Catch

Il faut sauver le soldat Kozlov

Le roman est l'art de créer un homme, la biographie l'art de le ressusciter.

Benjamin Jarnés


Les Cahiers du Catch lancent aujourd’hui un nouveau format d’article: le portrait de catcheur à la mode de chez nous. Gimmick, technique in ring et palmarès, vraie vie, storylines et feuds marquantes… tout ou presque passe au laser de notre analyse aussi conceptuelle que pointue (ouais, au diable la fausse modestie, on a envie de se la péter comme Jericho).

 

Et pour commencer la série, c’est avec un plaisir que nous dissimulons difficilement que nous braquons nos projecteurs sur Oleg Alexandrovitch Prudius aka Vladimir Kozlov, celui qui répond au doux surnom de "Moscow Mauler" (le tabasseur de Moscou) sur les rings de la WWE. C'est notre façon de rendre hommage à un des nominés et prétendants sérieux à la Ceinture de Plomb.

 

 

I demand better hagiographe!

 

 

Biographie non autorisée de Vladimir Kozlov

 

Le choix de Vlady vous paraîtra peut être incongru ("Après tout, pourquoi ne commencent-ils pas par un CM Punk, un Triple H, un Randy Orton ou un Chris Jericho, un de ceux dont ils nous chantent les louanges et la geste semaine après semaine à la manière des troubadours d’antan?"), mais il s’explique d’une part par notre goût pour le jobber à tête sympa et d’autre part par une sorte de défi lancé par un de nos lecteurs, fan de Kozlov devant l’éternel. Qu’on se le dise, la démocratie éditoriale participative n’est pas un vain mot pour la rédaction des Cahiers du Catch.

 

 

C'est lui qui nous a tout appris.

 

 

Vladimir Kozlov, un Ukrainien russifié par la WWE

 

Comme la plupart des catcheurs, ce grand gaillard de 1,97m pour 137Kgs (mensurations kayfabe) né le 27 avril 1972 en Ukraine est un athlète accompli. Mais à la différence de certains de ses petits camarades, lorsque la WWE le signe en 2006, il n’est pas encore catcheur mais excelle dans de nombreux sports de combat, comme le judo, le kickboxing et surtout le sambo, art martial mis au point par quelques vétérans de l’armée soviétique dans les années 1930. Si cette technique a bien été développée par l’Armée Rouge, elle a fini par sortir des casernes et des camps d’entraînement pour devenir une discipline sportive à part entière.

 

Parmi les sambistes les plus célèbres, citons la brutasse intersidérale Fedor Emelianenko (l’un des plus grands champions de MMA de tous les temps), ainsi qu’un certain Vladimir Poutine, dont on connaît l’attrait pour le judo (il est ceinture noire) mais qui a également obtenu en 1973 le titre de "maîtres es sports" en sambo et qui a institué en 2006 une "Coupe du Président de la Fédération de Russie" attribuée aux meilleures équipes de sambo du pays. Ce sport de combat, mélange et judo et de lutte, fait la part belle aux immobilisations, aux clés de jambe et aux projections spectaculaires, ce qui doit vous rappeler vaguement quelque chose…

 

Sportif multi-tâches, notre ami Vlady (Kozlov, pas Poutine) est également (apparemment, car l'info est difficile à vérifier) international de football américain pour le compte de l’Ukraine, son pays d’origine, ce qui est d’ailleurs la source d’une de ces petites incohérences dont la WWE a le secret: booké russe, sûrement pour ne pas troubler l’Américain moyen qui ne connaît le plus souvent que quatre pays (les USA, l’Europe, l’Irak et l’URSS), son profil sur le site officiel de la WWE annonce pourtant qu’il est international ukrainien (son accent en russe ne laisse d'ailleurs pas de trace au doute…). Peut-être les rédacteurs ont-ils cru avoir affaire à une division régionale, allez savoir…

 

 

Sambo, art martial d'origine russe, indispensable pour apprendre à jobber à l'ECW.

 

 

Une carrière pour le moment vierge de tout titre

 

Avec une telle gueule et un tel gabarit, le jeune Oleg, qui a tâté du théâtre dans ses jeunes années (il a notamment tenu le rôle d’Athos dans une mise en scène des Trois Mousquetaires à l’Université d’Ukraine, à Kiev, si si, Athos, le sombre héros romantique), a d’abord attiré l’attention des réalisateurs russes, qui l’utilisent en tant que figurant dans un certain nombre de films locaux. Les Américains en feront de même quand le bestiau déménagera en Californie au début des années 2000. On peut paraît-il apercevoir sa trogne patibulaire dans la 25ème Heure de Spike Lee et dans la série The Wire, pas les pires œuvres qui soient. Dans le même temps, il cartonne dans les compétitions ricaines de sambo et de kickboxing.

 

C’est en 2006 que la WWE lui met le grappin dessus. Impressionnée par son physique hors normes et par sa maitrise de plusieurs arts martiaux, elle lui fait alors signer un contrat de développement dans l’une de ses fédérations satellites, la Deep South Valley, où il effectue ses débuts le 7 avril 2006. Conscients du potentiel de la brute russophone, les bookers de la WWE commencent à utiliser Kozlov dans quelques house-shows (matchs non télévisés) et lui offrent même à la fin de l’année 2006 quelques apparitions à l'ECW et à Raw. D’abord booké comme un face (eh oui!) fier de vivre en Amérique et fan inconditionnel de la WWE, il amorce dès ses débuts un subtil turn le conduisant tout naturellement vers ce statut de heel que nous lui connaissons aujourd’hui et qui lui sied bien mieux à notre goût. Il affirme alors à qui veut l’entendre que tous ces clowns qui combattent le lundi soir, il se les prend un par un voire deux par deux. Mais comme bien souvent à la WWE, Vlady est rapidement renvoyé à ses études et repart en formation, cette fois ci à l’Ohio Valley Wrestling où il répète ses gammes de juillet 2007 à mars 2008 et où il glane son unique titre à ce jour: celui de champion poids lourds OVH, en se défaisant de Paul Burchill.

 

Enfin convié à se frotter à la crème des superstars, il fait une entrée fracassante à SmackDown, le 4 avril 2008, pour y massacrer un jobber. C’est dans une salle plongée dans le noir et sans musique que Kozlov se dirige vers le ring, une simple poursuite accompagnant son pas lourd le long de la rampe d’accès, sans qu’aucune image ne soit diffusée sur le titantron. Flippant. La couleur est clairement annoncée, Kozlov n’est pas là pour rigoler mais pour faire mal et pour terroriser. C’est d’ailleurs en fanfare que sa carrière commence puisque pendant dix longs mois, il reste invaincu en un-contre-un, hors disqualification, ce qui constitue une période étonnamment longue pour la WWE et son rythme effréné. Ainsi gagne-t-il très facilement ses premiers combats face à des low-carders comme Funaki, Jimmy Wang Yang, Domino et autres Jamie Noble, à tel point qu’il réclame très vite une opposition plus consistante (le fameux "I demand better competition!").

 

Doté d’un Titantron effrayant et d’un thème d’entrée glaucos annonçant, en russe, "Je t’apporte la douleur", il se pose en candidat naturel au titre de champion WWE, alors détenu par Triple H et convoité par Jeff Hardy. Après avoir plusieurs fois démoli les deux Faces, il connaît finalement les honneurs d’un pay-per-view le 23 novembre 2008 à Survivor Series, dans un Triple Threat contre Hardy et Triple H. Jeff ayant été attaqué à son hôtel au préalable, Vickie Guerrero en profite pour incruster Edge dans le mix et l’Ultimate Opportiunist se fait un plaisir de chiper le titre au nez et à la barbe de tout le monde. Ce match, généralement considéré comme atrocement booké, suscitera nombre de critiques à l’égard de Kozlov, considéré trop lent et boring et dans le ring… Il aura une chance de se refaire le 14 décembre, à Armageddon où il affronte Matt Hardy, le champion ECW de l’époque. Kozlov remporte le combat (sans que la ceinture ne soit en jeu) et semble se relancer pour l’avenir. 2009 sera-t-elle son année? En tout cas, il gagne le Slammy de "Breakout Superstar of the Year". Devant Kofi Kingston, Evan Bourne et Ted DiBiase, excusez du peu.

 

 

– On est peut être un peu durs avec Vlady, il a gagné un Slammy en 2008.

– Peut être mais cette année, c'est à la Ceinture à la Plomb qu'il est nominé.

– Lol, t'as raison, c'est un gros tocard.

 

 

Mais alors que les suiveurs de la WWE attendent beaucoup de Kozlov ou du moins estiment que son ascension dans la carte est écrite et qu’il sera bientôt un main-eventer solide et habitué à fréquenter les PPV du dimanche soir, le début de 2009 le voit entamer une descente inéluctable. Au Royal Rumble, il entre en sixième position et vire rapidement du ring le Great Khali, MVP et Carlito, avant que Triple H ne le dégage à son tour. Mais il subit son premier tombé le 15 février à No Way Out, lors de l’Elimination Chamber Match de Smackdown pour le titre WWE. On a alors un premier indice patent de sa disgrâce future: invaincu jusqu’ici, on prévoyait que son élimination serait due aux efforts combinés de plusieurs adversaires, afin de préserver son aura de monster heel. Or il s’incline sans briller sur un Last Ride de l’Undertaker. Les semaines suivantes, les annonceurs continuent de le présenter comme « Invaincu en combat singulier », mais ça ne durera pas. Wrestlemania approche et Kozlov sera sacrifié sur l’autel du buildup de la feud Michaels-Undertaker.

 

 

Mais le pire était à venir…

 

 

Il proclame d’abord, comme tant d’autres avant lui, qu’il souhaite être le premier à vaincre le Taker à Mania. Le 27 février, il décroche la plus grosse victoire de sa carrière, mais ce ne sera qu’un trompe-l’œil : en contrant un Old School du Taker en powerslam, il fait le pin sur le Deadman. On croit qu’il a le vent en poupe, mais c'est en fait son chant du cygne… Pour avoir l’honneur de se coltiner le cadavre ambulant à Wrestlemania, il doit d’abord gagner une sorte de demi-finale face à Shawn Michaels, qui vient de s’extirper de sa storyline avec JBL. Le 2 mars, Kozlov débarque donc à Raw, où il connaît sa première défaite clean en individuel, sur le classique combo descente du coude / Sweet Chin Music de Michaels. On ne le sait pas encore, mais c’est pour lui la fin des haricots. Le 13 mars, le Taker prend sa revanche à Smackdown en lui infligeant sa deuxième défaite en dix jours, après des mois d’invincibilité. Et une semaine plus tard, il jobbe contre Triple H… Son push est fini et la draft du 13 avril l’entérine : il est envoyé à l’ECW où il croupit depuis dans un relatif anonymat.

 

 

Relatif anonymat, allégorie.

 

 

Ce temps où Kozlov écrasait tout sur son passage semble bien loin. S’il forme par la suite avec William Regal et Ezekiel Jackson une stable heel assez sympa, plus personne n’envisage sérieusement Kozlov comme un légitime prétendant à quelque titre que ce soit et, plus inquiétant encore, il disparaît complètement de la carte des PPV. Pire, il est relégué très loin dans la catégorie dans laquelle il combat: celle des "squasheurs" bêtes et méchants. En effet, les deux newbies Drew McIntyre et Sheamus lui sont clairement passés devant et ont démontré sur le ring et en dehors des aptitudes que le tabasseur de Moscou n’aura sans doute jamais. Si ces deux-là se sont très rapidement imposés et connaissent aujourd’hui les honneurs des PPV et des titres, Kozlov se dirige lentement mais sûrement vers une carrière de jobber condamné, au pire, aux seconds rôles à l’ECW et au mieux à une peu valorisante position de faire-valoir, de chair à canon pour prétendants aux titres si d’aventure Vince McMahon décide de le faire revenir à SmackDown ou Raw.

 

 

Oui, qu'il revienne vite à Raw, j'ai besoin d'adversaires crédibles.

 

 

Le colosse ukrainien semble ne s’être jamais vraiment remis de sa première défaite en individuel contre HBK et il assez amusant de relire ce qu’il se disait sur les forums à son propos il y a un an et de remettre dans le contexte d’aujourd’hui les interrogations de l’époque. Il s’agissait en effet de savoir si Kozlov s’emparerait de la ceinture WWE plutôt à la fin de l’année 2008 (n’est-ce pas Priceless?) ou plutôt au début de l’année 2009, éventuellement à Wrestlemania XXV que quelques-uns imaginaient être le théâtre du sacre de l’Ukrainien… Résultat, Kozlov n’a participé à WM qu’en tant que lumberjack dans le match d’unification des ceintures par équipes (match même pas télévisé) et n’a plus été vu en action à un PPV depuis. Voir en lui un potentiel champion WWE semble aujourd’hui aussi crédible que d’imaginer Hornswoggle bodyslammer le Big Show.

 

 

Hey, il a l'air petit comme ça, mais il est super balaise, hein!

 

 

Get in the ring, motherfucka’ !

 

Alors, what the fuck s’est-il passé? Si le micskill plutôt rudimentaire de Kozlov (du moins ce que l’on en connaît vu qu’il n’a le droit que d’aboyer en russe alors que son passé d’acteur permet de rêver d’autre chose) est forcément de nature à freiner sa progression au sein de la WWE, la faiblesse de son arsenal de prises — la pauvreté de son move set, comme on dit quand on tient absolument à utiliser un terme anglais imbitable pour le plus grand nombre —, son style in ring ou plutôt son absence de style, semblent l’avoir durement handicapé et pourraient expliquer sa violente dégringolade. Il est d’ailleurs assez étonnant, voire frustrant, de voir un catcheur comme lui, maîtrisant de nombreuses techniques de combat (judo, sambo, kickboxing), se limiter à un catch tout en puissance et presque uniquement axé sur la force physique. Pas étonnant dans ces conditions de le voir confiné à un rôle de destructeur de jobbers. Ses prises de finition sont d’ailleurs assez parlantes: le Russian Drive n’est qu’un chokeslam doublé d’un spinebuster et le Russian Crash, un simple mais violent coup de boule dans l’abdomen… C’est peu, bien peu pour quelqu’un que l’on se plait à présenter comme étant le «maitre du sambo» et que l’on trimbale en kimono plus souvent qu’à son tour. A tel point qu’il pourrait être légitime de se demander si les bookers ne brident pas volontairement la technique in ring de Kozlov… Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’affirmer qu’il est complètement à la ramasse sur un ring. Il fait correctement ce qu’on lui demande de faire mais on a bien du mal à deviner dans cette grosse brute assez lente un habitué des tatamis et des rings de kickboxing, et ce d’autant plus que le sambo est connu pour ses multiples prises et son caractère spectaculaire.

 

 

Par contre, il fait super bien l'orang-outan!

 

 

Give him a gimmick

 

La gimmick de Kozlov a assez peu évolué depuis ses débuts à la WWE. L’équipe de Vince s’est dans un premier temps contentée de le présenter comme une brute sanguinaire renversant tout sur son passage, un bon gros heel, squasheur brutal et antipathique comme il en existe tant dans le petit univers de la fédération de Stamford. On lui fait de temps à autres prononcer une phrase en russe, on évoque son expérience de pratiquant de divers arts martiaux pour marquer un peu son personnage mais cela ne va guère plus loin. Finalement, c’est son invincibilité en un contre un qui constituera pendant longtemps le trait principal de la gimmick de Kozlov, ce qui nous semble un peu court. Depuis son transfert à l’ECW et la fin de cette invincibilité, la WWE a légèrement fait évoluer le personnage. Toujours aussi violent et brutal, il a, certainement pour son plus grand bonheur, rejoint l’ombre protectrice de William Regal et, surtout, abandonné le slip blanc qui lui servait d’unique costume de scène. Mais là encore, les scripteurs semblent ne pas vouloir vraiment trancher. On le voit d’abord revêtir un uniforme militaire, rangers au pied et béret vissé sur la tête (non Silver, c’est une image, son béret n’est pas vraiment vissé sur sa tête), puis c’est un kimono de sambo rouge qu’on le voit arborer en toute circonstance. L'emblème soviétique de la faucille et du marteau apparaît aussi à quelques occasions. L’effort de la créative team pour donner un peu de consistance est louable mais laisse comme un goût d’inachevé. Sérieusement, il n’y a pas mieux à faire avec ce gars-là?

 

 

Un videur en boite de nuit? Ouais, c'est pas si con.

 

 

Kozlov, scripté par les Cahiers du Catch.


La critique est facile mais l’art est difficile, nous opposeraient sûrement en chœur les bookers et scripteurs de la WWE s’ils daignaient nous lire. Chiche, relevons le défi et tentons de définir ce qui à nos yeux constituerait la meilleure gimmick pour Kozlov, sans pour autant dénaturer le travail déjà réalisé autour de son personnage. De notre point de vue, il suffirait de très peu de chose pour donner à Vlady une consistance qu’il n’a pas aujourd’hui. Deux options principales se dégagent.

 

1) On pourrait assumer une bonne fois pour toutes l’image "militaire" de la brute russe, comme dans un revival régressif des années 1980 marquées par l'image inoubliable d'Ivan Drago. En ce cas, il faut être cohérent. S’il est militaire, l’uniforme doit être, en dehors du ring, son costume de prédilection en toute circonstance. Puisqu’il est booké russe et que sa tronche est celle d'un heel-né, autant le voir assumer avec fierté son héritage militaire et pourquoi pas le voir railler l'US Army, ravivant ainsi un clivage Est/Ouest qui ne devrait pas être pour déplaire à Vince McMahon, lui qui est si attaché à ce genre de clichés éculés et qui fonctionnent souvent à merveille. Et plutôt qu’en faire un combattant multi-tâches maîtrisant moult techniques de baston, limitons-le au sambo, ce qui collerait parfaitement à son image de militaire russe. Là encore, il pourrait se glorifier de son héritage soviétique et vanter la supériorité du sambo sur les sports de combat de ces dégénérés d’Occidentaux minés par la paresse, le consumérisme et l’obésité.

 

2) Mieux: plutôt que de relancer le mythe lourdingue et passéiste du militaire soviétique anti-américain primaire, pourquoi ne pas en faire un critique acerbe de la mondialisation à outrance et de l’hégémonie économico-culturelle des Etats-Unis? Un Ludvig Borga avait fait forte impression dans les années 1990 dans un rôle de brute venue du froid pour mettre les Ricains face à leur hypocrisie (notamment face aux questions environnementales, quel précurseur que ce futur député facho au parlement de Finlande, récemment suicidé!). Kozlov reprenant l’antienne de la dénonciation d’une Amérique avide et aveugle au reste du monde, ça pourrait avoir de la gueule! Et tel un CM Punk, heel ne disant que le vrai même s’il est désagréable à entendre, le russkoï pourrait incarner une sorte de mauvaise conscience de l’Amérique post-bushiste, sur le thème "Qu’avez-vous fait du monde?". Mais visiblement, la WWE a d’autres projets pour Kozlov qui semble se préparer à un face turn assez déroutant. Abandonné par Regal, on l’a vu discuter récemment, et tout sourire, avec Santino, un des emblèmes face de la fédération. Une tag team qui associerait ces deux-là a été évoquée pour l'occasion. Cette association serait pour le moins surprenante et on n'est pas vraiment enthousiastes à propos d'un tel rapprochement, qui heureusement ressemble pour le moment à une grosse plaisanterie. D’autant qu’un Kozlov face n’a pas notre préférence. Au moment où nous écrivons ces quelques lignes, il semble que la gimmick du militaire russe ne soit plus non plus au goût du jour. Vlady clame de nouveau son amour pour les USA, comme à ses débuts, sûrement pour mieux faire passer la pilule de son turn. Dubitatifs nous sommes, si tout ceci se confirme. Le coup du monster heel étranger devenant brusquement fan friendly, on nous l'a déjà fait avec Khali. Or potentiel est à nos yeux bien plus grand chez le bon Vlad…

 

 

Kozlov est prêt à tout pour rendre son face turn crédible.

 

 

Les Cahiers du Catch bookent Kozlov

 

Pour conclure cette biographie non autorisée, jouons un peu au jeu du booking à la sauce des CDC. Rêvons un peu…

 

Prochain épisode de l'ECW: après un revirement spectaculaire, l’abandon de ses velléités de face turn et une nouvelle gimmick de héros de la lutte contre la mondialisation sauvage et contre l’impérialisme commercial et culturel des Etats-Unis, Kozlov affiche enfin ses ambitions dans une promo à couper le souffle qui révèle son immense talent d’acteur et une étonnante maîtrise de la langue de Shakespeare (son auteur favori). Alliant furie destructrice et technique in ring stupéfiante, il explose alors Jackson et Christian (Regal court se cacher en coulisses) et le show se clôt sur l'image d'un Vlad triomphant, l'air plus menaçant que jamais. Le dimanche, suivant, au Royal Rumble, il entre en cinquième position, l’air sombre et décidé. Il survole littéralement les débats, éliminant le champion US the Miz puis les Marines Ted DiBiase et John Cena, au point de se retrouver finalement seul face à Triple H, l'homme qui l'avait éliminé il y a un an… Alors que personne ne misait un seul rouble sur la victoire du Russe, qui arbore ce soir-là une sorte de kimono siglé "Max Havelaar" en coton recyclé, il assène un mortifère Russian Crash à Triple H avant de le projeter à bout de bras par-dessus la troisième corde du ring! And the winner is… Vladimir Kozlov, à la stupéfaction de tous les suiveurs! The Game quitte l’arène sur une civière, on ne le reverra plus de l’année.

 

Son billet pour Wrestlemania en poche, le monstre est drafté à Raw pour pallier l’absence longue durée de Triple H, qui récupère de sa déchirure abdominale. Il y fait régner la terreur et s’installe dans le haut de la carte avec le naturel de celui qui est né pour le main-event, et renverse tout sur son passage en devenant une tête d’affiche incontournable. S’il n’arbore pas encore de ceinture de champion (au ppv Elimination Chamber, tous ses adversaires s'empilent sur lui pour faire le tombé), il annonce clairement la couleur show après show. Ayant balayé Cena, Sheamus, Orton et tout le reste du roster du Raw, il n'a plus rien à prouver sur le show rouge. Son heure de gloire, affirme-t-il, viendra à Wrestlemania où il affrontera l’Undertaker, champion WHC depuis des mois. Et ce n'est pas Shawn Michaels, ratiboisé à l'issue d'un match intense la dernière semaine avant Mania, qui pourra s'y opposer.

 

A WM XXVI, les bookers ne s’y trompent pas. Taker vs. Kozlov est programmé en tête d’affiche. Les 4000 pronostiqueurs des cahiers du Catch se partagent en deux groupes égaux croyant à la victoire de l'un ou de l'autre des protagonistes. Au cours du buildup, Kozlov apparaît dans les ruines de Tchernobyl et parvient, au terme d'une promo extraordinaire, à rattacher la symbolique morbide du Taker à la folie des hommes. Bien que heel, il obtient des pops du tonnerre dans toutes les salles, et l'attente suscitée par son affrontement avec le Deadman est gigantesque. Le match, d’une intensité folle, dure 37 minutes au cours desquelles se multiplient spots de folie et acrobaties semblant venir d’un autre monde. Les deux hommes sont épuisés par un combat éprouvant lorsque soudain le mort-vivant saisit son adversaire à la gorge et s’apprête à lui porter un chokeslam létal quand, surprise, Kozlov se défait de l’emprise de son adversaire et lui rend la monnaie de sa pièce en lui portant lui-même un chokeslam si puissant que les fondations du ring en paraissent ébranlées! Vlady, un rictus mauvais lui défigurant le visage, toise alors un Taker qui peine à se relever. Et là, sous le regard d’une foule stupéfaite, singeant son opposant, le russe se passe le pouce sur la gorge en riant aux éclats! Il s’empare alors du Deadman titubant et lui assène un Tombstone de toute beauté qui a raison de la résistance du croque-mort. Un, deux, trois, and the winner and new World Heavyweight Champion is Vladimir Kozlov sous les hourras d’une foule en délire!

 

Alors que l’Undertaker annonce sa retraite après sa première défaite à Wrestlemania, Kozlov reste invaincu à Raw où personne ne semble en mesure de lui contester son titre. Cena, Orton, Shawn Michaels, tous les prétendants naturels au titre de Champion reviennent à la charge mais se font proprement atomiser par le tabasseur de Moscou qui enchaîne les victoires et les promos enflammées qui font de lui le meilleur "micro" de la WWE. PPV après PPV, Kozlov confirme son invincibilité et sa nouvelle notoriété et les récompenses pleuvent puisqu’il remporte l’award WWE du meilleur catcheur de l’année, jusqu’à la consécration tant attendue: le 28 décembre, les lecteurs des Cahiers du Catch lui remettent le titre du catcheur le plus populaire de l’année, au détriment du tenant du titre, Edge, qu’il terrasse en finale du prestigieux concours. Le doute n’est plus possible, la carrière de Kozlov est un triomphe… et sa Ceinture de Plomb 2009 n'est plus qu'un lointain souvenir.

 

Mister McMahon, venez voir un truc, je crois qu'on tient la storyline du siècle là.
 

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