Catch

Catch-moi, ou le kayfabe au carré

Le catch, c'est pas la vie, c'est un passe-temps!

Un passe-temps? Comme le tuning?

Extraitd'un dialogue de la série Catch-moi

 

Bonjour et bienvenue au pays magique du septième art, celui où finalement tout est kayfabe, comme dans le catch. Au programme du jour, un résumé tout ce qu'il y a de plus réel de la production Catch de Canal en collaboration avec l'ICWA.

 

 

I am Pierre Booster Fontaine, and I approve this message. Ou pas.

 

 

Catch-moi, la nalyse et le résumé

 

 

Souvenez-vous, il y a quelque temps, j'étais à Roubaix pour assister au tournage de la série; au printemps, il est temps de voir ce que donne le résultat fini. Force est de constater que le tout n'est pas mauvais, loin de là.

 

 

Fermez les yeux et imaginez-vous ailleurs

 

Pour bien apprécier Catch-moi (qui a perdu son « si tu peux » au passage), il faut se mettre dans l'idée qu'on regarde autre chose qu'une série sur le catch. Certes, on voit des scènes de vestiaire, des prises, des matchs… bref, beaucoup de catch pendant les 3X26 minutes. Mais le catch est ici un support. La trame principale reste au fond une histoire d'amour. Et c'est justement pour bien apprécier le film qu'il faut diminuer dans son esprit la part du catch, et rire des moments incongrus de la série, comme cette mort mi-réelle mi-kayfabe du premier épisode.

 

Mathias résume à lui tout seul la philosophie de la série lors d'un dialogue avec Léa: il y a ceux qui vivent par et pour le catch, et il y a ceux pour qui le catch est un loisir, une passion, un a-côté de la vraie vie. Eh bien, pour apprécier Catch-moi, c'est pareil: il ne faut pas voir ça comme un épisode de Raw et relever les incohérences de booking, car il y en a (surtout du bris de kayfabe en fait, quand on sait l'importance que ça a); surtout, il ne faut pas oublier que la série relate les aventures de deux catcheurs non-professionnels. Il ne faut donc pas regarder la création originale de Canal avec le même oeil que The Wrestler.

 

 

Train, say your prayers, eat your vitamins

 

La série démarre, dans son premier épisode, par un opener intéressant. Les producteurs (Bruno Gaccio et Gilles Galud) sont au centre du ring pour débattre du côté truqué ou non du catch, et surtout de son côté dangereux. Un écrasement et une descente de la cuisse imposés par Bulla Punk et Booster plus tard, la question est réglée: oui c'est dangereux. La séquence donne l'occasion de placer un « don't try this at home » du plus bel effet.

 

 

Scénarisé? Dangereux? On m'aurait menti à l'insu de mon plein gré?

 

 

Le vrai opener de la série lui, montre des images, datées à l'écran de 1989, d'une vieille gloire en noir et blanc, en plein milieu d'un tornado tag dans une salle poussiéreuse, avec son gamin au bord du ring.

Très vite, on comprend que le gamin est Mathias, et que la légende est son père. La team du paternel domine, et se prépare pour son finish, le « ciseau bavarois ». Mais, malheureusement, ça botche, et le padre chute lourdement. Le gamin se précipite in ring, et son daddy lui fait la leçon sur « fais pas comme moi, réussis ta vie gamin », avant de mourir. Mort bien mise en scène, puisqu'une demi-seconde après, le papa se réveille en disant « et t'as intérêt de devenir un grand catcheur, histoire que je sois pas mort pour rien! », avant de retourner fricoter avec Owen Hart. Terrible pression, on comprend mieux le comportement de Ted Di Biase Jr après avoir vu ça.

 

 

Et un jour, tu vois, mon père m'a dit: « Faut que tu deviennes aussi riche que moi, gamin! » Alors, contrairement à toi, plutôt que de braquer des banques, je me suis spécialisé dans le commerce de bijoux.

 

 

Vingt ans plus tard, Mathias tient un magasin d'antiquités et pratique le catch en amateur. Il vit en couple avec Léa, et tout se passe bien. Eux et leurs potes se retrouvent plusieurs fois par semaine à la salle de sport pour s'entraîner et livrer moult galas aux spectateurs locaux. Mais voilà, le public local est peu nombreux, et surtout exigeant, passant son temps à siffler et huer. Néanmoins, les lutteurs sont toujours aussi passionnés, et font leur travail sérieusement. C'est Romain (aka Booster) le chef de la bande, et il veille toujours (comme dans la vraie vie) à ce que ses troupes soient au poil. Surtout que ce soir, un grand promoteur de catch, Alfredo Garcia, est dans la place.

 

Le premier gala est loin d'être passionnant. Une bataille royale semble être au menu, et Mathias se fait éliminer très vite. C'est la zone, ils ne sont plus que trois sur le ring, et le public hue tout ce qu'il peut. Mais Léa prend les choses en main, et défie Booster (appelons-le par son nom de scène) et Kym, et met le feu à la salle, sous les yeux ébahis dudit Alfredo.

 

 

Comment tu veux comprendre avec des règles pareilles et des adversaires invisibles, aussi…

 

 

Vis ma vie dans Confessions Intimes

 

L'après-gala est l'occasion de faire une bonne bouffe entre amis, et pour Alfredo Garcia de raconter ses souvenirs de booker. Léa boit bien évidemment ses paroles, elle à qui Garcia a promis qu'elle devienrait une star du catch si elle allait au Mexique. Le brave Mathias, pragmatique, laisse entendre au milieu de tous les convives qu'il ne faut pas oublier que le catch n'est qu'un passe-temps, qu'il y a une vie derrière, avec ses contraintes. Voilà des propos qui interloquent notre ami mexicain: « Un passe-temps? Comme le tuning? » Horresco referens!

 

Résultat, notre couple, de retour à la maison, se chiffonne, et Léa prend une décision irrévocable: elle s'envole pour le Mexique, catcher pour Alfredo Garcia.

 

 

Scène de ménage entre deux lutteurs amateurs.

 

 

Deux ans plus tard, l'ami Mathias vit une vie pépère, loin des rings, bien rangé avec une petite amie envahissante, et son affaire de magasins d'antiquités prospère. Bref, il a tout pour être heureux dans son monde à lui. Mais voilà, le catch domine le monde, donc il ferait mieux de prendre son pied sur un ring. D'ailleurs, une affiche va le ramener dans le monde où l'on catche. En effet, on vient coller sur sa vitrine une affiche annonçant le retour de la Bomba Léa!

 

 

Ce qu'on lui a pas dit, à Mathias, c'est qu'il y a aussi une affiche en 4 par 3 sur la façade de sa maison et une statue de cire dans son jardin.

 

 

L'antiquaire va se pointer discrètement à la salle, histoire sans doute d'entr'apercevoir son ancienne promise. Mais elle n'est pas là ce soir, puisque Philippe Chéreau et Christophe Agius nous annoncent que la suite des événements consiste en un tournoi « Open ring » ou le vainqueur rencontrera en un contre un la Bomba Léa. Faut dire qu'apparemment elle a un sacré palmarès.

 

Bref, Mathias prend un risque inconsidéré, en se masquant et tentant de vaincre Eduardo Pocoloco, qui doit faire à peu près le poids du Big Show. Un crossbody contré en slam plus tard, Mathias est squashé et éliminé du tournoi. Mais bien fait, il n'avait qu'a pas gruger aussi.

 

 

Mesdames,Messieurs, nous avons été très fiers de vous commenter le seul et unique match de la carrière de ce jeune homme masqué. Bilan de sa carrière, très vite: un squash, 50 secondes de temps d'antenne, et un décès. A vous les studios!

 

 

Une explication de texte avec Romain plus tard (qui lui rappelle que le catch c'est dangereux, etc, ce qui constitue une subtile référence aux risques du backyard wrestling), l'amoureux éconduit par les risques du sport se retrouve à noyer son désespoir dans un verre, et subit un terrible conseil de la part de Romain: « Si tu veux reconquérir Léa, offre-lui des fleurs, mais surtout, arrête le catch ». Rude désillusion, mais paradoxalement véritable déclic pour notre jeune transi, qui osé désobéir à Booster (le fou) et se décide à devenir un « vrai » catcheur.

 

Les rencontres les plus intéressantes se faisant autour d'un verre (Silvernights acquiesce), le barman lui file l'adresse de Bertha, ex-catcheuse qui apparemment ne serait pas contre former un petit jeune.

 

 

Try to be the best in the world in what you do!

 

L'ami Matthias arrive donc chez Bertha, et le premier contact est rude. L'ex-championne, tel un Shawn Michaels devenu prêtre, s'est reconvertie dans l'élevage, et l'agriculture. Elevage de poules, voilà qui ne réjouit pas Mathias, gallinophobe, et qui se retrouve squashé dans la paille, provoquant les moqueries de Bertha, qui doute de ses capacités de catcheur.

 

Mais au courage, à la volonté, Mathias finit par croire en lui-même, et multiplier les bonnes performances à l'entraînement. Par contre, j'ai un doute quant à sa capacité à tracter sans peine une roue de tracteur, même avec beaucoup d'entraînement.

 

 

Mathias avant….

 

 

Mathias après!

 

 

Bref, il est temps de venir en découdre sur le ring, pour l'objectif principal: obtenir un title-shot en tag match face à la Bomba Léa et Emilio Pocoloco, son mari (qui accessoirement ne fait pas l'unanimité auprès de ses beaux-parents). Le premier match de qualification est laborieux… Pourtant, poussé par Bertha, notre héros réussit à se surpasser et finit par se qualifier pour la demi-finale de l'open ring.

 

 

It's time to play the game!

 

A ce propos, force est de constater la différence entre le tournage et l'écran, puisque les demi-finales de l'open ring n'ont pas été incluses dans le téléfilm (sauf peut-être une prise ou deux). Ne reste que le combat final, ce tag match entre la team de la Bomba Léa et celle du lover masqué. Mais le lover est perturbé. Il voit à la fois sur le ring son ex, le mec qui a piqué son ex, et la femme qui a tué son père. Car oui, c'est Bertha qui était censée assister à la prise vingt ans plus tôt et qui donc est partiellement responsable du botch. Ouais, y a des journées comme ça.

 

Finalement, alors que Bertha et Pocoloco sont à l'extérieur du ring, il est temps de révéler l'issue du main-event, ce que je n'avais pas fait la dernière fois ,pour ne pas vous spoiler le plaisir; il est donc temps pour le Lover masqué de redevenir Mathias… et de faire sa déclaration à la Bomba Léa, qui lui donne en retour une baffe magistrale. Dépité, le pauvre encore éconduit s'en retourne vers les vestiaires. Le public est perplexe, Garcia aussi, et finalement Léa fait le métier au micro en lançant un défi à son ex: tu me veux, tu viens me battre! En voilà une femme moderne.

 

Défi relevé et les ex-amants se foutent joyeusement dessus, voilà qui annonce la couleur en cas de rupture entre le Taker et McCool.

 

 

Moi, j'ai envoyé mon ex jobber à Smackdown, woo, woo, woo, she knows it!

 

 

Seul problème, y'a le mari jaloux à l'extérieur. Et il ne fait pas les choses à moitié lorsque les ex se rapprochent. Tel Ménélas implorant Agamemnon de l'aider à venger l'affront fait par Pâris à l'honneur familial, Emilio appelle son frangin à la rescousse (qui rappelons-le a un gabarit plus proche de Mark Henry que de Shark Boy), et à eux deux ils tentent de bouter l'intrus hors du ring. Mais les ex-désormais nouveaux amants (c'est fou à quel point une bonne baston peut rallumer la flamme) s'unissent et placent le fameux ciseau bavarois sur les heels de l'histoire! Tout le monde s'en sort vivant, le loveur masqué s'impose avec la Bomba Léa et reçoit en cadeau, outre une ceinture de champion, un magnifique patin de son ex-copine.

 

Mathias a tout qui lui réussit ce soir. Il gagne un tournoi réputé, récupère sa meuf, honore son père… Mais voilà, un événement va bouleverser sa vie.

 

 

Canal+ means I break the kayfabe

 

Car oui, une fois dans le vestiaire, le néo-couple met les points sur les i. Et Léa révèle que ce roulage de pelle était purement kayfabe et qu'une relation hors des rings n'est pas envisageable. Garder le kayfabe oui, dormir dans le même lit, non. Finalement, Mathias accepte l'idée.

 

 

Ah parce que y'en a qui ont cru que je m'étais vraiment tapé Vickie?

 

 

La gestion du kayfabe est assez intéressante dans cette mini-série. Brisé très tôt grâce au personnage d'Alfredo Garcia (prenant à part Léa pour lui dire que l'accent mexicain et compagnie ça fait partie de la gimmick, car il est né à Valenciennes), le kayfabe se brise aussi « in ring ». On trouve ainsi une scène de vestiaire dans l'épisode 2 où Romain donne les conseils à ses troupes pour l'Open Ring en solo (sans savoir que le loveur masqué allait intervenir): « Bon les gars, chacun deux minutes in ring, pas plus, cinq mouvements dont tel type de slam et voila ». Bref, Medhi Ouahab a eu le mérite de nous vendre un produit qui ne cache pas son côté spectacle scénarisé, mais qui, au vu des sacrifices faits par chacun, reste un vrai sport.

 

 

Festival de Cannes ou pas?

 

Bon, j'ai beau être amateur de cinoche, ce n'est certainement pas moi qui vous commenterai les angles de caméra et autres artifices scénaristiques. Simplement, on ne relève aucune grosse incohérence de scénario; l'esprit de la série fait que pour l'apprécier, on doit la prendre dans son ensemble, et non uniquement dans sa partie catch; on trouve en effet de nombreux moments comiques plutôt sympa (cf cette scène surréaliste ou Mathias se recueille sur l'endroit ou les cendres de son père ont été dispersées, devenu un camp naturiste – oui les gars, y a des images tournées dans un camp naturiste, donc vous allez de toute façon regarder la série). Bref, le challenge est réussi: un scénar qui tient la route, un bon équilibre entre catch et vie hors du ring, quelques phrases cultes et mimiques du duo Agius et Chéreau, une fin heureuse, et l'ICWA qui rend une bonne copie: Assurément, du beau boulot, et si saison 2 il y a, on sera au rendez-vous.

 

En tout cas, je vous narrerai quoiqu'il arrive les aventures télévisuelles futures de la ICWA, si le Dieu du catch le veut…

 

 

Because i'm Arthemiz and… Wouahhhhhh la Bomba Léa!

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