Catch

WWE: Cinq raisons de flipper pour 2010

L’avenir est ce qu’il y a de pire dans le présent.
Flaubert

 

Pour mon premier article proposé à la vénérée rédaction des Cahiers du Catch, j’ai décidé de m’attaquer à un sujet sensible, à savoir les raisons qui, au moment de dresser un bilan de l’année 2009, invitent à l’inquiétude quant à l’année à venir. C’est un point de vue bien évidemment subjectif, toute contestation sera admise… et, dans mon esprit de pugnacité, recontestée à son tour, mais j’espère que tout ceci ne se règlera pas à coups de pierres dans les commentaires (la possibilité d’une battle royale pour déterminer qui a raison reste envisageable.)

 

 


Le futur de la WWE fout vraiment les jetons.

 

 

Cinq motifs d’inquiétude pour la WWE en 2010

 

Après cette introduction, il est temps de s’attaquer au vif du sujet. Dans le souci de garder le meilleur pour la fin, les raisons sont classées dans un ordre inversement proportionnel à leur importance. Ca va saigner.

 

 


Mais vous en faites pas, si ça saigne, votre télé passera immédiatement en noir et blanc.

 

 

Première raison : des matches de plus en plus édulcorés
Ca n’aura échappé à personne: la tendance à proposer des combats beaucoup plus « light » a augmenté ces dernières années. Ainsi, la ceinture hardcore fut retirée de la circulation en 2002 (réactivée officieusement en 2006 pour quelques semaines); la version internationale des shows est censurée (ceux qui regardent NT1 sauront de quoi je parle, eux qui ont droit à un plan sur le public à chaque coup de chaise); et il n’y a bien que quelques fous à encore croire que la ECW est une fédération « extrême ». Mais en 2009, un événement a encore accéléré cet état de fait: le passage à un classement tout public (Parental Guidance, PG), dans l’optique de la fameuse kid’z era (en gros, les matchs sont moins violents pour que même mon petit cousin puisse avoir le droit de regarder sans que ses parents sautent au plafond devant tant de haine et de violence). Désormais, le sang est proscrit pendant les matchs, et quand il arrive par mégarde qu’un protagoniste se blesse et qu’un peu d’hémoglobine jaillisse, les catcheurs sont recousus sur place sans discussion possible (parfois au grand dam des spectateurs, comme durant le match Shelton/Christian à TLC), et les images sont censurées sur le site de la WWE. Paradoxalement, l’émergence des pay-per view à thème unique a vu une augmentation du nombre de matchs supposés violents, mais a de ce fait banalisé des matchs comme les Hell in a Cell ou les I Quit Match, matchs marquant le plus souvent la fin d’une rivalité, dans lesquels les catcheurs sont censés normalement aller puiser au bout de leurs réserves et dont l’exceptionnalité fait toute la force, qui sont ainsi « désacralisés », présentés comme des combats quasi-banals, et qui, de fait, le deviennent au niveau de ce qui est proposé sur le ring. Sans être un fan de hardcore, on peut quand même prôner un retour à des matchs plus longs, et plus intenses, et surtout plus variés que ce qui nous est proposé actuellement (durant Judgment Day, nous n’avons eu droit qu’à des matchs normaux en 1vs1, un comble quand on considère que le PPV suivant n’avait aucun match sans stipulation…) dans lesquels une stipulation « no DQ » revient surtout à « no count out ».

 

 


Mais attention à ne pas trop chahuter, les enfants, vous pourriez vous blesser!

 

 

Malheureusement, rajouter de l’intensité aux combats ne semble pas être la priorité actuelle de Vince McMahon, qui préfère se consacrer à faire de la WWE une fédération familiale, ce qui s’inscrit plus précisément dans la logique de la…
…Deuxième raison: le poids toujours plus grand de l’Entertainment par rapport au Wrestling
L’année 2009, surtout à Raw, a été marquée par des segments toujours plus nombreux et des matches toujours plus courts, le summum étant atteint lors de l’horrible cérémonie des Slammy Awards, en décembre. Certes, c’est distrayant, certes, c’est parfois drôle, certes, le divertissement a toujours eu une part importante à la WWE, mais quand c’est au détriment des storylines (depuis leur victoire des titres tag-team unifiés, on a plus vu la DX faire mumuse avec Hornswoggle que défendre leurs titres ou mettre en place une vraie rivalité avec une autre équipe…), ça peut être dommageable, d’autant que les segments oscillent régulièrement entre le bon et l’horrifiant. Symptôme de cette volonté d’imposer le divertissement par rapport aux combats, la présence des guest hosts. Ceux-ci peuvent, selon les semaines, se montrer intéressants et divertissants, et apporter quelque chose au show, payant parfois de leur personne pour promouvoir les rivalités (remember le passage à travers une table de Mark Cuban); mais trop souvent, ils sont là simplement pour faire leur promo et affichent une méconnaissance quasi-totale du catch (Bob Barker ou les deux pilotes de Nascar dont tout le monde a oublié le nom).
Trop de segments peut donc tuer le segment, qui doit rester un moyen de faire avancer une rivalité, et pas, selon moi, de rigoler un bon coup entre deux matchs n’ayant pas de raison d’être. De plus, le divertissement semble être privilégié pour juger d’un catcheur, au détriment de ses capacités in-ring, et on peut craindre pour l’arrivée prochaine de Danielson, pas connu pour être une foudre de guerre au micro, mais qui est pourtant parmi les tout meilleurs catcheurs du monde, d’une polyvalence exceptionnelle saluée par tous les observateurs.

 

 


L’image choc de 2009: l’Attitude Era définitivement condamnée par la Kids Era.

 

 

Il est donc légitime de s’inquiéter de ce tournant pris en 2009 par la WWE, d’autant plus que la conséquence directe de cette prime au divertissement est la…
Troisième raison: des rivalités et des gimmicks sans imagination
En 2008, il y aura eu Shawn Michaels/Chris Jericho et Edge/Undertaker, grandes feuds épiques qui auront duré plus de six mois chacune; fin 2008-début 2009, on a eu Shawn Michaels/JBL, rivalité originale marquée par l’actualité. En 2009, on retiendra Triple H/Orton, qui a monté en puissance, puis s’est dégonflée comme un soufflé après Wrestlemania, la faute à un booking écrit avec les pieds, CM Punk/Hardy, et… c’est tout. On a bien plus souvent vu des catcheurs s’affronter parce que « toi t’es méchant, et moi je suis gentil » (les pénibles Cryme Tyme/Hart Dynasty) ou parce que « t’es champion, et moi aussi je veux l’être, alors viens, on se fout sur la gueule » (grosso-modo, toutes les rivalités pour le titre US cette année) que des vraies rivalités originales, ou marquantes sur le fond et sur la forme.
La feud la plus symptomatique sera le poussif affrontement entre Cena et Orton, qui n’a jamais vraiment réussi à décoller ni à être particulièrement intéressante, et la tendance n’a pas l’air près de s’inverser, pour preuve la récente feud entre Batista et Mysterio ou pire, l’absence de vraie construction pour les feuds entre Cena et Sheamus, puis entre Sheamus et Orton.
Si parfois le niveau dans le ring arrive à sauver l’affaire — Mysterio/Jericho, qui a souffert d’un booking archi-classique en trois manches de PPV (combat, revanche, belle), fut sauvée par les performances in-ring et le talent de Chris au micro —, force est de constater qu’on ne retiendra pas grand-chose de 2009 niveau feuds marquantes.
Le mal est le même pour les gimmicks et pour les catcheurs en général: les Faces sont globalement tous les mêmes (qui peut me dire quelle est la différence de personnage entre Evan Bourne et Primo, entre Mark Henry et le Great Khali?); les Heels existent en deux ou trois modèles (le vicieux, l’arrogant et le destructeur); et le manque de profondeur des personnages est plus que flagrant, et même très inquiétant, et participe au manque de véritables storylines intéressantes qui nous scotcheraient sur notre siège en attendant de connaître la suite.

 

 


– Oh! Une storyline qui traîne par terre! Elle est pour moi!
– Non laisse, j’en ai plus besoin que toi!

 

 

Cette fadeur des gimmicks a en plus une conséquence importante, qui se trouve être la…
Quatrième raison : des catcheurs jetables
Vince McMahon a toujours été quelqu’un d’impulsif et n’en a jamais fait vraiment mystère, et l’année 2009 a apporté son lot de catcheurs bidesques présentés comme le futur de la fédération, ou en tout cas comme la relève de la fédération, et ayant bénéficié de plus ou moins d’exposition à l’antenne, puis renvoyés à leurs études quelques mois, voire quelques semaines plus tard. Citons en vrac dans la liste des disparus de 2009: Kizarny, Tyler Reks, Manu, Sim Snuka, Eugene, Ricky Ortiz, Mr Kennedy et même Mike Adamle, éphémère GM de Raw, la palme, revenant bien sur à Eric Escobar, dont le gimmick pour le moins vintage risque de lui coller à la peau pendant de longues années, et qui est bien parti dans la course à la ceinture de plomb.
On est en droit de se demander pourquoi tous ces catcheurs ont été lancés ou relancés dans le grand bain sans véritable plan pour eux, pour être congédiés après à peine un ou deux matchs. On peut également rajouter Vladimir Kozlov à cette liste, lui qui est passé d’un title shot en 2008 à valet de Regal à la ECW en 2009, en anticipant bientôt les flops de Vance Archer et de Croft et Baretta.
Toutes ces observations traduisent malheureusement une incapacité de la WWE à penser à moyen et long terme le futur des catcheurs, et il n’est pas dit que Sheamus et Drew, actuellement hyper-over auprès des officiels, ne finiront pas dans les tréfonds de la carte suite à un coup de sang de Vince ou de son beau-fils, les deux décidant entre le fromage et le dessert pendant le repas du dimanche que finalement, bof, ils n’étaient pas si bons que ça ces deux-là, ce qui est bien évidemment très inquiétant quand il s’agit du champion WWE et champion Intercontinental actuels.
On est donc en droit de se poser des questions quant au système de travail des bookers, qui semblent plus souvent procéder par tâtonnements (on va lancer Untel, et on verra bien comment le public réagit) qu’avoir un véritable plan pour les superstars de la fédération. Cette pensée générale à court terme est dommageable. Si elle peut avoir des effets bénéfiques (le turn de Punk n’était pas décidé, même après son encaissage de mallette), a le plus souvent les effets décrits précédemment. En plus des catcheurs jetés dans le grand bain sans véritable idée derrière, on peut également classer dans cette catégorie les storylines avortées (Kane-Knox récemment) ou peu attrayantes, les turns non expliqués (Mark Henry en est le meilleur exemple cette année), les drafts sauvages au milieu d’une feud (Sheamus pendant sa rivalité avec Shelty-B)…

 

 


– Tain les mecs, je pige pas, on me file un personnage ridicule et aucune storyline, fait chier! Je vais aller me plaindre à Vince moi!
– OK Ricky, fais ça. Ce fut un plaisir de te connaître.

 

 

Mais les quatre points précédents ne seraient que peu de chose sans la…
Cinquième raison, peut être la plus importante: le manque de concurrence
Comment espérer que la WWE soit tirée vers le haut quand les alternatives proposées sont aussi peu influentes sur la communauté de fans de catch? Les fédérations indépendantes ne bénéficient d’une exposition médiatique que très faible et ne proposent le plus souvent pas de véritable storylines, et les fédérations étrangères sont encore plus difficiles à visionner et peu accessibles à la compréhension du grand public.
La seule fédération actuellement en mesure de contrecarrer la toute-puissance de la WWE est bien sûr la TNA, qui avec l’annonce de l’arrivée d’Hulk Hogan a réussi à faire parler d’elle, ce qui est déjà une bonne chose. Malgré tout, les ratings de la fédération d’Orlando restent très largement inférieurs à ceux de celle de Stamford (Impact! dépasse à peine la ECW en termes d’audience…), et la TNA ne semble pas en mesure de contrecarrer le rouleau compresseur qu’est la WWE, du fait d’infrastructures trop réduites, d’une exportation quasi-nulle et d’une popularité encore trop confidentielle (même si cette tendance est en train de commencer à s’inverser un tantinet, pour preuve les très nombreux commentaires suscités par la dernière chronique du show d’Impact! laissés sur ce même site), et il y a fort à parier que Vince doit pouvoir encore dormir sur ses deux oreilles la nuit, sans trop s’inquiéter de la désertion d’un grand public qui remplit les salles et achète les t-shirts D-X (et les bâtonnets fluorescents, très important les bâtonnets fluorescents!).
La fédération peut ainsi être comparée aux Etats-Unis d’un point de vue politique: régulièrement critiquée, mais bénéficiant d’une hégémonie tellement forte sur le business qu’elle peut se permettre le luxe de l’unilatéralisme, ignorant ainsi les récriminations d’une minorité d’amateurs de catch. Ce manque de concurrence ne peut évidemment pas être bénéfique en termes de qualité du contenu proposé, et ne va pas inciter la WWE à se sortir les doigts quand aux critiques qu’elle subit déjà et subira inévitablement par la suite (la gestion actuelle de John Cena montre bien cet état de fait).

 

 


Ben vous ferez moins les malins quand on aura fait signer Escobar, Ortiz et Kizarny! Woo!

 

 

S’il y a de nombreuses raisons de s’inquiéter du futur de la WWE en 2010, on peut cependant espérer que la fédération saura donner tort à cet article, et malgré tout nous régaler de ces surprises dont elle seule a le secret, de feuds mieux nourries (celle entre Jericho et Edge s’annonce d’ores et déjà dantesque) et plus inventives, et que Wrestlemania 26 sera le show de l’année, celui dont on parlera des années durant, qui saura rattraper l’affront d’avril dernier et reconquérir les fans qui ont pu déserter la fédération pour telle ou telle raison en 2009.

 

 


Au pire, si la WWE devient vraiment nulle, on lâchera l’affaire et on se matera de bons films.

 

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