Catch

Luchadors ? J’adore …

Et après tout, qu'est-ce qu'un mensonge ? La vérité sous le masque …

 

Lord Byron, Le pélerinage du chevalier Harold

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où cette semaine on va causer de relations internationales, d'interculturalité et oeuvrer pour la paix entre les peuples. Ouais, rien que ça …

 

 

J'ai déjà remonté le moral de Dixie qui voulait tout arrêter et, la semaine prochaine, promis, je m'occupe de trouver un gouvernement à la Belgique …

 

 

Bon, alors, à moins que vous ne soyez tombés dans le coma depuis le début de la semaine, je pense que vous savez désormais qu'en France, c'est l'année du Mexique. Rapport à ce que cet évènement au départ simplement culturel est en train de se transformer en incident diplomatique pour des raisons liées à des procès pour appartenance à des cartels de la drogue – on jure à la rédaction des CDCs qu'on n'est pas impliqués – et au fait que notre Ministre des Affaires étrangères est occupée à d'autres choses.

 

Contribution modeste des CDCs à l'année du Mexique

 

Avant que tout soit annulé et que la France envoye son porte-avion à l'assaut des plages de Cancun – histoire de ressusciter la célèbre bataille de Puebla,  j'ai donc décidé d'oeuvrer pour la paix et au rapprochement entre les peuples en vous faisant découvrir un aspect de la culture populaire mexicaine. C'est d'autant plus important que le Mexique est le pays où le catch est une religion et que le masque est probablement la plus grande chose que ce pays ait apporté au noble art qui nous supend à nos écrans chaque semaine.

 

 

Ce type est obsédé par les bagnoles de luxe et le bling-bling en général, il est accompagné d'un gars au physique patibulaire.

La WWE s'est elle inspirée de Nicolas Sarkozy et Frédéric Lefebvre ?

 

 

Voici donc une sélection rapide et hétéroclite de dix grands catcheurs masqués qui ont marqués le business mondial, sans qu'ils soient forcément tous mexicains et sans non plus se forcer à rentrer dans le détail de leurs qualités in-ring ou faire un classement toujours sujet aux controverses. Et, pour une fois, on vous fait un vrai cadeau avec des illustrations sans légende façon images Panini que vous pourrez découper et coller dans votre album préféré – et, non, c'est pas du tout parce qu'on recycle un vieux truc qu'on avait préparé pour le France-Mexique qu'on avait fait il y a 8 mois pour la Coupe du Monde de foot – .

 

 

Numéro un : El Santo

 

A tout seigneur tout honneur, le premier catcheur de cette sélection est mexicain et c'est le plus grand catcheur masqué de toute l'histoire du mexique : El Enmascarado De Plata – l'homme au masque d'argent – El Santo.

 

C'est même probablement le plus grand catcheur de tous les temps dont le personnage est né le 26 juin 1942. El Santo, initialement membre d'une équipe qui regroupait deux autres catcheurs masqués (El Diablo et El Angel), est véritablement la superstar absolue, l'icône qui représente dans l'imaginaire de tous les mexicains la lutte professionnelle. L'enthousiasme qu'il a soulevé et la place qu'il a dans le cœur de tous les mexicains n'a que très peu d'équivalents. Il n'y a guère que la renommée qu'a eue Hulk Hogan dans le  coeur de l'Amérique des années 80 et celle de Rikidozan au Japon dans les années 60 qui lui soient comparables.

 

 

Il fut, en dehors de ses exploits dans le ring, héros de comics et de films d'action sur le grand écran. Entre deux trépidantes et kitchissimess aventures où il sauvait le monde contre de très sexy femmes vampires, il lui arrivait de catcher et la liste de ses adversaires/partenaires ressemble au Who's Who de la Lucha Libre. Fidèle à la tradition, il n'a jamais fait une apparition publique démasqué durant une carrière de 48 ans, ne perdant jamais son masque pourtant mis plus de trente fois dans la balance.

 

 

Le Good Guy ultime de la Lucha Libre est décédé en 1984, une dizaine de jours après avoir très brièvement dévoilé une infime partie de son visage dans un show télévisé mexicain. Il est probablement le seul catcheur à avoir laissé à la postérité des statues de son gimmick.

 

Numéro deux : Blue Demon

 

Blue Demon est le catcheur de la scène mexicaine qui a la trajectoire la plus proche de celle d'El Santo. Il fut souvent son meilleur ennemi, notamment lors de la feud qui les vit s'affronter pour le titre mexicain de la NWA dans les années 50.

 

 

Tout comme Santo, c'est le cinéma de Série Z qui fera de lui une star éternelle. Souvent embauché pour remplacer El Santo, dont les tarifs étaient parfois trop élevés, il fut lui aussi la vedette de nombreux films d'actions populaires d'un goût douteux et il partagea même l'affiche avec le lutteur au masque d'argent, étant alors réduit au rôle de side-kick, n'étant pour lui que ce que Robin est à Batman, ce qui était assez contraire aux relations compliquées que ces deux-là entretenaient dans le ring.

 

Numéro trois : Tiger Mask

 

C'est une étrange idée de choisir un catcheur masqué japonais pour succéder à deux des icônes absolues de la Lucha Libre. Mais l'histoire même du gimmick de Tiger Mask est tellement exceptionnelle que c'est finalement loin d'être idiot de le mettre si tôt dans la liste.

 

Le personnage du catcheur au masque de Tigre : Tiger Mask est né en 1968 dans un manga et son personnage de vilain repenti qui donne l'argent qu'il gagne dans le ring aux enfants d'un orphelinat va connaître un succès sufffisant pour entraîner une adaptation en dessin animé quelques années plus tard.

 

 

Le catcheur Tiger Mask, incarnant le personnage du manga ne verra le jour qu'en 1981. Et ce qui le distingue de tous ses confrères masqués, c'est que le gimmick appartient au studio de manga qui l'a créé. Au gré des contrats et des tractations financières liées aux contrats de licence, Tiger Mask aura donc plusieurs vies dans différentes fédérations et avec différents catcheurs sous le masque du Tigre. L'autre point essentiel à retenir à propos de Tiger Mask est l'excellence des gens qui se sont succédé dans son costume : Sayama Satoru, Misawa Mitsuharu, Kanemoto Koji & Yamakazi Yoshihiro.

 

J'ai écrit les noms à la japonaise avec le prénom en deuxième histoire de frimer un poil et cela désoriente probablement ceux qui ne s'y connaissent qu'un peu dans le domaine déjà peu facile d'accès du puro. Mais ne vous y trompez pas, il n'y a là que des pointures. Tiger Mask a à son palmarès deux matchs notés 5 étoiles par le Pro-Wrestling Observer dans deux incarnations différentes ce qui est exceptionnel et ceux qui l'ont incarné ont cumulé 26 fois cet honneur absolu (à titre indicatif, et même Si Dave Meltzer est connu pour être un mark du Puroresu, la WWE n'a réussi à décrocher cette note maximale que quatre fois dans son histoire).

 

Numéro quatre : Mascara Magica

 

On va continuer la liste avec un autre catcheur masqué atypique : la première incarnation de Mascara Magica. En effet, Mascara Magica n'a existé dans sa version initiale que 5 mois (de juin à novembre 1992 et à la CMLL, pour être exact, histoire que tous ceux qui ont écrit n'importe quoi à ce sujet corrigent leurs mauvaises pages web). Et pour la première fois de l'histoire de la Lucha Libre, le catcheur sous le masque a décidé à la fin d'un match de retirer volontairement son masque et donc de piétiner toutes les traditions du noble art mexicain – celles qui font de la mystique du masque un élément majeur du catch au Mexique – et du business puisqu'il vaut toujours mieux faire payer les gens pour voir un type se faire démasquer plutôt que de le faire sans publicité et sans supplément de prix (ce qui est con vu que le photographe officiel de la fédération aurait bien mérité de se faire payer une formation sous Photoshop …).

 

 

Heel Heat assurée, donc, pour le premier Mascara Magica mais cela a permis de donner à son successeur un gimmick particulier puisqu'il déjà perdu son masque lors d'un match en 2001, mais grâce à cet incident de huit ans plus vieux, il n'a eu aucun mal à trouver un prétexte pour continuer à catcher masqué de nos jours. Magique qu'on vous disait qu'il était Mascara Magica.

 

Numéro cinq : Black Tiger

 

Black Tiger est l'alter-ego démoniaque de Tiger Mask. Ce sale type en veut personnellement au héros et n'a qu'une envie : lui faire du mal et gagner plein d'argent dans un ring pour acheter des armes qui lui permettront de détruire tous les orphelinats du monde (ou un autre truc encore plus salaud du même tonneau).

 

Dans une feud de catch comme dans toutes les histoires de super-héros, il faut un sale type. Comme Santo dans ses films avait Blue Demon, Batman a son Robin. Et tout comme Batman et Robin ne sont que deux mecs chelous en costume bizarre sans le Joker, il faut à Tiger Mask un adversaire à sa mesure et c'est Black Tiger, son presque jumeau maléfique.

 

 

Extrêmement proche dans le costume, la nemesis de Tiger Mask obéit aux mêmes règles que l'homme tigre : plusieurs incarnations derrière le masque, en général d'excellents workers. Tout pareil que Tiger Mask, sauf qu'il est heel et que celui qui l'incarne n'est pas vraiment Made in Japan. Le premier Tiger Mask était Anglais, le second né aux Etats-Unis, le troisième au Mexique, le quatrième à Cuba (Rocky Romero dont vous pouvez trouver une longue interview dans le formidable Art Of Wrestling Podcast de Colt Cabana). Et si le dernier en date, le numéro 5 est japonais, il a suffisamment de sang coréen dans les veines pour qu'on puisse légitimement se demander si la tradition de Black Tiger n'a pas un petit coté raciste sur les bords ou même carrément au milieu.

 

Mais parlons-plus en détail de la seconde incarnation de Black Tiger, puisque vous la connaissez sous le nom d'Eddie Guerrero. C'est un paradoxe que Guerrero catche avec un masque puisque ce texan, pourtant d'origine mexicaine, n'est pas à proprement parler l'un des plus grands héritiers des traditions mexicaines de la Lucha en ce qui concerne le port du masque. Son père est une légende de la Lucha Libre, probablement le meilleur technicien de sa génération, mais il est né aux Etats-Unis. Et, même s'il a beaucoup travaillé au Mexique, notamment en tant que partenaire du légendaire El Santo dans la Pareja Atomica, il n'a jamais porté le masque. Ses frères, de la même manière ont effectué l'essentiel de leur carrière sans masque (sauf Hector, un seul soir, qui était, hélas pour lui, le Gobbledy Gooker) et lui-même n'a porté que quelques mois le masque au Mexique, sous le nom de Mascara Magica dans les circonstances que l'on sait.

 

Numéro six : Mil Mascaras

 

Mil Mascaras, l'homme aux mille masques, est l'un des luchadors qui ont réussi à faire basculer la Lucha Libre dans l'ère moderne. Son physique impressionnant de poids lourd lui a très vite permis de s'imposer sur la scène nationale dès les années 60. Mais c'est sur la scène internationale qu'il va acquérir sa renommée : un tel gabarit, allié à la tradition mexicaine acrobatique, a fait de lui la première star mexicaine à se faire un nom à l'étranger en tant que babyface.

 

L'étranger d'ailleurs continue à fasciner sa famille, une grande dynastie de catcheurs,  qui continue de briller dans les rings de par le monde puisque son neveu, Ex Dos Caras Jr, est connu à la WWE sous le nom d'Alberto Del Rio et file tout droit vers Wrestlemania.

 

 

 

Son truc pour se faire aimer du public, qui lui valut son surnom, a fait des émules puisqu'il avait pour habitude d'arriver avec deux masques sur le visage et de donner celui du dessus à un fan. Si le personnage est légendaire, il convient cependant de tempérer les enthousiasmes à son propos, Mil Mascaras était aussi réputé dans le milieu pour sa fâcheuse tendance à ne jamais vendre les coups de son adversaire. Il fallait donc réellement taper fort pour donner l'illusion au public qu'on lui faisait mal.

 

Numéro sept : Rey Mysterio Jr

 

Incontestablement, Rey Rey est le catcheur masqué en activité le plus connu de la planète. Depuis ses débuts à la WCW, il est l'homme qui a réussi à importer certaines des traditions de la Lucha Libre aux Etats-Unis et, par la grâce de la puissance des canaux de diffusion télévisés de ce pays, dans le monde. Inutile de s'éterniser sur un portrait ou le style de l'homme, vous le connaissez et le voyez régulièrement à l'écran, avec un masque bien qu'il ait été démasqué à la WCW…

 

 

Vous savez désormais que sa routine qui consiste à donner une cagoule faisant office de deuxième masque à un enfant du publmic est directement inspirée du gimmick de Mil Mascaras. Vous avez probablement remarqué qu'il essaye autant que possible d'assortir la couleur de son masque à celle de ses yeux, ce qui doit lui coûter soit-dit en passant une fortune en lentilles de couleur.

 

 

Mais est-ce que vous avez déjà remarqué que depuis quelques années le sur-masque de Mysterio est souvent composé d'une moitié du graphisme habituel de son masque et de l'autre côté d'une tête de mort ?

 

J'avoue que ce détail me turlupine. Est-ce que Mysterio fait à cette occasion un hommage à La Parka, le populaire luchador qui évolue dans le ring en empruntant son gimmick à la mort elle-même ? – D'ailleurs, il est assez amusant de noter que La Mort peut être à certains moments au Mexique un tecnico (ou un babyface si vous préférez) – … Est-ce que Mysterio fait là une allusion à certains de ses amis morts autour du ring (Eddie Guerrero, Chris Benoît) ? Ou est-ce que ce message est placé là pour signifier que Mysterio n'envisage pas d'enlever le masque, signifiant ainsi que sans masque Rey Mysterio n'existe pas ?

 

Numéro huit : The Great Sasuke

 

The Great Sasuke est un autre exemple de catcheur masqué japonais qui semble intéressant à étudier. D'abord, parce que Sasuke a créé son propre gimmick en s'inspirant des luchadors mexicains pour l'amener au Pays du Soleil Levant. Ensuite, parce qu'il a lui aussi réussi à obtenir par deux fois le Graal des cinq étoiles décernées par Dave Meltzer (D'ailleurs, si vous en avez l'occasion, je vous recommande de voir le Wild Pegasus vs Great Sasuke de la Super J Cup 1994 et même tant que vous y êtes tout le tournoi tenu en PPV vous ne regretterez pas le coup d'oeil).

 

 

Mais, on peut aussi noter que Sasuke, intéressé par la politique, s'est fait élire au parlement régional de son lieu d'habitation, ce qui a fait de lui l'unique catcheur masqué à siéger dans un parlement. Vous imaginez, vous, Un type avec un masque de catch à l'Assemblée Nationale au milieu de  nos Benoît Hamon et autres Jean-François Copé ?

 

Numéro neuf : Doctor Wagner

 

La première chose à dire à propos du Docteur Wagner, c'est que sa carrière fut terminée trop tôt à cause d'un tragique accident de voiture qui lui ôtera l'usage de ses jambes. Le bon docteur, aussi populaire que talentueux mais bien loin du niveau de popularité d'un El Santo, a eu deux fils qui ont chacun réussi à se faire individuellement une place dans le monde de la lutte, ce qui est suffisamment rare pour être souligné.

 

 

L'un des deux reprendra le business familial et le masque pour devenir le Doctor Wagner Jr. L'autre évoluera sous le nom de Silver King (sauf une fois une il a remplacé son frangin malade) et fera aussi une jolie carrière au Mexique et quelques apparitions à la WCW. Mais c'est surtout au Japon que Silver King accèdera à la gloire puisqu'il endossera le personnage de Black Tiger dans sa troisième incarnation.

 

 

Les deux frangins étant maintenant assez âgés, ils se préparent à passer le flambeau à leurs propres fils. Quand El Hijo de Doctor Wagner Jr et Silver King Jr auront tous deux fait leurs débuts, la famille du Doctor Wagner sera définitivement la plus grande dynastie de catcheurs masqués de tous les temps détrônant la légendaire famille Villano qui, elle aussi porte le masque depuis 3 générations (mais n'a jamais réussi à varier les gimmicks à ce point).

 

 

Numéro dix : Curry Man

 

J'avais envie de terminer cette liste avec un exemple de catcheur masqué qui souligne vraiment le vieil adage qui dit qu'au Mexique, le catch est une religion, au Japon, un sport et qu'aux States ce n'est qu'une blague. J'avais dans un premier temps choisi Doink the Clown qui en est l'illustration parfaite, il a en plus été incarné par de nombreux catcheurs : d'Eugene au Brooklyn Brawler en passant par un Chris Jericho facétieux. Puis j'ai repensé au Shockmaster qui en se prenant les pieds dans le tapis d'un gimmick complètement pourri a réussi à accomplir le plus ridicule moment de toute l'histoire de la lutte professionnelle.

 

 

Mais, j'ai finalement choisi Curry Man, le catcheur masqué de pacotille que Christopher Daniels a incarné sur de nombreuses scènes indépendantes aux USA comme au Japon. Parce que Curry Man est un personnage parodique et peut-être le meilleur hommage qui soit à tous ces catcheurs très doués qui se sont donné à fond pour le business avec un gimmick masqué qui semblait voué à l'échec dès le départ. Que ce soit Hector Guerrero en Gobbledy Gooker, Steve Lombardi en Abe « Knuckleball » Schwarz, Nick Dinsmore en Doink The Clown, John Tenta en Golga, Fred Ottman en Shockmaster, Konnan en Max Moon, le Smash des Demolition en RepoMan ou Kamala. Tous ces types qui assuraient dans le ring et auraient mérité tellement mieux dans le business que tout ces personnages ridicules.

 

Post-scriptum : Si vous voulez plus d'informations sur la lucha, il y a deux beaux livres que vous pouvez assez facilement trouver en France : Los Tigres Del Ring de Jimmy Pantera (qui est le seul livre indispensable sur la Lucha en langue française) et le Mondo Lucha A Go-Go de Dan Madigan, préfacé par Kurt Angle.

 

Mais si vraiment, vous cherchez des très beaux livres, je vous conseillerais ceux des photographies de catcheurs par Lourdes Grobet, une photographe qui a consacré une partie de sa carrière à prendre en photos des luchadors masqués en dehors des rings, notamment en famille.

22 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut