Catch

The grandest Legend of them all

On a beau tout rêver, tu dépasses le rêve.
Victor Hugo, La Légende des siècles.


Après des mois d'attente, après des semaines de build, la soirée de dimanche voyait enfin s'accomplir un destin: celui de Shawn Michaels. Légende parmi les légendes, le Heart Break Kid nous a livré une prestation sans faille dans la plus grande arène. Autour de cet évènement, un show: Wrestlemania XXVI. Tentative d'explication du "pourquoi" concernant la réussite quasi totale de la soirée.

 

 


Maintenant que j'ai du temps, je viendrai zigouiller moi même tout hérétique n'ayant pas aimé ce Wrestlemania.
 

 

Nalyse comblée de Wrestlemania XXVI

 

 

 

L'introduction pourrait suffire à expliquer pourquoi ce Wrestlemania a été une merveilleuse réussite, cet article va bien sur le détailler en profondeur. Il est évident qu'un certain regard "à plat" peut être négatif, comme nous l'a montré l'ami lecharentais dans sa propre analyse. Mais ce Wrestlemania XXVI est hors du commun, il ne se regarde pas comme les autres shows, mais doit se voir avec du recul. "Ce n'est pas le nez collé sur le mur qu'on voit le mieux le mur, c'est en reculant pour en avoir une vue d'ensemble" dit la sagesse populaire. Elle s'accorde formidablement au cas présent.

 

 


J'ai beau regarder, je ne vois rien, il faut que je recule encore?

 


Faisons tomber le suspense tout de suite: Wrestlemania XXVI n'avait qu'un seul but (je passerai sur celui de faire des bénéfices qui a été largement atteint, se présentant comme le PPV potentiellement le plus lucratif de l'histoire), clore le chapitre de la légende Shawn Michaels. Tout le reste, je dis bien tout le reste, n'étais là que pour enrober cet évènement. Ainsi pour juger de ce show, les critères sont simples et se basent sur deux questions. Primo, le main event a t'il tenu ses promesses? Carlito, tout le reste du show nous a t'il bien amené à ce final? Dans un premier temps, nous allons voir ce qui justifie une telle stratégie globale, ensuite si le déroulement du show a été à la hauteur, et enfin quel à été le niveau de ce main event que tout le monde attendait.

 

 

Alors qu'ils réalisent qu'on les traite de faire valoir dans cet article, les ShowMiz outrés s'apprêtent à venir péter la gueule de la Rédaction.
 

 

La stratégie de la WWE a toujours été simple, et a prouvé mille fois son efficacité: elle mise sur le long terme et sur des locomotives. Pourquoi? Parce que le catch vend du rêve, la performance dans le ring et au micro n'est que le support de personnages que l'on veut plus grands que nature. Ces catcheurs que l'on met sur des piédestals comme des stars du cinéma ou des sportifs renommés, vivent dans l'histoire de notre spectacle par les émotions qu'ils déclenchent, par le charisme qu'ils dégagent et par l'énergie qu'ils diffusent. Pour arriver à ces résultats, il faut insister, persévérer, battre le fer encore et toujours. Il est d'une hypocrisie totale de penser que chacun a sa chance, c'est en sacrifiant des dizaines de catcheurs que l'on fait émerger quelques légendes. Mais le jeu en vaut la chandelle, quand on voit les précédents comme Hulk Hogan, pour n'en citer qu'un. C'est dans cette optique que la WWE construit: la mythologie prend le pas sur tout le reste, car c'est elle qui sert de locomotive et de flambeau à la compagnie. Avec ces icônes, la fédération de Stamford touche le monde entier, et c'est pour atteindre ce statut d'icônes que la WWE s'obstine. C'est pour ça que l'Undertaker ne perdra jamais à Wrestlemania, que John Cena va encore gagner une dizaine de titres avec cette même gimmick, ou encore que la pose du Legend Killer est de retour. Marquer l'histoire.

 

 

Alleluia!

