Catch

Un smackdown stupéfiant

La drogue, c'est une catastrophe. Y'en a plus.

 

Patrick Timsit

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où j'ai décidé de ne plus m'emmerder à trouver une chute à ma catch-phrase introductive.

 

 

Ceci dit, il y a une échelle, un high-flyer, une table d'annonceurs espagnols, je crois que vous pouvez trouver une chute correcte tous seuls, non ?

 

 

Autant commencer tout de suite par un aveu : Smackdown est depuis longtemps mon show de la WWE préféré. Et ce n'est ni une question de qualité de l'émission, ni de taille ou de composition du roster, ni même de talent de l'équipe de bookers. Non, c'est tout simplement que le show bleu, c'est celui du vendredi soir et qu'il est donc le plus souvent synonyme pour moi du commencement d'un week-end bien mérité. C'est tout bête, absolument pas objectif mais important pour que chacun de vous puisse réellement comprendre l'indulgence dont je peux parfois faire preuve à cet égard.

 

Nalyse du Smackdown du 10 décembre 2010

 

 

Parce que le Smackdown de ce vendredi était assez spécial : du style ça passe ou ça casse. Soit, « Ouais, cool » soit au contraire « C'est pas possible, c'est du grand n'importe quoi, c'est un scandale ». Ceci dit et surtout écrit, on va voir que la WWE s'est chargée de faire un épisode aussi étrange à dessein et que finalement, elle s'en est pas trop mal tirée.

 

L'enjeu le plus attendu du show de ce soir, c'était la lutte pour le titre intercontinental, puisqu'il était prévu depuis la semaine dernière que Kofi Kingston affronte Dolph Ziggler. Smackdown a donc décidé de dérouler ce fil narratif dès le premier match du show en s'intéressant à Jack Swagger, écarté de la course au titre vendredi dernier. Le All American American faisait face à Kaval et tous les deux ont offert une fort jolie prestation, qui valait surtout pour l'impeccable numéro de selling de Kaval sur sa cheville gauche (On n'a pas vu aussi bon exercice de ce fondamental du catch depuis le mémorable match à Superstars entre Evan Bourne et Paul Burchill).

 

 

Vignette informative à destination du roster de la WWE : ce n'est pas parce que le match est terminé qu'il faut arrêter son selling.

Oui, Rey et John, c'est pour vous que je parle.

 

 

Certains me rétorqueront que Kaval n'avait pas de mérite particulier à « vendre » sa blessure puisque l'Internet bruisse de rumeurs à propos d'un vrai problème à son sujet. Je dirais que peu importe, au fond, qu'il soit capable de faire un match à cloche-pied alors qu'il est valide à 100 % ou, au contraire, à apte à continuer comme si d erien n'était alors qu'il est réellement blessé. L'essentiel est que l'histoire racontée dans le ring ait été bonne et là elle l'était. Le match a rempli son objectif, celui de faire de Kaval un type sérieux dans le ring tandis que Jack Swagger a continué à construire son image de gars on ne peut plus impressionnant tant par la puissance que la variété et la technicité de son moveset. Il a d'ailleurs ajouté à sa victoire un joli speech de heel qui s'estime lésé de sa chance au titre intercontinental pour couronner le tout.

 

Côté féminin, la WWE nous offert un joli petit match entre Natalya, championne en titre, et Layla. Les deux étaient évidemment accompagnées de leurs meilleures « amies/alliées » (Beth Phoenix & Michelle McCool), ce qui nous a permis d'avoir affaire à un match qui s'est conclu de manière assez propre et sans trop d'interventions extérieures. Layla semble constamment progresser, notamment dans son travail au sol. Si ça c'est pas la preuve que Fit Finlay a repris le boulot en tant qu'entraîneur des filles et est toujours aussi capable de détecter les forces et les faiblesses de chacune des divas pour leur trouver un moveset adapté, je n'y connais rien au catch. Mais il n'empêche : aussi bon qu'ait été le match, Layla contre Natalya, épisode 67, ça manque un peu de piment. Il va falloir que la title picture féminine se modifie un peu ou alors, on va tous finir par bailler en regardant des bons matchs à la WWE tandis que la TNA a, elle, le courage d'innover dans le domaine en offrant un match féminin en cage en Main-Event d'un show weekly, un truc qui n'arrivera jamais à Raw ou Smackdown.

 

 

En plus de proposer des vrais matchs féminins de plus de deux minutes, la TNA a aussi décidé d'installer uen spycam dans le vestiare des Knock-Outs.

 

 

Et puis est arrivé le match pour le titre IC entre Ziggler et Kingston : là aussi du solide entre le boytoy de la sensationnelle Vickie Guerrero (De plus en plus sensationnelle d'ailleurs Vickie) et le Gentil Ghana. Si le match n'avait rien d'exceptionnel par rapport à la déjà longue série d'affrontements entre les deux anciens détenteurs du titre, il tenait quand même autant la route que les trop nombreux épisodes auxquels on avait déjà eu droit il y a quelques mois. A propos du final (une intervention de Jack Swagger qui « vole » sa victoire à Kofi en le faisant gagner par disqualification), tout d'abord bravo à Dolph Ziggler qui réussit à merveille à se replacer dans le ring en roulant sur lui-même pour aider son adversaire à faire le tombé au meilleur endroit pour permettre une intervention du All American. C'est ce genre de détails et d'attention au déroulement du match qui font les grands champions. Ensuite, la WWE semble s'acheminer vers un plan à trois entre les derniers survivants de son upper-midcard et l'affiche est ma foi suffisamment alléchante pour qu'on évite de se poser la question fatidique de savoir qui pourra faire irruption dans la title picture une fois ces rivalités terminées.

 

Bon, ça c'était les choses incontestablement positives que nous a offert le show : il reste maintenant à parler des choses qui peuvent faire grincer des dents. Tout d'abord, ce match entre Hornswoggle et le Soaring Eagle de Jack Swagger qui restera dans les annales, forcément parce que c'est pas tous les jours qu'on voit un combat entre un nain et un oiseau en peluche (Mon dieu, si on m'avait dit un jour que j'aurais écrit ça, je ne l'aurais pas cru et pourtant, j'ai fait les concours à la con de deux saisons de NXT).

 

 

Humiliation suprême pour le Swagger Soaring Eagle : il est victime du finisher de son maître, un Ankle Lock.

 

 

Alors, oui, c'était stupide et certains d'entre vous considéreront ça comme une perte de temps. Mais, moi, je n'ai rien à y redire : c'était un segment d'entertainment assumé dès le départ, un bon comedy match qui ne s'est pas pris la tête et a fourni des références pour les plus jeunes (déverser des graines sur le rig pour faire diversion comme dans un cartoon) et pour les plus smarks (Le Soaring Eagle a décidé de « voler » son finisher au nouveau licencié qu'est MVP et nous a gratifié d'un magnifique Ball'In qui n'a bien évidemment pas réussi à trouver sa cible). Le match en lui même n'a pas excédé deux minutes, et franchement, c'était la durée idéale pour ce genre de segment.

 

Dans la même veine du comedy match, on a aussi eu droit à un match des nouveaux champions par équipe : Santino & Vladimir Kozlov contre une équipe constituée de Chavo Guerrero (en slip, c'est suffisamment rare pour être signalé) et de Drew McIntyre. Rien de bien neuf dans ce match, Santinov a fait son truc habituel, ça s'est terminé par un « cobra », les Heels ont failli à cause d'une mésentente tandis que l'équipe européenne a été on ne peut plus cohérente. Et pour passer sa colère, l'écossais a corrigé son partenaire mexicain une fois la cloche sonnée. La aussi, je n'ai pas grand chose à dire, si ce n'est que Drew a quand même sacrément dégringolé dans la hiérarchie depuis le début de l'année : il est passé du statut de « Chosen One » personnellement choisi par Vince McMahon à celui de partenaire de Chavito pour un match contre Santino Marella et Vladimir Kozlov, les deux types que la WWE avait choisi pour combler du temps d'antenne le jour où Abraham Washington était malade à la ECW … A ce rythme-là, dans un mois, il fait l'opener de Superstars contre JTG avant de devenir le jobber officiel de Trent Baretta.

 

 

Allégorie : Drew McIntyre contemplant son destin.

 

 

Ce vendredi étant définitivement placé sous le signe de la poilade (traduisez, les auteurs du show ayant reçu récemment une livraison de leur dealer), il y a eu aussi un Masterlock challenge entre Chris Masters et Dashing Cody Rhodes. Après un nain qui combat un poulet en peluche géant, une brute ukrainienne qui chante du Freddy Mercury, il était temps de passer aux choses sérieuses en offrant au spectateur un métrosexuel assumé coincé contre sa volonté dans la double-nelson d'un hercule de foire célèbre pour sa capacité à faire remuer ses tétons à volonté. (Ce paragraphe tout entier est la raison pour laquelle je ne dis ni à ma famille ni à mes amis que je regarde le catch et préfère lui faire croire que j'occupe le peu de temps libre que j'ai à mater des films porno pakistanais.)

 

 

Si quelqu'un a un argument sérieux pour expliquer à ma mère que ce n'est pas idiot de se passionner pour ça, je suis preneur.

 

 

Cody a entièrement porté ce segment avec le jeu exagéré de son personnage burlesque de Dashing Cody Rhodes. Et franchement, même si c'était extrêmement bien foutu, c'était too much à mon goût. Je pense que Cody Rhodes a bien mieux à offrir dans et autour du ring que ces numéros de cabotinage et que si ce gimmick lui permet d'être facilement over, elle risque de le pénaliser à long terme, l'enfermant dans un personnage un peu trop cartoonesque. C'est d'autant plus dommage qu'en plus de son potentiel, Cody a quand même une certaine connaissance du business et qu'il sait combien il est difficle de se détacher de ce genre de personnage (qu'il demande à l'obèse qui a passé sa vie dans un justaucorps à pois jaunes qui lui sert de père ou à son emperruqué de frère).

 

Et bien évidemment, pour compléter le tout, la WWE a continué sa storyline majeure entre Edge et Kane. Après une séquence où cette brute épaisse de champion, au bord des larmes, suppliait qu'on lui rende son paternel, on a eu droit à quelques segments backstage de courses poursuites ridicules qui incluaient Paul Bearer ligoté à un fauteuil roulant et un mannequin ligoté à un autre fauteuil. Avec ça, comment voulez-vous que la WWE nous fasse croire qu'elle va en Afghanistan pour visiter les troupes US alors qu'on a tous compris que la fédération de Stanford utilise cette occasion pour couvrir un important trafic d'opium.

 

 

Et je t'assure que l'afghan, c'est de la bombe, man …

 

 

Le point culminant de cette storyline abracadabrantesque à base de Bip-Bip, de Coyote et de Oh My God They Killed Paul Bearer se concluera par un drôle de tag-team match : Edge et Mysterio contre Alberto Del Rio & Kane. Un match qui n'aura jamais vraiment lieu d'ailleurs puisque Kane , toujours en quête de son père, optera pour la défection, laissant Del Rio dans un handicap match. Ce même match se transformera d'ailleurs en un combat ordinaire avec Rey Rey quand Edge ira jouer une facétie finale à Kane. Et La Essencia de Excellencia sera dominée durant tout le combat avant de succomber à un 619. Le match en lui-même ne valait pas grand chose, un peu bâclé et fort peu aidé par l'impératif d'avoir un heel qui n'a pas beaucoup d'intiative.

 

 

Sûr, ça décoiffe, ton machin, là …

 

 

Mais le show se concluera par une sorte de pirouette finale où Kane, une nouvelle fois, se retrouve face à un fauteuil, haut perché sur des échelles placées dans une configuration qui rappelle celle qui a permis à Edge de gagner son titre lors du Premier TLC tenu à Wrestlemania. Le big Red Monster, rageant de se trouver devant une énième poupée de chiffon montée sur roulettes, s'énerve et balance le tout un étage plus bas. Manque de pot (belge forcément, ce show est sous le signe du stupéfiant) : cette fois-ci, c'était le vrai Paul Bearer qui est donc tué (pour de vrai et la deuxième fois in kayfabe).

 

Et le show se termine donc ainsi : sur un homicide involontaire en forme de parricide. Si on prend cette conclusion de manière brute et concrète, c'est assez lourd émotionnel comme bilan du show, surtout que c'est quand même un divertissement famillial, et ça explique évidemment l'abondance de segments de comédie précédemment. Et si on ne comprend pas cette volonté de dédramatiser, on ne pourra trouver dans ce show qu'une abondance de grands délires alors que la réelle volonté de la WWE était de se débarrasser du personnage de Paul Bearer qui devenait probablement aussi inutile au déroulement scénaristique que son interprète gourmand au plan financier.

 

 

Paul Bearer tentant de demander une augmentation à vince McMahon.

 

 

Cela conclut donc toute une séquence où la WWE a usé et abusé de ressorts narratifs improbables : de l'agression de l'Undertaker à la mort de son père, on est passé du fantastique peu crédible au grand-guignolesque. Et, je ne sais pas vous, mais moi, si ce show m'a permis de passer un bon moment, j'ai quand même l'impression que toute cette storyline Kane-Undertaker a fini exactement comme Paul Bearer : dans un grand et retentissant crash vers le sol.

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