Catch

La fête de l’humanité

"Un homme est bien fort quand il s'avoue sa faiblesse"

Balzac

 

 

Lors de ce SmackDown assez moyen, une très large place fut faite à son fil rouge, la storyline des deux frangins qui se tapent dessus et que l’auteure de cette nalyse se prend finalement à apprécier à mesure qu’elle révèle que le Taker est un être humain comme tous les autres. Comme vous et moi, avec ses doutes et ses faiblesses.

 

 

 

Et son rimmel qui coule.

 

 

Nalyse de Smackdown du 11 septembre

 

 

 

Si vous êtes de fidèles lecteurs des Cahiers du Catch, il ne vous aura surement pas échappé que certains, parmi sa rédaction, sont loin d’être des fans de l’Undertaker. Et c’est un euphémisme. De vignettes désobligeantes en papiers énervés, nous avons et à de nombreuses reprises fustigé le booking du mort-vivant, ses prétendus pouvoirs surnaturels au sein d’une WWE qui a pourtant plutôt tendance à mettre fin à ce type de gimmicks anachroniques ,et dénoncé la place démesurée qu’il occupe dans la carte de SmackDown, empêchant la mise en valeur des jeunes pousses les plus talentueuses de la fédération. Que n’a-t-on pas écrit à propos de Papy Calaway, ce Phenom vieilli, usé, fatigué, ce soit disant mort-vivant au look de trav’ mal maquillé qui aurait toutes les peines du monde à se faire vingt euros en une nuit au bois de Boulogne, ce catcheur devenu aussi rapide qu’un Pierre André Gignac en début de saison.

 

 

 

Oui, et lui, ça peut être le mec aussi rapide et technique que Brandão, si vous voulez.

 

 

 

L’enquête de Kane, bâclée par une équipe de bookers qui devaient avoir la tête à leurs prochaines vacances n’était pas non plus de nature à nous émerveiller, loin s’en faut, et ce d’autant moins que nous avons bien fini par comprendre que The Big Red Monster, en bon taré psychothique qu’il n’a jamais cessé d’être, était le seul coupable de l’agression et du coma prolongé de son frère ainé, même si les mauvaises langues datent l’état comateux du Taker à une petite dizaine d’années. Bref, les Brothers allaient de nouveau se détruire sur un ring, la lumière s’allumerait et s’éteindrait au grès des apparitions et des disparitions des deux surhommes, le Taker n’aurait jamais mal ni peur et, gong gong gong, il gagnerait encore à la fin. Youpi, paie ta storyline à deux balles, ton déjà-vu et tes scénarios soigneusement conservés dans le formol, les premiers affrontements entre Kane et son Deadman de frangin datant tout de même de 1997. Et qui sait, pour conclure la feud, peut être se réconcilieraient-ils, histoire de nous refaire un pas de danse en duo sur l’air des Brothers Of Destruction ? Boring, vous avez dit boring ?

 

 

 

Ouais et après playa, j’ai une super storyline pour le retour de Rey Mysterio. On le ferait catcher contre un heel, qui tenterait de s’en prendre à son masque à chaque combat ! Il faut que j’en parle à Chris, je le vois bien dans le rôle, playa.

 

 

Et pourtant. Même si l’auteure de ses lignes fait partie du clan qui officie dans l’ombre de la Rédac’ et qui souhaite par-dessus tout envoyer l’Under à la retraite (il offre l’avantage de cumuler ses années de cotisations et ne doit plus être bien loin des 62 ans), il semblerait que la mayonnaise puisse prendre et soit en mesure de nous passionner pendant quelques semaines. Et là, curieux comme vous êtes, vous vous demandez nécessairement pourquoi. Pourquoi je kiffe la direction récemment prise par une storyline sur laquelle je crachais pourtant dans mes dernières nalyses de SmackDown ? C’est que depuis la fin de mes vacances, il s’est passé un événement remarquable, un élément déclencheur de joie et de bonheur, ce petit truc susceptible de te faire multiplier ta suspension d’incrédibilité par mille ; l’histoire a pris un tournant que je n’imaginais pas possible à la WWE : L’Undertaker est officiellement très affaibli. Et ça, mine de rien, ça change tout, du moins cela modifie ma perception de l’événement et cela explique mon enthousiasme présent, même si j’ai bien conscience de la précarité de cette situation. Car avec nos amis bookers, il faut se méfier, en permanence. Ils ont d’ailleurs encore fait la preuve de leur frilosité vendredi soir.

 

 

 

– Et au lit, c'est comateux aussi?

– Salope

 

 

 

Oui, c’est un Taker claudiquant, bien moins fringant qu’à l’accoutumée, c’est un Deadman plus humain, assumant ses faiblesses et sa méforme du moment, affichant sa vulnérabilité, c’est un Undertaker privé de surnaturel qui se présente à nous aujourd’hui. Et ça, ça change considérablement la donne. Il n’est plus que l’ombre de lui-même, a perdu une grosse partie de ses pouvoirs, qui lui ont été mystérieusement piqués par son salopard de frangin et semble, enfin, humain. Et que dire de Kane, à ce point là de l’histoire et de sa carrière ? Quand en 1997, la WWE nous servait une rivalité entre ces deux là sous fond de drame familial et d’incendie criminel, dans une storyline aussi loufoque qu’abracabrantesque, 2010 nous propose plutôt la revanche du petit frère qui a vécu dans l’ombre de sa superstar de frérot et qui en a affreusement souffert.

 

 

En même temps, le Taker devait se douter qu'un truc ne tournait pas très rond chez son frangin, non?

 

 

Et à 43 ans passés, celui qui semblait condamné à jobber pour les jeunes espoirs de la WWE tient enfin son momentum, la storyline dont il est à nouveau le héros, et qui lui permet de remporter un second titre majeur, 12 ans après sa ceinture de champion WWF. Car si son palmarès en équipe se pose là (9 titres de World Tag Team Champion, dont deux avec le Taker), Kane n’a que rarement eu l’occasion de briller en solo (1 titre ECW et 2 vrais titres de champion du monde seulement). Cerise sur le gâteau de la feud, Kane lui a piqué ses superpouvoirs, chose que j’accepte d’autant plus facilement que j’ai multiplié par mille ma suspension d’incrédibilité. Kane tient enfin sa revanche sur un Undertaker terriblement affaibli, voilà qui apporte beaucoup d’humanité aux personnages de cette storyline et sonne particulièrement juste au regard de la longue carrière du Big Red Monster, finalement peu récompensé par la WWE jusqu’à aujourd’hui. Le Deadman tient lui aussi un des rôles de sa carrière, peut être le plus personnel de tous…

 

 

 

Celui d’un mec un peu vieux, lent in ring et plutôt has been.

 

 

 

C’est encore une fois la preuve que lorsque la WWE, dans sa version la plus perverse, pioche dans le réel de ses athlètes pour construire une storyline ou pour écrire une promo, l’effet est le plus souvent très efficace. Et de nous rappeler la feud de Batista contre Cena, lorsque l’Animal faisait part de son incompréhension de ne pas être LA tète d’affiche de la fédération (rôle dévolu à Johny), la récente promo du Miz, dans laquelle il soulignait un début de carrière dont on se moquait encore il y a peu, ou encore, l’émotion, feinte ou non, de Jericho, la semaine dernière. Tous ces petits suppléments d’âme et d’humanité donnent toujours une dimension particulière à une storyline.

 

 

 

+1! lol pt2r!

 

 

Vendredi, l’histoire a avancé en douceur. Le show s’est ouvert sur une -bonne- promo du Deadman qui était dans un très bon soir au micro, décrivant Kane comme un être profondément perturbé qu’il a déjà dû aider à de nombreuses reprises. Le pauvre est un peu toc toc. Kane l’a attaqué lâchement et se trompe en croyant lui avoir confisqué ses pouvoirs. Et il le paiera à Night Of Champions et dans un No Holds Barred, si possible. Le décor est planté, ça va taper fort au prochain PPV. Mais le Deadman ne fait décidément plus peur à personne. Alors que CM Punk se serait uriné dessus il y a encore quelques mois à la perspective de devoir affronter le Phenom, le voilà qui ose interrompre et défier la légende semi comateuse ! Vu comment est booké Cihaime depuis des semaines, ça positionne d’un coup le Taker comme très, très faible. En solo, le leader straightedge s’est encore fendu d’une promo brillante, moquant un Taker sur la pente descendante, un catcheur brisé qu’il compte bien terrasser le soir même, en main event de SmackDown. Le Phenom lui a bien balancé un bon vieux « You will rest in peace » dans la face, pour faire bonne figure mais, à ce moment de là de la soirée, ça sentait le sapin pour le mort-vivant et c’est CM qui rigolait.

 

 

En fait, ils ont juste échangé leurs pouvoirs et maintenant c'est le Taker qui a le pouvoir de devenir rouge!

 

 

On retrouva donc les deux hommes à la conclusion du show, pour un main event dont j’attendais beaucoup pour la suite de l’histoire. Hélas, mille fois hélas, ce que j’espérais n’arriva pas. Au terme d’un match de très bonne facture, l’Undertaker l’emporta finalement sur son adversaire. Et je regrette infiniment cette occasion perdue de faire d’une pierre deux coups : affaiblir un peu plus le Deadman tout un pushant un CM Punk qui en a cruellement besoin. Cihaime n’a pas été ridicule loin de là et le Phénom a bien vendu ses limitations actuelles. On l’a vu particulièrement lent, dominé par Punk, ratant un Old School en perdant lui-même l’équilibre, c’était le moment idéal pour le faire perdre sans que cela ne nuise particulièrement à sa crédibilité future puisqu’il est de toute façon booké affaibli. On aurait eu alors un héros fatigué et vulnérable face à un frère jaloux et au faîte de sa puissance. Mais non, la WWE a décidé que ça suffa comme ci : Après un Go To Sleep, Punk tente le cover mais se fait contrer par le revenant. Hell’s Gate, douleur insoutenable, rideau, Punk abandonne.

 

 

La vraie raison de la défaite de Punk: A cause du rythme du combat, il s'est endormi sur le ring.

 

 

 

Kane, lui, s’est fait discret lors de cette soirée consacrée à l’état de l’Undertaker mais il a tout de même tenu à se rappeler au bon souvenir de son frangin à la fin de son main event. Alors que le Deadman célébrait sa victoire, les coins du ring s’enflammèrent subitement, le rire satanique du Big Red Monster envahissant les travées de l’arena de Baltimore, pour une fin de retransmission venant rappeler que le frère dominant, en ce moment c’est le plus jeune des deux.

 

 

Le Taker n'a plus l'âge d'enchainer les shows et est souvent remplacé par un Terminator de deuxième génération.

 

 

Le reste du show, malheureusement, fut bien loin d’être aussi intéressant que la storyline qui squatte le temps d’antenne de SmackDown et qui, entre direct et rediff’ en a largement constitué le fil rouge vendredi dernier. Quatre autres matchs étaient pourtant au programme, quatre combats qui eurent du mal à me maintenir éveillée à la remarquable exception de celui de Kaval qui faisait ses grands débuts et était opposé à Drew McIntyre, le chosen one revenu dans le rang. Si Kaval a perdu son combat, j’avoue avoir été bluffée par son énergie, sa rapidité d’exécution et son style de catch, fait de voltige et d’agressivité. Ce garçon a un vrai charisme in ring et j’espère le revoir très vite, dans un match un petit peu plus long et dans une feud construite, histoire de voir si le charme opère bel et bien comme ça a l’air d’être le cas.

 

 

En tout cas, il imite super bien l'ours.

 

 

Contrairement à Kaval, je dois dire ma déception après le combat d’Alberto Del Rio dont les « grosses couilles » ornent désormais la bannière de notre home page. C’était la première fois que je voyais catcher ce heel sur qui la WWE investit tant et je me suis ennuyée. Cela pourrait tenir de la personnalité de son adversaire du soir, le soporifique Matt Hardy mais pour être très honnête, non, le problème vient bien d’Alberto que j’ai trouvé assez peu crédible. J’ai mille fois préféré les débuts de Kaval, rookie soumis aux Flawless, que le combat poussif de la nouvelle coqueluche mexicaine. Il finit certes par s’imposer mais sans montrer grand-chose in ring, si ce n’est une certaine lenteur ou plutôt un manque de rythme et un catch assez répétitif fait de kicks à répétition. J’attendais autre chose de ce  luchador que l’on dit très technique. Je lui laisse le bénéfice du doute et je demande à revoir. A priori, ce sera contre Christian, qui est venu en aide à Matt à la fin du combat, alors que Del Rio continuait à s’acharner sur l’homme aussi expressif qu’un mollusque. Une feud entre les deux hommes, sur quelques semaines, serait un bon moyen de vérifier ce que le nioubie mexicain a vraiment dans le ventre.

 

 

 

Ce que j'ai dans le ventre? Un burrito et une Corona, hombre !

 

 

Jack Swagger, lui, me fait de la peine et j’ai beaucoup de mal à accepter qu’un tel talent végète en midcard, opposé qui plus est à MVP dans une storyline qui frise le ridicule depuis l’agression du pauvre papa de l’ex champion par l'ex taulard. Les bookers semblent ne pas savoir quoi faire du pauvre Jackie et on aimerait pouvoir leur indiquer le seul chemin qui nous semble cohérent pour quelqu’un de son talent : celui de l’upcard et du main event. Le match en lui-même, remporté par le All American ne fut pas désagréable, loin de là, mais il ne raconte pas grand-chose et il ne me semble pas que la feud entre les deux hommes doive s’installer pendant quelques semaines. Enfin, pour être plus précise, je ne le souhaite pas car elle m’emmerde profondément.

 

Et que dire du match ayant opposé Dolph Ziggler et Chavo à Kofi Kingston et Chris Masters ? Ce combat bouche-trou de trois minutes et sans enjeu, remporté par l’équipe face après une erreur de l’arbitre ayant privilégié les gentils (l’arbitre ne voyant pas le tag entre Dolph et Chavo) ? Rien, car il n’y a rien à en dire.

 

 

Le segment féminin, je vous le fais en une vignette:

 

 

– C'est moi qui vais défendre le titre à Night of Champions.

– Nan, c'est moi.

– Nan.

– Si.

– Nan, c'est moi.

– Nan.

– Si, je te dis.

 

C’est d’ailleurs le gros reproche que je ferais à Smackdown au moment de conclure cette nalyse. Si le fil rouge du show semble bien parti pour nous tenir en haleine, il y a un criant manque de storyline solide pour la midcard de la brand bleue. Lorsqu’à Raw, rien n’est inutile et tout fait sens, une bonne moitié de Smack semble être booké à la va-vite, sans guère de cohérence ni de continuité dans le temps. Ce qui est à l’origine de ma désaffection pour ces soirées de catch du vendredi soir où l’on nous sert et nous ressert des matchs ne racontant rien ou presque. Et pourtant, la qualité du roster est là, les bookers semblent décidés à rajeunir un peu l’équipe avec Kaval et Del Rio, et lorsque l’on compte dans ses rangs des valeurs sures comme Punk, Show, Swagger, Kofi, des étoiles montantes comme Cody Rhodes ou des rookies qui n’en veulent, ce n’est pas la qualité qui est en cause mais bien le manque d’ambition dans le booking.

 

 

Et ma bite? Je vous ai déjà parlé de ma bite?

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