Catch

L’ouragan du changement

The future's in the air
I can feel it everywhere
Blowing with the wind of change

Wade Barrett, Wind of Change

 

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où, exceptionnellement, c’est moi qui vais assurer le compte-rendu de ce Monday Night Raw parce que la Rédac tricéphale cuve encore son weekend alors que je sais que vous mourez d'impatience de lire l'avis des Cahiers du Catch sur ce show de trois heures.

 

 

Trop cool, c’est mon moment de gloire!

 

 

Nalyse de Raw du 7 juin

 

 

Je ne sais pas si vous avez remarqué mais c'est marrant la WWE, en fait. On peut faire la liste des gens qui ont pris leur retraite (JBL, HBK, Batista), celle des transfuges (Mr Kennedy, Jeff Hardy, Ric Flair), celle de ceux qui se trouvent pour le moment sur la liste des absents (l'Undertaker, HHH, et allez, on va même y ajouter Orton qui n'a plus qu'un bras de valide), celle de ceux qui se sont fait lourder (Shelton Benjamin, Paul Burchill…). Et finalement, rien ne change. Jamais. Bon gré, mal gré, la fédération de Stamford arrive toujours à nous servir le même genre d'histoires: des gentils babyfaces persécutés par des heels qui se ressemblent tous plus ou moins, à quelques infimes variantes près.

 

 

Et alors? C’est ça qu’est bon!

 

 

Avec tout le respect dû à l'immense collection de titres qu'ont amassée tous les noms que j'ai cité auparavant, c'est comme si tous étaient interchangeables. Quand un Hall of Famer quitte la lumière des projecteurs, d'autres noms émergent qui prennent doucement leur place. Sérieusement, Triple H et HBK vous manquent? Vous avez trouvé que RAW est plus vide à cause de leur absence depuis quelques semaines? Vous aviez remarqué, vous, que l'Undertaker manquait cruellement à Smackdown avant que la WWE ne nous le rappelle opportunément vendredi soir? C'est ainsi. Les heels bastonnent les babyfaces. Les catcheurs font régulièrement des turns. Les general managers passent et se ressemblent tous dans leurs rôles. Les guest-hosts se succèdent et le show tient toujours globalement la route. C'est peut-être ça la force de la WWE, finalement: réussir à faire en sorte que rien ne change jamais réellement, alors que tout change progressivement. Dès qu'un élément disparaît, un autre prend sa relève et sa place dans la carte, naturellement, en douceur.

 

Tenez, prenez ce soir à Raw, c'était un épisode Spécial de trois heures où les spectateurs pouvaient voter pour décider des adversaires ou des stipulations. C'est une grande première! Viewer's Choice que ça s'appelle! Sauf que ça ressemble furieusement à un PPV qui il y a quelques années s'appelait Cyber Sunday…

 

 

La seule différence, c’est que maintenant, on n’a plus l’option Bra and Panties.

 

 

Premier exemple de l'éternel recommencement, ce lundi: les guest-hosts. Des types pas vraiment célèbres, pas très drôles et à peine motivés par ce qui se passe dans le ring. Cette semaine, c’est l'équipe de l'adaptation sur grand écran de l'Agence Tous Risques qui s'y y est collée. Enfin, la moitié de l'équipe en fait, l'autre moitié ayant probablement contracté une maladie vénérienne à cause d'une fréquentation assidue des Bella Twins. L'histoire du soir compte parmi les plus lamentables que la WWE nous ait jamais servies, et c’est pas peu dire. On avait volé la couronne de Jerry Lawler et il fallait la retrouver!

 

 

Dis donc Vintage, c’est pas sur ma couronne que tu serais assis, des fois?

– Non King, et merci de ne pas toucher à mon coussin à hémorroïdes.

 

 

S'ensuivait alors, en fil rouge, toute une série de péripéties liées à la valeur de la couronne. Cela permit habilement de donner du temps d'antenne à Ted DiBiase, toujours sonné depuis Over the Limit. Et Vince MacMahon, dans sa grande volonté d'éduquer les masses populaires, y inséra aussi Mike Rotundo, l'IRS, histoire de rappeler que le fisc c'est tous des salauds, que trop d'impôt tue l'impôt et qu'il faut voter pour sa républicaine d'épouse. Quelques kidnappings plus tard, on apprenait en plus qu'un machiavélique Hall Of Famer (Roddy Piper) avait décidé de faire sa fête au nouveau Mister T (il s’était castagné avec l’original à Wrestlemania I) avec l'aide d'un fils de Hall of Famer aidé de l’éternel Virgil, avant que le débarquement en voiturette de golf de plusieurs vétérans (Dusty Rhodes et Mean Gene Oakerland) ne fournisse le happy end nécessaire à tout fan désireux de rentrer à la maison le sourire aux lèvres (oui, enfin, c'est pas gagné). Ca ne vous rappelle pas les années 1980? Quand on vous disait que la WWE est un éternel recommencement.

 

 

En 25 ans, Looping et Barracuda n’ont pas trop changé, mais Hannibal Smith a un peu perdu de sa superbe.

 

 

Je passe rapidement sur les matchs de lowcard du show, à peine meilleurs que ce trop long interlude. Un concours de danse entre Santino Marella et Vladimir Kozlov permettra d'avancer sur le chemin d'une éventuelle réconciliation entre les deux. Je ne sais pas trop qui ça intéresse, ni vers quoi ça va tendre mais voilà, ça évolue.

 

 

Ra-Ra-Rasputin, Russian crazy love machine.

 

 

Une battle royale de divas, pas trop bonne et gagnée par Maryse, fera encore une fois pleurer sur le niveau du roster féminin. Eve, probablement bookée pour gagner ou échouer juste avant la victoire, oublie de se retenir aux cordes et sans la présence d'esprit d'une Jillian Hall qui a créé un nouveau finish en une seconde, on aurait pu aller s'écraser encore plus fort tout droit dans le mur.

 

 

– Et surtout, Eve, t’oublies pas de te retenir aux cordes, hein!

Heu… Ouais, ouais, bien sûr, sans problème.

 

 

Et puis, grâce aux vertus du suffrage universel, on a eu l'honneur d'assister à un tag-team match entre la Hart Dynasty, champions en titre quand même, et l'équipe Khali/Hornswoggle. Quand on vous disait qu'il fallait pas faire voter les gens! Ils ont un amour assez malsain pour les nains, ici comme ailleurs. Unique bon point: la Hart Dynasty arrive à gagner ce match clean et sans surcroît  de heel heat face à des "fan favorites" avant de repousser les assauts des jumeaux Uso. La HD regagne un peu de crédibilité avant une probable défense du titre en Pay Per View et ce n'est pas plus mal.

 

 

Et maintenant, couine comme un porc pendant que Natalya nous joue du banjo.

 

 

Par un habile tour de passe-passe, Matt Hardy, qui n'est officiellement suspendu que le vendredi mais pas le lundi, a profité du vote du public pour être l'adversaire mystère de Drew McIntyre. Enfin adversaire mystère, entendons-nous bien, tout le monde l'avait reconnu. Une silhouette comme ça, même en ombre chinoise, y en a qu'une à la WWE. Le match, en lui-même, n'avait que très peu d'intérêt, il n'était là que pour faire avancer une storyline mais Matt Hardy a su la faire fonctionner à merveille. Enfin conscient de sa surcharge pondérale, il a lutté avec un t-shirt dans un match court, jusqu'à une victoire nette via Twist Of Fate. Mais c'est surtout post-match qu'il a réussi à parfaitement transcrire une intensité et un engagement inédits, n'hésitant pas à arracher deux bonnes poignées de cheveux de Drew et les contemplant avec un regard délicieusement déjanté.

 

 

What was yours now is mine, bitch!

 

 

On a aussi eu droit à un match par équipes entre la paire R-Truth/John Morrison, ressuscitée pour l'occasion et celle inédite entre The Miz et Zack Ryder. Le match fut sympathique bien que court, efficace et conclu par une victoire de la paire de sales types, Miz parvenant, une fois de plus, à couvrir le Shaman Of Sexy pour la gagne. L'interlude, plaisant mais sans réel intérêt, avait probablement pour objectif de consolider l'alchimie in-ring entre The Miz, Morrison et Ryder, qui devraient se retrouver dans la saison 2 de NXT dans les semaines à venir.

 

 

On ne change pas une équipe qui perd.

 

 

Passons rapidement sur l'opener, un Body Slam Match entre Chris Jericho et le Big Show: la stipulation rend le match pourri et prévisible à l'extrême. Sule surprise: le Big Show, une fois le contest remporté, s'est empressé de défoncer Y2J via les deux autres stipulations proposées au vote des internautes (une soumission et un "par-dessus la troisième corde". Jamais le meilleur au monde dans son domaine n'avait paru aussi désespéré. A voir si quelque chose se trame avec ces dérouillées qu'il encaissé régulièrement, cette humiliation venant après 1) une défaite clean subie des mains de R-Truth la semaine dernière, 2) un job effectué dans un Triple Threat contre Edge et Cena la semaine d'avant, 3) la défaite (en équipe avec Miz) à Over The Limit et 4) son incapacité, au Raw d'avant, à sauver le Miz de la défaite contre Bret Hart (avec en prime une baffe monumentale administrée par… Natalya).

 

 

Non mais ça va, la semaine prochaine, j'ai un concours de dunks contre Khali, je sens que je vais me refaire.

 

 

Toujours dans le registre de la prédictibilité, qui n'avait pas vu venir l'issue du combat de milieu de show entre Edge et Randy Orton? The Viper, toujours blessé, combattait le bras en écharpe. Histoire de mettre les compteurs à zéro, Edge devait l'affronter un bras attaché dans le dos (option décidée par le public via acclamation, et préférée à un débat et à un concours de chant, étrangement). Ca c'est le sens de la justice made in WWE Universe!

 

 

Et si je devais affronter Zach Gowen, vous m'auriez coupé une jambe, c'est ça?

 

 

Evidemment, l'Ultimate Opportunist profitera de l'occasion trop belle, se libérera de toute entrave et s'acharnera sur l'épaule blessée de son adversaire à coups de chaise.

 

Développons un moment ce match pour mieux nous énerver: Orton s'est blessé lors du dernier pay-per-view. Pas besoin d'être médecin pour constater en direct, sur son visage à quel point il s'était fait mal. Le finish du match avait dû être improvisé dans l'urgence, ce qui n'est quand même pas courant, et il ne fallait donc vraiment pas être doué de pouvoirs paranormaux pour pouvoir anticiper sur son absence pour le Fatal Four Way de fin juin. Pourquoi, alors, l'avoir booké dans un ring deux semaines de suite, même pas longtemps, même avec un partenaire en qui il a toute confiance? C'est vraiment prendre des risques inutiles avec la santé d'un catcheur , surtout qu'il n'a pas de titre à lâcher et qu'il y a d'autres façons d'expliquer le départ temporaire d'un athlète. Bref, c'est vraiment prendre un risque inconsidéré et contre-productif. La WWE sera-t-elle plus satisfaite de ces deux semaines de présence de plus quand Orton devra prolonger du double son temps de récupération? La WWE sera-t-elle rien qu'un peu embarrassée quand Orton sera devenu accro aux anti-douleurs à cause de matchs superflus comme celui-ci?

 

 

Allez Randy, c'est rien, debout, voilà Mark Henry qui arrive pour faire un bras de fer.

 

 

Bon, vous l'avez compris à mon ton désabusé et aux résumés les plus succincts possibles: sur ce show de trois heures, les deux tiers ont oscillé entre le lamentable, le mauvais et le juste bof. C'est ce qu'on vient de voir. Attardons-nous maintenant sur le positif dans ce show, car il y en a eu, et même, lâchons le mot, il y a eu ce soir de l'énorme. Pour être tout à fait honnête, je soupçonne carrément la WWE de nous avoir servi de la merde exprès, pour nous plonger dans une torpeur qui nous a mieux fait apprécier le clou du spectacle.

 

Bon, au côté, positif, j'ai toujours une affection particulière pour le respect de ce truc qui s'appelle la continuité et qui montre que la WWE a de la suite dans les idées et n'oublie pas ce qu'elle a proposé il y a quelques temps. A ce niveau, il faut citer des petits détails intelligents. Les Bella Twins montent sur le ring en tenue à motif camouflage pour rendre un hommage discret à l'Agence tous risques. Matt Striker est présent en ringside, histoire d'insister sur le fait qu'on ait affaire à un Supershow où RAW et Smackdown sont convoqués. Toujours très pro, la WWE sait aussi y faire en terme de promotion de ses produits: des spots concernant NXT, sa nouvelle saison qui débute et la victoire de Wade Barrett sont diffusés, ça fait plaisir. Mieux encore, on a droit à une courte interview backstage du British, ce qui tombe bien puisqu'on aura un peu plus tard confirmation de l'absence probable d'Orton pour le Fatal Fourway.

 

 

Dégage, grosse. Maintenant que je ne suis plus confiné à NXT, je n'ai plus à me contenter de l'unique diva qui y traînait. A moi Maryse, Alicia et les Bella Whores!

 

 

Surtout, profitant du caractère spécial de l'émission de ce soir, on a particulièrement apprécié la continuation de la quête de Kane à propos de l'agression de son frère. N'hésitant pas à soupçonner Bret Hart himself, le Big Red Brother poursuivra aussi de sa vindicte Sheamus, ce qui suffira au public pour le bombarder dans un match contre l'Irlandais. La promo introductive des deux hommes, en backstage, était excellente, Sheamus ne se dégonflant pas face au gros monstre fâché tout rouge. Quant au match, sans atteindre les sommets — la faute à un finish un peu pourri —, il a été très solide et les deux costauds y sont apparus forts. Kane, surmotivé par la tragédie familiale, a dominé la bagarre, même s'il a aussi subi quelques beaux moves, jusqu'à ce que Sheamus victime d'un chokeslam dévastateur qui l'éjecte du ring, sauve sa peau en quittant le combat, évitant ainsi l'humiliation d'une défaite à la veille d'un ppv où il aura un title shot pour le championnat WWE.

 

 

– Alors, Sheamus, as-tu quelque chose à me dire à propos de l'agression de mon frère?

– N… non!

– T'as l'air bien pâle d'un coup, hahaha.

 

 

Venons-en maintenant enfin au grandiose: John Cena contre un élu du public parmi la crème de la crème de Smackdown. Trois choix s'offraient aux votants: le top-heel (CM Punk), le top-face (Rey Mysterio) ou le champion (Jack Swagger). Quel que soit le choix du public, on avait un petit pincement au coeur. C'est une grosse affiche, trop grosse même peut-être pour un show hebdo. Ces trois matchs pourraient très bien être dignes d'un futur Wrestlemania. Le vote des braves internautes se porte finalement sur le héros masqué, mais pas celui qui ne connaît qu'un seul index téléphonique, non, celui de la Straight Edge Society, vêtu comme les Bella Twins d'un slip camouflage. Et là, mesdames et messieurs, accrochez-vous, le spectacle va commencer.

 

 

On connaît maintenant la répartition exacte des fans au sein du WWE Universe: 23% de puristes qui apprécient avant tout l'art de la lutte, 32% de kids et 45% de smarks qui n'aiment que les heels forts en gueule.

 

 

Les fans floridiens sont chauds ce soir, très chauds. Un peu d'électricité plane dans l'air et le match débute avec un public encore plus divisé à propos de John Cena que d'habitude. Son adversaire, heel flamboyant depuis des mois et athlète incontestable in ring, n'a pas de mal à disposer aussi de partisans. Pas étonnant donc que fusent très vite des Let's Go Cena qui répondent aux Let's Go Punk. Puis, encore plus vite, des You can't Wrestle à l'adresse du champion.

 

Et s'il y a bien un truc à ne pas chanter à John Cena quand il est dans le ring, c'est ça. Demandez aux fans de l'Hammerstein Ballroom de raconter son match contre Rob Van Dam au PPV One Night Stand, deuxième du nom. A chaque fois, qu'un You Can't Wrestle retentit dans la salle, Cena sort de son move-set usuel et place un mouvement un peu plus technique, avec suffisamment d'orgueil et de malice, juste pour prouver au public qu'il ne doit pas être si dupe que ça et qu'il n'est pas aussi limité techniquement que le personnage qu'il incarne dans le ring.

 

 

Salut les haters! Cachez-vous les yeux, je vais faire un German Rolling Sidesweep Fireman Reverse Suplexslam, rien que pour vous emmerder!

 

 

Ce soir, donc, John Cena chauffe le public à blanc et fait magnifiquement son boulot, catchant avec CM Punk et non pas contre lui pour réagir à chaque souffle du WWE Universe. Le match semble bien parti pour lui, jusqu'à ce que Serena et Gallows effectuent les interventions nécessaires dans le dos de l'arbitre, ce qui donne l'ascendant à Punk. Le combat s'équilibre juste avant la pub comme toujours grâce à la magie de la télévision. Et peu à peu, Cena prend le dessus: running bulldog, ça y est on peut commencer la routine qui mène à la victoire.

 

 

Et la semaine prochaine, je prends Kozlov au break dance.

 

 

You can't see me! Ah, si, justement on aperçoit quelque chose en haut de la rampe. C'est la silhouette massive de Wade Barrett qui se profile. Tout semble écrit d'avance. On voit venir la petite distraction qui permettra à Punk de voler la victoire et à Barrett de justifier son entrée a FFWay à la place d'Orton au prochain PPV.

 

Mais, non, bizarrement, Barrett s'avance juste un peu plus près du ring que ce à quoi on s'attendait, et, tiens, c'est bizarre, il a une sorte de brassard jaune sur le biceps. Encore moins commun, la foule s'agite vraiment beaucoup et on aperçoit des silhouettes qui en jaillissent. Sept silhouettes, toutes avec un brassard jaune au biceps. A peine a-t-on le temps de les identifier qu'ils ont déjà décidé de passer à l'action. Et pas qu'un peu…

 

 

Tu voulais me faire peur, Barrett? T'aurais mieux fait de ne pas venir tout seul, dans ce cas là!

 

 

Organisés à la manière d'un commando militaire, les huit rookies vont d'abord s'acharner sur… CM Punk gisant à l'extérieur du ring! Luke Gallows et, bien sûr, Serena, tentent d'intervenir. Ils subiront le même sort. Les  huit hommes en colère se répartissent alors avec une inquiétante régularité sur le tablier du ring et cernent John Cena.

 

 

Salut! Vous voulez un autographe, c'est ça? C'est ballot, j'ai pas de stylo sur moi. Vous en avez, vous? Des stylos? Hein? Les gars? Pourquoi vous dites rien?

 

 

Le beatdown peut commencer et très vite, le Champ est mis KO et laissé pour mort. Mais les envahisseurs ne vont pas en rester là: ils sont ici pour tout casser, méthodiquement. Les huit rookies de NXT vont littéralement détruire RAW. Ils se débarrassent rapidement de ceux qui officient en ringside. Matt Striker reçoit un gigantesque big boot dans la face, œuvre de Skip Sheffield, et tombe inanimé. Jerry Lawler le fait remarquer au micro. C'est la dernière fois qu'on l'entendra parler. Il gît bientôt lui aussi au sol, après une attaque conjointe des anciennement faces Heath Slater et Justin Gabriel. Histoire de s'assurer que Striker et Lawler, deux anciens catcheurs quand même, ne se relèveront pas, Sheffield explose la table des commentateurs en la jetant sur leurs corps inertes.

 

 

Ah ben non King, elle était pas là ta couronne!

 

 

Le ménage est fait en ringside pour neutraliser tous ceux qui sont dans les parages — à l'exception de Michael Cole qui semble s'échapper — mais aussi des agents de sécurité, le type qui s'occupe de la cloche, Justin Roberts, tout le monde y passe, en moins de temps qu'il n'en faut pour le lire!

 

 

Et après, on se fait tous les spectateurs un par un!

 

 

Le public est médusé, d'autant plus groggy qu'il y a quelques secondes, Cena et Punk le faisaient crier de tout ses forces! Le silence est assourdissant comme on dit dans les mauvais romans. Les deux main-eventers aux multiples titres sont KO, l'un dans le ring, l'autre à l'extérieur. Ca bouge encore en ringside et le commando décide alors de faire définitivement le ménage. Ceux qui s'agitent passent au travers des barrières de sécurité; Justin Roberts est pratiquement dénudé et victime d'un spectaculaire étranglement avec sa propre cravate, administré par le maître des manœuvres de soumission, Daniel Bryan.

 

 

OK, je ferai mon nœud de cravate moins gros la prochaine fois, j'ai bien compris la leçon!

 

 

L'équipe de choc s'attaque alors au ring et entreprend de le démonter. Le squared circle est profané, littéralement. Les tapis qui le recouvrent sont arrachés, les cordes décrochées, on voit le bois qui constitue le matériau principal de l'estrade. C'est le chaos et les huit hommes s'approchent de John Cena pour lui infliger un nouveau beatdown d'anthologie. C'est un tabassage en règle, d'une violence encore plus inouïe que tout ce qui a précédé. Huit types qui déroulent l'intégralité de leur moveset sur un seul homme à terre, c'est très violent. Cena aura droit à un petit florilège de finishers (ou, à défaut de coups de la corde à linge bien stiff) des ex-rookies. Apogée du lynchâge: un coup de pied qui lui décroche la tête, signé Daniel Bryan, et précédé d'un crachat et d'un "You're not better than me" enragé hurlé par l'American Dragon!

 

 

Le moment où les marks des indies de toute la planète poussèrent simultanément un râle orgasmique.

 

 

L'emblème de la WWE sera ensuite la victime d'un fireman drop de Barrett enchaîné avec un 450 splash de Justin Gabriel. Une fois le chaos semé, les huit hommes quittent le lieu de leur forfait tandis que des médecins sortent timidement des coulisses et commencent à s'occuper du champion.

 

 

– Vite! Il faut lui faire une injection!

– Vous savez bien que c'est impossible, docteur! Aucune aiguille ne peut percer sa peau!

 

 

Les autres types gisant partout autour du ring attendront — après tout, c'est lui le champion. Enfin, là, il n'a quand même pas l'air très frais. Pour tout dire, je crois que j'ai saisi exactement ce que signifiait les mots "état végétatif" employés par Teddy Long vendredi soir.

 

Bon, que dire de cette séquence? Elle a été surprenante, intense et très bien exécutée. Un vrai grand mark-out moment pour moi et pour bon nombre de gens de par le monde. En fouillant dans ma mémoire, j'ai réussi à retrouver un moment de catch dont l'intensité m'avait autant marqué que ce qui s'est passé ce soir: l'agression commise par les Naturels Disasters (Earthquake et Typhoon) sur Hulk Hogan. C'était au début des années 1990, il y a vingt ans. A l'époque, j'étais à 100% dans le camp des marks. Je n'avais jamais rien vu d'aussi intense depuis, pas à ce point-là.

 

 

Arrachez-lui les yeux, je veux pisser dans ses orbites!

 

 

Très honnêtement, la WWE a réussi tous les points de ce segment final de RAW. C'était du plus haut niveau de réalisme possible. J'ai même du mal à concevoir une attaque perpétrée par huit types qui aurait pu l'être plus sans que ça ne crée un réel risque de panique dans le public. Le silence qui régnait à l'instant où huit brutes sont sorties de nulle part pour tout casser était vraiment éloquent.

 

J'ajouterai aussi une mention spéciale pour John Cena qui a fait un boulot remarquable sur ce segment, autant en préparant la consternation de la foule qu'en jouant parfaitement la magnifique victime des huit jeunes loups aux dents longues et acrérées. Histoire d'être mauvaise langue, n'oubliez pas, au passage, qu'il y a quelques années Triple H avait remporté haut la main un match contre tout le roster de la ECW qui, à l'époque, devait bien compter un effectif double…

 

L'organisation quasi militaire des rookies de la première saison de NXT, l'effet de surprise, le fait qu'ils décident de s'en prendre à toutes les représentations symboliques du catch — les commentateurs, l'arbitre, le mobilier qui constitue le décorum, le staff sans distinction de fonction ou d'alignement dans un camp ou l'autre, le ring lui-même, objet sacré par excellence… —, tout était réuni pour rendre ce segment drôlement impressionnant.

 

 

Et puis franchement, y a-t-il quelque chose de plus flippant que de voir Michael Tarver exulter?

 

 

La WWE, en plus de frapper un coup énorme en réussissant un segment qui va rester très longtemps dans les mémoires, est peut-être en train d'effectuer un tournant majeur. On n'est plus du tout dans le cas où quand un athlète manque à l'appel, un autre prend progressivement sa place. Non, là, la WWE tente de réaliser une grande redistribution des cartes. Huit catcheurs qu'on ne connaît finalement que, depuis quatre mois — et encore, on les connaît à peine, ces huit types, et ils sont pas forcément tous éclatants dans le ring — viennent de réussir, en terme de storyline, un vrai coup d'Etat. Les deux plus grandes icônes sont tombées, puisqu'après l'absence de l'Undertaker (qui semble à présent directement imputable à leurs actions), celle de John Cena apparaît désormais probable.

 

A Stamford, on a décidé que, pour une fois, il fallait que tout change d'un coup, pour que rien ne change et que les jeunes loups aux dents longues deviennent enfin les dinosaures de demain. Le projet est ambitieux, trop presque, mais la fédération semble décidée à pondre une storyline à la mesure de cette ambition. Ce segment, brillantissime, en est le premier signal et on espère que la WWE va se montrer à la hauteur de la voie qu'elle vient d'amorcer.

 

 

Après Danielson qui mollarde Cena, prochaine étape: Low-Ki forçant Triple H à lui embrasser le cul.

 

 

La dernière tentative dans un registre scénaristique proche, c'était l'Invasion Angle, qui avait fait suite au rachat de la WCW. On n'avait donc pas vu quelque chose de semblable depuis près d'une décennie. Si tout se passe bien, de nouveaux athlètes, de nouvelles alliances, une nouvelle hiérarchie des talents va émerger de ce bouleversement, surtout si la deuxième saison de NXT emboîte le pas à la promotion précédente. Si la WWE échoue, l'électrochoc initial que ce final de RAW a créé restera dans les mémoires comme le signe d'un énorme gâchis de la part de la fédération. Quoi qu'il en soit, on vient d'assister, en direct, à une tranche de l'histoire du catch. Espérons maintenant qu'elle s'inscrive dans la légende plutôt que dans la longue liste des flops retentissants du business.

 

 

Exemple de développement de storyline foireux: et si tout ça n'avait été qu'un mauvais rêve?

 

 

La WWE nous laisse à la fermeture de RAW avec une multitude de questions ouvertes : que va-t-il advenir de John Cena? Quid de l'Undertaker? Et Kane (qui a déjà feudé avec les huit ex-rookies, d'ailleurs), que va-t-il faire? De quel côté vont se ranger les jeunes talents qui étaient en plein push avant cet épisode? Swagger et Sheamus vont-ils devoir choisir leur camp? Les lutteurs plus anciens qui semblaient bloqués par un plafond de verre vont-ils réussir à le briser à cette occasion? Les "parrains" des huit malfrats vont-ils réagir?

 

 

Et Michael Tarver continuera-t-il de se balader avec un slip sur les yeux?

 

 

J'ai bien quelques idées mais je ne suis pas sûr, vu l'aveuglement du rédacteur hebdomadaire des compte-rendus de NXT, qu'on peut aisément prévoir ce qui va se passer dans le semaines à venir. Le type de NXT n'avait rien vu venir et écrivait, entre autres, il y a quelques jours à propos de la victoire de Wade Barrett à NXT: "La victoire prévisible d'un type méritant mais pour qui l'intérêt s'émousse déjà avant même qu'il ait pu vraiment faire une première sortie dans le grand bain". Il s'était planté le type: la victoire de l'Anglais constituait en fait la dernière étape dans la construction de la storyline la plus intrigante depuis au moins cinq ans. Si vous pouviez lui envoyer un mail avec des recettes de cuisine, histoire que ça l'aide à manger son chapeau sans trop d'indigestion, ce serait sympa.

 

 

A propos de chapeau, on ne sait toujours pas qui a agressé l'Undertaker, mais on sait qui a récupéré ses frusques.

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