Catch

Wrestlicious: et en plus elles catchent!

I don't think you're ready for this jelly, I don't think you're ready for this
'cause my body's too Bootylicious for ya, babe

Destiny's Child, Bootylicious

 

 

Certains d'entre vous connaissent Wrestlicious, show de catch féminin, à travers son hymne: «Oooh… Wrestlicious, baby!». Du rose, du fluo, l'inusable manager-chanteur à mégaphone Jimmy Hart, un kitsch assumé. Et chaque fille qui entonne quelques lignes futiles expliquant en quoi elle est «wrestlicious!». Assez ridicule, certes. De quoi craindre le pire quant à la qualité des matchs. Mais les apparences sont heureusement trompeuses.

 

 

En effet, ces filles sont définitivement prêtes pour Vaissellemania!

 

 

Analyse du phénomène Wrestlicious

 

 


[video:http://www.youtube.com/watch?v=aM-q_0ZFZng]

 


Wrestlicious s'inscrit dans la filiation historique de Gorgeous Ladies Of Wrestling (GLOW). Entre 1986 et 1990, cette fédération a fourni 4 saisons de 26 épisodes de GLOW TV, en se basant moins sur la qualité des matchs que sur l'humour et le glamour. Et déjà, une chanson où les participantes présentaient leurs personnages. Tout sauf un hasard : Johnny Cafarella, producteur et annonceur de Wrestlicious, fut le présentateur de GLOW TV. Avec Jimmy Hart, il a su convaincre JV Rich (Jonathan Vargas), jeune noir fan de catch et vainqueur en 2008 d'une cagnotte de 35 millions de dollars au Powerball (le loto local), de financer ce projet de catch féminin.

 

Les premiers matchs et segments sont tournés début 2009, pour une diffusion prévue à la rentrée. Mais les négociations avec les grosses chaînes du câble échouent (Spike, la chaîne des programmes de la TNA, a préféré les nains catcheurs de Half Pint Brawlers). Il faudra attendre mars 2010 pour que le premier épisode de Wrestlicious TakeDown soit enfin diffusé sur quelques chaînes mineures du câble (dont la canadienne BiteTV, ça ne s'invente pas) et en syndication, et que de nouveaux épisodes soient mis en production.

 

 


Ils pensaient postuler pour être la brand rose de la WWE, mais VKM a refusé.

 

 

Les filles

 

Wrestlicious donne sans complexe dans les gimmicks caricaturales. De la fille de la ferme à la surfeuse en passant par la noire cool, tous les stéréotypes de gentilles américaines y passent. Les mauvaises filles, elles, sont pour la plupart étrangères (italienne mafieuse, latino roublarde, arabe danseuse du ventre, torero espagnole, sorcière vaudou, vampire des Carpates, etc.) et moins déshabillées.


Heureusement, la plupart des lutteuses ont un niveau correct, voire même très intéressant. C'est bien la principale différence entre Wrestlicious et son ancêtre. Les filles de GLOW n'étaient que de belles novices : seule une a fait ensuite une vraie carrière dans le catch (Ivory, triple championne WWF), l'autre «célébrité» issue du programme étant la pornstar bisexuelle Tiffany Million.


Certes, Wrestlicious aussi emploie des mannequins. Mais, sauf exception, on ne les fait pas catcher. Elles ne sont utilisées que dans les segments comiques, ou comme valets. Certaines ne sont même apparues que dans le clip, le temps qu'on recrute une professionnelle pour reprendre le personnage. Car Wrestlicious a profité du développement récent d'une scène féminine de qualité, grâce à la fédération Shimmer. Les matchs voient donc s'affronter des catcheuses indépendantes parmi les plus renommées.


À tel point qu'un certain nombre d'entre elles ont ensuite été recrutées par les fédérations majeures depuis le tournage des premiers épisodes début 2009. Pas toujours pour très longtemps.


Serena Deeb, qui incarnait Page Webb, la webmastrice gentiment naïve, n'aura tenu qu'un semestre comme straight-edge alcoolique à la WWE. Pour un seul match (en équipe) à Smackdown.

 

 


Renvoi, nom masculin. Congédier, mettre à la porte.

 


Et Rosie Lottalove, qui apparaissait à Wrestlicious comme Sister Ophelia (surveillante des Naugthy Girls), ne sera restée que trois mois à la TNA. Une compagnie d'ailleurs bien représentée à Wrestlicious. On peut notamment y voir les formes pulpeuses de Lacey Von Erich, qui sauve ici la pom-pom girl Amber Lively (Madison Rayne des Beautiful People) de la vampire Draculetta (Daffney).

 

 


Entretiens (ta pilosité) avec un vampire

 


Et la toute nouvelle recrue de la fédération d'Orlando, Cookie, est elle aussi passée par Wrestlicious, en tant que Brooke Lynn, new-yorkaise pénible. Elle a même repris la présentation du show à mi-saison, au départ de Leyla Milani (deuxième du WWE Diva Search 2005 derrière Ashley Massaro).


De manière inverse, Wrestlicious peut aussi accueillir des rebuts de la TNA comme Sojo Bolt (la psy jamaïcaine Coco Montego) ou Miss Payton Banks (la prisonnière Felony).


Pourquoi cette sur-représentation de la TNA par rapport à la WWE ? Parce que cette dernière a son propre circuit de développement, mais aussi parce que le recrutement s'y fait moins sur les qualités techniques que sur le physique. Mieux vaut être une blonde anorexique peu farouche. Knockout Nikki (qui incarne à Wrestlicious la «filleule» Toni The Top, en référence au Parrain), grande brune aux formes généreuses, s'est vu expliquer lors d'un récent camp d'évaluation de la WWE qu'elle n'avait absolument pas le look WWE. À moins d'avoir un talent exceptionnel comme Beth Phoenix, cela ne pardonne pas.


Enfin, pour ceux s'intéressant à la scène indépendante féminine, vous pourrez retrouver à Wrestlicious des filles comme Mercedes Martinez (la torero Maria Toro), Daizee Hazee (la hippie Marley), les championnes par équipes de la Shimmer Portia Perez et Nicole Matthews (les chipies Naughty Girls), et même la semi-retraitée Lacey (la sorcière vaudou White Magic).


Certes, pas de Sara Del Rey ou de MsChif, mais cela reste un très beau plateau de lutteuses indépendantes (14 filles de Wrestlicious étaient dans le PWI Female 50 en 2009). Comment une entreprise naissante a-t-elle pu le réunir? Sans doute parce que l'émission de télévision est pour l'instant la seule activité de la fédération. On n'y travaille que quelques jours par an, et on y est bien payée.

 


Hors ring


La plupart des épisodes de Wrestlicious commencent par 15 minutes de segments enregistrés (voire de promo sur le ring). Autant d'occasions de montrer des courbes sexy aux mâles qui constituent la cible de l'émission… Car oui, les filles de Wrestlicious ne se rhabillent pas hors du ring : quand elles ne sont pas dans leurs tenues minimales, elles sont en bikini.


On ne s'embarrasse pas toujours de prétextes. À chaque épisode, le TakeDown Spotlight offre une minute et demie pour reluquer, sous tous les angles, une fille en bikini. L'occasion de découvrir que la gentille américaine patriote Glory a le dos recouvert de tatouages.

 

 

L'important, c'est de savoir rester in gimmick en toutes circonstances.

 


Quand aux séquences « comiques », elles oscillent souvent entre les blagues à deux balles et l'humour gras. Ainsi, quand une nouvelle fille (Savannah) rejoint Jimmy Hart à la présentation et que ce dernier se plaint de la précédente trop « difficile », cela conduit au dialogue «-Ne t'inquiète pas, je suis facile. -C'est ce que j'ai entendu». Et quand la naïve webmastrice Page Webb (Serena) ouvre ses e-mails, ils contiennent toujours des photos explicites qui la choquent. Femme à lunettes…


Il y a heureusement des segments plus légers, comme l'amusant «Êtes-vous plus intelligente qu'un catcheur masculin?», qui permet de revoir de vieux amis de Jimmy Hart (les Nasty Boys, le Cuban Assassin).

 

 

On va enfin savoir qui est le plus intelligent entre une vraie blonde et un Nasty Boy.

 


Autre séquence plaisante, la formation à la dure de trois « recrues » par la militaire Bootcamp Bailey, qui évoque vaguement les films de prison pour femmes. C'est surtout une façon originale de lancer une nouvelle lutteuse, tout en rappelant que le monde du catch est dur, et qu'il nécessite beaucoup d'entraînement.


Quand la militaire s'adresse au public, c'est en lui répétant «Attention!» alors qu'il la hue. Impossible de ne pas penser au cultissime «Excuse me!» de Vickie Guerrero. Ce n'est d'ailleurs pas la seule copie de la WWE : la wannabee popstar Kandi Kisses (jouée par Lizzy Valentine, copine d'Evan Bourne à la Wrestling Society X en 2006) est clairement une Jillian Hall du pauvre.


Pour résumer, oui, certes, Wrestlicious, c'est kitsch, souvent gras, c'est beauf, mais tout cela semble assumé. Il y a bien des rires enregistrés, mais de deux (trois ?) personnes, comme pour apporter de la distance. Avec d'autres séquences, comme le running-gag de Jimmy Hart se plaignant devoir tout faire («Je suis un hall of famer!»), cela apporte un certain recul qui peut faire accepter le plus ridicule… comme les barreaux en effets spéciaux de la cellule de Felony.

 

 


«These girls are real»

Toi, t'as pas vu les seins de Serena.

 


Si Wrestlicious était un film, ce serait un bon «nanar». Un truc qui ne vole pas très haut, mais qui ne prétend jamais le faire. Et qui est finalement plutôt agréable à regarder.

 


Les matchs


Au milieu de toutes les séquences hors-ring, il y a tout de même quelques matchs. Généralement un par émission, qui occupe le dernier tiers du show (sept minutes environ). Mais on ne quitte pas l'univers kitsch pendant les combats, grâce aux cordes roses qui entourent le ring. Grâce également au public, qui encourage chaleureusement les gentilles filles, et conspue les méchantes: des réactions aussi scriptées que les matchs.

 

Les lutteuses, on l'a vu, sont de qualité. Mais ce n'est malheureusement pas le cas des arbitres, qui ne servent à rien. Ni des bookers (ceux qui écrivent les matchs), dont les recettes sont très répétitives. Le même scénario se retrouve dans chaque match par équipe: l'arbitre, en train de réprimander les méchantes, ne voit pas leurs adversaires effectuer le changement; il va donc empêcher l'entrée sur le ring de la nouvelle gentille, ignorant que la collègue de celle-ci est à nouveau attaquée.

 

 

Je ne comprends pas que les arbitres ne se concentrent pas plus…

 


Enfin le commentaire est affreux. Son texte, bien qu'à l'humour lourdaud, serait efficace s'il répercutait l'excitation du match. Mais on a plutôt l'impression d'un enregistrement vite fait en post-production, où le commentateur découvre son texte en même temps que nous, si bien que toutes les blagues tombent à plat.


Oubliez donc le commentaire, efforcez-vous d'ignorer l'arbitre, et vous pourrez sans doute apprécier la plupart des matchs de Wrestlicious. Surtout si vous êtes un homme. Car on est vite frappé par les angles des caméras. De manière assez décomplexée, la réalisation s'attarde sur les décolletés et les postérieurs des lutteuses, parfois au détriment de l'action. Pour ce jeu de dupes, voir sous les jupes des filles.


Voici par exemple Page Webb (Serena), en jupe noire, se relevant d'une prise appliquée par une des Naughty Girls.

 

 

Et encore on n'a pas l'image qu'a l'arbitre de visu.

 


Deux sessions d'enregistrement distinctes ont été nécessaires pour produire les 13 épisodes de la première saison de Wrestlicious Takedown. La première (début 2009) a permis de tenir neuf épisodes, la seconde (un an plus tard) a servi pour les quatre restants, renommés TakeDown Breakdown.


La première partie de la saison est assez agréable. Certes, le premier épisode était franchement mauvais, et les suivants restaient passables. Mais cela s'est vite arrangé, pour culminer aux épisodes 8 et 9, avec des rivalités bien en place, et un niveau technique supérieur à bien des matchs entre «divas» de la WWE ou entre «knockouts» de la TNA.


Wrestlicious laisse alors un sentiment prometteur.

 

 

Et les promesses ne sont pas limitées à cet aspect des choses…

 


Patatras! Les nouveaux matchs enregistrés à la va-vite en 2010 (pour finir la saison) ne sont vraiment pas beaux à voir. L'ambiance fruitée du studio a laissé place à celle, plus glauque, d'une boite de nuit de Minneapolis, pour un spectacle co-organisé avec une promotion locale. Plus de cordes roses. Un produit beaucoup plus brut, mal éclairé, mal sonorisé, mal filmé, des promos de catcheuses bafouillées (pas de seconde prise). Un vrai public, réagissant beaucoup moins que le faux. Bref, tout le côté mignon et léché des matchs de Wrestlicious a disparu. Pire, on les fait traîner en longueur, parce qu'on commence à manquer de segments enregistrés.


Ces nouveaux épisodes sont si médiocres que certains diffuseurs ont carrément refusé de les mettre à l'antenne. Les fans de lutte indépendante pourront toutefois se consoler avec l'apparition, dans l'épisode 10, d'un arbitre spécial en la personne… d'Austin Aries, le double champion du monde de ROH.

 

 


Bryan a peut-être fait le main-event de Summerslam, mais moi, j'ai arbitré Wrestlicious. Alors, c'est qui le boss?

 

 

Les raisons du désastre? Apparemment, le studio utilisé pour les premiers tournages n'était pas disponible lorsqu'il a fallu tourner de nouveaux matchs. Il est certes probable que les contrats de diffusion, moins prestigieux et rémunérateurs que prévu, aient impliqué une baisse de budget de l'émission. Mais c'est honnêtement une belle déception que de voir cette fédération, présentée comme le jouet-harem d'un millionnaire, livrer un résultat si amateur dans ces épisodes.

 


Regarder Wrestlicious


Oublions cette fin de saison. Le mélange entre catch et segments comiques, enrobé de touches sexy, est assez efficace dans les épisodes précédents.


Wrestlicious est avant tout une bonne occasion de découvrir de nouvelles catcheuses, parmi lesquelles de probables futures « divas » ou «knockouts».


N'hésitez donc pas à vous faire votre avis par vous-même. Vous pouvez regarder gratuitement et légalement les épisodes de Wrestlicious sur le site de BiteTV (vidéos reprises sur le site de la fédération).


Si vous ne devez voir qu'un épisode, choisissez le neuvième, et son match de championnat entre Glory et Felony. Qui voit la vainqueur enfiler, non pas une ceinture, mais un diadème (encore une copie de GLOW…).


Enfin, pour mieux connaître le catch féminin en général, je vous encourage à visiter Diva Dirt, le site anglophone de référence sur le sujet.

 


La légende à laquelle vous avez échappé:

 

 

Va faire la vaisselle, sale morue, ou t'auras ma bite dans ton cul .

Gronibar, immortalisé par la Nouvelle Star.

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