Catch

Trahisons, enrôlements, luttes et slips dépareillés

I want to see you. Want to see you only in your underwear.

Pulp, Underwear

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où, cette semaine, la WWE était à Calgary au Canada pour préparer Bragging Rights et nous a offert un show aussi réjouissant que surprenant.

 

Dans cet épisode de RAW, Vickie Guerrero effectue une scène de seau d'eau en plein milieu du ring.

 

 

Nalyse du RAW du 18 octobre 2010

 

 

Je ne sais pas vous mais, moi, je m'attendais à avoir un épisode de RAW qui allait faire passer un ou deux messages majeurs en préparation du Pay Per View et la bonne surprise c'est qu'on en a eu, en tout et pour tout quatre, ce qui est quand même assez exceptionnel pour un show même si certains étaient plus subtilement passés que d'autres et que l'ensemble donnait une légère impression de fouillis.

 

 

Mais, rassurez-vous c'est juste une impression, hein …

 

Commençons par ce qui était le plus évident et ce qui a ouvert le show : l'irruption de Teddy Long qui annonçait qu'il prenait le contrôle de RAW, parce que Bragging Rights était l'occasion de démontrer une fois de plus la supériorité de Smackdown sur le show rouge. C'était le prétexte idéal pour terminer le build-up du Pay Per View de dimanche et ça a été, ma foi, fort bien réalisé. Le General Manager a d'abord présenté son équipe, histoire de faire chauffer la boîte Mail de son homologue anonyme avant de lui couper le siffler en débranchant l'ordinateur portable qui lui permet de communiquer et de partir avec un ordinateur sous le bras.

 

 

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais, encore une fois, c'est une personne de couleur qui vient foutre le bordel (Spéciale dédicace à TDS).

 

 

Seul petit bémol, je veux bien que Michael Cole soit heel, cocardier, fier de défendre le show rouge et qu'il crie sur tous les tons que Teddy Long n'a rien à faire sur nos écrans le lundi soir mais quelqu'un peut m'expliquer ce qu'il fait aux commentaires le vendredi ? Enfin peu importe puisque cela nous a permis d'avoir un match booké pour le main event (The Miz vs Big Show, capitaine contre capitaine) et aussi de découvrir l'équipe de RAW au grand complet puisque le Miz a annoncé qu'il avait personnellement sélectionné l'ancien champion de la ECW, Ezekiel Jackson comme dernier membre de sa dream team.

 

 

Salut, ça faisait longtemps, vous pouvez me dire où est mon pote Kendrick ?

 

 

Voilà donc pour la ligne directrice de l'émission du soir : segment introductif, segment final mais avant d'aller plus loin arrêtons nous un instant sur le contexte. Ce soir, le public était particulièrement enthousiaste (et véhément aussi) parce qu'i était impatient. A Calgary, plus encore que partout au Canada, on adule Brett Hart et la foule, enfin heureuse de ne plus hurler « You screwed Bret à plein poumons » criait sur tous les tons « We want Bret ». Mais Bret Hart n'était pas là (en tout cas pas pendant le direct) et, pour être tout à fait honnête, si c'était pour faire un match tout pourri comme ceux que son état physique lui permet, c'était pas plus mal.

 

L'adoration des anciennes gloires, dans le business du catch plus qu'ailleurs, c'est bien mais c'est parfois insulter le présent que de respecter le passé. Le match contre Vince MacMahon l'a prouvé à Wrestlemania et je suis sûr que l'histoire le dira aussi à propos des performances de l'Undertaker pour l'année qui est en train de s'écouler. Mais peu importe, la WWE au lieu de nous offrir pour ce show une carte pleine de nostalgie, a fait dans le sang neuf, je vous laisse découvrir la carte du soir :

 

The Hart Dynasty vs Cody Rhodes & Drew McIntyre.

 

Zack Ryder vs Goldust.

 

John Cena & Randy Orton vs Michael McGillycutty & Husky Harris.

 

Natalya vs Alicia Fox.

 

The Miz vs The Big Show.

 

Vous avez saisi le message caché dans cette liste de matchs ? Non ? Bon, comptez alors … 14 membres du roster impliqués, 7 dont le père a été employé à la WWE, 5 de troisième génération. Si on ne peut pas toujours rendre un hommage évident, il y a souvent un moyen d'adapter un show pour qu'il évoque le passé de manière détournée. Et franchement, c'était un joli moyen d'honorer Stu Hart, l'un des plus grands formateurs de tous les temps que de mettre plein de jeunes gens « de bonne famille » dans le ring.

 

 

Husky Harris, la seule superstar de seconde génération à avoir de plus gros seins que Natalya.

 

 

On peut d'ailleurs voir l'affrontement de Goldust et Ted DiBiase autour de la Million Dollar Belt comme un autre hommage aux dynasties du ring. C'est même à peu près tout ce qu'il y avait d'intéressant dans le match entre le fils aîné de l'American Dream et Ryder : un squash rapide qui ne fait pas honneur à Goldie ni à Zack, suivi d'un run-in de DiBiase pour une petite bagarre tandis que leurs deux compagnes (Maryse et Aksana, deux blondes clonées sur le même modèle : silicone + jambes interminables + accent étranger + talent in-ring pour le moins suspect) se disputaient la ceinture de joyaux héritée du paternel plein de million de dollars.

 

 

Grand jeu : Sauras-tu reconnaître Maryse d'Aksana sur cette photographie ?

 

 

D'une manière beaucoup directe, aussi, on a vu Natalya placer un sharpshooter victorieux contre Alicia Fox. Si la première semble en bonne route vers le titre, il faut quand même souligner qu'Alicia a bien tenu son rôle de fille qui se fait squasher : elle encaisse sans se faire mal les mouvements de lutte classique de Nattie et sait vendre le fait d'être coincée dans une prise de soumission correctement. Espérons que l'intervention de LayCool prévue juste après le match n'ait pas empêché Layla d'assister à ça, sa manière de subir le sharpshooter à Hell in A Cell m'a plus fait penser à un unijambiste en train de faire des pompes qu'à de la lutte.

 

 

Bien décidée à progresser, Layla a décidé de prendre des photos de lutteuses en train d'appliquer des prises pour ensuite s'entraîner à les refaire …

 

 

Si je me permets d'être mauvaise langue avec les co-championnes en titre, je dois quand même être honnête : pour une fois leur speech de heels méprisantes a fonctionné et a provoqué une réaction sur le public ontarien. Certes, les deux pimbêches ont usé toutes les ficelles de la cheap-pop pour aboutir à leurs fins en insultant le Canada tout entier, la famille Hart et (sacrilège ultime) la bière canadienne, mais pour une fois que ça marche, inutile de les blâmer.

 

Je pense qu'il est assez peu nécessaire de s'attarder sur le Main-Event puisque les deux anciens champions par équipe au sein du Miz-Show n'ont pas vraiment livré un match. Chacun était venu avec ses supporters, en l'occurence tout le vestiaire de son show, et les quelques échanges de coups ne furent que le prétexte à une battle royale thématique et inter-promotionnelle que Teddy Long décréta en guise de clou du spectacle.

 

 

La rédaction des Cahiers du Catch divisée sur le cas Orton, allégorie …

 

 

Trois douzaines de catcheurs dans un ring en même temps, c'est le bordel et il n'y a pas grand chose à retenir de tout ça, sauf peut-être que John Morrison et Alberto Del Rio en ont profité pour commencer à travailler ensemble en prévision de dimanche et que le final a permis à Ezekiel Jackson de faire bonne impression après sa longue absence. La victoire a été remportée par Smackdown au terme d'une sorte de partie de cache-cache puisque le Miz avait volontairement quitté le ring pendant la bataille pour tenter d'obtenir la victoire finale en entrant au dernie rmoment et il aurait réussi si Edge, lui aussi, sorti du théâtre des opérations par un Ankle Lock du All American American ne l'avait pas pris à son propre piège par un spear.

 

Les affaires courantes étant réglées, abordons maintenant le grandiose : à commencer par un segment où Vickie Guerrero chante les louanges de son Champion Intercontinental de fiancé (oui, ils ont l'air réconciliés) sous les huées du public. Arrive alors Daniel Bryan, avec sa dégaine de Monsieur Tout le Monde qui joue de la moquerie (« Même, moi, je peux ramasser une fille mieux que ça ») avant de lancer un défi à Dolph pour Bragging Rights et de lui coincer la tête dans sa LeBell Lock hors du ring.

 

 

Dolph Ziggler est vexé d'apprendre qu'il dispose d'un point commun avec Eric Escobar.

 

 

La perspective d'un match entre les deux à Bragging Rights est alléchante mais c'est ensuite que le segment a atteint son paroxysme : lorsque les divas babyfaces de Raw sont venues chasser Vickie du ring avant d'entamer une sorte de danse lascive et collective avec le champion des Etats-Unis. Je ne sais pas vous mais, moi, j'adore quand la WWE décide de narguer ouvertement les smarks aigris qui écrivent sur Internet en incorporant leur chouchou dans un segment comique qui bordure le ridicule.

 

 

La semaine prochaine, pour pousser la provocation encore plus loin, il fait un match contre Hornswoggle déguisé en vache landaise.

 

 

Mais je vous avoue que j'ai encore plus pris mon pied avec le match d'ouverture, un énième match revanche entre la Hart Dynasty et les champions qui les ont dépossédés des nouvelles ceintures par équipe. Bien mené avec un Tyson Kidd efficace dans son rôle de face en péril et un David Hart Smith qui fait le traditionnel hot-tag du costaud qui rentre sur le ring, on avait droit à un match classique mais bien mené jusqu'au finish qui va se dérouler entre le British Bulldog Junior et le Chosen One. C'est alors que Cody Rhodes intervient avant d'être éliminé par Kidd dans une action qui rappelle le match revanche perdu. Tout est en place pour que la HD applique son finish à base de springboard-clotheline et d'Electrichair et là David choisit de placer le sharpshooter, contré par Drew McIntyre qui enchaîne par un Future Shock DDT et donc une victoire.

 

 

Un grand garçon comme toi, pas foutu de faire ses lacets, quand même …

 

 

Ce que j'ai bien aimé dans ce match, au-delà de l'action in-ring, c'est évidemment la partition de la discorde entre les deux membres de la Hart Dynasty puisqu'elle a été jouée juste et jusque dans le moindre détail. Si vous connaissez un peu l'histoire de la famille Hart, vous savez que les couleurs noire et rose sont leur symbole et que celles-ci sont utilisées différemment selon que le catcheur est face ou heel. Le Good Hart a tendance à s'habiller en rose et noir (le rose est majoritaire) tandis que le Bad Hart privilégie la couleur sombre avec une touche de fluo. C'est avec cette grille de lecture que le choix des slips – Oui, n'oubliez jamais que le truc essentiel dans le catch, c'est le slip. – des partenaires de ce soir était décisif. DH était habillé en noir et rose tandis que son partenaire avait opté pour le code couleur opposé. Ce genre de détail, anodin pour qui n'y prête pas attention, résumait tout le match avant même qu'il ne commence : deux partenaires qui ne sont pas sur la même longueur d'onde et l'un des deux qui va se comporter en heel (DH qui oublie que le succès ne passe que par l'équipe). C'est le genre de joli clin d'oeil discret qui me fait toujours tripper.

 

Bon, assez d'allusions voilées, consacrons nous maintenant au coeur du show et au message que la WWE voulait faire passer ce soir (hormis son traditionnel « Achetez le prochain PPV »). Il est simple, on l'a déjà compris depuis des semaines et il se résume dans un syllogisme simpliste (que je vous fais en images histoire d efaire encore plus simple) :

 

La WWE aide les enfants handicapés.

 


La WWE soutient l'armée.

 

 


La WWE fait tout ce qu'elle peut pour lutter contre l'illettrisme.

 

Et Linda MacMahon, c'est la WWE. Donc, votez pour elle ! Sauf si vous êtes un salaud de mauvais américain qui aime frapper les handicapés, empêcher les enfants d'apprendre à lire et caillasser tout ce qui porte un uniforme.

 

Et évidemment, avec un discours aussi peu subtil (on dirait du Frédéric Lefebvre, c'est pour dire), tant dans la forme (des clips larmoyants qui inondent l'antenne depuis deux semaines) que sur le fond, la femme du boss a essuyé quelques attaques en retour sur le contenu du programme qu'offre la WWE à ses téléspectateurs. C'est de bonne guerre. Mais la fédération, confiante dans sa capacité à transformer un programme d'entertainment en outil de propagande, a persisté : nous servant ce lundi un vibrant appel à la défendre ainsi que le petit film qu'elle donne à visionner aux chaînes de télé désireuses de diffuser ses programmes. On a donc eu droit à la diffusion d'un clip panégyrique qui ajoutait du fouillis à un show qui l'était déjà et ça n'arrangeait rien à l'affaire.

 

 

A la vue de cette photo, Sarah Gatina a préparé ses valise pour partir à Bagdad, au cas où.

 

 

Mais la vraie ironie du sort, c'est qu'à l'heure actuelle le fil rouge des programmes de la famille MacMahon, la storyline entre John Cena et le Nexus, est à l'exact opposé des valeurs que Linda défend. Je ne sais pas si ça vous a frappé, vous, mais l'enrôlement du Marine dans la faction qui lui a pourri la vie, moi, ça me fait furieusement penser à un soldat qu'on forcerait à aller faire une guerre qu'il n'a pas choisi. Et ça ne correspond absolument pas aux valeurs pro-militaristes (et plus généralement d'ordre) que la candidate sénatrice républicaine défend.

 

Dans cette histoire et même dans le grand livre des archives du catch, le Nexus est une des choses qui se rapproche le plus d'un groupe militaire, au-delà de l'appartenance au groupe par l'uniforme (ou le brassard, là aussi tout un symbole), ce qui marque c'est la méthodologie et l'organisation avec laquelle le groupuscule dirige sa violence : choix de cibles précises, interventions rapides, etc … L'intégration de Cena au groupe, faite de brimades qui s'enchaînent après des moments où Barrett est un vrai gentleman (cette séquence où l'anglais remercie Cena de lui avoir apporté un verre d'eau avant de lui jeter à la figure), procède exactement des méthodes de tortures ordinaires qu'infligent les soldats soit pour « retourner » un civil dans un pays occupé et en faire un combattant conquis à leur cause, soit pour intégrer une forte tête dans le groupe et le discipliner.

 

 

Et, maintenant, John, va me chercher du cirage …

 

 

Le traitement du match par équipe Cena/Orton contre Husky Harris/MMGC est, à ce titre, l'exemple type dans ce genre de méthodes. A l'annonce du match et de sa stipulation (en cas de victoire les deux ex-rookies joignaient le Nexus), la semaine dernière, Barrett n'avait donné à son nouveau sous-fifre qu'un ordre : « Do The Right Thing », le laissant dans l'expectative sur ce qu'il allait devoir faire. Cette semaine, l'ordre de marche du Marine est tombé : « être lui-même ». Enfin, pas tout à fait, puisque John Cena, après s'être pris un verre d'eau dans la face, ne pouvait partir dans sa routine habituelle et lancer son beau T-Shirt tout souillé et tout mouillé au public (Au passage, quiconque a vu Cena interpréter son embarras à ce moment reconnaîtra aisément qu'il peut parfois être bon acteur).

 

Le Tag-Team Match en lui-même était plutôt bon, même si je trouve que le story-telling a un peu trop insisté sur le fait que l'équipe Orton-Cena fonctionne très bien au détriment de la mise en valeur des rookies de seconde génération. Mais l'essentiel n'était pas dans le combat mais dans l'après-match, quand Barrett a interdit à Cena de se congratuler avec son partenaire. Le but de la manœuvre était évidemment de reprogrammer le logiciel du Marine, celui qui dit Hustle, Loyalty et Respect (en l'occurence, c'est ce tiers du cerveau que l'anglais voulait effacer). Suivra alors un beatdown bien musclé du champion dans le style paramilitaire et caractéristique des quatre membres du Nexus. Cena, impuissant, assistait à l'événement avant d'être invité dans le ring pour appliquer un Attitude Ajustment. Bien évidemment, son nouvel officier supérieur britannique ne lui laissera même pas l'opportunité d'expulser la rage contenue en lui-même dans la violence et se chargera d'appliquer son finisher à lui.

 

 

Et pendant ce temps, MVP gueule à propos de son depush …

 

Voilà donc pour conclure une review dans le désordre d'un épisode de RAW qui ne manquait pas d'être assez dispersé lui-non plus et mais qui n'en était pas moins plaisant et a permis de builder efficacement le Pay Per View à venir.

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