Catch

We’ve got few words for ya!

Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses, c’est celui qui pose les vraies questions.
Claude Lévi-Strauss

 

Nous concluons notre semaine dédiée à la présentation de l’ICWA par une interview fleuve de son fondateur et président, Daniel Jalbert aka Pierre Booster, qui a eu la gentillesse de bien vouloir répondre à nos nombreuses questions. Il nous livre ici, sans concession et en toute franchise sa vision du catch, français et international. Nous l’en remercions mille fois.

 


C’est McOcee qui avait commencé l’interview mais on est toujours sans nouvelle de notre rédactrice. Du coup, on a terminé par email.

 

 

L’ICWA, l’interview du boss, Daniel Jalbert aka Pierre Booster Fontaine.

 

 

 

Peux-tu te présenter en quelques mots?

 

Je m’appelle Daniel Jalbert, mais je suis plus connu dans le milieu du catch sous le surnom de Booster. J’ai 33 ans. Je suis marié, j’ai deux enfants, Valentine (6 ans) et Dino (3 ans). Je dirige la société Troisième Corde Productions – ICWA et je m’occupe de l’INFC – Institut National de Formation au Catch.

 

Quel a été ton parcours dans le catch?

 

Je suis fan de catch depuis l’âge de 9 ans, depuis la première fois que j’ai vu catch à la télé en fait. En 1996 je suis parti à Montréal (Canada) pour m’entraîner avec Edouard Carpentier. En 14 ans de carrière j’ai évolué dans pas mal de pays. J’ai aussi créé la ICWA avec Chris Agius en 2002. A l’époque c’était une association, depuis c’est devenu une société. Et je suis entraineur depuis une dizaine d’années.

 

As-tu toujours eu cette gimmick de « French Pro Wrestling God », et d’où vient-elle?

 

Non, j’ai eu pas mal de gimmick selon les endroits où je catchais. De DDT en passant par le Pitbull et diverses choses.
La gimmick de « French Pro Wrestling God » a commencé comme une plaisanterie. C’était une réaction par rapport à certains anciens du catch français qui se présentaient continuellement comme des « légendes vivantes » du catch mondial. Etant un peu taquin, j’ai essayé de trouver quelque chose de plus délirant encore, et c’est comme ça qu’est née la gimmick de « French Pro Wrestling God ». C’est parti comme une plaisanterie mais les « légendes vivantes » en question ont cru que je prenais ça au sérieux, ce qui a fait grincer des dents. Du coup j’ai décidé de garder cette gimmick, ça m’a amusé.

 

Parles-nous un peu plus de ton parcours au Canada

 

J’ai eu la chance de prendre contact avec Edouard Carpentier quand j’avais 17 ans. Il a accepté de m’entraîner et je suis donc arrivé à Montréal plein d’espoirs, et mes rêves n’ont pas été déçus. Ca a été onze très beaux mois, plein de catch, de séances de musculation et de découverte d’un univers dont j’avais toujours rêvé. J’ai effectué mes premiers matchs là-bas puis je suis rentré en France. J’ai failli partir au Mexique à l’issue de mon séjour à Montréal mais j’ai eu une grosse dispute avec le gars avec qui je devais faire équipe, donc ça ne s’est pas fait.

 

On te voit de moins en moins sur les rings, récemment tu as été blessé, envisages-tu un retour à la compétition une fois rétabli, ou préfères-tu désormais être plus en retrait et te consacrer à la formation?

 

J’ai peu de temps pour m’entrainer, peu de temps pour me soigner aussi. Donc je traine une blessure depuis quelques mois et c’est vrai que je catche moins qu’avant. Mais j’ai bon espoir de pouvoir reprendre de façon plus régulière quand j’aurai plus de temps pour moi. Nous avons pas mal de travail en ce moment, pas mal de projets à mettre en route. Une fois que ce sera lancé ce sera plus simple de trouver le temps pour reprendre l’entrainement, le gym et revenir sur les rings.

 


Pierre Booster, marié à Bad News Bulla Punk, père de deux enfants de 6 et 3 ans, heels martyrisant déjà leurs copains à la maternelle de Laventie.

 

 

Et l’ICWA dans tout ça?

 

Comment t’es venue l’idée de créer l’ICWA?

 

Je catchais depuis quelques années mais j’avais fait le tour du catch en France.
Ca ne correspondait pas à ce que j’avais appris. Faire toujours le même match, à longueur d’années, « contre » le même gars. J’avais l’impression de faire du théâtre et d’être en tournée avec une pièce, pas de faire du catch comme je l’avais appris. J’ai donc arrêté de catcher en France, j’ai catché à l’étranger, puis j’ai eu envie d’apporter quelque chose qui ne se faisait pas en France en terme de produit. Du catch moderne, avec des storylines, de l’improvisation pendant les matchs, des vrais personnages et pas des caricatures. D’où l’idée de créer l’ICWA.

 

Quel est à l’heure actuelle le statut de l’ICWA?

 

Nous avons débuté en « association loi 1901 » en 2002. Depuis mai 2008 nous sommes une SARL. La société s’appelle Troisième Corde Productions, son nom commercial est ICWA. Nous avons, comme la loi l’exige, une licence d’organisateur de spectacles. Nous sommes trois associés et nous avons tous investis quelques sous afin de lancer les choses comme il se doit. Nous avons aussi la chance d’avoir un partenaire privilégié, une société, avec qui nous travaillons de façon assez étroite.

 

Qu’as-tu à répondre aux détracteurs qui pensent que l’ICWA souffre de voir toujours les mêmes têtes gagner les ceintures, et faire l’objet de marchandising alors que d’autres catcheurs poussent derrière?

 

Au niveau des titres cela a un sens. Le but du jeu n’est pas de faire tourner les titres sur tout le monde afin de ne pas faire de jaloux. Choisir un champion se fait selon des règles éprouvées depuis des années dans le business du catch, ça n’a rien d’une loterie.
Pour ce qui est du merchandising, les choses s’améliorent petit à petit. Nous aurions pu aller plus vite mais nous savons depuis plusieurs mois que nous aurons bientôt la chance de faire les choses en plus grand, de manière plus étudiée. Nous attendons donc de franchir ce pas pour donner satisfaction à tout le monde.

 

Quelles sont actuellement les forces montantes de l’ICWA?

 

Nous avons une vague de jeunes talents : Peter Fischer, Lucas Di Léo, Kid Mike, PV Red… et ils ont été précédé par Hooligan Beef, Kim Kaycee, les Smoke and Roll Express, qui eux-mêmes avaient été précédé par d’autres. Chaque année nous avons une vague de quatre à cinq talents qui percent. C’est notre volonté. Privilégier la qualité à la quantité afin de bien faire les choses.

 


Gordon, t’es relou. On avait dit « que des photos de Booster »!

 

 

L‘ICWA s’est distinguée par sa capacité à attirer les meilleures légendes du catch mondial. Danielson, Raven, René Dupree, Gangrel… Quelles sont celles que j’ai oublié, et cette idée va-t-elle perdurer? Quelle serait LA légende que rêve d’avoir l’ICWA?

 

Je pense que vous avez fait le tour, si ce n’est Vampiro, Colt Cabana, et peut être quelques autres.
Une de nos ambitions était d’avoir Ric Flair lors de « Revolution 5 ». On est passé tout près, on espère que ce n’est que partie remise.

 

La ICWA est une fédération innovante, car elle a proposé de nombreuses stipulations «pour la première fois en France »: match du cercueil, de l’échelle, « Money in the Bank-Echelle du temps », match en cage: Quels sont les matchs que tu aimerais réaliser?

 

Notre envie est d’innover en ce qui concerne les matchs spéciaux. C’est pour cela que nous avons créé le match « Echelle du temps » qui est inspiré librement du match « Money in the bank » (NDLR: Le match Echelle du temps était un match de l’échelle à 6: deux lutteurs démarrent puis sont rejoint toutes les minutes par un autre lutteur. une fois les six lutteurs sur le ring, chacun tente de décrocher l’horloge suspendue au-dessus du ring. Le premier à y parvenir remporte un match de championnat pour n’importe quel titre, pendant un an, précision faite que le combat choisi aura une durée de dix minutes.), mais qui est quand même très spécifique. C’est un pur produit ICWA que l’on sera amené à revoir. On travaille sur d’autres matchs spéciaux créés pour l’ICWA.

 

Quels sont les prochains grands rendez-vous de l’ICWA?

 

Revolution 6, mais je ne peux pas encore en dire beaucoup, ça devrait être annoncé très vite. Et aussi un rendez-vous qui fera date dans l’histoire du catch européen, mais la aussi je ne peux pas en dire trop. Je n’ai pas envie de faire de mystère mais cela se prépare dans le plus grand secret pour l’instant.

 

Dans notre article de présentation, nous avons fait le parallèle entre « Revolution » et WrestleMania, car c’est en général l’événement ICWA de l’année. A quoi peut-on comparer « Army », qui se déroule exclusivement sur les terres laventinoises?

 

Army est un show « à la maison ». C’est un peu comme les shows au Madison Square Garden pour la WWE. Ce ne sont pas nécessairement les plus gros shows mais ce sont les shows fait « à la maison ». Comme vous le savez sans doute, à l’origine, la WWWF était centrée sur New York et le Madison Square Garden était sa salle fétiche.

 


L’ICWA s’inspire beaucoup du cinéma américain pour son booking. Ici, « Délivrance », de John Boorman.

 

 

Catch national vs. Catch US

 

Préfères-tu plutôt la WWE actuelle (Kidz Era), ou l’époque Attitude Era?

 

Je préfère l’Attitude Era, simplement parce que c’était très inspiré de l’ECW qui est pour moi une vraie référence. L’ECW originale, pas l’actuelle, je le précise.

 

Plus généralement, comment juges-tu la qualité des principaux shows de la WWE, Smackdown et Raw?

 

Je regrette d’y voir trop peu de catch, pas simplement au niveau de la durée des matchs, mais aussi au niveau du contenu des matchs. C’est très cadré, c’est ce qu’on appelle le « catch WWE », celui qu’apprennent les élèves de la FCW. C’est rarement transcendant.
Sinon je reconnais bien volontiers le savoir faire de la WWE en matière de production TV et d’écriture de shows… même si je regrette que les scripteurs soient trop souvent extérieur au monde du catch. Ca donne parfois des résultats décevants.
Pour être honnête il est rare que je regarde une émission de la WWE sans faire « avance rapide » à certains moments.

 

Est-ce que les shows de la WWE sont une source d’inspiration au moment d’écrire les feuds, les storylines, de préparer les shows?

 

Oui et non. On s’inspire de tout ce que nous connaissons en matière de catch. Ca peut être la WWE d’aujourd’hui, la WWF des années 80, la Mid-South de Bill Watts, l’ECW de Paul Heyman, mais aussi l’AWA ou ce qui s’est fait à Menphis. On s’inspire de tout ce qui constitue notre culture catch.

 

Aux Cahiers du Catch, on reproche souvent un booking centré sur les ventes potentielles (exemple, Cena systématiquement dans le main-event, au détriment d’excellents catcheurs qui ne percent pas comme Ziggler ou Swagger, ainsi qu’une division féminine défaillante. Quels seraient les défauts que tu aurais à reprocher à la WWE?

 

Je dirai que le but du catch est simple : faire de l’argent. C’est un business. Ce n’est pas un avis que je donne, c’est la réalité, qu’on le regrette ou pas. A partir de la, les qualités d’un catcheur qui est excellent in ring comptent… mais elles ne suffisent pas. Centrer le booking sur les revenus potentiels qu’untel ou untel pourra amener, c’est l’essence même du business qu’est le catch. Dès lors pusher Cena plutôt que Yoshi Tatsu est logique.
Mon reproche serait plutôt la main mise sur le booking par des catcheurs trop influents. Cela risque d’étouffer l’émergence de nouveaux talents. On voit très bien que la WWE a du mal à créer de nouvelles stars, d’une part parce que la plupart des gars sont pushés trop tôt, ils ne sont pas prêts, d’autre part parce que les anciens ont du mal à élever les nouveaux venus à leur niveau.

 


Remi Stérieau, catcheur de l’ICWA depuis l’origine.

 

 

Made in France

 

On dit du catch la chose suivante: « Au Japon, c’est un sport. Au Mexique, c’est une religion. Au Canada, c’est une tradition. Aux États-Unis, c’est une farce ». Et en France, on en est où?

 

En France le catch est un divertissement sportif populaire qui a besoin de créer des bases solides pour grandir de façon pérenne. Le temps est venu d’essayer de structurer le catch autour de gens compétents et prêts à s’investir… et à investir aussi car rien n’est possible sans argent.

 

Est-ce qu’en France, on arrive à vivre de sa passion du catch? Toi par exemple en temps que manager de la ICWA, as-tu un job à côté? Et un catcheur français, sans être boss d’une fédération comme tu l’es, peut-il en vivre?

 

J’ai mis des années à pouvoir vivre exclusivement du catch. J’en vis car je gère la société que j’ai créé : ça a pris beaucoup de temps et de travail, mais ça a été possible au final. Le travail a payé. Mais c’est vrai qu’actuellement, en France, ne vivre que du catch en tant que catcheur est impossible.

 

Est-ce que tu crois que le catch est bien parti pour s’installer en France, et devenir plus médiatisé, ou crains-tu l’effet de mode qui risque de s’atténuer avec le temps?

 

Je pense qu’il nous appartient de miser sur l’effet de mode pour créer des choses solides qui dureront dans le temps. C’est pour cela que nous travaillons beaucoup, notamment sur des projets TV, pour donner une toute autre dimension au catch français. C’est parce que le catch est à la mode qu’il faut voir grand et fixer des objectifs ambitieux qui prépareront l’avenir. C’est ce que nous faisons au quotidien.

 

Entre la diffusion télé de Superstars le jeudi, Raw le vendredi, Smackdown le samedi, la diffusion de l’ECW, des fédérations non-américaines (CMLL,NJPW), les éventuelles rediffusions, plus les shows en France, de fédérations françaises ou de la WWE, tu ne crains pas une lassitude, à terme, du public?

 

Au niveau TV non, car au final il n’y a que la WWE qui marche, en tous cas pour l’instant. Les autres diffusions sont anecdotiques et ne marquent pas le public.
Pour ce qui est des shows, il faut penser en terme de public global et pas en terme de fans de catch. La plupart des shows hors WWE sont vus par 80% de public local, pas nécessairement mordu de catch, et qui ne se déplacerait pas pour voir la WWE. Du coup il y a de la place pour tout le monde.

 


Il ne s’agit pas du sang de Booster mais de celui du journaliste qui a réalisé la dernière interview. On ne l’a jamais revu.

 

 

La WWE, pour ne citer qu’elle, a une cible complexe à travailler. Elle doit plaire aux Kidz, à leurs parents, aux ados avides d’extrême. Comment définirais-tu le public catch en France?

 

Il y a une petite partie de « vrais » fans de catch, des mordus. Pour le reste, disons 80%, c’est un public familial, de 7 à 77 ans. Ca va du gamin fan de Jeff Hardy à son grand-père qui a connu l’Ange Blanc.

 

L’ICWA a parfois récupéré d’excellents catcheurs formés dans d’autres fédérations, je pense notamment à Driss Djaffali, qui, si je ne me trompe pas, a été formé à la FFCP de Marc Mercier. Y’a-t-il une vraie concurrence entre les féds françaises? Ou plutôt un échange de bons procédés? Est-ce qu’il est déjà arrivé de piquer les idées du voisin?

 

Selon les moments il y a eu des collaborations, mais c’est plutôt rare, et c’est dommage. Je le regrette mais on ne peut pas collaborer tout seul, il faut quelqu’un en face.
Quand à piquer les idées du voisin, cela arrive quand quelqu’un est plus novateur que quelqu’un d’autre. Pour être franc je ne pense pas qu’il y ait eu beaucoup de gens plus novateurs que nous, du coup nous n’avons jamais rien trouvé à piquer chez les autres.
Mais le plus bel exemple que je peux citer est la tournée de l’AWR qui a suivi Revolution 5. C’était quasiment un copier coller de notre show… mais nous avons pris cela comme un beau compliment.

 


I believe I can fly…

 

 

J’imagine que parfois, le public n’est pas forcément connaisseur (c’est-à-dire ni mark, ni smart). Est-il déjà arrivé de faire des shows ou la salle était peu réactive, et quels sont les petits trucs susceptibles de renverser la tendance?

 

C’est le travail de tout bon catcheur de faire réagir le public. Le catch est basé sur l’interaction : il s’agit d’interagir plus que d’agir. Dès lors quand on connait bien son métier, que l’on a été bien entraîné, on fait face à ce genre de situations sans trop de problèmes.

 

Parlons du dopage, très présent dans le catch US. A ta connaissance, est-ce que l’on prend des painkillers, des stéroïdes et autres saloperies dans le milieu du catch français? Y’a-t-il une Wellness Policy à l’ICWA?

 

A ma connaissance il n’y a pas ce genre d’abus dans le catch français. Et pour la Wellness Policy nous n’en avons pas car cela requiert des moyens financiers considérables et nous préférons consacrer nos moyens à autre chose. Mais le fait de vivre en groupe nous permet de connaitre les gens avec qui nous travaillons et de voir qu’ils sont sains. Pas d’abus de substances d’aucune sorte chez nous.

 

Plus généralement, comment vit-on la douleur, quand on est catcheur? On sait bien que les bumps, les sauts depuis la troisième corde, les matchs avec utilisation d’objets…laissent des traces sur l’organisme, que la douleur fait partie du catch. Peut-on être totalement straightedge et tenir le coup sans jamais rien prendre?

 

On peut tout à fait tenir sans rien prendre. Ceci dit il est conseillé de connaitre un bon ostéopathe, ça peut parfois rendre de grands services.

 

Est-ce que le rêve de tout catcheur, particulièrement français, n’est pas de traverser l’Atlantique pour aller se frotter aux meilleurs? Est-ce que l’on peut comprarer la WWE à la ligue des champions du catcheur?

 

Je ne vois pas les choses comme ça. La WWE c’est un choix de vie : être sur la route, laisser sa famille, avoir recours dans 95% des cas à des substances qui augmentent les performances, devenir un produit plus qu’un artiste qui exerce son art. C’est un choix à faire. Je ne suis pas certain que ce soit le rêve de tout le monde, en tous cas ça n’est pas mon rêve à moi.
Il y a des très grands catcheurs qui n’ont jamais mis un pied sur un ring de la WWF / WWE, il ne faut pas l’oublier.

 

A l’inverse, on sait qu’à la WWE, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Alors finalement, qu’est-ce qui est le mieux: tenter sa chance malgré tout ou être une star en France quitte à avoir l’impression de ne plus pouvoir progresser?

 

Je pense que le problème est mal posé. Posons le plutôt ainsi : avant de courir il faut savoir marcher, avant de savoir marcher il faut savoir se tenir debout, et avant cela savoir se tenir assis, etc. Alors je pense, et c’est ce que je dis à mes élèves, qu’avant de penser à devenir une star de la WWE, il est plus logique d’essayer de devenir un bon catcheur en France, puis un nom reconnu en France, puis aller tenter sa chance en Europe, puis essayer de s’y faire un nom, et alors la le temps sera venu de penser à la WWE. Mais il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs.
J’entends trop souvent dire : « Hey M’sieur j’veux être une star de la WWE ». Ce à quoi je réponds : « Pourquoi ne pas essayer d’être un bon catcheur avant ? » Etre catcheur c’est un métier, c’est réel, être une star c’est un rêve, ça peut arriver bien sûr mais il faut être réaliste et avoir les pieds sur terre.

 

Est-ce que le catch, en France comme ailleurs, c’est avant tout une bande de potes qui partagent la même passion et ont plaisir à bosser ensemble, ou est-ce qu’il existe des rivalités qui naissent dès lors qu’il s’agit de s’imposer dans un roster?

 

C’est un groupe de personnes qui peuvent être liés par des sentiments d’amitié, mais où chacun veut gagner sa place. Dans le catch comme ailleurs on n’impose jamais aux gens de bien s’entendre : si c’est le cas c’est bien, sinon tant pis. On a un travail à faire et on le fait.

 


We’ve got two words for ya: Fuck you!

 

 

Brisons le kayfabe ICWA

 

Est-ce que c’est Daniel qui est allé chercher Christophe Agius, ou Christophe qui a proposé ses services à Daniel Jalbert?

 

Fifty – fifty. On s’est rejoint sur le projet de créer la ICWA et depuis on travaille en bonne intelligence.

 

Combien de temps faut-il pour préparer un show?

 

Ca dépend de l’importance du show. Le roster est défini quelques semaines avant (en général et hors problèmes éventuels bien sûr). Le show est écrit la semaine qui précède le show. Mais pour les gros shows ça peut être deux ou trois mois à l’avance.

 

Comment se passe une journée de show?

 

Dans la journée le trajet. A 17h / 18h on est à la salle, plus précisément dans les vestiaires où on explique le show en détails aux catcheurs / catcheuses présents. A partir de la chacun parle avec son « adversaire » du soir pour préparer son match. S’il y a lieu on peut répéter des angles importants qui auront lieu lors du show. De 20h à 22h30 / 23h le show. Ensuite soit on va dormir à l’hôtel, soit on rentre si le show n’est pas trop éloigné.

 

Quelles sont les prochaines « surprises » que l’ICWA nous prépare?

 

Revolution 6 et enregistrements TV. (NDLR: Booster nous parle ici des enregistrements de la série « Catch moi si tu peux » en collaboration avec Canal +, et dont on vous parle par ailleurs.)

 

Si tu n’avais pas été catcheur, quel métier aurais-tu aimé faire?

 

J’ai passé le concours de l’IUFM pour devenir CPE – Conseiller Principal d’Education. J’ai vite réalisé que ce n’était pas fait pour moi, pas le métier en lui-même mais la hiérarchie, les contraintes. Du coup j’ai opté pour me consacrer au catch à 100% et je ne le regrette pas du tout. Je ne me vois rien faire hors du catch pour être franc, à part peut être garder un troupeau de chèvre dans mon sud natal. Ca, ce serait vraiment reposant.

 

Si l’ICWA n’avait jamais existé et que tu étais simple catcheur, où aurais-tu aimé aller?

 

J’aurai sans doute arrêté définitivement de catcher en France, et j’aurai peut être retenté ma chance au Mexique.

 

Ton meilleur moment ICWA?

 

Les 20 secondes qui ont suivi le début du show Revolution 5. On était en coulisses et on a senti venir vers nous une vague assourdissante de cris et d’applaudissements, c’était irréel. Je pense qu’on a tous senti en nous quelque chose venu d’un autre monde. Chris (Agius) avait les larmes aux yeux, moi aussi d’ailleurs, et Tom Delacroix (un lutteur ne faisant plus partie du roster, NDLR) s’est retourné vers moi pour me dire « on est en train de vivre un truc énorme ». Il avait raison. C’était énorme. Si un jour je vois ma vie défiler devant mes yeux ce moment fera partie des épisodes marquant de ma vie, c’est certain.

 


Tu vois Gordon, si tes questions ne me plaisent pas, je place ta tête entre mes mains, j’appuie très fort et j’attends que ça fasse « craaaaac ». Mais ne te colle pas la pression, continue.

 

 

Tu préfères…

 

Face ou Heel? (et d’ailleurs, qu’est ce qui est le plus facile à jouer?)

 

Heel. C’est plus difficile à jouer mais c’est largement ce que je préfère.

 

NJPW ou CMLL?

 

La NJPW des années 80/90 et la CMLL actuelle.

 

Raw ou Smackdown?

 

Les deux, pas de préférence.

 

Quel est ton lutteur préféré, toutes époques confondues?

 

En choisir un est impossible. Je dirai donc Davey Boy Smith, Owen Hart et Kensuke Sasaki.

 

Quels sont actuellement à tes yeux le meilleur lutteur, la meilleure diva, la meilleure team de la WWE?

 

Le meilleur lutteur Finlay, largement. Meilleure diva… je dirai Katie Lea. Et la meilleure team, c’est compliqué. Peut être la nouvelle Hart Foundation (la Hart Dynasty)

 

 

Fendons l’armure

 

Qu’est ce qui t’a fait aimer le catch?

 

Question très difficile. Je dirai que c’était la magie du show, le fait de pouvoir raconter une histoire au public. C’est le côté créatif du catch qui m’a attiré.

 

Quel est ton moment préféré lors d’un show?

 

Il y en a deux : l’écriture du show et le tout début du show, quand on lance la première minute.

 

Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aurais aimé changer au sein de l’ICWA?

 

J’aurai aimé que certaines personnes ne quittent pas le roster, et que d’autres le quittent plus vite. Mais globalement je ne suis pas le genre de gars qui vit avec des regrets.

 

Pour terminer, est ce que « you’ve got two words for us », ou plus, pour la rédac des Cahiers, et plus globalement pour les fans de catch?

 

Je dirai simplement que le catch doit être vu pour ce qu’il est vraiment. C’est à chacun de l’apprécier pour la vision qu’il se fait du catch, pour ce qu’il y trouve. Donc ne laissez jamais personne juger pour vous. Allez voir les shows et faites vous une opinion par vous-même.

 


-We’ve got two words for ya!
-Ouais two!
-Yeah! two words! Mais alors ça fait six nan?

 

 

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