 

 

Le show commençait donc par le match pour les titres unifiés par équipe, match idéal pour lancer le PPV! Une valeur sure, deux jeunes dans le vent et un meuble qui reste apprécié de la foule, l'idée était bonne. La réalisation fut ratée (inutile de le nier), se contenter de trois minutes pour ce match tenant de l'hérésie. Un opening est habituellement censé chauffer la foule et lancer la soirée, et ça n'est pas possible quand on compte un temps d'entrée identique à la durée du match lui même. Le second match commence alors qu'on n'a même pas eu le temps d'entrer dans le premier, avec la Legacy qui débarque sur trois thèmes différents (dont l'ancien thème de Cody Rhodes qui tranche avec son nouveau slip de combat, l'un étant plus réussi que l'autre). Effectivement, le match fut sans surprise, tout le monde ayant lu ce scénario comme probable, et se retrouvant avec un copié-collé exact à l'écran. Malgré tout, la pose de Legend Killer de Randy à la fin du match nous montrait bien la logique de la WWE ici. Cette feud n'avait pour but que d'accompagner le changement de Randy vers sa version 3.0 après le Legend Killer et la Vipère, avec une gimmick un peu hybride et tweener. Une victoire à ce niveau a un impact fantastique sur la carrière d'un athlète (même Randy), et dans sa quête de légende, la WWE a tout à gagner à capitaliser sur Orton, qui est jeune (il fêtait ses 30 ans hier, et Axl s'est envoyé lui même en cadeau dans un paquet comme esclave) et semble fidèle à la WWE. On peut déplorer un peu le traitement de Rhode et DiBiase, qui sont clairement les sacrifiés à Randy dans cette histoire (en les pushant l'été dernier, la DX travaillait pour Orton en fait). Malgré tout ils ont eu jusque là une exposition qu'il n'auraient jamais eu sans Orton, et on n'est pas certain que la feud soit finie entre Ted et Randy. Au final, on a eu droit à un match bien construit quand même, et porteur de sens dans son résultat, qui aura joué le rôle d'opener sur la foule.

 

 


– Je prend le punt kick et puis c'est tout!
– Tu fais chier, c'est toujours toi qui a les meilleures humiliations, t'es vraiment qu'un égoïste!

 


Le Money in the Bank qui suivit apporta sans doute la seule vraie surprise de la soirée. Dans son déroulement, on a eu un spectacle sympathique avec quelques moments rigolos comme Swagger sous une échelle pris entre deux autres échelles placées à l'horizontale de chaque côté, ou Kofi se servant de deux demi échelles comme d'échasses pour aller chercher la mallette. On a également eu notre lot de spots spectaculaires comme ce shooting star press de Bourne depuis l'échelle, la projection de Matt dont le dos fit une connaissance approfondie des barreaux ou encore le chokeslam de Dolph par Kane sur l'échelle qui allait être démembrée en échasses. Même si ce MITB ne restera pas dans les annales comme inoubliable, il a tenu son rang de moment distrayant de la soirée, et le passage de 8 à 10 catcheurs n'a pas changé grand chose pour le spectateur, à part réduire la visibilité de chaque athlète (on a peu vu Shelton et McIntyre par exemple). Enfin malgré le temps excessif qu'il a mis pour décrocher la mallette (c'est sans doute Mark Henry qui avait serré le mousqueton de la valise pour se venger de ne pas être dans le match), Jack Swagger fait un vainqueur merveilleux! Il est évident que le MITB est bien mieux dans les mains d'un heel que d'un face, ça valorise bien plus son personnage en développant les possibilités d'interactions. Ensuite sur les trois heels présents au MITB, les deux autres étaient bien inexpérimentés comparés à Swagger: Dolph n'a jamais eu de titres solos malgré sa présence très solide en PPV contre des adversaires différents, McIntyre porte certes la ceinture IC, mais c'est son seul fait de gloire et il y a 6 mois, personne ne le connaissait. De son côté, le All American American a porté avec talent la ceinture ECW, a livré des matchs de PPV très solides contre Christian, ainsi qu'un beau weekly contre Cena, et propose une gimmick de heel un peu niais très bien jouée. Son arsenal in ring est très intéressant, et sans le comparer à Kurt Angle (ce genre de filiation n'est jamais bonne pour les catcheurs), on peut néanmoins dire que son côté lutteur amateur lui donne une crédibilité intéressante allié à son physique puissant. Certains regretteront que Christian n'ait pas gagné, mais c'était le catcheur ayant le moins besoin de gagner, car il est déjà au niveau de l'upcard sans ça. La WWE a ici fait un des meilleurs choix possibles (l'autre aurait été Ziggler) et malgré tous les pronostics de ratage de cash in, on espère que Jack portera un titre rapidement. Au passage Swagger avait annoncé quelques jours avant que si il gagnait le MITB, il le casherait dans la soirée, ça n'a pas été fait, sans doute faute de temps.

 

 


En effet, pendant le main event de la soirée, Jack Swagger cherchait toujours comment ouvrir cette foutu mallette et avait vu passer sa chance pour les titres.

 


On enchainait avec le match des costauds et cette grande question: est ce que HHH allait jobber pour son nouveau pote? On a été nombreux à y croire, mais le miracle n'eut pas lieu. Malgré tout, il faut reconnaitre que le match fut agréablement bon, sans hésiter le meilleur de Sheamus. Pour lui, il vaut clairement mieux perdre dans un match de cette qualité que gagner un match plus court et d'intérêt moindre. Ainsi sans overbooking, le match a quand même vu une belle intensité et des coups puissants alternés de nearfalls. Sheamus n'a pas pu placer sa crucifix powerbomb, et a longtemps repoussé le pedigree fatal, avant de s'incliner. Au final tout le monde ne sera peut être pas d'accord, mais Sheamus sort de ce match autant grandi qu'il ne l'avait été après sa victoire contre John Cena. Malgré sa rapidité, le build de l'Irlandais reste cohérent et solide, et vu l'investissement que la WWE fait sur lui, on a possiblement un des main eventers régulier de la décennie à venir. Ainsi dans quelques années, peut être que ce match sera vu comme un passage de flambeau entre un Triple H qui a passé les 40 ans, et un challenger dix ans plus jeunes et au physique comparable.

 

 


Dis moi où t'as mis le flambeau, j'en ai besoin pour mon bronzage!

 


Arrivait donc ce que certains annonçaient comme le showstealer de la soirée: deux des meilleurs catcheurs techniques et rapides face à face, on attendait des étincelles. Punk commençait par un des ses habituels discours alors que Rey entrait déguisé en Na'vi d'Avatar (après la référence au Joker l'an dernier, Rey se présente comme fan de films à gros succès). Le match est allé à cent à l'heure, a été émaillé de contres et de moves originaux. On déplorera deux botchs, mais qui dans le rythme sont bien passés et au final le niveau technique de la rencontre et le build d'une grande pureté font déplorer que ce match ait duré moins de sept minutes. Avec cinq minutes de plus seulement, on n'ose pas imaginer l'effet qu'aurait donné le combat et l'ombre qu'il aurait pu faire aux autres confrontations importantes. C'est d'ailleurs peut être pour ça qu'on ne lui a pas consacré plus de temps. Malgré tout, on espère tous que la feud continuera et qu'on aura droit à un match plus long à Extreme Rules, la gouaille de punk étant suffisante pour porter la feud en terme de micro. On a également apprécié l'hommage à Eddie de Rey, même si celui qui a suivi de Vickie était encore plus fort, ce genre de clins d'œil participent également à la légende.

 

 


Quand Punk voit son avatar Na'vi descendre du ciel, il n'hésite pas à l'accueillir à bras ouverts dans la straight edge society.

 


Réel point noir de la soirée et seul réel raté: le match entre Vince McMahon et Bret Hart. On savait que niveau catch, ça serait pauvre, mais le build du match n'a pas été à la hauteur et il a duré beaucoup trop longtemps. D'une part la trahison de la Hart familly soudoyée par Vince était tellement prévisible que le chairman passe pour un imbécile avec son screwing wrestlemania size, d'autre part la punition à laquelle il a eu droit était beaucoup trop longue, à la limite du dérangeant. Il aurait été largement plus profitable que le premier sharpshooter aille au bout, mais que l'arbitre ne valide pas la victoire tout de suite, pour laisser souffrir Vince pendant trente bonnes secondes. Clairement la série de chair shots a perdu le public et a réduit l'impact de la punition finale, alors que le sharpshooter porté plus tôt aurait fait exploser la foule de bonheur. Cette mascarade a duré onze minutes, soit cinq ou six de trop qui auraient été bien mieux investies pour l'opening et pour le Rey-Punk. Ce match mérite malgré tout mention à la condition physique de Vince: notons qu'il a quatre ans de plus que Flair et huit de plus qu'Hogan du haut de ses 65 ans, il a encaissé une série de coups impressionnants pour un âge pareil. Enfin un point intéressant mérite mention: la Hart Dinasty sort comme des faces de ce match, est ce qu'il faut voir cela comme un évènement durable? Et pourquoi pas pour les voir se tourner vers les heels portant les ceintures unifiées actuellement, dans le cadre du push que tout le monde attend?

 

 


Saloperie de vieux, je te lâcherai quand tu auras signé que tu renonce à tous tes droits à la retraite!

 


A partir de ce moment, il restait quatre matchs: la pause et les trois main events. Et il fallait relancer la machine après un match raté, et c'est les deux canadiens qui se collèrent à la tâche. Peut être que les attentes étaient trop élevées pour cette feud et ce match, n'empêche que nous nous sommes régalé malgré les critiques! Le build du match lui même est remarquable avec en ligne de mire le spear de Edge. La feud préliminaire avec le spear est globalement mal passée sur ces pages et n'a pas pris dans le public, mais elle avait quand même un sens. Ce match était indécis malgré un Y2J légèrement favori, et on peut se demander si Edge n'aurait pas gagné si la catchphrase liée au spear avait prise, même lors des toutes dernières semaines. Les deux catcheurs ont bien sur enchainé les moves pendant quinze bonnes minutes, et la ligne directrice du build a été le spear. Edge a essayé de placer un premier spear sur un Jericho pas assez étourdi, permettant à ce dernier de fuir le ring. Le second également fut contré avec beaucoup de classe: un saut pour esquiver suivi d'un début de roll-up transformé en wall, ça en jetait pas mal et ça aurait eu de la gueule comme finish. Mais la sexy beast ne s'arrêta pas là et essaya de placer un spear lui même, mimant comme d'habitude à la perfection son adversaire. Cela également aurait pu faire un superbe finish, mais ce n'est pas ce qui arriva, car Edge le contra d'un big boot avant de partir sur un spear que l'on pouvait espérer pour la première fois vainqueur (le face qui gagne après que le heel ait été trop gourmand, ça tenait la route). Mais Jericho contra ce dernier spear d'un codebreaker  qui ne suffit pas à terrasser l'ultimate opportunist, devenu ultimate hard to beat depuis son retour du côté lumineux de la force. Pour gagner, Y2J allait cumuler la triche (usage de la ceinture), le sadisme (travail sur la cheville anciennement blessée d'Edge) et son finisher qui lui donna le compte de trois. Mais ce n'était pas fini, car dans la foulée Chris voulait punir encore plus son compatriote, mais la Rated R superstar ne se laissa pas faire et tout cela finit bien sur par un monstrueux spear depuis les tables de commentateurs et s'achevant dans les barricades. A ce moment il semblait possible que Swagger cash in, car ça n'empêcherait pas la feud de continuer et que celle ci n'avait pas besoin du titre. Il semble que le grand Jack n'avait toujours pas trouvé comment ouvrir la mallette à ce moment. Mais revenons à nos feuilles d'érable: un Edge vaincu paradait quand même dans le ring avec son regard fou, et Jericho était allongé dans les barricades au même moment. Ce match fut plaisant, et le final nous promet une continuation de la feud de manière efficace. On peut d'ailleurs miser une piécette sur Edge pour prendre le titre à Extreme Rules, sauf surprise.

 

 


[:explosion de Jericho]

 


Dernière pause avant la ligne droite finale, le match des divas faisait retomber la pression du show, ce qui était probablement volontaire d'ailleurs. Montrer les bimbos de la WWE telles des pom pom girls avant le superbowl (avec un match pour la ceinture WWE servant d'opener au main event) semblait une stratégie raisonnable. Ainsi ce cinq contre cinq eut un intérêt quasi nul in ring, Vickie volant le show des divas avec un hommage à son ex-mari décédé tantôt émouvant (depuis les haut des cordes, quand elle pointe le doigt vers le ciel, sincèrement applaudie par la foule peut être pour la première fois), tantôt amusant (sa "danse des pectoraux"…). Rien que ces deux moments ont sauvé un match dont personne n'attendait rien.

 

 


Et toi là haut, qui m'a enlevé mon Eddie tellement tôt, i've got two words for ya…

 


Pénultième match de ce Wrestlemania pour le titre WWE entre les deux VRP les plus importants de la cause des stéroïdes sur les dix dernières années, le champion Batista affrontait confiant son challenger, John Cena. Dans ce match, on espérait que le build de l'animal si brillant ces dernières semaines soit poursuivi par une victoire clean contre l'idole des kidz, mais un heel ayant conservé l'autre titre majeur et les choses étant ce qu'elles sont, il était très probable de voir le Marine l'emporter. C'est naturellement ce qui arriva après un match qui dégageait de la testostérone (pas toujours endogène…) sur un abandon de l'animal face à un STF plus terrifiant que jamais, ayant fait taper en l'espace de deux PPV Triple H et Batista pour le titre WWE, excusez du peu. Le match en lui même était agréable à suivre et constellé de moves intéressants. Il semble que les deux hommes aient voulu développer un catch technique travaillé, et si ça n'a pas été totalement convainquant pour Batista, le rendu a été plus que correct. Les retournements entre autres étaient un peu lent, mais la puissance et la masse des deux catcheurs rendaient la chose crédible, et l'effet proposé tenait la route. La puissance déployée a suffit à porter une foule complètement dans le match, et c'est bien l'essentiel (avec une mention spéciale pour ce five knucke shuffle depuis le turnbuckle). La célébration de fin avec John qui se met au milieu du public portant des T shirts "Cena haters" montre bien en plus de l'humour du champion que la WWE assume totalement la gimmick caricaturale de Cena, qui provoque autant de soutien que d'énervement.

Alors certes, les griefs peuvent pleuvoir sur ce match: oui le build de Batista est interrompu durement alors qu'il promettait tant, oui l'Animal a tapé ce qui semble l'affaiblir plus qu'un pin, oui John Cena sort encore une fois frais comme un gardon d'un match censé être intense (mais vous pensez vraiment que ce comportement n'est pas booké? Que Cena commet une erreur de débutant et que personne ne lui dit rien? C'est évident que c'est les bookers qui veulent cela…). Mais encore une fois, tout cela entre dans un plan de long terme: le build de John Cena s'inscrit dans l'histoire, il va très probablement devenir le catcheur le plus titré de la WWE dans la décennie qui arrive, il continuera plus que jamais à déclencher des tempêtes de hourras et de huées mêlées. Il est sans conteste le catcheur de la nouvelle génération le plus symptomatique et reconnaissable, son image de bon gars est la plus facile à exploiter en dehors du ring sans briser le Kayfabe (je vous laisse imaginer les interview de Randy Orton ou ses invitations dans les shows télévisions), pour faire simple: le rôle que joue Cena est indispensable dans la communication grand public de la WWE. Cena s'investit à fond dans son métier, il est reconnu par ses pairs ayant du pouvoir comme un énorme travailleur, et sa loyauté à la WWE semble acquise (chose indispensable quand on connait l'histoire…). Bref cette victoire d'inscrit dans le build de la légende de Cena, le gars qui brille dans les grandes occasions. Sacrifier Batista à cette légende se fait sans sourciller pour la fédération, et il me parait évident qu'avec le recul, Batista restera comme un catcheur anecdotique alors que Cena sera un mythe vivant au niveau de ce qu'est Hogan. D'ailleurs je sais que certains vont s'étrangler, mais les règnes de champions sont de plus en plus courts ce qui est préjudiciable, et un règne long (au moins plusieurs mois) serait le bienvenue autant pour la ceinture que pour la fédération. John Cena fait partie des quelques champions avec Orton et Hunter capables de rendre ce règne consistant. Que la ceinture ne change pas de propriétaire jusqu'à Summerslam me semble sain, pourquoi pas le temps d'amener un Triple H heel au sommet?

 

 


Oui, la Rédac ne tourne pas qu'à l'eau…

 


Arrive alors le match que tout le monde attend, celui qui sera indubitablement le plus porteur en émotion. La question est de déterminer si un Undertaker diminué pourra assurer face à HBK, surtout quand on sait que le match de l'an dernier est dans toutes les mémoires et pèsera lourdement dans le jugement qu'on fera sur celui là. Inutile de le nier, à la Rédaction, on a longtemps cru que ce match était une erreur. Il souffrirait trop de la comparaison, faire une revanche n'avait que peu d'intérêt quand le résultat était tellement prévisible, le Taker ne semblait pas pouvoir assurer un match de ce niveau. On pensait qu'il lui faudrait mieux croquer un petit nouveau, du genre McIntyre, qui gagnerait de la popularité sur ce match, pendant que HBK pouvait feuder avec son ami de toujours, Triple H. Mais la WWE y a cru, et elle a eu bien raison de nous donner totalement tort sur ce coup là. Mieux encore, elle a bâti sur ce match une mythologie sans égal: la streak du Taker contre la carrière de 25 ans de Shawn Michaels. Ces dernières années, le Taker avait trop à perdre contre des adversaires n'ayant aucune chose à proposer en face, alors qu'en 2010, le challenge était enfin à la hauteur de la streak. Entendons nous bien, nous n'avons jamais vraiment pensé que la streak serait brisée, mais pour une fois quel que soit le résultat, l'enjeu était énorme. La mayonnaise pouvait monter, ainsi le build de se match s'est étalé sur plus d'un an, dès le build pour Wrestlemania XXV. La WWE a quelques fois semé des indices pendant l'année, comme ce match par équipe entre face et heels pour les dix ans de Smackdown, où un long regard échangé entre les deux légendes était lourd de sens. Attention je ne dis pas que tout était prévu dès ce moment, mais seulement que la stratégie de la WWE de toujours penser au long terme, et de planter des petites graines un peu partout, la plupart ne germant jamais, est brillante. Ainsi la rivalité a eu une cohérence importante, la promotion a été dantesque (quel talent chez l'équipe de la WWE s'occupant de ce chapitre!) et nous sommes arrivés à ce match avec une attente énorme teintée d'inquiétude.

 

 


La Rédac en admiration devant la grandeur du spectacle proposé.

 


Ce match fut le plus long de la soirée, d'une construction remarquable (par exemple le travail sur la jambe du Taker a justifié une mobilité un peu réduite pour le dead man) et avec tout l'arsenal des deux catcheur de sortie, sans faire de doublon avec l'an dernier, chapeau! Evidemment on a eu droit à tous les moves cumulés des deux stars dont on retiendra le moonsault de Michaels sur un Taker étendu sur la table des commentateurs espagnols, et le Tombstone sauté final du dead man. Des moves de highflying, des impacts monstrueux, de la soumission (mention spéciale au hell's gate contré en jackknife), des contres à gogo, le match fut très complet et avec de nombreux rebondissements. Juste avant la fin, le build a fait espérer une issue originale: après le second tombstone, le phenom arrête son taunt, écarte les bras et semble vouloir partir du ring… à ce moment on est nombreux à avoir cru au no contest. Mais Shawn retenait le Taker, mimait son taunt puis le giflait, aboutissant au finisher le plus puissant que pouvait livrer le dead man (qui au passage sacrifie ses deux genoux pour l'autre légende). Le compte de trois tombait, laissant une salle de 70 000 personnes et des millions de téléspectateurs hagards. A ce moment donné, tout le monde était fan de Shawn. Juste après le match, le kayfabe est brisé et Taker relève le Kid et lui serre la main avant de l'étreindre, puis de quitte le ring pour laisser l'intégralité de l'espace à son glorieux adversaire. Les trois dernières minutes du show ne seront qu'ovations, larmes et applaudissements.

 

 

 


A ce moment précis, le Taker tire la langue à tous les fans de Shawn Michaels, et surtout à Hache Biquet.

 


Que dire de ce match, sinon qu'il a été le plus grand de toute l'histoire de la WWE? Pourquoi me direz vous? Déjà car il oppose les deux plus grandes stars de tous les temps pour la fédération. Avec des carrières de 25 ans d'une grande intensité, les deux champions surclassent largement d'autres prétendants comme Austin ou le Rock à ce titre. Ils ont traversé toutes les révolutions du catch du dernier quart de siècle, et sont toujours restés fidèles à la fédération de Vince (ce qui n'est pas le cas de Hogan, Flair ou Hart, partis vendre leurs âmes pour de l'argent et se perdre). Enfin ils ont su marquer l'histoire par les titres, mais aussi par des évènements uniques (la streak, les matchs de l'année à répétition, l'innovation permanente que sont leurs gimmicks et leurs matchs comme le casket match ou le ladder match, le premier iron man, etc…) ce que n'a pas fait Triple H par exemple. Pour finir ils ont vécu dans la période de l'âge d'or de la compagnie, ce qui ne fut pas le cas d'un Bruno Sammartino bien moins exposé par les médias. Sans hésiter, Shawn Michaels et l'Undertaker sont à ce jour les deux plus grandes stars de l'histoire de la WWE. Ensuite ce match était le plus riche de toute l'histoire. Aucun titre ne vaut la Streak de l'Undertaker opposée à la carrière de Shawn Michaels, et même l'unification des titres majeurs réalisée par Jericho en 2001 n'a sans doute pas autant de poids, ni autant d'enjeu dans le match Alliance vs Invasion également en 2001. Ce match est déjà dans la légende, il a eu lieu à Wrestlemania en main event, impossible de faire mieux. Il a été parfait dans le ring avec un public acquis dans une salle comble de 70.000 personnes (ah cette pyramide et ce titantron au dessus du ring!), et a opposé des superstars au sommet de leurs carrières, encore capables de catcher au top (même si on était à la limite pour le Taker). Le build dura treize mois dont quatre intenses depuis la déclaration de Michaels aux slammy awards de 2009. Ce match est simplement inclassable et incomparable, dans 30 ou 50 ans si la WWE existe encore, nous sommes prêt à parier qu'il fera partie des rares choses dont on se souvient, porteuses de fantasmes et dont on parlera encore avec respect.

 

 


Et quand un mec de 2m10 pour 130 kilos parle de respect avec ces yeux, les gars d'1m80 écoutent.

 


Et c'est là qu'était le but de la WWE, histoire de boucler la boucle avec l'introduction de cet article: il ne faut pas voir ce Wrestlemania comme un PPV habituel, mais comme un écrin pour un match hors normes. Tous les matchs n'avaient pour but que de mettre en valeur ce moment, tout en écrivant l'histoire (legend killer, victoire de Cena, matchs courts mais tous très réussis à deux rares exceptions), et la pression est montée crescendo. Les pauses ont été ménagées intelligemment (divas au bon moment, ainsi que le match Hart/McMahon) et tout a été fait pour que le catch sorte grandi (pas de concert, aucun réel squash match, peu d'humour lourd façon Mrs Wrestlemania ou Hog pen match). La WWE écrit sa légende en lettres d'or avec cette soirée, à l'issue d'un trimestre de shows d'une qualité remarquable, chapeau. La TNA avait choisi ce moment pour aller au duel, bien mal lui en a pris, et c'est peut être à elle qu'on doit ce trimestre fantastique de la WWE et le Wrestlemania auquel on a eu droit, qui sait? En tous cas pour ceux qui douteraient encore, les notes de Dave Meltzer sur les matchs placent ce Wrestlemania parmi les 3 mieux notés avec le XVII et le XIX il me semble, et les évènements qui s'y sont passés lui accordent nécessairement une place unique. Si ce n'est pas le meilleur Wrestlemania de tous les temps, c'est le meilleur depuis sept ans et un des plus homogènes. Avec le temps qui passe, et le recul sur l'évènement, nous sommes persuadés que ce Wrestlemania sera jugé à sa juste valeur.

 

 


Putain, enfin la retraite!!!

 


Pour finir sur un semblant d'objectivité, on aurait certainement pu faire mieux. Par exemple en réduisant de cinq minutes le duel entre Bret Hart et Vince McMahon, en réduisant quelques promos et en rallongeant l'opener et le combat entre Rey et Punk. On aurait voulu voir Jim Ross, au moins pour commenter le main event, et pourquoi pas Howard Finkel l'annoncer. Mais en partant du cahier des charges de la WWE (nécessité de montrer les titres majeurs, le MITB, le match de Bret Hart, les divas ainsi que certaines stars incontournables comme Orton, Triple H, le Big Show ou Rey), on voit qu'on ne peut pas réellement retirer de match, et la promotion est inévitable. On n'a eu aucun bla bla en plus de l'indispensable (le segment concernant le sponsor), la qualité moyenne des match était très bonne, aucun squash réel n'a eu lieu, bref on se contentera de cette imperfection. Et maintenant qu'on peut détacher un peu son esprit de ce PPV mythique, on peut légitimement se demander si la suite sera à la hauteur. Mais on fait confiance à la WWE pour créer de nouvelles stars du gabarit de celles qui nous quittent ou nous quitteront bientôt, et on attend la suite avec impatience!

 

 


Shawn Michaels career (1985-2010).

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