Catch

Je dis N, comme un emblème

Only the good die young

All the evil seem to live forever

Iron Maiden, Only the good die Darren Young

 

Au lendemain d’un Summerslam où le Nexus avait été incapable de venir à bout d’une équipe minée par les dissensions et lestée d’un poids mort quinquagénaire, il était urgent de rétablir l’aura écornée des rookies. Ce qui fut méticuleusement fait dans un Raw consacré exclusivement à la restauration du build des salopards marqués du N, qui auront toutefois perdu l’un des leurs — le seul qui avait l'air sympa — dans l’histoire.

 

 

Achève-le, Justin. Quand on sera plus que six, ça sera beaucoup plus facile de se partager les packs de bière.

 

 

Nalyse de Raw du 16 août

 

 

On pouvait légitimement s’inquiéter, après son échec retentissant de Summerslam, de l’avenir du Nexus. Les rookies allaient-ils disparaître brutalement du haut de la carte, zoner quelque temps à Superstars et recevoir dans quelques semaines leurs future endeavours? Le risque était réel puisque, forcés pour la première fois de démontrer leur valeur à la régulière, ils avaient échoué dans leur entreprise. Et la nature ayant horreur du bide (je dis pas ça pour Matt Hardy, mais pour commettre un jeu de mots de haute volée), les bleu-bites, ayant raté leur grand test, pouvaient bien devoir céder leur place privilégiée aux midcarders traditionnels de Raw…

 

Mais non. La WWE, qui n’avait pas osé offrir à la squad noir et jaune un triomphe lors du deuxième ppv le plus important de l’année, préférant mettre une énième fois en avant Super-Cena, n’a pas laissé tomber Wade Barrett et sa bande. Au contraire, la quasi-intégralité du Raw du lendemain a été dévouée au retour en force du Nexus, scindé en sept individus chargés de démontrer leur valeur dans une série de rematchs en un contre un face à leurs adversaires de la veille.

 

 

Je peux pas prendre les sept à moi tout seul, plutôt?

 

 

Après une nouvelle promo solide au cœur du ring de Barrett, qui fit de son mieux pour masquer le fiasco Nexussien de Summerslam (en insistant notamment sur le fait que ses potes et lui avaient quand même éliminé six stars de la WWE avant de succomber, et en ressortant de la naphtaline l’antienne nietzschéenne "ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts" et le fameux "la nouvelle annonçant ma mort est grandement exagérée" de Mark Twain), les Cena haters durent lever les yeux au ciel: le Marine jovial se pointait sur la rampe d'accès. Et s'il y a quelque chose de pire que Super-Cena dévastant toute adversité en ring après avoir subi un beatdown homérique, c'est bien Happy-Cena venant pavoiser le lendemain. La recette est parfaitement connue: une série de blagues enfantines suscitant l'hilarité du public et, plus encore, des annonceurs; puis un soudain changement de ton, l'humeur badine le cédant en un clin d'œil au hurlement intense, pour signifier toute l'importance du moment.

 

 

Alors c'est Toto qui va faire caca…

 

 

PARCE QUE C'EST MONDAY! NIGHT! RAAAAAW!!!!!

 

 

Hein? Quoi? J'ai oublié de faire la transition?

 

 

On n'échappa pas à ces passages obligés cenaesques dans cette promo: le héros mit d'abord un point d'honneur à vanner individuellement chacun des membres de Nexus, n'hésitant pas à les enfoncer bien comme il faut (faisant notamment scander à la foule "You tapped out" à l'adresse de Barrett et ridiculisant leur perf d'hier) et à nous accabler d'un montage de la tête de Heath Slater sur le logo de la chaîne de junk-food Wendy's. Ah ben ouais, Slater est roux et l'emblème du fast food est une fille rousse, ça coulait de source! Bien vu, John! Wink wink, motherfucker!

 

 

Regarde Heath, c'est la fille de Wendy's, comme elle est rouquine on dirait qu'elle te ressemble, OK?

 

 

Ca te fait pas rire Heath? Bon admets quand même que…

 

 

C'est super original!!!

 

 

(pour les curieux, cette infographie avait été diffusée dans un Abraham Washington Show lors de l'épisode du 22 septembre de l'ECW, à l'occasion d'une feud Sheamus-Shelton Benjamin)

 

Les autres membres du Nexus avaient eux aussi droit aux flèches de Parthe du présentoir à objets dérivés vivant. On en ressortira une imitation de pet visant Skip Sheffield et une vanne possiblement homophobe destinée à Justin Gabriel, l'unique commentaire de Cena à son égard étant que l'Archange serait "le tenant d'un mode de vie non orthodoxe, hahaha". On pensait pourtant que Triple H avait déposé un copyright sur les blagues de ce genre… L'important, c'est le fait que John a publiquement souligné son incroyable ressemblance physique avec Darren Young, un sosie qu'il qualifia d'ailleurs de "maillon faible" au sein du posse au N.

 

Petite phrase, grandes conséquences: après un mail clignotant du GM anonyme annonçant que les sept de Nexus allaient affronter leurs adversaires d'hier dans une série de matchs individuels, Barrett décida que ceux qui perdraient leur match seraient exclus illico presto, histoire de se débarrasser d'un éventuel maillon faible. Le hic, c'est que cette décision, prise sous l'effet de la colère, ne sied guère au personnage intelligent et calculateur de Wade Barrett et contredit sa promo initiale ("la défaite nous a endurcis, nous serons désormais encore plus soudés et violents que jamais", etc).

 

Barrett devrait bien savoir que sa bande est composée de types jeunes, friables et inexpérimentés, et que c'est précisément leur union qui fait leur force. C'est en tant que gang que le Nexus est dangereux, le tout est supérieur à la somme des parties, tout ça… Or déclarer qu'une défaite en un contre un, qui plus est contre des adversaires du calibre de Cena, Edge ou Jericho, signifierait que le vaincu serait viré du Nexus, ça revient à faire du groupe une association d'individus lambda et non pas une meute tirant son pouvoir de sa cohésion absolue.

 

 

T'es gentil, je sais tout ça. Je cherchais juste une façon de me débarrasser de ce gros boulet de Young.

 

 

Les gars de Nexus avaient aussi reçu la possibilité de déterminer eux-mêmes qui ils voudraient affronter, à l'exception de Barrett, qui se voyait contraint de combattre son ancien mentor Chris Jericho en guise d'ouverture des hostilités. L'Anglais n'était pas moins sur la sellette que ses comparses: en cas de défaite, lui avait glissé Otunga, tu dégageras toi aussi… A ce moment-là, toutes les options étaient ouvertes, ou presque. Le Nexus pouvait s'en tirer intégralement, perdre un membre ou deux dans l'histoire (pour mieux les remplacer plus tard par les rookies éliminés de la saison 2 de NXT?), ou se retrouver complètement démantelé.

 

Mais l'identité de l'adversaire du chef du gang ne laissait guère de place au doute sur le résultat du premier match. Chris Jericho possède cet art miraculeux de ne pas perdre une once de sa crédibilité quand bien même il gagne un match aussi souvent que Santino Marella. Et Barrett étant la force dominante de Nexus, l'issue était clairement connue d'avance.

 

Le match fut, par la force des choses, assez rapide, mais agréable. Barrett y rendit une copie plus respectable que la veille, où il n'avait pas vraiment fait forte impression et où un Cena pourtant supposément à la limite de l'évanouissement l'avait renvoyé à ses études en trente secondes. Il est d'ailleurs intéressant de rappeler que, jusqu'ici, le grand Wade n'avait guère cartonné face aux vraies têtes d'affiche de la Fédération. Du temps où il était le rookie obéissant de Jericho, il avait mangé plusieurs Spears féroces d'Edge, en bonne chair à canon. Un match contre Cena lui a été offert le 3 mai à Raw dans le cadre d'un Beat the Clock Challenge: squash. Et son abandon dans le STF de Summerslam est encore dans toutes les mémoires. La brute éduquée avait donc besoin d'une victoire nette et sans bavure, et son ancien protecteur se fit une joie de la lui offrir, mettant au passage en valeur la résistance du Briton (qui survécut aux Walls) et sa dextérité, qui lui permit d'attraper Jericho au vol en pleine tentative de Codebreaker et d'enchaîner harmonieusement sur son Wasteland définitif.

 

 

Va, Karaté Kid. Je n'ai plus rien à t'apprendre désormais.

 

 

Barrett rassuré sur son sort, Michael Tarver était le suivant sur la liste, face à Daniel Bryan. Qu'il est loin le temps où Tarver glanait, à NXT, son unique victoire face à l'American Dragon! Ce dernier, hélas, n'eut pas le droit à une promo, ce qui n'aurait pas été superflu étant donné le contexte. Car il en aurait des choses à dire, le père Daniel. De sa participation initiale à NXT à son éjection du groupe "pour cause de remords" jusqu'à son retour glorieux à Summerslam, sans oublier l'intervention en traître du Miz qui aboutit à son élimination, il y a de nombreux sujets sur lesquels son avis nous intéresse au plus haut point. Mais rien, pas un mot. Comme s'il était un membre standard du roster, Bryan entra et fit son match. Une fois de plus, il y fut excellent, étalant une conjonction assez unique d'agressivité, de vitesse et d'art de la soumission. Tarver pâtit évidemment de la comparaison, notamment lors de sa séquence de coups de poing dans le coin, dont la faiblesse rappela ceux, de sinistre mémoire, que distribuait il y a un peu plus d'un an Shane McMahon. Allait-on assister à la première défaite d'un Nexuser? Non, car le Miz, accompagné de son clone Riley, vint japper sur Bryan en ringside, suffisamment pour permettre à Tarver de caler un rollup victorieux. Les trois heels s'unirent ensuite pour démonter un Bryan furieux mais vaincu par la loi du nombre. L'AmDrag encaissa le désormais habituel Skull-Crushing Finale sur la mallette du Miz et regagna les vestiaires en s'appuyant sur deux arbitres. Michael Cole, de sa table des annonceurs, s'en souilla de bonheur.

 

 

En bon vétéran du catch qui se respecte, Bryan tourne longuement le dos à son adversaire pour s'engueuler avec ses ennemis venus le distraire.

 

 

Bryan et le Miz s'acheminent évidemment vers une feud attendue depuis longtemps, comme l'Awesome le confirma dans une interview backstage au cours de laquelle il opposa à Bryan, buzz injustifié issu du Net selon lui, son nouveau protégé Alex Riley, qui lui fit à nouveau acte de soumission. Un run-in aux côtés du Miz et quelques mots en backstage, ce sera tout pour Riley, dont on croyait avoir compris qu'en remportant le concours à la con de NXT la semaine précédente, il avait gagné un segment à lui à Raw… Peu importe, vu sa grande gueule, on le reverra probablement assez vite dans l'un des grands shows, quelle que soit l'issue de la saison actuelle de NXT.

 

 

I am Alex and je vais faire UUUUUN SOOOOOOMME!!!!

 

 

Quelques instants plus tard, nous plongions dans l'intimité du vestiaire du Nexus, où Darren Young déglutit difficilement et déclara à ses potes qu'il voulait se faire Cena, lequel l'avait décidément trop saoulé ces temps derniers. Les autres accompagnèrent cette résolution de tapes dans le dos et de bourrades viriles, comme des condamnés à mort dans un cachot saluant celui d'entre eux qui décide d'aller le premier à l'échafaud.

 

 

– Les gars, je prends Cena! Je le sens super bien, je vais le démonter!

Ouais, ouais, Darren, bien sûr. Tant que t'es là, vide ton casier, OK?

 

 

Suivit un match entre Justin Gabriel et son adversaire désigné, Bret the Hitma… ah ben non, tiens. L'AGM, qui annonce ne pas pouvoir piffrer Hart et ne jamais vouloir le voir à Raw de nouveau (donc l'indice de cette semaine, c'est que l'AGM pourrait être Vince), a décidé de laisser Bret au placard et de le remplacer par… non, pas Evan Bourne, comme on aurait pu l'espérer, pour un affrontement [George Eddy]en haute altitude![/off], mais par… la Vipère en personne. Et quelle Vipère, mes aïeux! Bon, je suis plus subjectif concernant Randy Orton que vis-à-vis d'Appetite for Destruction, Jay-Jay Okocha et Spider Jerusalem réunis, c'est entendu. N'empêche, il me semble qu'on ne peut que s'incliner face à la perf du jour de notre psycho de service.

 

Alors que le contexte aurait pu se prêter à un match de transition aussitôt vu, aussitôt oublié, on eut droit à quelques minutes proprement magiques, grâce à un Orton effrayant, qui a ajouté à sa panoplie un rictus dément qui ferait passer les grimaces démoniaques de Kane pour d'aimables gazouillis de bébé. Le Legend Killer commença par toiser Gabriel (qui joua très bien l'intimidation) avec l'air d'un chat repu se demandant s'il avait envie de bouffer cette souris immédiatement où s'il la torturerait d'abord. Justin craqua et lança les hostilités, ce qui ne déclencha que davantage de curiosité sadique dans le regard d'Orton.

 

 

Tu es fier. Fier et susceptible. Tu me plais, petit. Je vais commencer par te faire sortir la colonne vertébrale par la bouche.

 

 

Le match dura quelques instants, les passages obligés s'enchaînant, jusqu'à la solution magique trouvée par les bookers pour conserver dans le Nexus l'indispensable Gabriel sans pour autant déclencher le coup de tonnerre que serait pour lui une victoire clean contre Orton: l'arrivée de Sheamus, revanchard, en ringside. Fight, castagne dans le public, DQ d'Orton par décompte à l'extérieur, victoire de Gabriel, retour de Randy dans le ring, RKO sur Justin, puis beatdown à coups de chaise sur Sheamus, lequel finit par prendre un RKO à son tour. Gabriel passe le cut, c'est très bien, mais ce qu'on retiendra, c'est avant tout cette gueule de taré de Randy, le rictus le rendant encore plus flippant qu'à ses pires heures de psychopathe vipérin (sont-elles réellement derrière lui, d'ailleurs?). On serait presque d'accord avec Michael Cole qui s'écria qu'il n'avait jamais vu Orton dans cet état.

 

 

Comment ça tu m'as jamais vu dans cet ét… oh merde. Mon slip est tombé.

 

 

A noter que, pour le deuxième jour de suite, le Miz n'a rien tenté alors que le champion était KO. Oui, ce même Miz qui avait essayé de cash in lors des deux premiers Raw après sa victoire au MITB, et qui ce lundi pouvait en plus compter sur l'assistance de son rookie, n'a même pas essayé de marauder autour d'un Sheamus HS. Petite faille dans le build par ailleurs excellent de l'Awesome.

 

 

Je m'en fous de Sheamus. Je vais attendre que Bryan gagne un titre et là, je cashe ma mallette dans sa gueule!

 

 

Trois Nexusers sur trois qualifiés jusqu'ici, l'idée d'un sauvetage complet du groupe prenait forme, surtout quand on découvrait que l'affrontement suivant opposerait le duo Sheffield – Otunga à Morrison et Truth. Ah mais, les matchs étaient pas censés être des un contre un? Bon, whatever. Le combat valut surtout par la confirmation d'une tendance lourde: le seul et unique balaise du Nexus, c'est Sheffield. Otunga, aussi gonflé soit-il, est considéré comme un incapable dans le ring, sans doute à raison. Son un contre un avec Cena il y a quelque temps, quand il n'avait pas esquissé un seul geste offensif, a en fait annoncé la suite: il ne fait rien dans le ring (il a à peine le droit de participer aux beatdowns), il est passé comme une ombre dans le 7 contre 7 de Summerslam et, ce lundi, il a laissé faire Sheffield, se contenant de se faire bousiller par Morrison et par son ancien pro R-Truth lors de ses passages entre les cordes. Dire que ce type était, avec Bryan, le grand favori initial du premier NXT, dont il a d'ailleurs fini à la deuxième place… A présent, il représente clairement le point faible du Nexus, à tel point que la creative team a dû se résoudre à organiser ce tag match pour le garder dans le groupe (car il a encore son utilité mainstream en tant que Mr Jennifer Hudson): un match individuel d'Otunga, non merci, plus jamais.

 

 

Compris David? Tu me regardes et tu me laisses faire.

Comme l'autre nuit avec Jennifer?

Exactement.

 

 

En revanche, que dire de son camarade Sheffield? Lui a suivi une trajectoire strictement inverse. Faible impact à NXT avec un gimmick à la limite de la débilité, élimination rapide… puis une fascinante montée en puissance au sein du Nexus, non seulement de par sa puissance pure, mais aussi grâce à plusieurs promos rondement menées et un jeu d'acteur parfaitement adapté à son rôle. Lâchons les chevaux: Sheffield pourrait bien être le Batista de cette décennie. Lui aussi entre relativement tard sous les spotlights de la WWE, lui aussi se signale avant tout par un physique de bodybuilder hors norme (dans ce freak show qu'est le roster de la WWE, seul Ezekiel Jackson peut lui disputer la palme du corps le plus impressionnant), lui aussi a passé quelques années en féd de développement, lui aussi démarre en tant qu'enforcer d'une stable heel… Et lui aussi, comme on l'a vu lors du beatdown infligé à Edge, sait porter des Spears de boucher. Consécration: Jerry Lawler a sorti à son propos l'une de ses phrases favorites pour décrire Batista, à savoir "il a des muscles à des endroits ou les autres gens n'ont pas d'endroits". Quant à sa prise de finition, elle n'est pas aussi impressionnante que la Batista Bomb, mais ce Lariat pleine poire fait quand même peur à voir. A 28 ans, on tient peut-être en sa personne une future star de premier plan. Bien malin celui qui l'avait prévu il y a six mois (non, Mutoïd ne compte pas).

 

 

Bon, tout ce paragraphe s'auto-détruira s'il claque d'ici la fin de l'année d'une crise cardiaque due aux amphètes.

 

 

Sheffield offrait donc la victoire à son équipe en clotheslinant — comme la veille — un John Morrison dont la barbe nouvelle n'est pas forcément un bon présage, si l'on se souvient de ce que la pilosité faciale avait annoncé pour le chanteur des Doors il y a quarante ans (un doublement de son poids et une mort rapide). Avec le Nexus plus que jamais dans la place, les midcarders de Raw (Morrison, Truth, DiBiase, Bourne, sans même parler des Ryder, Regal et autres Kozlov, Tatsu, Goldust, Santino et Primo) vont devoir se trouver une occupation fissa, sous peine d'effacement progressif…

 

 

Tiens, spectateur, je pourrais faire ça, moi. C'a pas l'air trop compliqué, et puis faut pas parler.

 

 

Ne restaient alors que deux membres du Nexus au destin incertain: Heath Slater et Darren Young. Le rouquin venait trouver Edge dans les vestiaires, espérant l'amadouer en lui avouant qu'il l'avait toujours idolâtré. Mais comme il n'avait pas amené de Slim Jim, le Canadien fut inflexible et refusa de se faire porter pâle pour le match (à noter que, au lendemain de leur attaque sur Cena à Summerslam, Edge et Jericho ont joué ce soir une partition de faces pure et dure).

 

 

Franchement, j'ai tout calqué sur toi! Tiens, tu sais, le soir où tu t'es tapé Lita en plein ring, devant 10 000 spectateurs? Ben moi un jour, je me suis tiré une queue dans un parc! C'est un peu pareil, non?

 

 

Comment qualifier Slater face à Edge? On va quand même pas faire perdre le Rated-R clean! Alors? Alors, easy: un match qui se déverse à l'extérieur du ring, un arbitre qui commence immédiatement un décompte assez rapide, un Spear esquivé par Slater, qui rentre dans le ring à la seconde fatidique, fermez le ban. Ah non, tant qu'on y est, offrons au public un Spear post-match, c'est toujours ça de pris. Le moment énervant, c'est qu'après ça, retentit la chanson d'Edge. Ce n'est pas la première fois, loin de là, que la WWE nous fait le coup: A bat B. Fin du match. B revient dans le ring et inflige un beatdown à A: musique de B. Pourquoi? Pour le féliciter d'avoir attaqué dans le dos celui qui venait de le battre?

 

 

Non, c'est juste qu'on n'allait pas non plus écouter la chanson du Nexus toute la soirée, déjà que Silvernights la chante sans discontinuer depuis deux semaines…

 

 

Bon, les six premiers étant qualifiés, une certaine incertitude planait sur le dernier match et donc main event de la soirée, opposant John Cena à son négatif. Le Nexus se plaçait sous le Titantron pour voir Castor contre Pollux de près, mais se gardait bien d'intervenir, le GM anonyme ayant annoncé en début de soirée que toute interférence serait sévèrement punie. Match classique de Cena: je me fais taper pour commencer (aaah, ce décompte à l'extérieur sur un John étalé de tout son long et qui bondit dans le ring comme un gardon à 9,999!), puis je récupère brusquement, shoulder blocks, toujours cette absurde droite balancée à l'aveugle par l'adversaire, Slam, You can't see me, AA (parfois contré dans un premier temps, comme ce fut le cas ici) et STF pour finir. Young abandonnait, ses potes s'approchaient, laissaient Cena partir et démontaient leur ancien comparse, en bons loups impitoyables dévorant le maillon faible de la meute.

 

 

Wade et compagnie, ohé! Vous pouvez venir, j'ai presque fini!

 

 

La perte de Young découvre plusieurs pistes: le Nexus va-t-il continuer de se réduire comme peau de chagrin ou bien va-t-il puiser dans le vivier naturel que constituent les rookies éliminés de NXT pour revenir à un nombre biblique? Young va-t-il devenir face et se rallier au blanc panache de son jumeau? Va-t-il infiltrer les rangs des faces pour mieux les trahir au moment opportun? Par ailleurs, quelqu'un se souvient-il encore que Wade Barrett a censément gagné un title shot en remportant NXT?

 

 

Ah je savais bien que j'avais oublié un truc!

 

 

Pour ma part, j'allais oublier que le show a également connu quelques moments déconnectés de NXT. Rien d'inoubliable, cependant. Un match de divas à trois contre trois (Melina, Gail et Eve contre Alicia, Maryse et Jillian) a vu Jillian réussir le tombé fatidique sur Eve. Un nouveau title shot en perspective pour la brailleuse? Ca promet, ce duel de voix stridentes… A noter pour le grand plasir de l'IWC que sur ses six divas, une seule n'a jamais détenu la ceinture au papillon: Gail Kim, supposément la plus douée du lot.

 

 

– Et alors je lui dis: et aussi, Mr McMahon, je voudrais bien un title run!

– Hahaha Gail, t'es trop drôle! Et alors, il t'a répondu quoi?

"Tais-toi et suce".

– Hahaha, c'est tout lui ça!

 

 

A propos de ceintures (belts), c'est l'un des mots bannis du vocabulaire WWE, pour une raison mystérieuse. Il faut dire championship, ou à la rigueur title, même pour désigner l'objet. "Oh, il l'a frappé avec le championnat!" "Regardez, il brandit bien haut son titre!" "Quelqu'un a vu mon championnat, je l'avais posé juste là?", etc. Oui, de même que wrestler (il faut dire athlete ou superstar) ou no-life brainwashed morons (il faut dire WWE Universe), certains termes clés sont inexplicablement tabous. Le psychanalyste traitant de Vince McMahon sait peut-être pourquoi, mais nous ne pouvons que barboter dans les eaux brumeuses de l'ignorance. C'est donc un nouveau jeu de championnats que Bret Hart a remis à Riri, Fifi et Loulou, remplaçant enfin les quatre ceintures que les champions devaient se trimballer depuis l'unification des titres par équipe, il y a plus d'un an. Je n'ai aucun avis esthétique sur la question, je pense juste que, désormais, Natalya va devoir gagner des ceintures, pardon, des championnats, par elle-même…

 

 

Mais avec quoi je vais attacher Tyson et David la nuit, moi?

 

 

Enfin, dans ce Raw surchargé par le Nexus et mettant donc au rebut tous les midcarders sus-mentionnés, on a pourtant trouvé le temps de caser le retour de la revanche des guest hosts calamiteux: trois acteurs inconnus au bataillon (au mien, en tout cas, et ça n'a pas changé après ce lundi), venus sans l'ombre d'une idée dans le ring pour annoncer l'entrée des Hart, et dotés d'un segment backstage avec le Great Khali (rabiboché avec Ranjin Singh, mais pour ce qu'on en a à foutre…), lequel repart finalement avec les Bella Twins après que les acteurs l'ont convaincu que sa copine indienne est moche. Si leur film est aussi drôle que leur participation à Raw, ce sera la toile la plus dépressive depuis Eraserhead.

 

 

– Lol Khali, pourquoi tu nous montres une photo de merde d'éléphant?

– Bwa bwa bwa bwaaa, bwaaa bwa.

Le Great Khali dit: "Ce n'est pas une photo. C'est un miroir."

 

 

Ce Raw curieux a donc été une longue séance de rétablissement claudiquant du Nexus (deux victoires clean, trois victoires chanceuses et une défaite clean), épisode nécessaire mais longuet et qui n'aurait pas été indispensable si les ex-rookies avaient gagné la veille. Mais ainsi vont les choses à la WWE, on donne d'une main ce qu'on reprend de l'autre: on fait miroiter la prise de contrôle du show par une nouvelle entité alléchante, on lui fait perdre son match crucial puis on la rebâtit laborieusement; on fait baver les smarks avec le retour de Daniel Bryan, mais on le traite finalement un peu par-dessus la jambe; on offre leur content de citations culturelles aux adultes via la promo de Barrett et on satisfait les gosses avec les photoshops de Cena. A vouloir plaire à tout le monde, la féd se condamne à subir les critiques des deux camps. Selon que l'on sera de plus ou moins bonne humeur, on appréciera le contenu qui nous est destiné ou on crachera sur celui qui vise l'autre moitié du public…

 

 

Dans le nouveau film de la WWE, un catcheur blanc à qui tout réussit se retrouve soudain dans la peau d'un catcheur noir de troisième zone. Derrière le clinquant de la comédie, un discours grave sur une société qui juge les gens sur l'apparence plus que sur leurs qualités intrinsèques. Jamais John Cena (The Marine, Twelve Rounds…) n'avait été si juste.

60 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut