Catch

God save the Marine

Il résultait de ses observations que l'Allemagne est faite pour y voyager, l'Italie pour y séjourner, l'Angleterre pour y penser et la France pour y vivre.

Montesquieu

 

Commencer une review de Raw par une citation de Montesquieu parlant de l'Angleterre, peu d'indices sont plus concluants pour annoncer un Raw inhabituel, de quelque point de vue que l'on se place. Du coup, il nous fallait un esprit tortueux et sournois pour s'attaquer à la perfide Albion, et c'est l'inoxydable lecharentais qui tend son dos velu à vos piques sournoises. Hallali!

 

 

Les Anglais. Heels depuis 1066.

 

 

Nalyse de Raw du 8 novembre

 

 

Bon, parce que je suis perfectionniste, je vous signale que Jerry Lawler n'était pas là ce soir. Mais vous vous doutez bien que la première surprise du show n'est pas celle-là. En effet, la première image est singulière: Cena, debout au milieu du ring, en tant que représentant du Nexus, derrière un pupitre aux couleurs du groupe de loubards, ne pouvait qu'inspirer à l'angliciste distingué qui vous parle (c'est d'ailleurs pour cela qu'on m'a choisi) un "What the fuck?" tonitruant. Et il y avait de quoi watzefucker. Allait-on enfin assister à un rapprochement entre Cena et ses bourreaux? A un prémisse de ce heel-turn si attendu du Top Face de la Fédération? A Manchester, terre natale de Wade Barrett et havre du soir pour la baston généralisée, il semblait possible que cette hypothèse se vérifie. Audience attentive, donc objectif atteint.

 

 

J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale.

 

 

The Purple Marine, comme il faudra l'appeler dorénavant pour l'encourager à revoir rapidement ses goûts vestimentaires, entame donc sa prose. Flûte, il a un texte, enfin un parchemin, qu'on lui a donc écrit… Il s'en tient donc à annoncer l'entrée du leader du Nexus, enfant du pays et futur champion. Au temps pour mon enthousiasme juvénile. Reste néanmoins que célébrer un titre par anticipation reste d'une part un énorme posage de quéquette, et d'autre part en général le meilleur moyen de passer pour un crétin dans trois semaines. Mais ce dernier point ne semble pas émouvoir Barrett, qui entre sur le ring tout sourire, satisfait tant par cet éloge que par son auteur.

 

Et que fait Barrett? Comme TOUTES les semaines? Un petit rappel de ce qu'il s'est passé la semaine dernière. Ainsi donc, Otunga va subir la vindicte du patron, le petit paltoquet sous-doué ayant eu l'audace indicible de tenter de s'en prendre, en douce, au boss. Il lui est donc rappelé la règle fondamentale: quand on s'attaque à un patron vachement plus gros et vachement plus balaise, qui connaît plus de prises que Spanish, on essaie au moins de ne pas se viander comme le premier mari de starlette venu. Eh oui, pour ceux qui auraient raté ce navrant épisode, Otunga a décidé de mener le Nexus à l'assaut de SD!, sa petite équipe s'étant pris pour la peine une dérouillée des grands soirs. Et forcément, le Barrett, il n'est pas disposé à le prendre avec le sourire, ceci d'autant plus que le public de Manchester arbore davantage de T-shirts Nexus que ce que l'on voit d'habitude, et paraît disposé, au moins en partie, à pousser le charismatique leader des Wasps de la WWE (jaune et noir, quoi).

 

Deuxième étape: punition pour Cena, qui d'après Barrett a fait perdre l'équipe Nexus à Raw la semaine dernière. Cena ne peut pas s'empêcher de faire le cow-boy, annonçant à qui veut l'entendre que quelle que soit l'issue du match de Survivor Series, ses petits camarades du Nexus vont moucher rouge. Barrett a donc la réaction qui s'impose: « Ben mon gars ce que tu feras après j'en sais rien, mais dans l'immédiat entraîne-toi donc un peu à lever mon bras et à m'annoncer comme le nouveau WWE Champion ». Il faut être un heel d'une solide arrogance, et pas un pingouin micro en main, pour sortir des vantardises pareilles et ne pas être ridicule. Or, Barrett sait mettre l'intensité nécessaire pour ne pas être ridicule, et si l'on additionne cela, son niveau in ring, et son rôle essentiel dans ce qui restera l'une des grandes storylines de la WWE, son avenir au sein de la Fédération est absolument garanti.

 

 

Ecoute, on est déjà sympas de pas faire de remarques pour tes boutons sur les bras, mais t'évites de la ramener, ok?

 

 

Bref, Cena s'apprête à faire une crise d'hémorroïdes de dépit, quand Orton fait son entrée… Gâcheur de plaisir! Un Orton très remonté, néanmoins, qui rappelle à l'Anglais que jusqu'à nouvel ordre, c'est lui le champion, que quel que soit l'arbitre il gagnera, et qu'il veillera à ce que Barrett ne soit jamais champion. Je crois avoir noté ensuite qu'il a uriné autour du ring à toutes fins utiles, mais je ne peux pas le prouver, les images ont disparu du site officiel.

 

 

Excuuuuuse me!

 

 

Grosse tension, cependant, sur le ring, vite interrompue et saccagée par le tintement d'un iPhone qui annonce un message du GM. Le GM est un homme courageux: il déclare que la fête anticipée de Barrett est annulée, que pour Survivor Series le Nexus sera banni du ringside, que le match ne se gagnera que par tombé ou soumission, donc pas par DQ semble-t-il. Formidable. Et ça change quoi? Si Cena aide Barrett, le match ne se finira donc pas par DQ, et Barrett aura toute latitude pour faire le tombé victorieux. Bien vu l'AGM. A moins, donc, que l'AGM ne roule pour le Nexus, ce qui est probable (ce fameux mentor qui préside à leurs destinées); il n'a en tout cas fait que compliquer la donne pour Orton, que personne ne voit de toutes façons perdre ce match clean.

 

Et comme l'AGM est un petit facétieux, il annonce un 10 men tag-team match, entre la team Orton et la Team Nexus, arbitré par Cena. Formidable! Encore une soirée avec Orton qui rôde dans les couloirs pour composer une équipe… A croire que les scénaristes ont eu un Halloween qui a duré, et que la moitié d'entre eux sont partis vomir leurs Tagadas…

 

 

Chat!

 

 

MATCH #1: Divas' Cup Match

 

Le premier match de la soirée est, joie, un match de Divas… Eve et les Twins contre Maryse, Alicia Fox et Tamina. Les deux équipes portaient des maillots de foot: les faces en Manchester United et les heels en Liverpool. Manque de pot, le populo mancunien conchie généralement United, ce qui a valu à nos facettes un accueil des plus boudeurs, à tout le moins.

 

Le match, pourtant pas spécialement mauvais, ne mérite pas qu'on s'y éternise: les Faces ont gagné, grâce à la récurrente tricherie des Bogdanov. Il va vraiment falloir trouver autre chose, ceci d'autant plus que le match n'a servi à rien (aucune storyline, aucune feud) à part nous offrir le plaisir de voir Tamina catcher, et de voir Eve tout court.

 

 

Et où qu'ils sont les ballons? (rire gras)

 

 

Petit passage en coulisse, pour voir Otunga se plaindre auprès de ses camarades. Faut-il y voir un signe d'un schisme si Barrett gagne le titre? Ses valets déçus de n'être que des pions vont-ils se rebeller, et Barrett ira-t-il chercher de l'aide auprès de Cena? Je le verrais bien arguer qu'il aurait aussi pu ne pas proposer à Cena de lui rendre sa liberté (pour ma part, je me demande toujours pourquoi il l'a fait, d'ailleurs). En tous cas, Barrett, qui a des oreilles partout, annonce à Otunga qu'il affrontera Cena ce soir.

 

Les obsèques auront lieu mercredi à 17h.

 

 

MATCH #2: Hart Dynasty vs Usos

 

DHS étant le fils du British Bulldog, son accueil a été assez chaleureux. Le match, en lui-même, n'a pas apporté grand chose. Les Usos ont gagné grâce aux dissensions de la Dynastie, mais le principe étant maintenant acquis, il serait bienvenu de passer à l'étape suivante…

 

 

Tyson. Tu me trompes.

 

 

En coulisses, Orton, en conversation avec un Matt Striker dont on se demande un peu ce qu'il fout là, se demande qui il va prendre. Le Miz est déjà dans la team, mais il en manque 3.

 

Deuxième segment en coulisses, avec un Otunga décidément séditieux qui annonce qu'il va montrer ce soir comment se comporte un chef en battant Cena. Mais, prudent, il demande à ses camarades assez circonspects de venir autour du ring ce soir…

 

 

MATCH #3: Goldust vs Ted DiBiase

 

Comme vous le savez peut-être, je suis assez fan de Goldust, et le voir livrer ce qui semble être un baroud d'honneur, outrancier et grotesque (au sens premier) du terme, a le don de me ravir. Et même si DiBiase n'est pas, à mon sens, un catcheur spécialement talentueux ou prometteur, leurs matchs sont souvent assez intéressants, signe de la bonne synergie des deux lutteurs. En toute logique, c'est un Goldust atteint par la trahison de son ex-future épouse, et qui porte d'ailleurs des larmes sur son maquillage, qui prend le match à son compte, et livre une prestation toute en vitesse et en technique. Mais DiBiase a de la ressource. Tout cela n'est que diversion: Maryse s'empare de la ceinture, mais est bientôt rejointe par Aksana qui vole la ceinture pour elle-même et s'enfuit, tandis que Goldust obtient le tombé. Linda MacMahon n'est pas élue, on peut durcir le propos et revenir aux fondamentaux à la WWE: ces salauds de l'Est sont des voleurs et des sournois.

 

 

Donne-moi cette World's Bitch Champion Belt immédiatement!

 

 

Bien sûr, cette storyline n'est pas d'une grande qualité. Mais par le talent de son acteur principal, et son côté glauque creusé et assumé, elle est, à mon sens, fort sympathique, et apporte une certaine nouveauté dans des scénarios qui ronronnent. Rien que pour cela, elle mérite un bon point, et devrait vous encourager à regarder NXT; ne me laissez pas tout seul, et je ne vous demande quand même pas de lire les reviews de TDS ce qui, là, serait franchement écœurant.

 

Sans transition, comme dirait l'autre:

 

 

MATCH #4: John Cena vs Otunga

 

La question n'est pas de savoir qui va gagner, mais combien de temps va durer le squash, entre le Purple Marine et le A-List. Réponse: 4 minutes. Cena a joué avec la nourriture pendant 4 minutes, dominées évidemment de la tête et des épaules, mais plusieurs éléments étaient astucieusement amenés: d'abord, Cena a demandé au Nexus, Barrett inclus, de quitter les abords du ring. Et Barrett a accepté, tout simplement parce qu'il voulait que Cena ait les coudées franches pour mettre une belle pâtée au prétentieux (non, Cena ne s'est pas frappé tout seul, mauvais esprits que vous êtes). Et du côté de Cena, c'était l'occasion de montrer un avant-goût de ce qu'il ferait au Nexus une fois libre (ou viré). Otunga, en grand chef courageux déterminé à faire ses preuves, a eu évidemment la réaction prévisible de tout individu normal: il a fui. Mais Cena n'a manifestement pas goûté le courage de son adversaire, et l'a ramené à coups de voiture dans le ring (regardez l'émission, ce n'est pas vraiment une vue de l'esprit). Bref, Otunga a fini par abandonner sur un STF.

 

 

Depuis le Taker, les obsèques ont toujours un air sérieux à la WWE.

 

 

Or, à cet instant, Barrett a encore un coup de Trafalgar en réserve: en trois shows, Otunga a perdu trois fois. Par conséquent, s'il ne bat pas Edge lors du prochain SD!, il sera viré. Très pertinent de sa part, ce qui renforce la bonne construction du personnage: pourquoi s'encombrer d'un catcheur nul, qui monte ses troupes contre lui, surtout depuis qu'il a recruté Harris et McGillicuthy qui, eux, pour le coup, sont excellents (à mon goût, en tous cas)?

 

Après tant de brutalité et de vice, il fallait un peu de légèreté, et qui mieux que Santino pour incarner cela à l'écran? Mais cerise sur le pudding, ce sont Santino et Kozlov qui se présentent, habillés tels de parfaits gentlemen de sa gracieuse majesté. Et si Santino en costume est déjà un grand moment, Kozlov, en plus de porter ledit costume avec classe, a apporté une vista comique indiscutable, dans un rôle de fouteur de merde, à un Tea Time improvisé. Oui, vous avez bien lu, les deux hommes ont pris le thé avec Sheamus, très à l'aise lui aussi, oscillant entre l'envie de déchirer Santino et la franche rigolade, pour un segment vraiment drôle que je vous recommande de découvrir sans délai. Citons en vrac les références culturelles de Santino (Austin Powers et Mr Bean), les raisons de la colère de Sheamus (Rayons Gamma ou solitude parce qu'il était roux?) et surtout, surtout, alors que Sheamus se demande pourquoi il déteste Santino qui, finalement, est plutôt drôle, Kozlov le lui rappelle: Santino l'a battu. La honte ultime devant la WWE. Le tout avec un flegme et un sourire de satyre à la sortie d'une école privée du plus bel effet, tandis que Santino semble regretter toutes les piques qu'il a laissées échapper au cours de ce thé.

 

 

Un peu de sucre roux dans votre thé? Ah merde…

 

 

Tout cela se conclut par du thé, donc, renversé sur Sheamus par mégarde, et l'AGM qui décide d'un match italo-irlandais dans la foulée.

Bien sûr, Santino va le perdre, l'AGM le forçant à revenir dans le ring sous peine de suspension, mais il va le perdre par DQ, suite à un coup bas extrêmement vicieux et forcément inattendu. Et, une nouvelle fois (la troisième en trois semaines, bravo), il sera sauvé par JoMo, dont je persiste à me demander ce qu'il fout là, et surtout pourquoi Kozlov, lui, n'a rien fait ce lundi pour protéger son camarade… La feud risque de ne pas mener bien loin, mais elle est plutôt distrayante, et force est d'admettre que Kozlov et Sheamus ont des qualités d'entertainers inattendues.

 

 

Avant.

 

 

Après.

 

 

Cena, en coulisses, regarde une vidéo de WM 27. Barrett lui demande comment il se sentirait s'il devait rater cet événement, en lui tendant une chemise d'arbitre. Et c'est un excellent point psychologique pour mettre en évidence le dilemme de Cena. Rappelons d'ailleurs que l'une des pistes concernant l'agression du Taker par le Nexus à BR est que cela devrait conduire à un affrontement entre le Deadman et un Cena inféodé au Nexus à WM 27, mais je m'égare encore.

 

 

MATCH #6: 10 men tag-team match

 

L'équipe Orton inclut finalement le patron, R-Truth, Bryan, Henry et The Miz. Si l'équipe ne brille pas par son originalité, il convient quand même de noter à quel point le roster est décimé, et remplacer Henry par Jackson ou Bryan par un autre aurait eu un fort relent de BR. La WWE a donc décidé d'apporter un brin de changement, qualitatif qui plus est dans le cas de Bryan (moins dans celui d'Henry, tant un Jackson une nouvelle fois absent ce soir est impressionnant). L'équipe du Nexus inclut évidemment tous ses membres hors Otunga.

 

Le Nexus l'a emporté, évidemment, à Manchester, mais la construction de cette victoire appelle quelques précisions. D'abord, les deux recrues ont brillé, ce qui était nécessaire pour les affirmer. Harris, en particulier, a livré une prestation de chien fou étonnante, ne se démontant même pas face à un Mark Henry. Sachant que les autres superstars ont fait un match plein, notamment le toujours impeccable Bryan, le mérite en est grand.

 

 

Pourquoi t'étais dans le concours de popu et pas moi? Toi aussi t'es qu'un rookie! Je vais te péter toutes les dents!

 

 

Barrett, quant à lui, en plus de porter le tombé final devant son public, a joué son rôle de leader froid, autoritaire et charismatique, ce qu'Otunga avait cherché à être vainement toute la soirée. Il en sort donc renforcé, indiscutable (ignorant même les provocations d'Orton, mais plus par calcul que par lâcheté, grande différence avec Otunga) et victorieux, mais pas clean comme il se doit.

 

Car la victoire est due à une trahison, celle du Miz, auteur de son finisher sur Orton dans le dos de Cena, avant que Barrett ne fasse donc le tombé. A première vue, il s'agit d'une querelle de coqs, entre deux lutteurs qui visent la suprématie sur Raw et la ceinture tous les deux. Mais je serais vraiment curieux de savoir si les créatifs vont apporter de la profondeur à cet enjeu, car pour l'heure je n'en vois pas réellement d'autres. En tous cas, cela met en exergue, une nouvelle fois, la principale force du Nexus: l'impossibilité, pour les egos forts qui lui font face, de cohabiter, ne serait-ce que l'espace d'un match.

 

 

Tas de fayots!

 

 

Au final, donc un Raw intéressant: bien construit, essentiellement autour du Nexus. Il a certes réservé quelques temps morts, comme le match des Divas, mais est-ce vraiment évitable lorsqu'il y a tant de temps entre deux PPV? Pour le reste, malgré quelques grosses ficelles, il faut bien avouer que les feuds étaient plaisantes, les matchs de qualité, et que quelques points psychologiques, en particulier, ont été évoqués avec un certain brio. Pas mal de catch, de bonnes avancées, une bonne dose d'humour, et des superstars manifestement en grande forme dans leurs registres respectifs, voilà un Raw de nature à proposer une bonne soirée aux amateurs, qui ne fera sans doute pas date, mais que l'on peut se risquer, sans trop d'audace, à vous recommander…

 

 

A la prochaine pour un nouvel épisode de Chapeau melon et bottes de catch!

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