Catch

La quadrature du ring

L'homme est un animal social.

Aristote

 

En ce premier Raw post-draft, la WWE devait résoudre un problème à première vue insoluble. Comment caser plein de monde dans un seul show? Facile: en jouant à fond la carte des associations, passées ou actuelles, entre les membres du roster. De Rated RKO à Morrison & Truth, de la Hart Dynasty à Regal & Kozlov, de Jerishow à Showmiz (voire à Jerimiz?), de Miz-Bryan à Jericho-Barrett, de Zack & Rosa à Brie & Nikki, et du duo désormais inséparable Cena-Batista à celui, scellé loin de nos regards, réunissant Sheamus et Triple H, Raw a mis en évidence pléthore de connexions rappelant une vérité indiscutable (et déjà soulignée dans cette étude anthropologique): le catcheur, tout comme l'homme, est un animal social.

 

 

Dans cet épisode de Caméra Café, deux collègues sympathisent en discutant de leur ex commun.

 

 

Nalyse de Raw du 3 mai

 

 

 

Et si… et si les bookers de Smackdown avaient été eux aussi draftés à Raw lors du draft de la semaine dernière, histoire d’accompagner Jericho, Edge et autres Morrison et Truth dans leur nouveau domaine? La supposition se nourrit de la qualité exquise de ce premier épisode post-mercato, qui a donné lieu à de multiples morceaux de bravoure, sur un rythme soutenu et dans une ambiance survoltée.

 

 

– Je te connais toi, non?

Oui, c'est moi qui écrivais les promos de Punk et Jericho à Smackdown. je fais Raw maintenant.

– Et t'es sur quoi en ce moment?

– La promo de ce soir de Randy Orton. Tu vas voir, ça va être brillant.

 

 

Après un bouleversement aussi important que celui enregistré à l’occasion du draft (22 mouvements sur un roster composé au total, garçons et filles compris, de 65 pensionnaires), il était évident que le paysage de l’upper et de la midcard de chaque show allait nécessairement changer. On l’avait constaté à Smackdown qui, à première vue en tout cas, a admirablement négocié le pillage subi. On l’a vu aussi à Raw, qui a joliment géré son upcard surbondée.

 

 

– Waaah, c'est le script du Raw de ce soir?

– Oui John, mais maintenant que tu l'as vu, on va devoir t'exécuter.

 

 

Certes, Triple H est en congés actuellement (pardon, il soigne les terribles blessures infligées par Sheamus et rumine son effrayante vengeance), mais six autres bestiaux se déchirent sur l’avant-scène : le Champion Cena, le first contender Batista, le frustré Sheamus, les deux turneurs Orton et Edge, et (normalement) l'éternel Jericho. Comment démêler tout ça? C'était le défi lancé aux bookers, qui l'ont presque intégralement relevé. La répartition apparaît en effet quasi-clinique, au cas Sheamus près.

 

En coûtant son title shot à Orton la semaine dernière, Edge s’est de facto engagé dans un programme loin du titre avec Randy. Hop, deux de moins. Batista va affronter Cena à Over The Limit. Jericho a décidé de se venger du Big Show. On peut donc provisoirement le décompter. Reste Sheamus. Que faire de lui? Lui trouver rapidement une feud ad hoc contre quelque upper midcarder appelé à se faire squasher au ppv, type Morrison ou Truth? Ou bien l'insérer dans le WWE Title Match? Le suspense règne autour de la stipulation de ce combat, qui sera révélée par Cena lundi prochain vu que, cette fois, quand il était sur le point de nous en faire l'annonce, Sheamus a surgi de nulle part pour l'étaler d'un de ses magnifiques Bicycle Kick. Et si cette mésaventure incitait l'inexpugnable Champ à déclarer que la stipulation tant attendue est que ce match sera… un Triple Threat Match? Ce serait une façon à la fois de placer Sheamus dans le pay-per-view et de mettre en valeur son agression de ce lundi sur Never Give Up…

 

 

Sinon, je veux bien le prendre, moi. Je l'ai grave schoolé pour sa première feud à la WWE. Je peux même dire que j'en ai fait ma witch!

 

 

Quoi qu'il en soit, le push de l'Irlandais a "pris", comme on le dirait d'une sauce qu'on a longtemps laissée mijoter, la goûtant régulièrement et y ajoutant des ingrédients de-ci de-là. Ce lundi, deux éléments ont été ajoutés à son profil: un peu de badassitude (ce qui n'est jamais superflu pour une brute comme lui) quand il proposa à Batista un match "right here right now", dans la plus pure tradition des Faces courageux; et un zeste d'irrévérence, quand il affirma que la raison pour laquelle il n'était pas dans la title picture, c'est qu'on lui faisait payer d'avoir écrabouillé le Beau-Fils de Dieu (d'autant plus croquignolet comme complainte que chacun sait bien que c'est précisément à Triplache que le rouquin doit son ascension fulgurante). Batista ayant évidemment refusé le match, Sheamus enfonça le clou plus tard dans la soirée en détruisant Cena. La heat qu'il provoque est désormais fort estimable, il est pris au sérieux et semble paré pour un nouveau title run un peu plus tard dans l'année. Batista peut partir bouder quelques mois tranquille, la relève est prête.

 

 

Pour le nouveau Brock Lesnar, la WWE a opté pour un tshirt représentant un glaive plutôt que pour un glaive directement tatoué sur la poitrine. Plus facile à commercialiser.

 

 

Cependant, quelle frustration de penser que l'Animal est probablement en train de vivre ses dernières semaines à la WWE! Autant un hiatus de sa part il y a un an ne nous aurait fait ni chaud ni froid, autant le voir partir maintenant est rageant. Il n'a jamais été aussi à l'aise qu'en ce moment, en heel brutal, haineux et persuadé d'être screwé semaine après semaine. Certes, sa carrière depuis son explosion au main event en 2005 a indéniablement été un succès, mais quelle trace laissera-t-il s'il venait à partir définitivement après Over The Limit? Probablement celle d'un freak génétique / face générique, omniprésent au main event mais n'ayant jamais suscité l'adhésion qu'ont su faire naître ses camarades faces de la même époque (Cena, Triple H, Jeff Hardy voire Mysterio). En revanche, quand on le voit en heel actuellement, on se dit qu'il aurait pu être pour la deuxième partie des années 2000 ce que Triple H avait su être quelque temps plus tôt: le super-heel de sa génération, celui contre lesquels face héroïque après face héroïque viendrait tester les limites de sa volonté. Hélas, il n'en aura pas été ainsi et, hormis deux feuds notables (contre Triple H en 2005 et contre l'Undertaker en 2007), Batista n'aura pas autant marqué les esprits que l'aurait permis le potentiel qu'il est en train de révéler.

 

 

Fade to black.

 

 

C'est Big Dave qui ouvrit la soirée, répercutant les commentaires de Djobi Djobber et d'autres leaders d'opinion du web mondial: il estimait ridicule de voir un Last Man Standing s'achever sur une scène digne du café-théâtre comme ce fut le cas à Extreme Rules. Les chevilles scotchées autour du poteau du ring, REALLY? "C'est un coup digne d'Hornswoggle, ça", railla-t-il! Batista eut alors une phrase géniale, expliquant qu'il s'agissait du moment le plus honteux de la carrière, et même de la vie… de John Cena. Où l'on voit, d'ailleurs, tout l'intérêt de ce finish controversé: s'il avait été battu à la régulière dans le Last Man Standing, Batista n'aurait plus pu prétendre être meilleur que le Marine (surtout après avoir déjà été vaincu par le même à Mania). Mais vu la fin du LMS, il peut gloser sur le fait que recourir à de telles méthodes est un aveu de faiblesse de la part du champion, et que, au prochain ppv, on va voir ce qu'on va voir.

 

 

Cette fois, j'amènerai du dissolvant à colle! Tu es fait, Cena!

 

 

Les bookers avaient décidé de faire du grand enjeu de ce Raw la décision concernant la stipulation du title match Batista-Cena d'Over The Limit. Why not, mais il manquait un élément prépondérant à l'intrigue: quelles stipulations les deux gladiateurs voulaient-ils? Y a-t-il un type de match qui avantage Batista par rapport à Cena, et réciproquement? Etant donné que tous deux sont des masses de muscles qui comptent avant tout sur leur puissance, ce n'est pas évident. Du coup, on peine à voir ce que leur apporte la possibilité de décider de la stipulation pour leur match. Opposez-les dans un Two out of Three Falls, dans un Stretcher Match, dans un Hell in a Cell… lequel serait privilégié? A la rigueur, on aurait pu nous expliquer que Cena, à la différence de Batista, est un spécialise de la soumission, et qu'il a donc intérêt à ce que la grande explication soit un I Quit Match; ou bien que Cena est plus agile que Batista et qu'il salivait à l'idée de défier l'Animal dans un match à l'échelle; ou encore que Batista est plus violent et voudrait donc un Street Fight…. Mais tout cela ne fut pas abordé, et nous fûmes donc priés de croire qu'il était fondamental de savoir qui allait choisir la stipulation, sans réellement savoir pourquoi il en allait ainsi.

 

On avait eu quelque chose de semblable l'été dernier entre Jeff Hardy et Edge: Jeff avait obtenu l'honneur de décider de la stipulation de leur match à Summerslam et avait alors annoncé à un Edge pétrifié qu'ils régleraient leurs comptes… dans un Ladder Match! D'ailleurs, la terreur d'Edge à cette idée était moyennement crédible sachant qu'il a toujours été présenté comme un spécialiste des matchs à l'échelle… Bref, Batista et Cena s'affrontaient dans un Beat the Clock challenge, avec cet enjeu très mineur en ligne de mire.

 

 

Si je gagne, je le défie à un match de marionnettes, je suis sûr de l'éclater!

 

 

L'identité de leurs adversaires respectifs a été bookée avec énormément de malice. Non, en dépit de ce qui avait été annoncé, nos streumons n'allaient pas squasher le Miz et Chris Jericho: ceux-ci refusaient de combattre, chacun avec d'excellentes raisons: le Miz expliquant respectueusement à Batista qu'il aurait apprécié l'honneur de l'affronter mais que, voyez-vous, il avait pris une droite du Big Shit la semaine dernière et les médecins lui interdisaient de se battre, quel dommage, promis on se fait ça un de ces quatre dès que ma joue a dégonflé, allez Dave, sans rancune, tiens regarde j'ai un papier sur lequel il est écrit "mot du médecin", si c'est pas une preuve; quant à Jericho, il était une fois de plus génial de mauvaise foi en affirmant qu'après toutes les innombrables victoires qu'il a remportées contre Cena, le combattre de nouveau serait pour lui une pure perte de temps. Appréciez au passage l'incroyable gestuelle de Cena pendant ce discours. Ca c'est du bodylanguage, coco!

 

 

Ferme ta boîte à camembert…

 

 

Tu l'ouvriras pour le dessert!

 

 

Du coup, les deux pleutres envoyaient au charbon leurs rookies respectifs! Car oui, les deux plus grandes gueules de la WWE sont aussi des chaperons attentifs, et quoi de mieux pour leurs jeunes que de se faire massacrer par Cena et Batista en prime time? Là encore, le booking fut intéressant, car le Miz souhaitait uniquement que Bryan se fasse péter la gueule, tandis que Jericho, lui, paraissait vouloir sincèrement offrir à Wade Barrett une chance de briller à Raw contre le champion en exercice. L'issue des matchs en eux-mêmes ne faisait aucun doute. On se souvient qu'à NXT il y a deux semaines, Jericho s'était incliné face à Heath Slater; mais Y2J est le seul main eventer à jobber tous les quatre matins, et Cena et Batista ont déjà été bien gentils de traiter Bryan et Barrett avec plus d'égards que le malheureux David Otunga, que Cena avait en son temps humilié comme s'il s'agissait d'un paraplégique.

 

 

Tiens bon Wade! Plus que deux heures!

 

 

D'ailleurs, dans la sombre vallée de larmes à laquelle s'apparente pour l'heure la carrière à la WWE de Daniel Bryan (squashé en deux minutes par Skip Sheffield la semaine dernière à NXT), tenir plus de cinq minutes face à Batista et, finalement, lui coûter son Beat the Clock challenge face à Cena (qui mit trente secondes de moins à venir à bout de Barrett) s'apparente à un demi-triomphe! Plus sérieusement, Bryan a, comme toujours quand il en a l'occasion, été à la hauteur de sa réputation, faisant tourner la tête de Batista à force de virevoltes et de prises de soumissions variées, et finissant par manger un Spear monstrueux puis trois Batista Bombs avec sa grâce coutumière.

 

 

– Lâche-moi bordel!

– Non Dave, je veux pas que tu partes, je te kiffe trop en heel!

 

 

Wade Barrett a été moins impressionnant, mais a tout de même laissé une impression correcte. Cependant, alors que Bryan s'est démerdé tout seul comme un grand face à Batista, l'Anglais, lui, a dû compter pour emmerder Cena un moment sur l'intervention de maître Jericho. Celui-ci fut encore génial en ringside. Il a d'ailleurs démontré ce soir que quand il en aura marre de se faire exploser sur les rings, il a un grand avenir aussi bien en manager heel qu'en commentateur.

 

 

– Lawler! Mon rookie est en difficulté! Va l'aider!

– Mais…

– Il n'y a pas de mais! Sinon je sors les dossiers sur ce que tu fais à la sortie des écoles maternelles!

 

 

Car on n'en avait pas fini avec Chris Jericho, et heureusement! Peu après, on le retrouvait dans les couloirs du stade, en grande conversation avec son épigone le Miz. Les deux hommes convenaient que le Big Chauve était un connard ingrat, incapable de reconnaître à quel point ils l'avaient tous deux porté sur leurs épaules pendant leurs runs en équipe avec lui. La vanne de la soirée revient au Miz, qui en dépit de sa face ravagée et du mot de médecin lui interdisant de catcher une semaine après le Knockout Punch, affirma avec son awesomesque aplomb un truc du genre "Si moi j'étais un géant de 2m15 et 200 kilos, si je cognais un type je le décapiterais sur place, alors franchement le Show hein, il tape comme une mauviette!" L'essentiel, c'est que les deux jacqueteurs nous préparent quelque chose qui pourrait bien ressembler à une équipe visant à terme les titres détenus par les Hart. Comme ça, ils pourraient aller à Smackdown emmerder le "Sasquatch", le "Béhémot", bref le méchant géant égoïste qui les a plaqués comme des mal-propres! Rien que d'imaginer leurs promos communes, j'en salive comme Silvernights à la vue d'une cannette de Kro laissée sans surveillance à la cuisine en fin de soirée. Et puis, pour un mec comme le Miz, bosser un programme long aux côtés de Master Jericho, ce serait aussi formateur que de jouer un an en double aux côtés de Federer pour Richard Gasquet.

 

 

Il a dit "hypocondriaque" d'une traite sans bafouiller! Applaudissez-le, gastéropodes intestinaux que vous êtes!

 

 

On eut un avant-goût de ce que serait le combo Jerimiz lors du match par équipes opposant les champions Hart (Miz, qui s'était fait laminer lors du title match de la semaine dernière: "s'ils nous ont battus, c'est à cause du Big Show!") à une paire sortie tout droit d'un épisode de l'ECW d'il y a six mois: Regal-Kozlov. Les deux bavards venaient squatter la table des commentateurs, évinçant complètement Lawler et Cole (quelle surprise!) et rivalisant de réparties rapides et incisives. Et quand Cole tenta de les monter l'un contre l'autre en soulignant que le compte Twitter de Y2J comptait plus d'abonnés que celui du Miz (mais moins que celui des Cahiers du Catch), Jericho haussa les épaules et le renvoya à ses études: ce n'est pas à un vieux heel qu'on apprend à semer la zizanie dans une équipe en formation.

 

 

– Chris, vous ne trouvez pas que le Miz se laisse aller avec ses manches retroussées?

– Cole, tu es aussi qualifié pour juger des attributs vestimentaires de mon awesome camarade que Jerry Lawler pour accompagner une sortie de petites filles à la piscine, alors rends-nous service et tranche-toi les veines.

 

 

Le match en tant que tel n'eut pas grand-chose de mémorable, si ce n'est un bump impressionnant de Tyson Kidd balourdé par Kozlov depuis la troisième corde. L'affaire se conclut, comme toujours à présent avec les Hart, par un Sharpshooter (porté cette fois par Smith sur Regal) qui fit abandonner la victime avant même d'être réellement bloqué. Pas grave, on est déjà contents de voir William Regal à l'écran. Pour ceux qui l'avaient oublié, le bonhomme n'a rien à envier à quiconque niveau charisme. Il sauva par sa seule présence un traditionnel segment backstage "guest host – Santino déguisé" et emmena Kozlov d'un délicieux "Come, dear boy". Kozlov qui, il faut le souligner, fut finalement assez rigolo avec son accent russe ultra-souligné: "Vot iz zisse i-di-ot saying?!" pourrait devenir sa catchphrase, tiens. Enfin, un petit big up pour l'effort de cohérence consenti par les bookers qui nous rappelèrent, par l'intermédiaire de Santino, que Regal et Kozlov ne s'étaient pas quittés dans les meilleurs termes à l'ECW. Typiquement le genre de petit détail qui fait plaisir. Une seule phrase de Regal – "c'est bon, nous avons réglé nos problèmes" – suffit pour qu'on passe à autre chose, mais au moins on ne se retrouve pas avec deux gars qui deviennent les meilleurs amis du monde alors qu'ils se cognaient dessus sans pitié la dernière fois qu'on les avait vus dans le même ring.

 

 

– Eh, vous deux, ié croyais que vous étiez aussi fâchés que Zidane et Materazzi!

Comme quoi il nous arrive à tous de faire erreur, cher ami. Par exemple, je croyais que tu te faisais passer pour ta sœur jumelle afin de te faire lutiner par le Great Khali.

D'accordo, ié n'ai rien dit!

 

 

Un autre gars qu'on craignait ne pas beaucoup voir en action à Raw, c'est le zébulon Zack Ryder, dont Spanish nous a souvent dit tout le bien qu'il en pensait du temps où l'ex-Edgehead émargeait à l'ECW. Dépouillé par le draft de sa Rosa d'amour, n'allait-il pas être définitivement enfoncé dans les fins fonds du roster, avec pour seule perspective quelques minutes à Superstars de-ci de-là? Eh ben non seulement Zack a catché dans le premier Raw post-draft, mais il a même eu droit à une promo et à deux Divas en ringside rien que pour lui! Promo rigolote ("la plus grande nouvelle du draft, celle dont tout le monde parle, c'est que Zack Ryder reste à Raw!"), affirmation de son célibat nouveau (long distance relationships don't work, on sait tous ça), fierté énorme d'avoir battu Primo Colon à Superstars, tout y est passé en l'espace d'une minute. Naturellement, on continua dans le style comique puisque le guest host Wayne Brady apparut ensuite sur le Titantron pour envoyer sur Zack non pas l'inoffensif Primo mais le massif Mark Henry. Ryder combattit vaillamment deux ou trois minutes, jusqu'au Slam final. Et c'est évidemment le vainqueur qui repartit avec les Divas, dans les meilleures traditions des hommes préhistoriques.

 

 

– Gail, tu préfères la grande gueule ou le gros porc?

– Tu vois, c'est pour ce genre de dilemmes fascinants que je suis revenue à la WWE.

 

 

N'empêche, ce court combo zackien promo risible / quasi-squash sera peut-être à marquer d'une pierre blanche. Sauf erreur, l'unique apparition de Ryder à Raw jusqu'à présent avait été son match de qualification pour le Money in the Bank de Mania contre MVP, perdu en vingt secondes. En tirant le maximum de son maigre temps d'antenne ce lundi, Ryder, auquel on voit bien à moyen terme un potentiel à la Miz, a peut-être convaincu les bookers de lui offrir un peu plus d'exposition à l'avenir. Prenons le pari: celui qui fêtera dans quelques jours ses 25 ans viendra probablement se mêler à l'upper-midcard à moyen terme (c'est pratique comme formule, "à moyen terme", ça n'engage pas à grand-chose).

 

 

Z'avez rien suivi ou quoi? Edge a eu dix minutes avec Christian à Smackdown et un quart d'heure avec Orton ce soir. La semaine prochaine, c'est une demie heure d'antenne avec moi, son ancien Edgehead! Woo woo woo!

 

 

L'upper-midcard manque justement d'un bon heel, en tout cas dans l'attente du retour de blessure d'Ezekiel Jackson. On l'a vu ce lundi, quand le malheureux Ted DiBiase se retrouva en difficulté d'abord face à John Morrison, puis face à Morrison et Truth, quand ce dernier vint sauver son pote d'un beatdown post-match. La quête d'un "Virgil" par Ted promet cependant d'être assez fun à suivre, et rappelle un peu la période où, après la blessure d'Edge, Jericho faisait le tour des big men (Khali, Kane, Henry) à la recherche d'un partenaire fiable. En attendant, le match fut bon, et Morrison, qui se présenta logiquement comme le Monday Night Delight après avoir été le Delight du Tuesday (à l'ECW) puis du Friday (à Smackdown) s'est positionné à la fois comme un type courageux et un catcheur de haut vol, ce qui était le but recherché. Bientôt enfin la mue en Sunday Night Delight? En tout cas, un clip tourné sous LSD à sa gloire a été diffusé, et la WWE veut clairement miser sur lui à l'avenir. A voir maintenant si Truth et lui entendent relancer leur équipe, qui n'a pas été un franc succès jusqu'ici.

 

 

The doors of perception are open.

 

 

Dans cette soirée magique, on a même eu droit à une ébauche de storyline de Divas, c'est dire que ce show sort de l'ordinaire! Maryse est ainsi venue casser la gueule à Eve en plein photo shoot, avant de bousiller l'une des Bella en match et de diffuser sur le Titantron des photos d'elle-même debout au-dessus d'une Eve KO. Celle-ci se précipita sur le ring (mais qu'ont-elles toutes à se balader pieds nus? Décidément, y a du foot fetichist qui tire les ficelles…) et livra un mini-combat de lutte à l'arbitre chargé de la calmer. Rien de sidérant là-dedans, mais au moins dépasse-t-on le simple stade de l'échange de ceintures entre filles indifférentes. Ce qui est en jeu ici, c'est aussi le rôle de bonasse pour les photos shoots — un statut, ne nous leurrons pas, bien plus important pour les filles que la ceinture des Divas.

 

 

Et pour voir la suite, inscrivez-vous dans la section interdite aux moins de 18 ans de wwe.com!

 

 

Le photo shoot d'Eve avait permis l'arrivée du guest host Wayne Brady, qui fit une performance de guest host classique… jusqu'à une conclusion aussi brutale qu'inattendue. Brady a donc donné l'accolade à la gentille Eve, débarrassé le backstage de Jillian (réalisant au passage une nouvelle percée en matière de sciences physiques puisqu'il a démontré que le son disparaissait dès lors que sa source n'était plus à l'image), échangé quelques mots en backstage avec Santino, Kozlov-Regal et Goldust (lequel dut dire "witch" au lieu de "bitch", PG era oblige), emmerdé Ryder en lui balançant dans les pattes Mark Henry plutôt que Primo… Jusque-là, tout était parfaitement traditionnel. Puis vint le segment final, où Brady rejoignit Edge dans son Cutting Edge, relancé pour l'occasion.

 

Brady dit qu'il adorait le catch et la WWE, blablabla, qu'il avait toujours rêvé d'être dans un ring, qu'il voulait faire une promo visant tous les guest hosts précédents et… et à ce moment-là, Randy Orton en eut marre. Au nom de tous les spectateurs ulcérés par un an de guest hosts à la con, Randy vint sur le ring, jeta un long regard à Edge, aperçut à la périphérie de son champ de vision Wayne Brady lui tendant la main avec un grand sourire et lui flanqua un gros RKO — que Brady encaissa comme un champion, soit dit en passant. Voilà. Wayne Brady (dont j'ignorais totalement l'existence auparavant) est apparemment un mec plutôt sympa et n'avait pas été, loin de là, le guest host le plus énervant jamais vu, mais il a payé pour tout le monde. Kablam! La semaine prochaine, Flavor Flav a intérêt à se tenir à carreau.

 

 

Bien joué Randy! Et maintenant je lui colle un Spear!

 

 

Le segment final, donc, fut l'apothéose de la soirée. Le pari était de taille: il s'agissait d'entériner définitivement le heel-turn d'Edge, suite à son face-turn raté, et de confirmer l'aura hallucinante entourant actuellement Randy Orton. Comment faire? Simple: laissez Edge parler, laissez Orton emplir le ring de sa présence muette et de son fabuleux langage de corps vipérin, et comptez sur un public de bonne humeur pour enrober le tout de l'ambiance sonore nécessaire. Succès total. Bien qu'on l'imagine frustré par le départ à SD de la régionale de l'étape Kelly Kelly (originaire de Jacksonville, Floride), le public a été à fond pendant le Cutting Edge. Le Rated-R était en mode demi-shoot toute la soirée: on l'avait vu en backstage avec un sous-fifre, expliquant qu'il souhaitait diffuser des images de sa première célébration de titre (amis jeunes, si vous avez raté ce grand moment de sexe en direct, c'est , inutile de nous remercier) ou encore les moments les plus violents de ses Ladder Matchs. Mauvaise idée, répondit le larbin, à la grande exaspération du Canadien.

 

 

On peut pas diffuser la pipe que me fait Lita?

– Non, trop cru.

– Et quand je speare Hardy depuis une échelle?

– Non, il est tabou lui, depuis qu'il a signé à la TNA.

– Et mon match sanglant contre Foley?

– Non, trop violent.

– Je peux défoncer le guest host au moins?

– Non, ça c'est réservé à Randy.

 

 

Une fois dans le ring, il joua subtilement avec le registre de l'ultra heel ("je pourrais vous donner une explication, mais vous ne le méritez pas!") comme il l'avait fait à Smackdown quelques jours plus tôt avec le registre de l'ultra face ("Du fond de mon cœur, je vous aime, vous êtes ma famille!"), avant chaque fois de moquer ces méthodes cheap indignes de lui. Il admit ensuite avoir manipulé le bon peuple, le forçant à chanter bêtement "Spear!" et, ensuite, face à un Orton muet, miroir de ses propres turpitudes, se lança dans un ébouriffant récit de son retour de blessure héroïque, de ses efforts visant à se faire accepter, de son "pandering to the crowd" comme dirait Jericho… mais malgré tout ce qu'il avait fait, ça ne marchait pas pleinement! Le public ne suivait pas, quoi qu'il fasse! A peu de chose près, Edge aurait lâché textuellement "mon face-turn n'a pas pris".

 

Le plus magique là-dedans, c'est qu'il avait devant lui un Orton qui, tout en continuant de se conduire comme un taré (à preuve son RKO inaugural sur le pauvre Brady), suscitait l'adoration du public sans même dire un mot. A-t-on déjà entendu Orton inciter le peuple à scander "RKO! RKO! RKO!"? Non, évidemment, et pourtant il hurlait RKO le public, à s'en casser la voix! A quoi ça tient? Pourquoi le peuple accepte-t-il — mieux, exige-t-il — un Orton aimable, et rejette-t-il Edge? Il y a là sans doute plusieurs éléments qui mériteraient un papier à part (Edge trop jouissif en opportuniste ultime, Orton opposé depuis un an aux faces les plus irritants de la place, à savoir les McMahon, Triple H et Cena, le RKO plus impressionnant que le Spear, le physique apollonien de Randy…) mais le résultat est indéniable et la WWE en a pris acte: des deux hommes, l'un est voué aux huées et l'autre aux colliers de fleurs, qu'ils le veuillent ou non.

 

 

Putain, je viens de percuter. Bouge pas, je vais foutre un punt kick à Vince et je reviens.

 

 

Malgré tout, Edge en appelait au Randy qu'il connaissait, à ce heel enragé qui ne pourrait qu'être tenté par une alliance avec un type du calibre de Rated-R. Il évoqua les mânes de Rated-RKO (comme il avait évoqué quelques jours plus tôt face à Christian l'époque glorieuse où ils étaient "frères"), il fit miroiter des perspectives géantes de domination commune sur Raw… mais Randy se taisait toujours, mâchoire serrée, pommettes tendues, tout son long corps prêt à bondir! Et Edge comprit. Randy n'en était plus à calculer des mauvais coups à administrer aux autres. Porté par la houle de la foule, cool comme une goule, Orton Rrrrrrrule! Edge alors n'y tint plus, hurla que s'il le prenait comme ça, ben ça serait la même, il se démerderait sans lui, et lui passerait sur le corps s'il le fallait, la tension explosa en un RKO mais Edge n'est pas né de la dernière pluie, il contre, big boot, arme le spear (quelques cris épars "Spear" dans le public, tiens spear et épars sont des anagrammes), fonce vers son ancien partenaire mais celui-ci bondit, RKO, tirez le rideau, les artistes reviendront saluer si vous tapez assez fort des pieds.

 

 

SPEAR-KO! SPEAR-KO!

 

 

Waouh. Un épisode très réussi, enlevé et même parfois poignant, qui est parvenu à remplir tous ses buts: éclaircir le tableau en upcard tout en laissant planer quelques doutes qui seront levés dans les prochaines semaines; redonner de l'intérêt à la division par équipes; offrir du temps d'antenne utile aux midcarders et aux divas; sacrifier un guest host en guise de bouc émissaire; et lancer sur de très hautes bases le programme Edge-Orton, qui scellera définitivement l'accession de la Vipère au gotha des super-faces. Face à un tel Raw, Impact a bien raison de se carapater vers le jeudi…

 

 

Et maintenant, passons à des adversaires plus sérieux.

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