux, s’ils ne sont pas aussi fréquents en politique que dans le milieu du catch sont pourtant légion. Le meilleur et plus récent exemple de « turn » politique est bien évidemment celui d’Eric Besson qui en pleine campagne présidentielle à abandonné le camp des gentils pour rejoindre sans vergogne celui du monster heel Nicolas Sarkozy ! Souvenez-vous : alors que Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal s’affrontent en tête à tête, pour le titre à « Présidentielle 2007 », dans un combat sans disqualification où tous les coups sont permis, Besson, qui est dans le coin de Royal, lui administre une magistrale claque et vient grossir les rangs des Lumberjacks « heels » de son rival ! Il faut admettre qu’il a fait fort, tant les « turns » aussi violents et aussi radicaux sont rares en politique française. Ne reculant devant rien pour confirmer son « heel turn », il est depuis devenu l’un des personnages les plus honnis de la République, en acceptant la charge du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale… Mais ce triste personnage n’est pas le seul à avoir connu la tentation du turn. Martin Hirsch, Joyet, Fadela Amara, Kouchner ont eux aussi succombé à la tentation du pouvoir, et on sent bien que les Jack Lang, Claude Allègre, Michel Rocard et autres Manuel Valls n’auraient pas de gros problèmes à trahir leur camp à la moindre proposition de « main-event » émanant du camp d’en face…

 


Les blancs, les whites, les blancos, … c’est quand il n’y en a plus qu’un que cela pose des problèmes.

 

Autre spécificité de la vie politique française, il arrive que les « turns » s’effectuent au sein d’un même camp… Un peu comme si le Big Show trahissait Jericho, son partenaire de Tag Team, pour devenir encore plus méchant !
Ainsi en fut-il lors de l’élection présidentielle de 1995. Resituons un peu : Depuis 1993, Edouard Balladur, ami et partenaire de Tag Team de Jacques Chirac depuis plus de 30 ans est Premier Ministre de la France. Le contrat moral qui lie les deux hommes est clair. Tandis qu’Edouard gère les affaires courantes à Matignon, le Grand Jacques (oui, les hommes politiques ont également leur « ring names ») se prépare à prendre l’Elysée d’assaut pour accomplir son rêve présidentiel. Las, alors que Ballamou a toujours déclaré ne pas être intéressé par la charge suprême, il effectue un magnifique « turn » en 1995, en se déclarant candidat, entrainant derrière lui le plus gros du roster de l’UMP de l’époque (le RPR), dont un certain Nicolas Sarkozy. Résultat des courses, le « heel turn » d’Eddie avantagera son adversaire, lui conférant une image de « Face » qu’on ne lui connaissait pas. Et qu’on ne lui a plus jamais connu depuis.
Le « Grand Jacques » a eu beau jeu à l’époque de jouer l’ami fidèle mais trahi, oubliant certainement qu’il n’avait pas hésité lui-même à planter Giscard en 1981, pour offrir la victoire sur un plateau à son ennemi, l’éternel tweener François Mitterrand.

 


Je vous l’ai mis bien profond, quand j’étais au PS, hein?

 

 

Nous ne vous apprenons rien, les catcheurs de la WWE s’affrontent presque tous les jours de la semaine. Parfois dans des combats ordinaires et sans enjeu particulier, lors des shows hebdomadaires de ses trois principales « brands », parfois dans des matchs où un titre est en jeu, lors d’événements particuliers que l’on nomme « pay-per-view ». Parmi ces pay-per-view, Wrestlemania, The grandest stage of them all, est considéré comme le plus prestigieux et y participer est le rêve commun à tous les catcheurs professionnels.

 

La vie politique ne s’organise pas différemment, à ceci près que les affrontements sont essentiellement inter-brands, même si les socialistes ont tendance à remettre au goût du jour le combat intra-brand, ce qui fut longtemps l’apanage de la droite française et ce qui lui valut en son temps le titre peu honorifique de « droite la plus bête du monde » (car même majoritaire dans le pays, elle ne parvenait plus à s’imposer nationalement, payant plein pot le prix de ses divisions).

 


Certains personnages ont contribué plus que d’autres à ce titre de droite la plus bête du monde.

 

Si les politiques s’affrontent quotidiennement ou presque, et offrent à leur public de fabuleuses « promos » (le « mic skill » est également en politique une condition sine qua non pour se faire une place dans le haut de la carte), « les pay-per-view » sont également le théâtre privilégié de leurs affrontements. Sauf que les organisateurs de la vie politique française lui ont préféré le terme « élections », allez savoir pourquoi. Moins fréquentes que les PPV de la WWE, elles sont l’occasion pour les trois principales « brands » de la France (et leurs fédé satellites) de s’affronter violemment pour le gain de titres nationaux, municipaux, régionaux ou départementaux, dont la hiérarchie n’est pas sans rappeler celle des titres WWE (Champion du monde WWE, Champion du monde poids-lourd, Champion intercontinental, Champion des Etats-Unis). Et pour que la ressemblance soit parfaite ou presque, la France dispose également de son « Wrestlemania », nous parlons bien sûr de l’élection présidentielle, l’autre « Grandest stage of them all» que l’on organise désormais tous les cinq ans.

 


Et à l’occasion de laquelle, les storylines sont parfois abracadabrantesques!

 

 

Pour pimenter ses combats, la WWE aime innover et n’est pas avare en stipulations extravagantes. Match à l’échelle, en cage, TLC, … ce ne sont pas les types de combat qui manquent et il faut bien cela pour satisfaire les fans les plus blasés.
La vie politique française n’est pas en reste, et se plait également à organiser de subtiles variations lorsque ses membres s’affrontent. Le Parti Socialiste est d’ailleurs à la pointe de ce combat, et pousse parfois à l’extrême sa ressemblance avec la principale fédération de catch au monde. Ainsi, a-t-il décidé d’organiser un gigantesque « Money in The Bank » qui devrait se dérouler en 2011. En principe ouvert à tous les membres du PS et de ses fédérations satellites, le MITB de la gauche (qu’ils ont appelé « primaires », histoire que la ressemblance se voit moins), reprendra les principales dispositions de son grand frère catchesque : Celui ou celle qui s’emparera de la mallette à l’issue des « primaires » se verra offrir un contrat, qu’il ou elle pourra « casher » afin d’obtenir un combat pour le titre suprême. Subtilité : lorsque le contrat du MITB de la WWE peut être « cashé » à tout moment, celui de la mallette socialiste ne pourra l’être que lors de « Wrestlemania 2012 ».
Toujours au PS, souvenons-nous également du « Royal Rumble » organisé en 2008, lors du PPV « Congrès de Reims », qui avait vu la quasi-totalité du roster se foutre sur la gueule dans un grand bordel généralisé qui n’est pas sans rappeler les « rumbles » de la WWE. Ce PPV avait été une belle réussite mais le Parti de Jaures (le pauvre) n’en était pas à son coup d’essai puisque ce type de combat avait déjà été testé lors de « Congrès Rennes 1990 ».

 


L’affiche officielle de “Congrès de Reims 2008”

 

 

A droite, enfin, on préfère de loin les stipulations extrêmes. La feud la plus récente oppose le Champion WWE en titre, Nicolas Sarkozy à son éternel Challenger, Dominique de Villepin, dont la gimmick est proche de celle de Triple H à ses débuts. Le Champion a promis d’accrocher son opposant déjà reconnu coupable à un crochet de boucher ! Il devrait y avoir du sang sur le ring à l’issue du combat.
Mais il faut bien l’avouer, ce combat de Heels n’intéressent pas grand monde ; à l’instar d’un bon vieux Khali-Kane des familles, tout le monde s’en fout un peu.

 

La WWE, vous le savez, impose à ses catcheurs de respecter la kayfabe et de coller au mieux à la gimmick de leur personnage. Pour ceux qui l’ignoreraient encore, la « kayfabe » est la vie scénarisée d’un combattant, et sa « gimmick », les traits les plus caractéristiques de sa personnalité. Ainsi, Edge, présenté comme un catcheur un peu trouillard et opportuniste a longtemps été marié « kayfabe » à la douce et pulpeuse Vickie Guerreiro.

 


Et quand Jericho est agressé par un fan à la sortie d’un show, il ne brise pas la kayfabe et reste fidèle à sa gimmick.

 

 

Les politiques ont eux aussi une vie « kayfabe » à respecter et des gimmicks leur collant à la peau. Pour ne citer que trois exemples, François Mitterrand a pendant de très nombreuses années été le mari aimant et fidèle (kayfabe) de Danielle Mitterrand, bon père de famille, alors même qu’il partageait la vie d’Anne Pingeot et donnait le biberon à la petite Mazarine. De la même façon, en 2007, Nicolas Sarkozy a absolument tenu à ne pas briser la « kayfabe » et à faire croire, le temps de l’élection présidentielle, que Cecilia et lui formaient le couple le plus harmonieux du monde tandis que C. (oui, son nom nous émeut et on peine à l’écrire) rêvait en secret de son publicitaire installé à New York. Ségolène Royal, quant à elle a tenté en vain de nous faire croire pendant des années qu’on pouvait être heureuse en vivant en couple avec François Hollande.

 


Lassé de sa gimmick à la Hornswoggle, Sarkozy est prêt à tout pour passer pour un Big Man.

 

 

Côté gimmick, nos hommes politiques ne sont pas en reste : François Mitterrand a longtemps incarné le personnage d’un grand résistant de la première heure et Chirac celui du bon gars tâtant plus souvent qu’à son tour le cul des vaches au salon de l’agriculture, et amateur de tête de veau accompagnée d’une bonne Corona bien fraiche. Bref, on l’a souvent présenté comme une sorte de beauf inculte (sa gimmick), négligeant son tropisme pour la culture japonaise et sa vraie connaissance des arts premiers.

 


Vous feriez un magnifique sumo, vous savez?

 

 

On a en revanche plus de difficultés à cerner la gimmick de Nicolas Sarkozy, tant celui en change avec une facilité déconcertante. Tour à tour apôtre du libéralisme et pourfendeur du capitalisme mondial, nouveau riche colérique exhibant sans vergogne sa vulgarité naturelle, ses Ray-Bans, ses Rolex, sa femme et son atlantisme forcené ou homme sage et apaisé se contentant d’arborer de « discrètes » Patek Philippe au poignet et remisant au placard ses lunettes de soleil les plus ostentatoires, crétin inculte piétinant sans pitié la Princesse de Clèves ou intellectuel avisé se nourrissant entre deux avions et deux entreprises de sauvetage du monde des aventures de la famille Rougon Macquart (et non pas Roujon, cher Président…), défenseur des valeurs moisies de la droite la plus réactionnaire ou humaniste éclairé citant Jaures aussi facilement qu’on se laverait les mains en pleine épidémie de grippe A, … il est difficile de suivre l’évolution des gimmicks de cet omniprésident. Et comme à la WWE, cela nuit grandement à la crédibilité du personnage. D’ailleurs, lui-même s’y perd et est frappé d’un syndrome touchant quelques stars du catch : il confond storyline et réalité. Il est par exemple persuader d’avoir moralisé le capitalisme mondial, terrassé les paradis fiscaux et réussi à encadrer les bonus des traders !

 


Avant avoir voulu nous faire croire qu’il lisait des livres, Sarko a tenté de nous faire avaler qu’il en avait écrit un !

 

 

Si les gimmicks catchesques et politiques sont le plus souvent scénarisées, il arrive parfois que la storyline rejoigne la réalité. C’était par exemple le cas de JBL, présenté comme un millionnaire ayant triomphé dans le business, ce qui est vrai et c’est également celui de Triple H, mari de Stephanie McMahon à la ville comme à l’écran.
Cette confusion des genres n’est pas l’apanage de la WWE et on la retrouve au sein de la classe politique française. Par exemple, nous savons de source sûre que Frédéric Lefebvre est bel et bien ce petit roquet bas du front, agressif et aboyeur compulsif, dont la mauvaise foi n’a d’égale que la sale tronche qu’il promène de conférence de presse en conférence de presse. Croyez le ou non, mais ce mec est comme ça dans la vraie vie !

 


C’est marqué sur sa vilaine face, non?

 

 

Enfin, la classe politique hexagonale emprunte aussi très largement à la WWE certaines techniques de combat, parmi les moins avouables.
Ainsi en est-il du screwjob (à ne surtout pas confondre avec blowjob prise de préliminaires favorite de Bill Clinton, mais là on est hors-sujet). Spécialité de Montréal (Bret Hart et de l’Untertaker y furent tous deux floués par Vince McMahon), même si les USA ont également connu leur lot de screwjob (comme la défaite de Hulk Hogan contre André le Géant en 1988), ce vol caractérisé est également présent sur la scène politique tricolore.
Petit retour en arrière : Lors du PPV « Congrès de Reims », en 2008, le Royal Rumble socialiste touche à sa fin, et sur le ring, deux personnes se battent encore pour le titre de la brand rose : Martine Aubry et Ségolène Royal. Alors que les deux rivales semblent en mesure de l’emporter (Titine profitant d’une coalition de lumberjacks heels rodant aux alentours de l’arène pour faire jeu égal avec son adversaire du jour), La Diva Royal parait dans la soirée prendre le dessus sur sa rivale. C’était sans compter sur la fourberie de l’entourage de la fille Delors qui fomente un screwjob simple, mais toujours efficace au sein du PS : le bourrage d’urnes massif dans les fédérations du Nord de la France. 1, 2, 3, les urnes sont bourrées et Titine effectue le tombé sur une Ségolène Royal furieuse qui jure alors de prendre sa revanche à « Primaires 2011 » dans un rematch qui connaitra certainement quelques stipulations hardcores dont les socialistes ont le secret.

 


La prise de finition de Martine Aubry: le bourrage d’urnes.

 

 

La droite est aussi capable d’organiser ses propres screwjobs, même si elle manque parfois de discernement. Si, par exemple, l’arnaque a toujours été de mise dans le cinquième arrondissement de la ville de Paris, elle a fini par se retourner contre ses auteurs ; de la même façon, les pieds-nickelés qui ont divulgué les listings de l’affaire « Clearstream » se sont méchamment pris les pieds dans le tapis sans que l’on sache encore très bien à qui devait profiter le crime…

 


Même si on tout de même une petite idée.

 

 

Toujours dans le domaine des techniques un peu louches, il arrive parfois aux catcheurs peu regardants sur la manière d’arriver à leurs fins (façon un peu longue d’écrire « heel »), de tricher pour l’emporter sur l’adversaire. Le plus souvent, l’attention de l’arbitre est attirée vers un autre coin du ring, et le filou assène en traitre un violent coup illégal, mettant le plus souvent fin au combat. C’est une arme également assez répandue parmi les hommes politiques français. Rendons d’ailleurs ici hommage à François Mitterrand, auteur de « cheat kick » le plus spectaculaire de toute l’histoire de la Vème République.
Petit retour en arrière, nous sommes en mai 1988, Jacques Chirac et François Mitterrand s’affrontent une dernière fois avant « Elections Présidentielles 1998, Part II », et la tension est à son comble. Le Président sortant contre facilement les attaques de son adversaire en lui assénant régulièrement des petits « spears » aussi simples qu’efficaces (pendant tout le débat d’entre deux tours, il s’adressa à Jacques Chirac en lui servant du « monsieur le Premier Ministre », prenant un ascendant psychologique certain sur son adversaire), jusqu’au face à face fatal : Alors que Mitterrand accuse son adversaire d’avoir négocier le retour en Iran d’un gros vilain terroriste présumé (Gordji, interprète rattaché à l’ambassade d’Iran et dont se pose la question de l’implication dans les attentats ayant frappé la France en 1986), en l’échange d’une libération d’otages français, Chirac voit rouge et demande à son adversaire de lui confirmer « droit dans les yeux » la tenue d’une conversation allant dans ce sens entre les deux hommes. Avec la malice qui lui est coutumière, et « dans les yeux », François Mitterrand maintiendra son affirmation, laissant son adversaire au bord du KO. Le coup est parti « from out nowhere » et Chirac y pense encore aujourd’hui.

 


Oui, ce jour là, je n’ai pas eu envie de porter le chapeau(oui, on a osé)

 

 

Si François Mitterrand peut être, à l’instar d’un Hulk Hogan ou d’un Triple H, considéré comme l’un des tous meilleurs combattants de sa génération, notre honnêteté éditoriale nous pousse à conclure ce papier en rappelant certains de ses « botchs » les plus célèbres.
Une prise « botchée » signifie en langage catchesque une prise mal portée, un mouvement raté, pouvant ridiculiser son auteur, mais également faire très mal à son adversaire. Segolène Royal est elle-même une très grande botcheuse devant l’éternelle, mais sa bravitude sur le ring nous a fait perdre l’envie d’enfoncer le clou. D’autres que nous s’en chargent fort bien. Et alors que Clearstream nous parait aussi être un « botch » de tout premier ordre, nous rappellerons à nos lecteurs que le maitre en la matière s’appelait François Mitterrand qui, entre le faux attentat de l’Observatoire en 1954, l’affaire des irlandais de Vincennes en 1982, et l’affaire du Rainbow Warrior en 1985, a fait la preuve que l’on pouvait être une superstar de la politique française et rater de temps à autres son coup.
Mais ne fut ce pas là le prix à payer de sa formidable longévité sur les rings hexagonaux ? (non, Tsuru, on ne parle pas de ceux de la TNA).

 

 


Je tiens à remercier les Cahiers du Catch d’avoir réussi à faire un article de 25.000 signes sur la politique française sans évoquer, ni ma frigidité, ni la sécheresse pathologique de mon vagin. »

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