Catch

Fuckin’ Hell !

Là où l’homme aperçoit un tout petit peu d’ordre, il en suppose immédiatement beaucoup trop.
Francis Bacon

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où l’on va aujourd’hui essayer de faire un petit cours à propos du booking d’un PPV.

 


Notre Schtroumpf Grognon n’a pas trop apprécié le dernier PPV et tient à le faire savoir!

 

 

Analyse de Hell In The Cell du 4 octobre 2009.

 

Nous allons donc parler de Hell in a Cell, un PPV de la WWE qui est assez étrange et l’exemple même, à mon humble avis, d’un Pay Per View raté à cause de mauvais choix de booking. On a donc là une excellente occasion de comprendre pourquoi un événement de la WWE arrive à apparaître au final plus mauvais que l’ensemble des matchs qui le composent. Parce que c’est bien là le problème, on a un PPV composé de matchs plutôt bons mais qui a l’air au final tout pourri.

 


En dix ans, la WWE a fait 16 matchs, Hell in a Cell, pas tous bons, d’ailleurs. Ce soir, pour la peine, vous en aurez trois.

 

 

Raison numéro 1 : Un PPV basé sur la stipulation Hell in A Cell est une mauvaise idée.

 

S’il y a des milliers d’histoires à raconter dans un match de catch, je ne suis pas sûr qu’il en ait énormément en ce qui concerne ceux qui comprennent une stipulation comme Hell in a Cell. En organisant un PPV dédié à cette stipulation, la WWE s’est vraiment compliqué la vie parce qu’il fallait que les trois matchs basés sur ce gimmick soient tous différents les uns des autres. Le résultat final n’est pas trop mauvais, chaque match a développé sa propre histoire.

 

Celui de DX a insisté sur l’idée d’un homme enfermé à l’intérieur de la cage et de l’autre dehors. L’idée était bonne, pas trop mal exploitée même s’il y a à redire sur les détails (Visiblement, il est plus facile de trouver un coupe-boulon dans les vestiaires de la WWE que de trouver le type chargé de faire monter ou descendre la cage) et que le côté un peu grand-guignolesque de l’ensemble est le genre de truc qui divise le public.
Celui entre Orton et Cena, a joué la carte de l’intensité et de la psychologie des protagonistes et était OK.
Quant à celui de l’Undertaker et de CM Punk, disons, simplement qu’il se reposait sur le fait que CM Punk, dans la structure avait clairement le désavantage de jouer son match à l’extérieur pour prendre une métaphore footballistique.

 

 

 

Mais pour être efficaces, les gimmicks matchs doivent être rares, extraordinaires, même. Et, dans ce cas précis, la stipulation Hell in a Cell n’était pas toujours la meilleure pour les trois matchs qui la concernait. Le HiaC est un match qui doit, pour être crédible, terminer une feud qui a déjà duré très longtemps et pousser les deux forces en présence au plus haut niveau d’antagonisme (à ce niveau d’ailleurs le dernier Hell in a Cell proposé par la WWE entre Edge et l’Undertaker en était un exemple parfait puisque ces deux-là se disputaient le titre depuis près de neuf mois).

 

Or, pour être tout à fait honnête, ce n’était pas le cas pour la majorité des matchs proposés :

 

La rivalité entre CM Punk et l’Undertaker est bien trop récente, même l’épisode du Montreal Screwjob 2.0, ne pouvait pas rattraper le long build-up d’une feud sur plusieurs mois. La première confrontation de ces lutteur datait de l’apparition furtive du Deadman à Summerslam. Clairement, le match arrivait bien trop tôt dans leur antagonisme (c’est le deuxième match de leur feud) et la stipulation Hell in a Cell était dévalorisée par le fait que ce match n’est pas le juge de paix ultime qui met un terme à la feud car un rematch semble inévitable.

 

La rivalité Orton/Cena, au contraire, était suffisamment longue pour se prêter à ce genre de gimmick match mais il y avait deux obstacles pour que le match soit tout à fait légitime. Le premier, c’était que ce match, vu l’état du roster de RAW, risquait bien de ne pas être le dernier de la série. Le problème a finalement été éliminé avec l’annonce d’un Iron anything goes Match. Mais demeure le second, à savoir que le build-up de la feud n’a pas été fait correctement et n’a pas assez insisté sur tout ce qui opposait les deux hommes, en dehors de la lutte pour le titre. Alors que la WWE avait tout un tas de choses dans ses archives qui pouvait très facilement aider à améliorer le build-up de la feud. Côté titre enjeu : des images d’Orton effectuant le tombé sur Cena à Wrestlemania 24, des images d’Orton champion à Wrestlemania 25 à mettre en parallèle avec celles de Cena, lui aussi champion à l’issue de ce même événement. Pour accentuer le côté personnel des images d’Orton faisant un punt-kick dévastateur dans le crâne du père de John Cena, tout cela aurait dû être mis dans la balance pour ce match, en plus des images de leur match à Breaking Point.

 


En grand fan de Prison Break, Randy Orton s’est fait tatouer le chemin de sortie de la cage avant le match

 

 

Il n’y a donc finalement que la rivalité DX/Legacy qui justifie un Hell in a Cell. Elle dure depuis longtemps, depuis que la Legacy a joint ses forces à Orton pour mettre RAW au pas. Et encore, il faut pour cela, considérer que DX, tout juste reformé, ne peut se réduire qu’à Triple H et que Shawn Michaels, longtemps absent après Wrestlemania, n’a pas vraiment pris part à cette feud.

 

 

Raison numéro 2 : Il manquait de la couleur dans la cage.

 

Comment voulez-vous faire croire que la cage dans laquelle se déroule match soit « la structure de Satan », « une expérience dont on ne sort jamais indemne » (les expressions entre guillemets sont traduites approximativement du commentaire US) sans y mettre un peu de sang ? Je ne suis certainement pas un de ceux qui apprécient particulièrement ça mais dans le cas de cette stipulation, ça me semble nécessaire. Plus que n’importe quel autre match, Hell in a Cell, c’est la guerre, le point culminant de l’affrontement de deux hommes dans une structure qui n’a pas de pitié, c’est donc nécessairement de la sueur, des larmes et du sang …

 

Malheureusement, le match le plus intense, celui qui aurait nécessité le plus l’usage du blading, Cena-Orton n’a pas réussi, pour une raison ou pour une autre, à prendre le temps d’user de cet artifice. Et le rasoir 5 lames de John Cena a du quitter le ring plus vite que prévu …

 


La prochaine fois, je prendrai une machette histoire de faire encore moins discret…

 

 

Une opportunité manquée alors qu’elle était prévue, c’est un incident, ça arrive dans le catch, il ne faut jeter la pierre à personne pour ça, bien sûr, ni à Orton, ni à Cena. Par contre, l’opportunité de donner quand même un peu de « couleur » au PPV n’était pas perdue pour autant puisqu’il restait encore un match en cage après pour rattraper le coup. Et c’est là où je ne comprends pas pourquoi le match DX vs Legacy n’a pas saisi cette occasion.

 

 

Raison numéro 3 : La carte était complètement déséquilibrée.

 

Un Pay per view est censé refléter l’état de la fédération à un moment donné. Il aurait donc été logique que tous les shows y soient représentés d’une manière plus ou moins équivalente. Passons rapidement sur l’absence de la ECW qui est un problème finalement annexe. La WWE a raté avec la blessure de Tiffany une occasion en or d’expliquer avec le kayfabe l’absence d’un match et vu l’abus régulier de squash matchs en PPV en un an, inutile de s’indigner trop fort, on en a l’habitude.

 


La place de la ECW lors d’un PPV: allégorie

 

 

Le vrai problème est simple et arithmétique : sur les 8 matchs proposés, 3 des 4 premiers sont labellisés Smackdown pour un seul dans la deuxième moitié de la carte. Cela crée deux problèmes. Le premier est lié à la variété des commentateurs: avoir trop longtemps la même paire au commentaire, c’est lasser le spectateur. Le second, c’est que le message envoyé est clair: les matchs de Smackdown n’appartiennent pas au haut de la carte.

 

La rumeur dit que cette décision de surexposer RAW par rapport à Smackdown a été prise suite aux audiences de la semaine précédent le Pay Per View où, pour la première fois, RAW a été battu par un show que la WWE estime être un concurrent direct (à savoir l’émission hebdomadaire de l’UFC). Le message aurait donc été envoyé de mettre RAW clairement en avant par rapport à Smackdown. Le choix est contestable d’un pur point de vue marketing (puisque la formule du Guest Host a définitivement fait basculer RAW plus du côté Entertainment que du côté Sport) mais surtout il pénalise le Pay Per View.

 

 


Adding insult to injury : tenter un tombé et montrer ses fesses à son adversaire en un seul mouvement

 

 

Raison numéro 4 : La WWE a mis le mauvais type over.

 

Mettons les pieds dans le plat. CM Punk vs Undertaker à Breaking Point: 8 minutes; CM Punk vs Undertaker à Hell in a Cell: 10 minutes. Et l’Undertaker sort avec la ceinture de championnat? Sérieusement? Il faut dire les choses clairement: aussi bon qu’ait été l’Undertaker et aussi aimé qu’il soit du public, le Deadman n’est vraiment plus à l’apogée de sa carrière et le choix de lui donner la ceinture est plus que discutable, surtout s’il n’est plus capable de passer le cap du quart d’heure pour ses matchs. Si on ajoute à ça le fait que le palmarès de l’Undertaker est déjà bien rempli, on peut même légitimement se demander l’intérêt de lui donner le titre. CM Punk en a bien plus besoin que lui. Beaucoup d’arguments donc pour être dubitatif sur le choix de lui donner le titre.

 

De la même manière, la feud DX-Legacy a bien fonctionné mais le scénario global de la feud est un peu inconsistant. L’idée de départ c’est que Triple H rappelle HBK pour reformer DX car, à lui seul, n’arrive pas à venir à bout des deux chenapans acolytes de Randy Orton. La feud évolue, les combats se passent bien pour les deux: DX tient son rang et la Legacy impressionne par sa combativité et sa capacité à mettre DX en péril, surtout en réussissant à prendre l’avantage sur le maillon faible du groupe. L’angle est bon mais le souci, c’est que systématiquement ce maillon faible est Shawn Michaels, celui-là même qui fut appelé à la rescousse. Il aurait peut-être été plus judicieux d’alterner ce rôle entre les deux membres de l’équipe, ça aurait augmenté le crédit de la Legacy et pas vraiment entaché le prestige de l’équipe des faces. Un scénario identique où Triple H était dans la cage et HBK à l’extérieur aurait pu être au moins aussi efficace ou alors, si cette séquence était vraiment indispensable avec Triple H enfermé hors de la cage et booké dans le rôle du sauveur de DX, il aurait fallu le booker maillon faible la dernière fois.

 

 


Plutôt que de payer, Ted préfère se mater le PPV en crypté…

 

 

Sur deux de ces feuds, la WWE a fait le choix de ménager des superstars de son roster et n’a pas forcément osé entacher leur popularité en les faisant apparaître en trop grande difficulté. Compte-tenu de l’aura de ceux-ci auprès du public, de leurs carrières et de leurs futures plus que probables places de Hall Of Famer, c’était un luxe dont elle pouvait clairement se passer à moins de devoir ménager quelques égos.

 

Par contre, je ne souscris pas forcément à l’argument qui dit que la victoire de Kofi dans le Triple Threat était une mauvaise idée puisqu’elle a privé le Miz d’une victoire en PPV alors qu’il a gagné le titre le lendemain. La séquence de deux matchs permet de mettre over à peu près tout le monde: Jack Swagger reste un compétiteur dangereux puisqu’il n’a pas subi le tombé en PPV, Kofi, a terminé son règne avec une victoire en Pay Per View avant de s’incliner « clean » et le Miz a récupéré le titre. Chacun y trouve son compte.

 

 

Raison numéro 5 : Le flow du PPV était mauvais.

 

Un Pay Per View, c’est comme un repas: si on sert les desserts avant l’apéritif, même si tout est bon, ça a l’air raté. A peu de choses près et même si la comparaison est peut-être un peu grossière, c’est ce qu’a fait la WWE en commençant par le match pour le WHC. Il y a des règles et des astuces pour capter l’attention du public et l’amener jusqu’au Main Event, point culminant de la soirée. C’est en ne respectant pas ces règles que HiaC a réussi l’exploit d’être moins bon que les matchs qui le composaient (d’ailleurs, si certains d’entre vous n’ont vraiment rien à faire, ils peuvent s’amuser à regarder les matchs du PPV dans l’exact ordre inverse de celui imposé par la WWE, ils découvriront que l’ensemble obtenu est plus cohérent que celui de l’ordre initial).

 

Globalement, il y a 3 erreurs majeures dans le flow du PPV :

 

Jamais un match en cage n’aurait dû commencer le Pay Per View.

 

Pour commencer un show, il vaut toujours mieux débuter avec un match rythmé de midcarders, certainement pas un match dans une cage (et encore moins un match pour le titre). En effet, le premier match est censé « chauffer » le public. Il est donc maladroit de placer un match en cage pour commencer puisque ceux-ci racontent toujours tous une histoire qui va mettre davantage en exergue l’aspect «intensité» et «endurance» des lutteurs alors qu’il est plus aisément de jouer sur leur «vivacité» et leur «technicité» pour se mettre le public dans la poche.
En plus, placer des main-eventers en ouverture de rideau, c’est les mettre inutilement dans une position périlleuse où ils risquent d’user leur énergie et leur talent sur un public «à froid».

 

Les matchs en cage étaient placés dans un ordre contraire au bon sens:

 

Le main-event se focalise sur le match le plus important de la soirée, celui qui va laisser l’image finale pour le public; il faut donc se concentrer sur l’essentiel, éventuellement en terminant sur l’information la plus importante de la soirée, celle dont on va parler jusqu’au prochain show télé, un peu comme le cliffhanger à la fin d’un épisode de série télé.
La logique aurait donc voulu de choisir pour terminer le show par le match Cena/Orton pour au moins quatre raisons :
– Parce que c’est un match pour le titre.
– Parce que vu l’état de forme de l’Undertaker, c’est mieux de conclure avec un match long.
– Parce que c’est le match le plus important de RAW, celui qui a été promu en dernier avant le Pay Per View.
– Pour terminer, la popularité de Cena étant ce qu’elle est, inutile de s’inquiéter sur l’impératif de renvoyer les fans contents à la maison, de toute façon, le public sera partagé en deux camps.

 

Le match de l’Undertaker étant bref mais pas mauvais pour autant, le plus habile aurait peut-être été de l’insérer au milieu du Pay per View afin que son défaut soit atténué par le match précédent et le match suivant.

 

Le match DX/Legacy aurait donc été le plus en bas de la carte des trois et on aurait mis à profit sa conclusion tragique pour Cody Rhodes (départ sur une civière) en vendant sa blessure à l’antenne (annonce par les commentateurs de son transfert à l’hosto, etc …) et donc en accentuant le caractère impitoyable du gimmick Hell in a Cell sur lequel est basé le Pay Per View.

 


Tiens, Spanish, ça c’est pour avoir dit que je méritais pas le main-event.

 

Les matchs de profil inférieur n’étaient non plus placés de manière optimale.

 

Inutile de mentir, les confrontations Mickie James / Alicia Fox et R-Truth / Drew McIntyre sont des matchs « mineurs », qui bénéficient de moins de temps et servent autant à tester les capacités des rookies dans les conditions d’un Pay per View qu’à remplir le show. Ils permettent aussi au spectateur de prendre son « bathroom break » et d’aller dépenser son argent dans les stands mais ce n’est pas pour autant une raison pour les placer à n’importe quel moment. Insérer le match Drew McIntyre/R Truth si haut dans la carte, c’est un mauvais choix car rien ne le justifie. C’est le premier épisode réel d’une feud qui a été bien construite et le premier match «officiel» de McIntyre à la WWE mais il était placé beaucoup trop haut: le faire débuter en première partie de PPV aurait été plus efficace, surtout si dans les mois à venir McInytre est appelé à monter dans la carte, la progression aurait été tangible. A l’inverse, le match Mickie James/ Alicia Fox n’aurait pas souffert d’être plus haut dans la carte, car c’est un match pour un titre; un positionnement haut dans la carte aurait augmenté le prestige de la ceinture.

 

Typiquement, un tel ordre de matchs aurait constitué un Ppv bien plus cohérent tout en conservant la contrainte marketing de mettre RAW en valeur:

 

Morrison vs Ziggler
R-Truth vs Drew McIntyre
DX vs Legacy
JeriShow vs Rey Rey & Mysterio
Undertaker vs CM Punk
Triple Threat for the US Championship
Mickie James vs Alicia Fox
Orton/Cena

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