Catch

Kidz vs Attitude: faites vos jeux!

Nous entrons dans une ère de progrès qui se poursuivra, sans cesse plus vaste, sans cesse plus confiante, à tout jamais.

Herbert George Wells.


L'éternelle question de la comparaison revient inévitablement au devant de la scène en toute occasion, spécialement dès qu'il s'agit d'évaluations au niveau sportif. C'est d'autant plus vrai pour nous fans de catch, pour lesquels l'Attitude Era correspond à une période dorée du sport spectacle, et qui se présente dans de nombreux discours comme un must absolu. L'époque actuelle, que nous baptiserons Kidz Era (ou PG Era) soulève elle aussi de nombreux débats, et c'est régulièrement que l'on voit fleurir des discussions pour savoir quelle ère est la "meilleure". C'est une de ces discussions qui a donné à Obscurisis l'envie de présenter sa période de cœur, et il a choisi Silvernights pour lui donner la réplique, histoire de vous permettre de vous faire un avis également.

 

 


Ceci dit on sait déjà comment ça va se finir: en réconciliations autour d'une bonne bière!

 


Débat Attitude Era vs Kidz Era

 


Les différences entre l'Attitude Era et la PG Era (pour l'appeler cordialement) sont nombreuses et flagrantes pour qui a au moins vu un match de chaque époque. Si ce n'est pas le cas je vous conseille de le faire avant de lire ceci pour avoir une idée plus correcte de ce qu'est réellement chaque période et vous forger votre propre opinion. Pour l'ère la plus ancienne, on peut par exemple citer les classiques Rock contre Austin de WrestleMania XV ou XVII, ou encore le Triple H contre Mick Foley (pour voir un vrai Hell in a Cell) de No Way Out 2000. Pour la PG Era, je ne peux que trop vous conseiller de regarder l'excellentissime (sans ironie) Undertaker contre Shawn Michaels de WrestleMania XXVI (ca tombe bien c'est la même stipulation que le Rock-Austin de WM XVII, vous pourrez comparer) ou bien le duel opposant Sheamus et Randy Orton à Hell in a Cell 2010.

 

 


Pour éliminer Steve, tapez 1 sur votre téléphone, pour éliminer John, tapez 2. 0,35€ par SMS.

 


Mais faisons d'abord un petit rappel historique. L'Attitude Era a commencé en 1998 avec le premier règne de champion WWF (non, pas les pandas) d'Austin. A cette époque, la WWE voulait se débarrasser de son concurrent le plus tenace, à savoir la WCW qui lui avait rachetées toute ses ex-superstars. Je vous passe les détails et vous conseille de vous reporter à l'article Wikipedia concernant les Monday Night Wars entre la WWE et la WCW si vous voulez en savoir plus, mais cette guerre a entrainé une période d'innovation et de créativité sans précédents. Ainsi pour contrer la WCW, la WWF a décidé d'instaurer plus de violence et de maturité dans ses programmes pour attirer un public nouveau: elle a donc lancé l'Attitude Era.

 

 


Nouveau logo, nouvelle attitude.

 


La PG Era quant à elle, a officiellement commencé avec le classement PG (Parental Guidance, en clair les parents sont incités à regarder avec leurs enfants) de tout les programmes de la WWE à l'été 2008. Pour ma part je trouve les premiers combats de cette époque vraiment bons, mais une dégradation inexplicable s'est produite ensuite, sur laquelle je reviendrai. Il faut être honnête et préciser que l'Attitude Era a aussi eu des ratés importants (l'épisode Katie Vick que j'ai découvert il y a peu) et que tout n'est pas à encenser. D'un autre coté, mon sentiment global est qu'avoir commis quelques erreurs «graves» en quatre ans est moins regrettable que la dégradation progressive et très marquée de la WWE depuis mi 2009.

 

 


Comment ça une erreur grave?!?

 


La question éternelle qui revient donc souvent sur le tapis est de savoir quelle période la WWE est la «meilleure». Le problème ici est que cela se réfère plus à un jugement subjectif en fonction de sa préférence pour les bains de sangs ou les beaux combats savamment orchestrés, les histoire de trahison et de complots ou la psychologie de Cena (oups je l'ai dit). Bref il est très difficile de juger objectivement un débat qui par nature ne peut pas l'être. Cependant il existe des critères que l'on pourrait qualifier de quantifiables tels que le nombre de vente de pay per views ou bien l'ouverture sur l'étranger. Ces critères donnent des point de vus externes qui peuvent être utiles pour comprendre la mentalité de telle ou telle époque, mais encore une fois cela n'est pas suffisant.


Donc, même si cela risque de déplaire à bon nombre de personnes, il va falloir être subjectif. Oui, il va falloir taper sur Cena ou les autres machines à merchandising et encenser les Stone Cold, Rock ou HHH (ancienne version). Je vais donc me faire un plaisir de démoraliser tous les pro PG  (j'espère qu'il en restera moins à la fin de cet article qu'il n'y en avait qui l'ont commencé) en tapant sur le système avec conviction. Cependant, si j'étais le seul à émettre un avis, cela ne serait guère juste pour ceux qui aiment et veulent du catch PG. Il est donc indispensable d'avoir un avis contraire pour éviter de faire fuir tout les Cenafans du site et me retrouver avec des dizaines de menaces de mort (rédigées à la hâte par des enfants névrosés à la suite d'un accident de «homemade Attitude Adjustement»). Notre camarade Silvernights jouera donc le rôle de défenseur à corps et à cris de l'institution WWE dans sa période Kidz. Je rajouterai pour être tout à fait honnête que je ne suis le catch que depuis début 2009, et que je ne connais de l'Attitude Era que ce que j'en vois au travers des DVD et autres liens internet, mais je pense néanmoins pouvoir proposer un jugement avec assez de distance.

 

 


J'ai bien regardé tous les DVD impliquant des divas de l'époque aussi…

 


Les règles sont plutôt simples: des thèmes que l'on peut retrouver dans les deux époques que j'ai citées vont être abordés et libre à vous d'évaluer la période que vous considèrerez comme la plus profitable à notre cher sport spectacle. Bien évidemment rien de tout cela ne peut être impartial et c'est donc à chacun de forger son opinion, en vous référant par exemples aux matchs cités précédemment. Ainsi nous aborderons d'abord la thématique des matchs, et après un passage concernant les acteurs et leurs gimmicks, nous nous intéresserons à ce qui amène à ces combats et qui me semblait aussi beaucoup plus développé à l'époque. Accrochez-vous, le débat risque de ressembler au Last Man Standing opposant HHH à HBK.

 



– Je vais te mettre la misère, Obscu!
– Dans tes rêves Silver, je vais te ruiner!
– On se calme et on rédige le papier, les garçons…

 


Qualité catchesque des combats :


Obscurisis: je vais donc commencer par aborder le sujet de la qualité des matchs en eux-mêmes. Pas les histoires qui sont autour et qui permettent de les justifier, mais bel et bien les combats. La première chose qui frappe lorsqu'on compare un affrontement de l'époque Attitude et de la PG: c'est la violence. Sans parler du sang, les combats étaient bel et bien plus violents. On gagnait en crédibilité par rapport à la mise en scène actuelle (bien que je trouve aussi très agréable de suivre des combats bien huilés et haletants) tant les catcheurs avaient l'air d'avoir la haine entre eux. Prenons un exemple: la rivalité qui a opposée Stone Cold à The Rock. Leurs combats dégageaient une animosité presque réelle. Cela tient peut-être en partie au caractère des deux grands, mais je pense que ca va au delà. Prenons également le finisher de Stone Cold. A lui seul il pourrait représenter toute cette époque: rapide, bourrin (la mâchoire qui éclate c'est pas mal dans le genre) et efficace. Pour en revenir à ces affrontements, on pourrait presque croire qu'il n'y avait pas de booking tellement on jurerait que ces deux la se foutaient vraiment sur la gueule avec toute leurs tripes. Les échanges de droites sont restés célèbres, là on comprenait vraiment ce que représentait le titre WWE (WWF à l'époque).

 


[video:http://www.youtube.com/watch?v=wkM8CV4IfZI]
Allégorie de l'Attitude Era.

 


Allégorie de la Kidz Era.

 


Maintenant, on a certes des combats plus élaborés, moins bourrins et plus élégants à regarder (j'adore voir Morrison combattre et je dois reconnaître que le booking des combats de High Flyers me laisse parfois rêveur) mais cela ressemble de moins en moins à du catch comme pourrait le décrire n'importe quel individu lambda. On assiste peut-être à un changement de style des combats qui s'oriente plus vers des affrontements presque caricaturaux. Je sais bien que le face en péril a toujours existé, mais de nos jours cela tourne vraiment parfois au ridicule. Par exemple, le Cena qui subit pendant tout le match une pluie torrentielle de coup à l'extérieur et qui revient à 9,9999999 sur le ring, avouez que comme suspens, on a fait mieux. Autre exemple: les finishers. On l'a déjà abordé mais franchement, qui peut oser affirmer sans rougir que le 619 (bien qu'artistiquement développé) à la force d'un Rock Bottom? Bon, prendre Mysterio et Cena relève de la caricature mais à notre époque je dois reconnaître que les finishers, à part ceux des Highs Flyers, font bien pâle figure comparés à leurs ancêtres.

 

 


Même sous un flot de reproche, John Cena sait rester digne.

 


Le principal reproche que l'on pourrait formuler tient au fait que souvent, dans les affrontements de l'Attitude, on assiste plus à un espèce de brawl sans limites qu'à un combat de catch. Il y en a surement qui trouveront ca gênant, mais moi je trouve que se battre dans le public, hors du ring ou avec des objets se rapproche justement plus de la conception que l'on peut avoir du catch que d'un autre sport de combat «classique». Alors bien sur certains crieront au scandale en disant que oui, John Cena a fait des falls count anywhere, oui ces types de matchs existent toujours à notre époque, mais je ne pense pas que l'on puisse décemment dire que ces matchs arrivent à la cheville de ce que l'on faisait à l'époque. Chaque match de l'Attitude (ou presque) était une occasion de vibrer pour sa superstar, maintenant les seuls qui peuvent remuer les foules comme à l'époque sont ceux bookés comme des invincibles guerriers qui ne peuvent pas se permettre de perdre un seul match clean, sinon les ventes de tee shirt se réduiraient, les kidz perdant l'image de superhéros de leur cœur.

 

 


Jaune Sina c le plus for il peu kaçé la rout!

 


Pour finir sur la qualité des combats en elle même, je pense que l'on peut rajouter une chose: l'Attitude Era a été la période la plus prolifique en matière d'inventions. On a le premier TLC lors de SummerSlam 2000, le premier Hell in a Cell (bon c'était en 1997, mais même sans le changement de logo, on était déjà à l'époque de l'Attitude), le First Blood Match (bien que je ne sois pas sur de la date de création) et si on dépasse un peu les limites de l'Attitude, on peut aussi inclure l'Elimination Chamber. On a donc une profusion de nouveaux concepts qui ont considérablement révolutionné la WWE pour un long moment. Les matchs en eux même étaient donc plus violents, matures et reflétaient une image de la WWE que l'on retrouve difficilement aujourd'hui.

 

 


… ou alors que l'on retrouve ailleurs.

 


Silvernights: sur les matchs pour le coup, et si je suis prêt à reconnaitre de nombreuses choses positives concernant l'Attitude Era, ça n'est certainement pas la qualité du catch. Pendant la majorité de cette période, on a eu des confrontations courtes, pour lesquels le spectacle avait lieu avant et après en majorité, et au contenu in-ring bien plus pauvre que par la suite (spécialement si l'on compare avec actuellement). Le travail technique effectué pendant les combats était basique, se limitant pour la plupart du temps à des moves simplistes et peu innovants (bodyslam et suplex simples) avec une durée de match excessivement courte. J'insiste sur ce point, car en weekly, le temps de catch était catastrophique comparé à actuellement, et même en PPV on était loin (juste un exemple: Wrestlemania 15 en 1999, voit seulement deux matchs durer plus de dix minutes, Kane battant Triple H en onze minutes, et le main event Austin-Rock qui dura seize minutes…). Ça changea un peu sur la fin, avec par exemple l'arrivée de Kurt Angle ou Chris Jericho dans la compagnie, mais de manière globale, les matchs étaient plutôt pauvres. Les gens qui reprochant par exemple à John Cena ou Randy Orton d'avoir toujours les mêmes moves ne se rendent pas compte qu'à l'époque, c'était bien pire.

 

 


J'ai cinq fois plus de moves que le Rock, man!

 


Inutile de dire que si l'on compare avec la Kidz Era qui voit de fantastiques midcarders nous régaler chaque mois dans de grands matchs d'un point de vue technique (Swagger, Punk, Bryan, Ziggler, Morrison, etc…) et avec souvent une quinzaine de minutes qui leur sont consacrées, il n'y a pas de comparaison possible. Les amoureux de technique in-ring étaient bien à plaindre à l'époque, malgré quelques catcheurs qui sortaient du lot. Ainsi Bret Hart au début de la période a tenu le rôle de référence technique (mais vu le contexte de l'époque, il était le borgne au sommet d'un monde d'aveugles) avant de partir. Son regretté cadet, Owen, était aussi très doué, mais isolé. Et Austin, très bon également, se contentait souvent de jouer une partition propre et pas forcément innovante. A l'opposé, un type comme le Rock, au delà de toutes ses qualités, était un piètre technicien: il suffit de voir son sharpshooter ou ses catastrophiques spinebusters pour s'en convaincre (et heureusement, son incroyable force était ailleurs!). La fin de l'ère a vu une transformation à ce niveau, avec des matchs plus techniques, et l'arrivée des Jericho, Angle, Eddie Guerrero ou Chris Benoit, mais ça ne saurait être l'arbre qui cache la forêt de cinq années pauvres techniquement. A la limite, on peut se féliciter que la fin de l'ère ait vu ce changement quand on est amateur de matchs très techniques et innovants in ring.

 

 


The best there was when realising back suplex made u a technical wrestler.

 


Je reconnais que l'ambiance était par contre extraordinaire, et que pour faire hurler le public, une série de coups de poing suffisait très souvent. La foule de l'époque, composée principalement d'adolescents et de jeunes adultes bouillants, y était pour beaucoup. Le catch représentait tout ce dont un adolescent peut rêver: il était irrévérencieux, peu respectueux, brisant toutes les limites et abordant tous les tabous. Les gens que l'on retrouvait dans les arènes étaient clairement là pour se lâcher complètement, pour "mettre le feu" comme on dit. Comparé à l'ère actuelle, plus familiale, c'est le jour et la nuit au niveau du "bruit". Dans cette ambiance survoltée, tout prenait des proportions plus énormes: les finishers étaient accueillis de manière absolument démentielle. Mais quand on regarde bien, ils étaient souvent quelconque: le stunner d'Austin n'est qu'un move intermédiaire, et on peut difficilement croire qu'on ne se relèvera pas d'une telle attaque. De plus il est bien moins spectaculaire qu'un RKO. Le Rock Bottom déclenche une explosion de la foule, mais comment lui trouver plus d'impact qu'un Chokeslam, ou même qu'un Attitude Adjustment. Dans l'AA, le catcheur par des épaules de Cena, bascule en prenant de la vitesse et s'écrase sur le dos. Dans un Rock Bottom, le catcheur est en position debout, est soulevé pour prendre de la vitesse et écrasé au sol. Pour moi c'est assez comparable, si ce n'est que la performance de Cena repose sur sa force, alors que celle du Rock repose sur le selling de son adversaire, qui prend l'impulsion lui permettant d'effectuer le mouvement. Bref, les finishers de l'Attitude Era sont quelconques, ils bénéficient juste d'une foule plus chaude.

 

 


Austin nous rappelle que dans la fédé concurrente, on gagnait même des matchs importants avec un seul doigt…

 


Pour finir, la violence des matchs est partiellement un leurre lié au sang. Là où cette violence est réelle, c'est qu'à l'époque la WWF a parfois osé des choses sur lesquelles elle est revenue depuis: par exemple les spots mémorables de Mankind-Taker dans le HiaC de 1998. Les chutes que fait Foley ce jour là sont tout à fait hors normes, et ont rarement été égalées dans l'histoire de la WWF/E en terme de violence et de risque. Le sang était banalisé avec des bladejobs ridicules dans de trop nombreux matchs, et ceux qui pensent que la violence n'existe plus ont dû zapper quelques scènes de ces dernières années, comme Cena se faisant torturer par Orton et ressortant de son "I quit match" avec des ecchymoses sur le ventre, Triple H entrant au domicile d'Orton et faisant passer ce dernier à travers une baie vitrée, ou Kofi passé la tête dans le grillage d'une Elimination Chamber et étranglé. Et ce ne sont que quelques exemples marquants parmi des dizaine d'autres. Au final si je reconnais que l'ambiance inégalable de l'Attitude Era avec des adolescents et jeunes adultes alcoolisés chauds comme la braise écrase celle de la période actuelle plus familiale, le contenu in ring de l'époque était très en dessous de celui qui a suivi depuis, en incluant l'ère actuelle.

 

 


Débat: un contenu "en dessous" peut-il être attractif?

 


Les Gimmicks:


Obscurisis: les gimmick sont le reflet d'une fédération. Pendant longtemps le super héros a été personnalisé par Hulk Hogan. Invincible, top face ultra populaire mais en définitive plutôt plat. A partir de l'Attitude et même légèrement avant (l'Undertaker par exemple ou bien les débuts de Mankind), on a vu surgir des gimmicks carrément révolutionnaires pour certains (le psychopathe pyromane Kane, le sadique et malade mental Mankind), ou à défaut franchement sympathiques à accepter (Stone Cold le rebelle, certes peu révolutionnaire mais tellement bien joué qu'il est resté dans les annales) pour d'autres. On aimait les suivre et regarder, il y avait un vrai intérêt dans les gimmicks! C'est là où le bât blesse à l'heure de la PG Era. Déjà une remarque simple: à l'heure actuelle, il n'existe presque plus de superstars de la WWE avec des «vrais» surnoms. Je m'explique. On a par exemple Dolph Ziggler dont le vrai nom n'est absolument pas Dolph ou Ziggler. C'est plus un pseudonyme dans le sens où il change son nom qu'un vrai surnom qui serait alors un seul mot.

 

 


– Dolph, nique ta mère!
– Non, Nick Nemeth…

 


A l'inverse, on a Kane, l'Undertaker et dans une moindre mesure Edge et le Big Show. Si vous m'avez suivi, vous constaterez qu'il n'y a donc maintenant que les vétérans ou quasi vétérans des rings qui portent encore des surnoms. Vous vous demandez surement quelle importance cela a pour notre affaire? Eh bien on peut avancer le fait que les superstars avec un surnom en un seul mot sont les seules à l'heure actuelle qui possèdent encore un gimmick original (bon à part le Big Show et de rares exceptions). Cela tend à montrer que le fait de changer son nom pour une superstar met ici juste en valeur que son gimmick ne sera tout au plus qu'une extension de sa personnalité et pas un personnage inventé de toute pièce (tout le monde sait que le vrai Mark Calloway ne possède pas de pouvoirs mystiques dans la vie civile, mais on aime croire que l'Undertaker, lui, en possède.

 

 


En même temps pour crucifier Austin, vaut mieux avoir quelques pouvoirs.

 


A l'opposé, regardons John Morrison. Son gimmick nous représente un beau gosse et…c'est tout. Mankind lui (en dehors de ses deux autres gimmicks) avait un vrai personnage inventé: un sadique, malade mental se cachant dans les chaudières, s'arrachant les cheveux, etc…). On peut se demander si c'est de la fainéantise des bookers ou juste un manque d'inspiration, mais l'exemple de Morrison est applicable à toute les superstars actuelles. Aucune ne dispose d'un gimmick original comme on en faisait à la pelle à l'époque de l'Attitude.


Silvernights: là encore, il y a une différence au niveau des gimmicks. L'Attitude Era nous proposait des personnages hauts en couleurs, mais assez caricaturaux. A contrario, la période actuelle est bien plus nuancée à mes yeux. Mais revenons sur l'ère mythique du tournant de millénaire. Rappelez-vous de Mankind et Mister socko: avec cette gimmick, Foley utilisait une chaussette pour étouffer son adversaire en la lui enfonçant dans la gorge, chaussette à qui il avait donné une "personnalité". Alors, certes, c'était très réussi, et je suis un grand fan de Foley. Mais franchement, imaginez un catcheur actuellement qui ferait la même chose, vous ne trouveriez pas ça ridicullissime? Val Venis (fantastique jeu de mot) avec sa gimmick de promoteur de pornos et sa themesong évocatrice était également symptomatique de la période, comme encore Mark Henry en Sexual chocolate (que nous retrouverons plus bas…). Les Pretty Mean Sisters (PMS…) avec leur esclave sexuel, c'était également calamiteux.

 

 


On retrouve ce brave Goldust avec une gimmick valorisante…

 


A part Chyna (et encore…), la majorité des Divas de l'époque avaient des gimmicks d'allumeuses (pour ne pas dire pire) et ceux qui regrettent l'image un peu potiche actuelle n'ont rien vu. Quand on se souvient qu'à l'époque, la femme dans le monde du catch avait pour seul rôle de faire déborder la testostérone des corps adolescents (je laisse votre imagination traduire cette expression en image): l'exemple de The Kat montrant ses seins en PPV suffit à résumer la chose. Je pourrais poursuivre avec des exemple marquants encore longtemps… L'Attitude n'avait aucun besoin de crédibilité, il s'y passait n'importe quoi avec des gimmicks servant seulement à justifier les besoin de l'époque (violence, sexe, alcool).

 

 


The Kat nous dévoile tout sur l'Attitude Era.

 


En face, la Kids Era propose par comparaison des gimmicks pleines de finesses. Au delà des têtes de gondoles (Cena top face, Orton top heel psychopathe pendant longtemps), on a des gimmicks mesurées et à forme humaine. Un Dolph Ziggler heel commence sa carrière par un flirt avec Maria, alors top face (et élue diva de l'année 2009 par le public…). Les gimmicks extravagantes existent encore (Taker, Goldust, Kane), mais elles sont intégrées dans une vision plus adulte. Les gimmicks voient déborder la réalité (internet oblige) pour donner quelque chose de plus crédible (MVP était un ex-taulard, chose exploité in gimmick par exemple). En bref, on avait pour l'Attitude bien plus de couleurs, mais aussi d'incohérences en terme de gimmick, et des choses avec une crédibilité nulle, alors qu'actuellement on perd en fantaisie, mais on gagne en crédibilité et en réalisme.

 

 


Ok il arrive aussi que Super Rey défonce des géants de 2m20…

 


Les storylines:


Obscurisis: les storylines sont à peu près sur la même longueur d'onde. A l'époque de l'Attitude Era on avait des histoires carrément sordides comme le coup du petit frère abandonné dans la maison en flamme qui revient se venger, ou plus généralement bien plus matures. Le coup de l'accident de voiture contre Stone Cold organisé par Rikishi, Triple H, The Rock, etc… nous en donne la preuve. Maintenant qu'a-t-on à se mettre sous la dent? Un John Cena torturé psychologiquement? Il y aurait de quoi aimer si on ne s'ennuyait pas ferme à cause du fait que Cena, quelles que soient ses storylines, finit TOUJOURS par péter la tête au méchant sur air de «My time is now».

 

 


Les types qui se prennent pour superman, je supporte pas…

 


Plus globalement, à part la récente storyline entre Edge et Kane où Edge kidnappe Paul Bearer, on tourne toujours autour du «je t'ai volé ta ceinture/frappé injustement/humilié à la cafet'» qui amène une vengeance. Où sont les combats pour l'honneur de Stone Cold et du Rock? Ou est le déchirement de l'amitié entre HBK et son presque frère HHH (bon on pousse jusqu'en 2002, mais même si l'Attitude a disparu, l'esprit perdure encore quelque peu) qui se règle dans des bains de sang et de larmes? A l'époque de l'Attitude, on avait de quoi se mettre sous la dent, il y'a eu certes des ratés mais globalement les storylines savaient enthousiasmer un public, la flamme était présente et la WWE s'en ressentait avec des histoires vraiment intéressantes à suivre, alors que maintenant la tentation de zapper n'est pas loin. Où est passée l'inspiration? A-t'elle été jetée dans les toilettes de la WWE au profit d'une rentabilité accentuée, quand on a vu combien de tee shirts de Cena ou de masques de Rey Mysterio se vendaient chaque jours?

 

 


Je t'arrête tout de suite, tu as oublié de mentionner les DVD de catcheurs, les bâtonnets lumineux de DX, le bonnet de…

 


Silvernights: finir sur les storylines me semble en effet la meilleure chose pour trancher entre Attitude et Kids eras. Et on est ici dans le prolongement parfait des gimmicks: on a des histoires colorées, débridées, faisant fi de toute logique et ne cherchant que l'impact. A cette époque les turns sont légions, et les trahisons tout autant. Pendant toute l'Attitude, on voit VKM soutenir et trahir tous les main eventers, et ce plusieurs fois. Chaque semaine voit des rebondissements imprévisibles et injustifiés arriver, le spectacle et l'inattendu prévaut sur toute logique. A noter également et c'est un fait important, que le faible développement d'Internet permet des choses incroyables à l'époque, spécialement avec les contrats des lutteurs. Les rebondissement surprennent vraiment. Pas le temps de s'ennuyer dans cette période, c'est tout le contraire. Tout est dans la shock value, l'immédiat, l'instantané. Sur la durée, les feuds sont peu construites et se limitent souvent à "on se met sur la gueule parce qu'on s'est trahi avant", sans réelle construction.


Mais cette période est surtout la période de tous les excès, et du summum du mauvais gout. Quelques exemples, et comment ne pas commencer par la légendaire histoire de Katie Vick (j'en ai des frissons rien que d'y penser): pour mémoire, Triple H déguisé en Kane simulait un viol de cadavre dans le cadre d'une storyline où Kane était accusé de la même chose. Je vous laisse imaginer les images, qu'on trouve facilement d'ailleurs… Et que dire du segment de l'accouchement: Mae Young qui sortait avec Mark Henry en gimmick de sexy chocolate, et qui tombait enceinte, pour accoucher… d'une main (dans une scène calamiteuse incluant plusieurs vomissements). Il y avait également pas mal de storylines sympa à suivre, mais avec peu souvent de la suite dans les idées. Le Ministry of Darkness par exemple était interrompu car de vraiment trop mauvais goût, et on peut quand même se poser des question quand on voit une scène de mariage forcé lors d'une messe macabre organisée par le Taker pour "s'approprier" Steph McMahon.

 

 


Amenez-moi les tisons brulants, que je viole cet homme qui se prend pour le sauveur. Contrairement à l'autre il ne reviendra pas du tombeau, ha ha!

 


Obscurisis: certes quelques storylines de l'époque Attitude laissent à désirer mais cependant je ne suis pas d'accord sur le fait qu'elles soient moins développées. On a en effet beaucoup plus de revirements impromptus et on navigue de surprise en surprise en se demandant qui va trahir qui au prochain show… Mais on reste quand même dans une continuité globale. L'histoire de Mankind et de l'Undertaker a quand même duré de 1996 à 1998 et celle de The Rock et Austin, bien qu'entrecoupée, a fait les main event de Wrestlemania XV, XVII et XIX! On peut difficilement dire que l'Attitude manque de continuité même si avec tout les turns les histoires deviennent plus complexe. Au moins il n'y a aucun risque de s'endormir devant sa télé pendant un speech interminable au bout duquel on n'apprend quasiment rien de plus que ce qu'il y avait au départ, à part que X ou Y est encore plus énervé.

 

 


Toi, heel lambda, je n'abandonnerai jamais, la Cenation est avec moi, et tu ne peux pas me voir, ha ha ha!

 


Silvernights: je rebondis là dessus. A contrario, les storylines de la Kidz Era sont moins fantastiques, mais on évite les gouffres atteints précédemment (franchement Chavo déguisé en vache contre Hornswoggle ou Edge jouant au Bip Bip avec Kane le Coyote, c'est ridicule, mais doucement gentillet quand on compare à Katie Vick ou l'accouchement de la main). Certaines storylines s'étendent sur des mois, voire des années, et les confrontations sont bien plus créatives (même si c'est dans un cadre plus restreint). Les revirements sont largement plus justifiés et travaillés, et beaucoup plus rares, et prenant donc une importance clé. La plupart des rivalités s'expliquent par la jalousie et l'ambition, mais la chose est souvent amenée d'une manière relativement crédible. Avoir un champion dominant à la Cena attaqué par un heel ambitieux et prêt à tout (à la Orton heel ou à la Sheamus), c'est convenu, mais logique, et souvent largement travaillé sur des petits détails sympas. Naturellement, aux CdC nous faisons remarquer que la WWE pourrait faire bien mieux, avec des petits segments justificatifs dont elle fait parfois l'économie, mais c'est du perfectionnisme. De même il y a parfois des moments où il est nécessaire de suspendre son incrédulité, mais après tout, on regarde un loisir imaginaire. Et globalement, il faut lui reconnaitre une belle cohérence et un sacré travail de logique.

 

 


La WWE est moins barrée que la WWF, même si elle rend moins dingue aussi.

 


Ma conclusion sera que si je compare les deux périodes, l'Attitude nous proposait un geyser de créativité incontrôlée et complètement chaotique, nous servant le pire autant que des moments d'anthologie (même si ils étaient souvent bizarres et provocateurs). Ce faisant, elle touchait sa cible adolescente en plein cœur: proposant un produit anti-conformiste et provocateur, n'ayant aucune limite et étant irrévérencieux à l'extrême, la période rebelle de la vie était totalement subjuguée par le produit. L'époque actuelle est plus sobre, et bien plus travaillée, car elle vise à satisfaire un public adulte autant qu'enfant, ainsi qu'adolescent. La parallèle est évident avec les dessins animés actuels très complexes, visant autant les enfants par des images colorées et des histoires amusantes, que les adultes par des références subtiles et des clins d'œils ouvragés; en opposition avec certaines séries adolescentes trop complexes pour les enfants et souvent trop caricaturales et peu intéressantes pour les adultes. Dire que l'Attitude était un produit adulte est un non-sens complet, c'est la Kidz Era qui est le produit adulte car tous publiques, alors que l'Attitude est un produit typiquement adolescent. Je reste persuadé que le produit labellé Kids est bien plus compliqué à réaliser que celui taggé Attitude.

 

 


Pour booker un show Attitude, on avait juste besoin de dix litres de bière par booker, et il y avait toujours un gars sympa pour les amener.

 


Obscurisis: après ces considérations personnelles il semble bon de terminer sur des critères que tout le monde peut apprécier à leurs juste valeur. Prenons par exemple les ratings (pour les non anglophones, le taux de visionnage des émissions). Pour RAW, sur la période de début 1999 à fin 2000, on a un rating moyen de 5.89, tandis que pour la période de début 2008 à fin 2009, on a un rating moyen de 3.42. Bon ces chiffres balancés comme ça au hasard ne veulent pas dire grand chose sans une petite explication de texte. Avec le boom de l'internet, on assiste à une quantité important de téléchargement des shows (totalement impossible à mesurer) et donc à une diminution du nombre de gens qui vont le regarder à la TV. Sauf que la politique de classement PG de la WWE a justement eu pour but d'amener de nouveaux téléspectateurs comme les enfants entre huit et douze ans et leurs parents. Soyons honnête, la majorité des téléchargement est effectuée par des adolescents ou jeunes adultes. Donc normalement en suivant cette logique on devrait se retrouver avec des ratings supérieurs, le gain du nombre d'enfants et de parents regardant à la télévision étant censé dépasser le nombre de personnes "perdues" et téléchargeant les shows. Pourtant non. En effet, avec la dévalorisation (absence de sang, édulcoration des combats, etc..) on assiste au départ massif des gens qui ont connu l'Attitude Era et la période entre 2002 et 2008, moins sanglante, barbare ou provocatrice que l'attitude mais qui restait néanmoins dans le ton. A part les irréductibles de la WWE, on peut se demander si on n'a pas assisté à plus de départs de fans que d'arrivés.

 

 


Pendant l'Attitude, les seuls fans qui partaient le faisaient les pieds devant…

 


Il faut également signaler que entre 1999 et 2009, le nombre de téléviseurs a bien évidemment augmenté ce qui a permis à d'autres gens d'avoir accès à la télévision. Les ratings sont, il me semble, établis en fonction de tous les programmes étant diffusés en même temps et du nombre de postes connectés, donc la quantité plus élevée de téléviseurs couplée à un nombre de chaines plus important entraine une modification de la significations des ratings. Cependant il est incontestable que l'Attitude Era a drainé un public massif devant leur télévision. Je n'ai malheureusement pas pu trouver de chiffres fiables et exhaustifs concernant les ventes de PPV ni l'évolution du chiffre d'affaire de la WWE.


En conclusion, on peut dans tous les cas dire que l'Attitude Era fut une période faste pour la WWE et le catch en général. Elle a correspondu à une forte période d'innovations, et la seconde révolution du catch après le passage à la forme télévisée du divertissement. Et la PG era actuelle est elle même une évolution liée à celle de la société, pour rester dans l'ère du temps. Certains sont nostalgiques d'un passé enthousiasmant et où tout était permis, d'autres satisfait du présent plus cohérent et mieux maitrisé, chacun se fera un avis propre. J'espère néanmoins que vous y voyez plus clair dans cette opposition de style après ce papier qu'avant, et que vous aurez apprécié de vous plonger dans ce débat toujours d'actualité.

 

 


 


Pour le coup, nous on est parti picoler…

48 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut