Catch

Préliminaires baclés

Bach est un astronome qui découvre les plus merveilleuses étoiles.

Beethoven se mesure à l'univers.

Moi, je ne cherche qu'à exprimer l'âme et le coeur de l'Homme.

 

Frédéric Chopin

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où cet épisode de RAW a créé tellement de controverses au sein de notre rédaction que cet article est écrit à quatre mains et que j'ai, exceptionnellement, autorisé Silvernights à ajouter ici ou là, au fil de mon article ses propres paragraphes. Ainsi, il pourra expliquer pourquoi il a adoré ce que moi j'ai détesté dans cette épisode post-Elimination Chamber.

 

 

– Quarante-Sept !

– Putain, Truth, t'es pas con à ce point quand même ?

 

 

Nalyse très controversée du RAW du 21 Février 2011

 

 

Le pire dans cet exercice périlleux, c'est que je vais, forcément, avoir le mauvais rôle : celui du rabat-joie qui va décortiquer ce qui s'est passé à l'antenne et pointer du doigt les lacunes énormes d'un show que, par ailleurs, une majorité d'entre vous a peut-être aimé. Pire encore, je vais même devoir commencer en ayant l'air d'être pompeux parce qu'il me faut rappeler brièvement quelques fondamentaux à propos de ce qu'est le catch.

 

Le catch, c'est assez simple en somme. Pour faire court et schématique, c'est l'affrontement du bien et du mal dans un ring. Le bien est représenté allégoriquement par un gros costaud à la tête sympa et le mal est lui personnifié par un autre malabar, tout aussi musculeux mais au physique patibulaire et avec une encore plus forte propension à porter un slip moulant en toutes circonstances que son adversaire. La foule hurle sa joie de voir l'un triompher et sa haine quand l'autre a le dessus. La recette est basique, primaire, mais elle fonctionne. Depuis toujours. Sous une forme (dans le house-show qui se passe près de chez vous dans un gymnase qui sent les pieds, dans les tribunes du stade de foot où vous soutenez votre équipe favorite) ou sous une autre (dans le petit théâtre de Guignol de notre enfance). Et pour tout dire, si on applique cette grille de lecture au RAW de lundi, il n'y a pas grand chose à lui reprocher.

 

 

Mais si on va par là, K2000 aussi c'était une série super-cool à l'époque.

 

 

Silver: je rajouterai pour ma part que la réussite d'un show de catch tient avant toutes choses aux émotions qu'il induit. Le retour du Rock, le segment de départ de Ric Flair, le match de légende avec un suspense haletant entre le Taker et HBK de Mania 26: nous regardons le catch pour ce genre de moments. Evidemment on ne peut pas avoir cela toutes les semaines, mais les surprises, l'ingéniosité du booking, les segments micro bien exécutés, les matchs enlevés, tout cela fait partie des facteurs qui peuvent amener du bonheur. Or autant un bon combat ou une belle promo mettent souvent les gens d'accord facilement, autant un booking surprise peut satisfaire ou décevoir selon la sensibilité, et cette semaine fut particulièrement intéressante à étudier de ce point de vue.

 

Autre point important concernant le show de ce soir, il s'agit peut être du RAW le plus important de l'année stratégiquement parlant de la WWE. En effet il est la première pierre réelle vers Wrestlemania qui produit l'essentiel des recettes annuelles de la WWE, les shows post PPV sont souvent très regardés et depuis un mois on parle d'un retour mystérieux qui aura lieu ce soir (la fameuse storyline 2.21.11), sans compter le retour du Rock qui a fait un buzz énorme. Ainsi ce RAW avait toutes les raisons d'être un des épisodes les plus regardés des dix derniers mois, et la WWE devait absolument réussir son coup!

 

 

[Spoiler] A Wrestlemania, dans son Chifoumi Triple Threat, The Rock jouera évidemment "Pierre".

 

 

Spanish: Sauf que RAW, ce n'est pas du catch, enfin pas uniquement … C'est « The longest episodic TV Show », la WWE le clamait d'ailleurs haut et fort lors du numéro 600 de Smackdown ce vendredi. Et tout ça introduit des contraintes qui permettent à la forme narrative simple qu'on a vu plus haut de s'intégrer dans un ensemble. En gros, un show doit s'insérer dans un ensemble plus grand et son récit s'intégrera sans trop de dégâts dans celui des précédents et des suivants. Il faut donc incorporer le show dans un flux continu et l'exercice est d'autant plus difficile qu'il est hors de question, vu la forme du divertissement sportif d'utiliser quelques unes des ficelles les plus utiles quand on rédige le scénario d'une série télé par exemple. Le flash-back ne peut-être utilisé qu'avec parcimonie. L'ellipse narrative est, sauf exception, à proscrire et le flash-forward est proprement impossible.

 

Si j'insiste autant sur le jeu des causes et conséquences scénaristiques qui doivent s'enchainer dans une machinerie bien huilée, c'est surtout parce que la WWE a en ligne de mire Wrestlemania, son plus important show de l'année et qu'en toute logique, la machine devrait être parfaitement huilée pour ce premier show hebdomadaire avant le Biggest PPV Of them All.

 

 

[Spoiler] A Wrestlemania, dans son Chifoumi Triple Threat, The Miz jouera lui aussi "Pierre".

 

 

Pour compliquer encore les choses, les scénaristes de la WWE doivent pouvoir s'adresser à plusieurs publics, pour résumer disons trois. Le premier, c'est nous, les lecteurs des Cahiers du Catch mais ce sont aussi ceux que beaucoup appellent avec dédain les marks. Ce public est constitué de gens qui suivent suffisamment les récits proposés, ont vu la majorité des épisodes des derniers mois, les connaissent et cherchent même à les anticiper en glanant ici ou là des indices pour le futur dans ce qui apparaît à l'antenne. Certains d'entre eux n'hésitent pas même à essayer de s'informer en s'abreuvant de rumeurs plus ou moins vraies, histoire de se pourrir la vie et de savourer les shows avec autant de plaisir qu'un individu qui lirait dans un ordre aléatoire tous les chapitres d'un bon roman policier.

 

Les seconds, moins attentifs, ont assisté à la majorité des épisodes mais ont d'autres choses à faire que de passer leur temps à trier entre les vraies et les fausses pistes et se laissent porter par le récit. A ceux là, il suffit d'apporter une narration claire et cohérente.

 

Puis vient la troisième catégorie, celles des futurs fans qui par l'odeur de la poudre pyrotechnique alléchés, commencent à suivre le show plus ou moins régulièrement. A ceux là, il ne faut pas tout expliquer, pas tout résumer mais il est quand même indispensable de leur fournir de vrais éléments importants pour qu'ils n'aient pas l'impression de trop monter dans le train en marche et ainsi les fidéliser.

Bon, une fois ce décor planté, on va pouvoir trier le bon et le moins bon dans ce RAW.

 

 

[Spoiler]A Wrestlemania, dans son Chifoumi Triple Threat, John Cena jouera "Papier". Vous avez donc le vainqueur.

 

 

Et histoire d'être bien d'accord entre nous, commençons par le meilleur dans cette optique : le match des divas. Impeccable dans son récit in-ring, puisqu'il a réussi dans un minimum de temps à mettre en valeur toutes les éléments de la storyline. Un léger flashback avant. Les jumelles sont impeccables dans leur rôle de méchantes, elles ont multiplié les agressions dans le dos de l'arbitre, se sont acharnées sur Gail, l'objet de leur jalousie suite au « mélodrame Daniel Bryan », la championne héroïque fera le hot-tag et un retour forcément gagnant jusqu'à ce que les méchantes remportent la mise en trichant, utilisant le bon vieux coup du «  Je remplace ma jumelle au pied levé fais comme si t'avais rien vu et profite, t'en en deux pour le prix d'une », celui-là même qui les as rendu si populaires chez tous les guests-hosts de RAW. Narrativement, rien à redire, ça marche avec tous les publics et techniquement, le match était plus qu'acceptable pour le temps imparti.

 

Continuons avec un premier exemple d'échec : Mark Henry contre Sheamus. Au niveau narratif, la storyline entre les deux est assez moyenne : une sombre histoire de rumeur colportée digne d'une cour d'école : « on m'a dit qu'il a dit que », elle fonctionne certes mais les fans exigeants et attentifs de la première partie du public sentent bien qu'elle a été préparée avec autant de soin que ces angles de rivalités qui commencent par un lutteur qui renverse du café par accident sur un second et qu'on est là dans un truc de second ordre, mais peu importe. Là, c'est surtout dans le récit in-ring que tout foire.

 

 

Ouais, surtout dans le récit in-ring mais pas uniquement. Il y a le costume aussi …

 

 

Sheamus semble avoir l'ascendant, il est en position idéale, dans le coin, pour porter sa big boot à un Henry qui va se relever (comme il l'a fait victorieusement la semaine précédente). Et qu'est-ce qu'il fait cet abruti d'irlandais, à votre avis ? Il se retourne, décide d'enlever la protection qui est dans son dos, sans vraie raison, comme ça, juste parce qu'il veut aider les types qui vont démonter le ring après le show, probablement. Et pendant ce temps, évidemment, il perd l'opportunité précieuse de mettre son adversaire KO. Henry charge dans le coin où l'acier est exposé, Sheamus esquive mais le Sexual Chocolate aussi et finalement c'est l'irlandais qui est pris à son propre piège dans une énième variation sur le thème de l'arroseur arrosé et ça lui coûte le match.

 

Toujous à la rubrique fiasco, notons l'arrivée d'Alberto Del Rio en voiture de sport italienne qui va être interrompue par une attaque par derrière de Kofi Kingston. Oui, vous avez bien lu : un heel (un méchant donc) qui se fait attaquer en traître, dans le dos, par un babyface. En terme de naration, ce n'est acceptable que si les circonstances du récit sont exceptionnelles (Un bon exemple à ce sujet, est La rivière sans retour d'Otto Preminger). Si Kofi avait été blessé durablement par Del Rio, si le mexicain avait fait une sex-tape avec la femme de Gentil Ghana et l'avait mise en ligne sur Internet, s'il l'avait dénoncé à la brigade des stups, en clair, si ça s'incorporait dans une rivalité intense, de celles qui se terminent dans un grudge match quelconque (first blood, last man standing, etc …), pourquoi pas. Mais, là, compte tenu des précédents épisodes, rien ne justifiait autant d'intensité dans la haine de la part de Kofi.

 

 

Quel tocard, ce Riley !

Même pas foutu de donner un Kleenex au Miz quand il en a besoin.

 

 

Dans le même registre des angles mal joués, qui vont trop loin, je ne peux m'empêcher d'être très songeur quand j'évoque la promo de Michael Cole qui abordait la mort de la mère de Jerry Lawler. Entendons-nous bien, je n'ai pas là de la compassion pour le King qui aurait été obligé d'incorporer cet aspect très privé de sa vie à l'antenne. Non, je pense qu'il est adulte et a suffisamment d'expérience dans le business pour refuser un tel angle sans que quiconque ne puisse objecter quoi que ce soit en retour. Non, je trouve juste que c'est de mauvais goût.

 

 

Ah, ouais, King. Au fait, j'ai fait l'amour avec ta mère morte, avant qu'on l'enterre …

 

 

La rédaction des CDC s'excuse sincèrement pour cet instant Katie Vick, reprenons le cours de notre nalyse

 

 

Pourquoi ? Parce que j'ai de la mémoire et que je me souviens de la fois où Vince McMahon avait voulu mettre en place l'angle transgressif ultime en mettant en scène sa propre mort lors d'un RAW et d'une explosion de limousine. L'idée de se confronter à un tabou à ce point était, ma foi, intéressante et me séduisait en tant que fan averti. Malheureusement, dès le vendredi, l'angle me paraissait limite, puisque la WWE ouvrait son show avec une pastille à la mémoire de Sensationnal Sherri Martel disparue cette même semaine. Et puis, un lundi peu après, VKM était seul dans le ring, pour briser le kayfabe de sa fausse mort, et annoncer le décès bien réel celui-là de Chris Benoit. Le reste est déjà une page de l'histoire et certainement pas la plus glorieuse du business. Dorénavant à chaque fois que la WWE évoque avec insistance un décès dans une storyline, j'ai toujours cette appréhension stupide qui consiste à me demander comment on regarderait l'angle en question si une des trop nombreuses tragédies de l'histoire du catch survenait dans les jours qui suivent.

 

Parlons du main-event maintenant. John Cena et Le Miz contre les champions par équipe, dans une inévitable variation autour du thème de la tag-team entre deux futurs adversaires qui vont se retrouver à Wrestlemania (un truc qu'on a déjà vu à WM XXIII par exemple). Le match était loin d'être mauvais et la victoire, inattendue du Miz, ajoutait un peu de piment à l'ensemble. A la limite et en faisant abstraction du fait que ce genre d'oppositions où le champion individuel, seul, dispose des champions par équipes (ce qui fait encore baisser le prestige du titre plus bas que terre mais on n'est plus à ça près) pourquoi pas … Mais que l'ex-Nexus néo-Corre invoque immédiatement après sa clause de match revanche alors que ceux à qui ils ont pris la ceinture n'ont pas eu la moindre opportunité de reconquérir leur bien, là ça me dérange beaucoup plus au niveau narratif. Leur nouvelle victoire finale, grâce à la trahison du Miz sur Cena permettra sans doute un match revanche contre Santinov plus tard même si j'avoue que le finish du match en terme d'exécution m'a beaucoup déplu. Voir John Cena perdre car victime d'un Skull Crushing Finale en étant couvert par Heath Slater qui venait d'encaisser un Skull Attitude Finale Adjustment, la combinaison des deux finishing moves des deux top guys du show me paraît assez illogique. Mais, bon, n'allons pas non plus trop taquiner la continuité là-dessus.

 

 

Cet homme va se prendre en même temps les deux finishers de deux futurs main-eventers de Wrestlemania, se relever aussitôt, infliger le tombé à un type à qui tous les fans reprochent d'être booké comme superman, ne jamais rien seller.

Et le pire dans cette histoire, c'est que c'est exactement ce que la WWE voulait qu'il fasse.

 

 

Silvernights: j'ai trouvé ce main event palpitant, parce que toute la soirée je me suis demandé ce qui allait arriver: la réponse finale fut "rien", mais avec de nombreux twists. Déjà c'était une formidable opportunité pour le Corre et ses deux membres les plus faibles de figurer face à deux des superstars les plus en vue actuellement, donc en aucun cas on ne peut dire qu'ils ont été perdants (même si le pin du Miz qui paralyse  trois gars du regard avait un côté irréel). Ensuite le chick magnet a offert une prestation remarquable, le public était complètement absorbé, l'acting de Cena comme toujours au top. La prise de titre a soulevé de nombreuses questions et lors du visionnage où tout va trop vite pour réellement réfléchir à ce qui arrivait, cela a donné un aspect irréel au show avec un Miz réellement face. D'ailleurs la référence de l'AGM (qui a dit qu'il s'occuperait du Rock quand il serait prêt… tiens tiens…) à Rock'n Sock a sous entendu que l'improbable pouvait devenir réalité. Le second match proposa un Cena impliqué à fond, un Miz jouant de manière irréelle le face en péril, et un finish tellement cruel pour cette image presque fantasmée, qui sonna comme un dur retour sur la terre ferme et un coup de maitre de manipulation du Miz (vis à vis de Cena comme du public). Bref, ce main event m'a tout simplement bluffé et donné des émotions inattendues tout en faisant bouillir mon cerveau de spéculations insensées.

 

Spanish: Pour terminer avec le champion et son first contender, chacun y est allé de sa petite promo pour répondre à la monumentale diatribe du Rock de la semaine dernière. Et là, on a vu les limites de chacun. The Miz, aussi bon orateur soit-il, n'est pas du niveau du Rock. Son Interprétation du « Miz Sucks » sur le ton du « c'est un peu court, jeune homme ! » venait plus de Cleveland que de Bergerac. Le texte manquait de panache et son interprétation le faisait ressembler un peu trop à l'adolescent fan de catch qu'il était probablement et qui imitait seul, le soir, face à son miroir, les mémorables harangues de son idole (Le Rock en l'occurence, d'où la cruelle comparaison).

 

 

Original

 

 

Copie

 

 

Original

 

 

Copie

 

 

Le verdict des fans est parfois trop indulgent, non ?

 

 

Quant à John Cena, ce fut pire et mieux à la fois. Mieux, parce que sa promo était bonne et qu'en terme de guerre des mots, il a su se mettre au niveau du Great One. Pire, parce que pour se hisser à une telle hauteur, il n'a eu d'autres choix que de tomber le masque du Marine, top babyface, qu'il est depuis des années pour reprendre ses bonnes habitudes de rappeur qui improvise un freestyle sur ses adversaires et se fout des contraintes de bienséance propres aux champions d'une compagnie au public familial. « Ass » et « Polish my Balls » étaient au rendez-vous (et vont probablement lui coûter une belle amende en interne dans cette WWE très sensible à un vocabulairee PG) et nous font regretter  celui qu'il était avant d'endosser le costume trop lisse de l'icone de la pop culture qu'il est actuellement. On le regrettera d'autant plus d'ailleurs que John ne s'est pas privé de nous avertir en préambule que c'était « One Night Only » pour une fois, une seule et qu'on sait donc que cela ne durera pas bien longtemps.

 

Silvernights: sur ces promos de Cena et du Miz, tous les deux ont à mes yeux surpassé ce que j'attendais. En fait il y avait deux manière de répondre au Rock (hormis ignorer la séquence ou s'incliner devant, ce qui était impossible), il s'agissait de critiquer la forme de la promotion, ou de s'attaquer directement à Rocky. Cette dernière forme était extrêmement ambitieuse, car elle entrainerait nécessairement la comparaison avec le Great One et une feud frontale, autant dire que c'était potentiellement un massacre de se lancer là dedans. C'est pourtant ce qu'ont choisi les bookers pour Cena, en prenant bien soin de lui laisser un soupçon de chance en le débridant (retour de la gimmick de rappeur donc). Cena nous sortit ainsi une promo de fou qui a largement soulevé l'enthousiasme général et entrainé de nombreux retours très positifs (sans pour autant faire l'unanimité, il ne faut pas exagérer). Le Miz opta lui pour le choix conventionnel de la critique de la forme du speech de Rocky, et s'en tira correctement (mais la moindre ambition entraina un résultat moindre, quoique correct). Bref, un grand moment et surtout, un très gros hype pour ce qui sera peut être le main event de Wrestlemania.

 

 

En pleine modification de son moveset, John Morrison en est réduit à essayer de voler les mouvements de sa propre petite amie.

 

 

Spanish: pourquoi disais-je que cela ne durera pas bien longtemps? Parce que la continuité, cette logique interne au récit qui fait que tout élément s'incorpore dans le fil narratif en terme de causes et de conséquences, c'est ce qui a manqué le plus dans le show. Tout avait pourtant bien commencé avec un match où CM Punk et John Morrison se faisaient face et rivalisaient de talent pour boiter bas et vendre ainsi les blessures infligées la veille par la structure sans pitié de l'Elimination Chamber (D'ailleurs, quelqu'un pourrait passer la cassette de leurs performances de selling à John Cena, Randy Orton et Sheamus, svp ?). Le match, bien exécuté, tournait autour de cette thématique et a permis de présenter CM Punk comme un adversaire machiavélique, capable de focaliser ses attaques sur la faiblesse de son adversaire. Irréprochable tant en terme narratif que dans le ring, même si on sait tous depuis leurs rivalités autour du titre ECW que ces deux là peuvent faire de bien meilleurs matchs.

 

CM Punk enchaina alors avec une jolie promo sur sa vengeance envers Orton qui l'avait privé de son titre il y a deux ans, une éternité au niveau de la lutte professionnelle. On meurt un peu d'envie de lui demander pourquoi il a attendu tant de temps avant de régler ses comptes, mais on suspend un instant son incrédulité parce qu'il s'applique à répéter la date avec entêtement en prenant une tête de comptable sadique – oui, sa coupe de cheveux actuelle donne au catcheur chicagoan une tête de comptable un peu pervers et il fait plus peur ainsi qu'avec son look de punk à chiens -. On y croit un instant à ce grand jeu des causes et des conséquences. Mais hélas, c'est le seul moment du show.

 

 

La table des annonceurs espagnols donne sa note pour le segment qui suit.

 

 

Parce qu'on a, aussi, eu droit au grand retour « mystérieux » de l'Undertaker le 2-21-11 (à 22 heures heure de New York) et que là, la continuité, elle en a quand même pris un grand coup dans sa gueule. A peine, le Deadman avait-il effectué son retour que retentissait les pas de The Game avec les guitares déchainées de Motorhead en fond sonore. Triple H & L'Undertaker ont alors livré un numéro de pantomime assez spécial pour raconter les semaines à venir. Regards sur le logo Wrestlemania, quelques mouvements pour se faire comprendre : Moi Tarzan, Toi Jane. Non merci. Si j'insiste. Sans façon. Ah ben si finalement. T'es mort. Suck It. Je vais te faire bouffer ma liane. Tu seras ma guenon.

 

La séquence, trop digne du mime Marceau à mon goût, avait la vertu d'être originale et de signifier qu'à certains moments de la vie les mots sont superflus. Certes. Mais elle avait aussi le défaut de perdre toute une partie du public. Celle là même qui en constitue le troisième tiers, ceux qui ne connaissent ni d'Eve d'Adam, les raisons qui poussent ces deux-là à se taper sur la gueule. Les autres, même alléchés par l'affiche d'un HHH/Taker à Mania, peuvent être plus songeurs et se demandent vraisemblablement pourquoi ni l'un ni l'autre ne cherchent à se venger de ceux qui les ont éloignés des rings alors que CM Punk avait fait un numéro tout particulier pour montrer que la vengeance est un plat qui se mange froid et que Kofi Kingston avait lui même donné dans le registre de la rancune tenace, trop tenace même.

 

 

Ah ouais, sinon dans la rubrique "On s'en fout" Jim Duggan sera intronisé au Hall Of Fame.

 

 

Mais non, pas de souci, Triple H, se fout visiblement de Sheamus qui a du l'éloigner des rings pendant à peu près dix mois et fanfaronne depuis, avec un habit de roi comme pour mieux tourner en ridicule le King Of Kings. C'est pas grave, c'est mineur. Et de la même manière, l'Undertaker n'en a cure de ceux (Otunga, Slater, Gabriel, Barrett, ils étaient tous présents à l'antenne, ce soir) qui ont aidé à le faire enterrer vivant (et qui, au passage, en quatre mois, n'ont jamais donné de raison valable à propos de leur geste). C'est pas non plus un truc banal, ça. C'est pas une pubalgie qui t'empêche de jouer au foot en amateur trois dimanches matins de suite. Non. Le type s'est fait enterrer vivant, quand même. C'est un peu plus grave. Mais il s'en fout aussi. Il est comme ça, Taker.

 

Silvernights: cette séquence également, tout en gestuelle et en charisme sans un mot de prononcé, fut phénoménale (et rappela étrangement le retour de Michaels il y a quelques semaines, tout en pop, sans aucun mot). Comment leur reprocher de na pas s'être expliqué alors qu'ils n'ont pas prononcé une parole? Cela viendra surement ensuite, en attendant on se serait cru dans une séquence de western spaghetti façon Leone. Il ne manquait que la bande annonce d'Enio Morricone, mais le thème de Motörhead assura ce rôle de mise en ambiance. Quelle pop pour Triple H, c'est impressionnant! Le but de cette séquence était seulement de créer une envie. Les justifications, explications, et autres actes de construction viendront plus tard. Et le but est pleinement atteint: une telle pop suffit à justifier la tenue de ce match.

 

 

– Dis Hunter, tu sais qu'on a eu de la chance que les auteurs aient maté l'intégrale de Charlot la semaine dernière ?

– Ouais, Mark, au départ, ils voulaient se refaire l'intégrale Rocco Siffredi.

 

 

En conclusion, ce show soulevait beaucoup d'attentes, et pour moi il a totalement assuré. Il s'est révélé hautement divertissant, et a créé une très forte envie pour deux feuds (Cena-Miz et HHH-Taker) et un hype correct pour d'autres feuds (RKO-Punk avec deux catcheurs over et une confrontation délayée, un Del Rio cruel et dominateur et une rivalité Cole-Lawler enfin mise en place). Il manquait beaucoup d'explication et a eu un petit parfum d'Attitude, mais j'imagine que le justifications viendront plus tard. Au passage, le rating fut de 3.83 pour 5.9 millions de spectateurs, soit un record depuis deux ans (rien que ça…).

 

Spanish: voilà donc pour conclure un RAW qui me semble particulièrement décevant en lui-même même s'il laisse présager de choses intéressantes dans les semaines à venir, notamment à Wrestlemania. Mais peut-on faire confiance à la WWE sur les conséquendes du show de ce soir alors qu'elle a démontré aujourdh'ui qu'elle était incapble d'incorporer à ses storylines les causes du passé ? pour moi, ce n'est pas une raison pour accorder à la WWE toutes les circonstances atténuantes du monde, toutes les imprécisions et toutes les omissions dans le récit. Je suis peut-être un rabat joie mais quand je vais au restaurant, ce n'est pas la perspective d'un succulent dessert qui me motive mais le fait qu'il y ait une entrée et un plat dignes de cette conclusion auparavant. De la même manière, je suis peut être un indécrottable romantique mais quand je fais l'amour, ce n'est pas la perspective d'une éjac faciale qui me ferait renoncer aux préliminaires. Et ce soir, incontestablement, les préliminaires étaient bâclés.

 

 

Préliminaires bâclés ou pas, on aura peut-être droit à une éjac faciale, mais ça c'est une autre histoire.

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