Catch

Aimons-nous survivants

Qui parle de vaincre? Ce qui compte c’est de survivre.
Rainer Maria Rilke

 

Ouf, on ne déplore pas de mort à l’issue des Survivor Series. Tout le monde a survécu, donc tout le monde a gagné!

 

 


Sauf que quand on est immortel, survivre s’apparente à une malédiction.

 

 

Analyse de Smackdown du 20 novembre et de Survivor Series

 

Il s’appelle Kakuma, il consulte notre site quand il en a le temps, il poste rarement mais à bon escient. Ce gentil lecteur nous a récemment signalé qu’il serait bien plus cohérent d’adopter un rythme Rawsmack et non Smackraw, c’est-à-dire traiter dans nos reviews hebdomadaires Raw puis Smackdown et non pas Smackdown puis Raw, comme nous l’avons fait jusqu’à présent. En effet, le modèle précédent nous obligeait, les weekends de pay-per-view, à commettre des nalyses tenant compte à la fois du Smack précédant le show dominical et le Raw le suivant. Prises entre la dernière phase du buildup du ppv (le Smack de vendredi) et le lancement des nouvelles aventures (le Raw de lundi), les reviews se retrouvaient un peu entre deux chaises. En plus, il semble que ceux qui regardent les shows sur les chaînes françaises se faisaient un peu spoiler. Bref, on fait comme Kakuma dit et on passe dorénavant au format Rawsmack: une review en ligne le weekend pour résumer la semaine, ç’a l’air cohérent. Avec des posts séparés pour les ppv. Ces précisions étant faites, voici donc un ultime relent du système précédent, avec cette nalyse bâtarde, qui jette un œil sur le dernier Smackdown en date avant de détailler avec appétit les Survivor Series de dimanche.

 

 


Hein?

 

 

Si quelqu’un comprend à quoi joue Vince McMahon à Smackdown, qu’il nous l’explique, parce que nous, on est largués. Grosso modo, le big boss passe son temps à donner à Teddy Long diverses instructions dont le larbin est forcé d’assumer seul l’entière responsabilité. Il y a quelques semaines, cette stratégie d’entreprise fort classique a valu au General Manager une balade dans sa propre limo customisée en corbillard par l’Undertaker. Cette fois, Vince avait ordonné la réunification des Brothers of Destruction pour un match contre Jerishow, avant de s’en laver les mains le soir du match venu. Sauf qu’on ne voit pas bien ce qu’il y avait de si terrible à booker ce combat, et pourquoi il était si important de voir le boss attribuer la paternité de l’idée à son esclave. Il y a sans doute des subtilités qui nous échappent.

 

 


Salut Vince, on est les Cahiers du Catch. Tu peux nous expliquer à quoi tu joues avec Teddy, là?

 

 

Peu importe, l’événement backstage essentiel de ce Smackdown fut bien sûr l’officialisation du retour en grâce (et non en grasse) de Vickie Guerrero, intronisée « consultante » de Smackdown (whatever the fuck that means), à la plus grande joie de la sémillante couguar (pour ceux qui lisent pas les hebdos d’actu, « cougar » est un récent concept dépeignant les femmes d’âge mûr qui se tapent des minets significativement plus jeunes qu’elles, comme Madonna, Demi Moore ou McO… aïe, aïe, non pas la tête, rhaaaa).

 

 


– Bon alors ma première décision en tant que consultante, c’est le relooking parce que ça va pas du tout là.
– Oh oh, pas si vite, on ne touche pas à ma veste fétiche, c’est elle que je portais quand j’ai emballé Linda en 1966.

 

 

Dieu sait quelles implications cette promotion aura pour le show et pour Eric Essssscobar, qui n’a pas grand-chose pour lui hormis une manière de prononcer son nom digne des méchants les plus caricaturaux des films de série Z. En attendant, les frères de la destruction les plus effrayants depuis les jumeaux Kaczynski ont livré à Jerishow une bataille correcte, mais déséquilibrée, du point de vue du booking, par la présence d’un Kane qui avait sa journée libre pour dimanche.

 

 


On en fait un peu beaucoup sur les fistons Sarkozy, non?

 

 

Le final fut relativement prévisible, avec le moins favori des trois participants au triple threat de dimanche, à savoir Jericho, debout au-dessus des géants assommés, puis piquant la ceinture tel un vulgaire Miz pour clore le show sur une image dont on se disait alors (et à raison), qu’elle n’avait guère de chances de se répéter dimanche.

 

 


Alors les morves gélatineuses, qui c’est le king of bling bling?

 

 

Et on avait bien raison. Dimanche venu, c’est comme prévu l’Undertaker qui a conservé son bien, profitant évidemment de la discorde plus qu’annoncée opposant ses adversaires. Ceux-ci avaient pourtant démarré par un travail d’équipe classique, mais y eut-il un seul spectateur surpris quand le Big Show finit par s’en prendre à Chris? Le combat ne restera pas dans les mémoires, en dépit d’un Jericho réjouissant de tonus et de morgue, et n’hésitant pas à porter une très belle souplesse depuis la troisième corde au Taker. Au commentaire, Stryker, au demeurant excellent, s’extasia: « Grands Dieux, avez-vous déjà vu quelqu’un porter une souplesse depuis la troisième corde à l’Undertaker? » Ben oui, gars, y a pas plus tard que y a pas longtemps, CM Punk l’a même fait deux fois. A sa décharge, Stryker ne bossait pas encore à Smackdown à l’époque, mais bon, on est assez éblouis par Chris comme ça sans que les annonceurs aient besoin d’en rajouter.

 

 


Lâche l’affaire Chris, le seul truc qui marche avec lui, c’est un coup de pieu dans le cœur.

 

 

Le finish, quelque peu botché, vit le Show assommer Y2J pour le compte mais préférer relever un Taker aux fraises pour un hypothétique chokeslam au lieu de faire simplement le tombé sur son partenaire. Etrange, peut-être avait-il été prévu que Jericho roule à l’extérieur du ring à la suite du coup de poing du géant? Quoi qu’il en soit, le Taker se démerda pour appliquer une fois de plus sa peu ragoûtante prise de finition, ce qui fit abandonner le mammouth après quelques secondes de résistance. Sur quelques gros plans rapidement coupés, on s’aperçut que le Taker avait la lèvre ouverte et avait saigné sur les bras du Show, striés de rouge. Nous qui pensions que le sang des morts-vivants était vert et gluant, comme dans les shoot-em-up…

 

 


Si ça peut saigner, c’est que ça peut être tué, se dit le Big Show avant de perdre conscience.

 

 

Le Taker semble en tout cas débarrassé pour un moment des champions par équipe, et tout porte à croire que son prochain challenger sera Batista. Car l’Animal s’est de son côté bien lâché sur son ex-meilleur pote… sous les vivats d’une foule aux anges. L’explication de cette liesse tient probablement en partie au fait que Batista vient de Washington, et qu’aux États-Unis, on sait recevoir un gars du coin quand il repasse au bercail. Mais il est également plus que probable que Rey-Rey, incarnation plus encore que Cena de la Kidz Era, irrite une bonne partie du public. On ne suivra pas les avinés de Washington là-dessus. Primo, Rey est un catcheur hors normes à la WWE, capable de mouvements extraordinaires sur à peu près n’importe quel adversaire, qu’il s’agisse d’une cible énorme comme tous les big men qu’il passe son temps à estourbir ou de gabarits plus modestes comme celui de Tyson Kidd, qu’il affronta vendredi dans un duel de voltigeurs plutôt sympa mais interrompu comme de juste par une intervention de Batista. Secundo, parce que Rey parle mal et parle donc peu. Pas de prêches relous à attendre de sa part, ou alors rarement. Il vient, il refile la grippe A à un gosse ou deux, il catche et il s’en va.

 

 


Ouais copain! Lance-moi encore plus haut!

 

 

N’empêche que Rey fut copieusement hué dimanche, notamment quand, grimpant sur le coin du ring, il imita la gestuelle d’Eddie Guerrero, à la fois dans un désir sincère de lui rendre hommage et de faire comprendre que c’est bien lui, et non le gros Dave, qui est le porteur de l’héritage du défunt Latino Heat. La foule, qui se souvient que le regretté Eddie était autant un catcheur de talent qu’un immense filou, n’apprécia guère de voir sa mémoire récupérée par ce boy-scout de Rey, et accueillit donc la suite — une série de Batista Bombs féroces — avec un rugissement de satisfaction. L’Animal n’eut même pas à se baisser pour faire le tombé, puisque l’arbitre arrêta le match, craignant probablement une redite du récent Sheamus-Noble. Haussant les épaules, Batista regarda quelques instants, de ce regard lourd et glauque qui lui va tellement mieux que la mine réjouie qu’il s’est longtemps forcé à adopter du temps de son face-run, les infirmiers tentant de reconstituer le puzzle en lequel Mysterio avait été transformé, avant de les virer du ring, de s’asseoir sur une chaise au-dessus de son ex quelques instants, avant d’enfoncer le clou et le Mex d’un Spinebuster écrasé sur ladite chaise. Evacuation de Rey sur civière et très probable absence longue durée du petit homme, sans doute opéré des genoux dans les jours à venir. Mission accomplie pour le bestiau.

 

 


Chez les catcheurs, les séances de psychanalyse se font toujours en public.

 

 

L’autre grand moment de ce Smack aurait dû être la dernière bataille entre Morrison et Ziggler, sous la forme d’un match Two of Three Falls qui plus est. Seulement, à force de rater sa chance (c’était son huitième title shot de suite pour le titre IC!), le bon Dolph avait fini par émousser notre intérêt, d’autant que la feud entre les deux hommes avait été particulièrement nulle, commençant par de risibles échanges de cour d’école et s’achevant par une absence éloquente de toute promo. Et comme ce n’était même pas le main event, on eut le droit seulement à un combat assez court de plus, certes agréable à suivre, mais assez répétitif au final. Logiquement, JoMo l’a emporté 2-1, reléguant du coup Zigzag à un rang subalterne dans la card, ce qui allait se confirmer dès dimanche.

 

 


– Dimanche?
– Manche! Haha, je t’ai encore niqué, Ziggles!

 

 

Car dimanche, dans le 5/5 des teams Morrison et Miz, Ziggler fut le premier éliminé, au bout de quelques minutes seulement. Il faut ici faire un court aparté. On spécule toujours énormément sur les matchs à élimination des Series, porteurs, suppose-t-on, de nombreux enseignements sur les semaines et les mois à venir. Ceux qui durent le plus longtemps sont promis à un push, tandis que les éliminés précoces peuvent s’attendre à être réduits à des dark matchs contre Funaki en Antarctique. S’il y a sans doute une justesse à ce raisonnement, il faut aussi avoir à l’esprit que booker un Elimination Match, c’est un peu la quadrature du cercle. Faire en sorte que les dix « look good » est presque impossible: certains doivent se coucher pour que d’autres puissent prendre la pose. Et il n’est pas rare que les grands vaincus des Series se refassent une santé un peu plus tard.

 

 


Super, à moi le titre WHC!

 

 

Il y a un an, aux Survivor Series 2008, le Great Khali avait ainsi fini les bras levés au ciel, au centre du ring, en tant que l’un des trois survivants de sa team de gentils. On sait ce qu’il est advenu de son année 2009… Dans ce même match (team Michaels contre team JBL), Morrison et Miz avaient été éliminés sans gloire, eux que l’on retrouve capitaines de leurs teams respectives cette année. Dans l’autre match des Series 2008 (team Orton contre team Batista), Kofi Kingston et surtout CM Punk, Champion WHC quelques mois plus tard, avaient été sortis sans gloire. Bref, n’enterrons pas trop vite les déçus de dimanche, ils ressortiront bien assez tôt de leur tombe. Et ne tirons pas de plans sur la comète à propos du push reçu par les vainqueurs du soir; qu’ils demandent à Khali ce qu’il en pense s’ils ont un doute.

 

 


Bonjour, c’est Josh Mathews, et je suis en compagnie de trois gros mythos qui vont aller feuder avec Tommy Dreamer à l’ECW d’ici un mois.

 

 

Le match enre les teams Morrison et Miz, donc, fut de bonne qualité, offrant notamment l’occasion à Bourne de montrer son talent et insistant assez lourdement sur les nouveaux venus des îles britanniques. Drew McIntyre et Sheamus réalisèrent ainsi deux pins chacun et finirent survivants, avec un Miz plus cocky que jamais. Ces trois hommes restèrent les derniers en lice, face à un Morrison qui se battit comme un beau diable mais finit par s’incliner sur un Razor’s Edge (ou quel que soit le nom que la WWE donne à présent à ce move) de Sheamus. Le gros regret, pour ce qui nous concerne, est d’avoir trop peu vu Shelton Benjamin dans ce combat, mais ça devient récurrent comme complainte…

 

 


Allez Shelty, ça suffit, ça fait trente secondes que t’es dans le ring, maintenant tu jobbes et tu rentres chez toi.

 

 

On pourrait faire également la grimace, à la suite de notre maître à penser Kevin Eck, concernant le fait que ce soit Sheamus, et non McIntyre, qui effectua le tombé sur Morrison. Il est vrai que, storylinement parlant, il eut été plus cohérent d’offrir cette victoire de prestige à Drew, qui est dans la même brand que Morrison et pourrait bien, maintenant que Dolph a reculé dans la carte, s’imposer comme un candidat naturel au titre IC du Guru Shaman of Sexy Greatness. Mais vu les développements ultérieurs à Raw, dont nous traiterons par ailleurs et plus tard, il fallait sans doute pusher Sheamus autant que possible…

 

 


Toujours un plaisir de revoir le clip Crucify d’Army of Lovers.

 

 

Autre feud joliment boostée à Smackdown, celle opposant CM Punk à R-Truth. Le punk n’est peut-être plus dans la title picture dans l’immédiat, mais la WWE a conscience de son exceptionnel mic-skill et de la profondeur de son personnage, c’est l’essentiel. Il a ainsi livré une promo ahurissante vendredi, avec un nouveau plaidoyer vibrant pour le straightedge way of life. Sans une once d’hésitation dans son discours, parfaitement juste dans ces mimiques, il réalisa un discours sublime qui le vit balancer à la poubelle l’équivalent de la consommation quotidienne d’Axl: une cartouche de clopes, un flacon d’antidépresseurs et une bouteille de whisky.

 

 


De moins en moins discrets, les revendeurs à la sauvette de Barbès.

 

 

En cette kidz era qui nous désole par son moralisme effréné, Punk fait une fois de plus imploser les codes en vigueur. Lui qui prône une vie saine et dénuée d’addictions néfastes apparaît comme un connard fini, tandis que les Faces qui l’affrontent, R-Truth prenant tant bien que mal la suite de Jeff Hardy dans cet exercice, n’ont à lui opposer que la faiblarde dialectique du libre-arbitre si cher à la psyché américaine. Entre le gars qui nous appelle à cesser de nous défoncer les poumons, le foie et le cerveau, et l’abruti qui lui casse la gueule pour ça en hurlant qu’on a tous le choix et que c’est ze trousse et nothing but the trousse, notre sympathie va indiscutablement au premier, quand bien même on est bien loin de suivre son exemple à la lettre.

 

 


T’es vraiment un boulet Punk, t’as toujours rien capté au tri sélectif hein? Allez, tu recommences pour la peine.

 

 

Le prolongement se trouva naturellement dimanche, avec un Punk requinqué puisqu’il compta parmi les deux derniers survivants de son équipe, avec bien sûr l’impeccable Randy Orton. Auparavant, on avait eu droit à deux segments sympas, chacune des deux équipes se préparant dans le vestiaire. Naturellement, les Faces étaient bon esprit et rigolards, et on s’est d’ailleurs marrés de bon cœur sur cette séquence qui vit Christian, seul Blanc de sa team, feindre le malaise puisqu’il était le seul… membre de l’ECW (tu m’étonnes que ça fout la honte) puis parce qu’il était le seul… Canadien (encore pire) avant de nous rappeler les grandes heures d’Edge & Christian d’un rap nawakesque.

 

 


Ouais ouais, essayez pas de me la faire à l’envers hein! Pourquoi je suis le seul à pas avoir eu le tshirt corporate, bordel? Y a discrimination, là!

 

 

Dans le vestiaire d’en face, les mines étaient aussi grises que dans celui des Irlandais au Stade de France. Punk n’était plus champion WHC, Regal n’était toujours pas champion ECW, Rhodes et DiBiase avaient plusieurs fois failli dans leur rôle de chiens de garde et Orton lui-même, comme le lui rappela Punk (le seul à lui tenir tête, indication supplémentaire de son retour en grâce), n’avait pas franchement brillé ces derniers temps. Captain Randy parvint tout de même à rassembler tout le monde sur le thème « OK, on a été des gros losers ces derniers temps, mas puisons-y la force nécessaire pour renverser la tendance ». Pas con.

 

 


– C’est bien compris les gars ? Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts.
– Heu moi j’ai pris un World’s Strongest Slam l’autre jour, ça ne m’a pas tué mais ça m’a pas rendu plus fort non plus.
– Cody… ta gueule.

 

 

Le match fut très sympa à suivre, avec notamment deux pins réalisés par Orton dont un quasi immédiat sur Mark Henry, le GTS que R-Truth cherchait depuis un bail, et une perf notable de Cody Rhodes, qui résista longtemps seul dans le ring avant de scorer un pin bienvenu sur MVP. L’empoignade se termina par l’apogée du push kingstonien: seul face à deux gars qui étaient, il y a encore quelques semaines, champion WWE et champion WHC, le néo-Ghanéen s’en sortit bien mieux que Morrison dans une situation comparable un peu plus tôt dans la soirée, et parvint, dans un final bluffant, à pinner à quelques secondes d’intervalle CM Punk puis Randy Orton, accouru dans le ring pour mieux se manger un Trouble un Paradise qui sembla bien stiff.

 

 


Les voix dans la tête de Randy disent « Aie-heu! Mais ça va pas ou quoi, ça fait super mal! »

 

 

Le message des deux matchs masculins à 5 contre 5 est clair: les djeunzes sont prêts. Kofi a scintillé comme jamais, mais Morrison, McIntyre, Miz, Sheamus, Rhodes et évidemment les déjà bien établis Orton et Punk ont tous, à des degrés divers, été bookés costauds. Même Evan Bourne a eu son instant de gloire. Tous ces gars-là ont en commun un âge encore tendre (Sheamus, le plus vieux du lot, a 31 ans) et confirment rapidement leurs bonnes dispositions. Et cela, alors que DiBiase, Ziggler et Swagger n’ont fait que passer sur ce coup-là. On l’a dit tout à l’heure: qui rit aux Series pourrait bien pleurer l’année suivante. Mais il n’empêche: au-delà des individus, c’est une salutaire tendance au rajeunissement des cadres que l’on constate dans l’upper midcard.

 

 


Allégorie du passage de relais des générations à la WWE.

 

 

Mais au niveau du main event, on n’est pas encore là. Les chiffres sont parlants. L’âge moyen des participants au Triple Threat du WHC était de 40 ans. Celui des gars du Triple Threat du championnat WWE était de 38 ans et demi. Maintenant, prenons l’âge moyen des cinq membres de la Team Miz, celle qui a compté au final trois survivants: 27 ans et demi. Team Orton: 30 ans et demi (27 et demi si on enlève les 41 ans de Regal). Team Kingston: 34 ans et demi. Team Morrison: un peu plus de 35 ans (un peu plus de 31 ans une fois décomptés les 51 ans de Finlay). Evidemment, ce n’est qu’un instantané, car il y a peu on avait au niveau du main event Cena contre Orton et Jeff Hardy contre Punk. Mais on peut quand même deviner comme un frémissement de renouvellement des générations.

 

 


D’autant que les messages subliminaux ne trompent pas.

 

 

Les grands anciens ont toujours un appétit aiguisé, en tout cas, comme l’ont illustré les deux sbires de DX dans un match qui, à la surprise générale, fut probablement le meilleur de la soirée. Il le doit avant tout à un booking inspiré. Alors qu’on craignait le pire, après un buildup j’m’en foutiste, les deux DX semblant se moquer un peu du titre et les trois gladiateurs étant pris dans les rets hornswoggliens, on connut dès le départ un grand soulagement: les trois hommes sont dans le ring, les DX toisent Cena, coup de gong, Sweet Chin Music sur Triple H. Tronche éberluée de Cena, visage de marbre de HBK, entame parfaite.

 

 


John Cena vient de voir Shawn frapper son ami. C’est toute sa vision du monde qui vacille.

 

 

Des Superkicks, Hunter allait s’en bouffer deux autres dans le courant d’un match rapide et plutôt bien pensé. Evidemment, comme l’a rappelé Silvernights dans son récent plaidoyer pour les Faces, les gentils sont statutairement forcés de placer tous leurs signature moves dans chacun de leurs matchs. C’est pourquoi on attendit patiemment que ça se décante, c’est-à-dire que Trips fasse ses trois ou quatre prises habituelles, de même que Cena et que Shawn. Mais ce ne fut pas trop irritant, dans la mesure où ces passages obligés sont survenus dans un joyeux désordre et, pour certains, se sont répétés à des moments inattendus. Plusieurs nearfalls (dont l’instant où après avoir sweetchinmusiqué Cena, Michaels en fit de même avec Hunter, qui retomba si bien sur le M arine que l’arbitre dut faire un décompte) et nea-abandons crédibles, dont un beau Crossface de Shawn sur Cena.

 

 


Chris Benoit REPRESENT!

 

 

C’est finalement le Champion qui aura le dernier mot, en empliant comme à son habitude ses adversaire à force d’Attitude Adjustments, et on ne s’en plaindra pas spécialement. Comme le rappelle Kevin Eck, encore lui, ça faisait cinq pay-per-view de suite qu’au moins l’un des deux titres suprêmes changeait de mains. Un peu de stabilité ne fera pas de mal, les titres finissaient par être dévalués à force de règnes très courts.

 

 


Hop, je vais rester comme ça sans bouger jusqu’au prochain ppv.

 

 

On termine par la polémique de la semaine, qui entoure le segment de Smackdown dans lequel une Michelle McCool plutôt sexy en farmgirl next door (si l’on peut dire), chantait avec entrain « Old McDonald » sur un montage représentant Mickie (pardon, Piggy) James en truie. Ce chef d’œuvre de l’animation du XXIème siècle fut diffusé sur le titantron à l’issue de la victoire de Mickie sur une Layla qui semblait se foutre éperdument de sa défaite, tant elle attendait avec impatience de voir James humiliée par cette séquence démoniaque.

 

 


Prête à voir ta sextape dans la porcherie, grosse cochonne?

 

 

Alors on connaissait le blading, cette technique consistant à se couper discrètement à l’arcade sourcilière pour saigner comme un goret, mais on ignorait que les stars de la WWE maîtrisaient si bien l’art de se faire pleurer à grosses gouttes, sans doute emprunté aux techniques de pointe en cours à Hollywood et dans les talkshows de la télé ricaine. Mickie fondit en tout cas en larmes en se voyant ainsi impitoyablement caricaturée.

 

 


Du danger d’afficher ses photos de fin de soirée sur Facebook.

 

 

La polémique, c’est qu’une jeune femme d’une corpulence tout à fait normale comme Mickie James, par ailleurs sportive émérite comme elle le démontre à chaque combat, soit moquée pour son embonpoint présumé par une rivale à la maigreur quasi-anorexique. Si une Mickie James doit être considérée comme exagérément grosse, la seule issue pour des millions d’adolescentes dans le monde est donc une plongée immédiate dans les joies de la grève de la faim, lit-on aujourd’hui sur un certain nombre de sites. Même si les paroles offensantes sont le fait d’une heel, et qu’elles n’expriment donc pas la voix du bien mais celle du mal, argue-t-on, le message n’en porte pas moins.

 

 


Dans la série les grandes citations du cinéma, je demande Je vous ai moins bien réussie que le porc.

 

 

De notre côté, franchement, on trouve qu’il n’y a pas de quoi s’offusquer. Interpréter les « messages » de la WWE est de toute façon une activité à haut risque. Si on va par là, la promo, le même soir, de CM Punk, est bien plus dérangeante. Et puis, voilà des années que la WWE met en avant des Divas avant tout recrutées sur leurs mensurations de top models. Dans sa description de ses éléments féminins, la fédé met toujours « Sexy » avant « Smart » et « Powerful », et ça correspond tout à fait à la réalité du produit. Suffit d’ailleurs de lire, entre autres innombrables exemples, les commentaires de nos lecteurs relatifs à Kelly Kelly dans le concours de popularité. L’image de la femme avancée par la WWE est clairement celle d’une « Eye Candy » avant toute chose. D’ailleurs, le terrible clash d’Edge sur Vickie Guerrero au moment de leur « divorce » in ring était bien plus violent (si vous avez un moment, vous pouvez relire nos cris d’orfraie de l’époque ici). Les Divas ont des storylines pourries (quand elles en ont), elles ne sont presque jamais désignées par leur nom mais uniquement par leur prénom, comme des Playboy Bunnies, et on les habille à toute occasion de façon « sexy ». Si la Kids Era a remisé les Bra and Panties matchs au placard, ce n’est tout de même pas l’occasion de se rincer l’œil qui manque quand les filles débarquent, notamment dans les gimmick matchs impulsés par tel ou tel guest host lubrique de Raw. Dans cet univers-là, il est plus que cohérent qu’une heel — qui plus est une top heel qui ne suscite pas autant de heat qu’elle devrait, comme McCool — traite une adversaire un peu moins émaciée de grosse truie. Allez, un segment la semaine prochaine où des filles et des gars consoleront James sur le thème « Mickie t’es la plus jolie », et il n’y paraîtra plus.

 

 


And that’s the bottom line.

 

 

Ce segment avait en tout cas atteint son but immédiat en attisant la curiosité autour du match féminin des Series. Curiosité moyennement récompensée: le match fut moyen, avec des éliminations très rapides et un final qui mit certes en présence Mickie et Michelle, mais sembla les préserver pour un prochain Title match. C’est Melina qui se chargea d’étaler McCool pour le compte, dans un 5 contre 5 qui, finalement, ne fait pas du tout avancer les storylines et ne bouscule pas les statuts établis.

 

 


Rhaa! Arrête de rentrer ton bide quand je te tape dessus!

 

 

Il en va des épisodes du grand feuilleton de la WWE comme de ceux d’une série qu’on suit assidûment. Certains sont excellents, et restent longtemps en mémoire. D’autres sont médiocres et nous donnent l’impression d’avoir perdu notre temps. Mais la plupart sont juste solides, cohérents et agréables, sans nous bouleverser pour autant. Ce fut le cas de ce Survivor Series qui manqua globalement de folie mais ne commit pas d’erreurs majeures et nous donne à cogiter pour la suite des événements. Ou alors c’est nous qui, anesthésiés par des relents de bamba triste, avons égaré notre sens critique. A vous de nous le dire!

 

 


Dorénavant, les reviews se feront sur un rythme Rawsmack: Kakuma ne touche plus terre.

47 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut