Catch

Des promos d’anthologie

RAW à Chicago… Il y a trois ans, c'était Curt Hawkins / Edge / Chavo Guerrero et moi contre Flair & Shawn Michaels. Ce soir, c'est moi, tout seul, à la cantine.

Zack Ryder, Sur son twitter, un quart d'heure avant le show

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où cette semaine, un miracle s'est accompli. Ouais, n'ayons pas peur des mots, c'était comme à l'église.

 

 

Et le vin de messe avait un goût de jus de betterave.

 

 

Nalyse du RAW du 28 mars

 

 

Dès l'instant où j'ai su que j'allais rédiger cette review, j'avais prévu de commencer cet article par une longue lamentation sur cette route vers Wrestlemania qui m'a paru bien fastidieuse et assez poussièreuse vu le nombre de vétérans convoqués sur la carte et de vieilles recettes réutilisées. Sauf que ce RAW m'a redonné espoir après deux longs mois d'ennui à regarder la WWE, puisqu'il était non seulement excellent mais correspondait aussi exactement à ce que la WWE devait faire pour réussir la promotion de son show. Commencons néanmoins par les points noirs du show rouge.

 

 

Kane ayant des problèmes de peau, la dernière phrase n'est pas une métaphore.

 

 

Le match, le moins bon de la soirée, de Santino Marella contre Justin Gabriel. Son motif: promouvoir le choc entre le Corre et l'équipe Kane, Big Show, Santinov. Que dire ? Tout dans cette histoire est mauvais. On n'annonce pas un match, même en bas de la carte d'un Pay per View, à six jours seulement de sa tenue – à titre indicatif, comparez avec le build-up du tag-team match entre le Miz-Show et la paire R-Truth-JoMo, l'an dernier – et, puis, mon dieu, quels ajustements de personnalité cette storyline a imposés à Kane! Il y a encore quelques mois, le Big Red Monster était un champion dominateur, sans merci ni pitié, et il aura réusssi en moins de trois semaines à passer de cette personnalité à celle d'un partenaire babyface de Santino Marella qui célèbre sa victoire en jouant de l'air-trombone.

 

 

Allez ….

 

 

Viens boire un petit coup à la maison …

 

 

Y a du blanc,  y a du rouge, du saucisson …

 

 

Dans le même genre de registre proche du ridicule, la séance de promotion de la partie féminine du mixed tag-team match était assez bizarre. Je ne pourrais pas dire qu'elle était mauvaise parce que je ne connais pas le Jersey Shore et si ça se trouve, elle était d'une justesse absolue dans le réalisme ou la parodie. Mais pour qui ignore tout de cette émission américaine – soit une large partie du public de la WWE quand même puisque la compagnie se veut internationale – ce truc qui se terminait en catfight dans un bar était quand même médiocre et mal joué. Espérons juste que ça n'annonce pas un mixed-tag match aussi mauvais que ça à Mania même s'il sera probablement loin de l'excellence du match que Daniel Bryan et Gail Kim ont offert contre Melina et Tyson Kidd à Superstars jeudi dernier.

En revanche le tag-match de ce soir (Jo Mo & Daniel Bryan vs Dolph Ziggler & Sheamus) était du genre à donner de l'optimisme sur ce qui va se passer à Mania, il était très bon, quoiqu'amputé d'une bonne moitié pour cause de page publicitaire. Cerise sur le gateau, il a été précédé d'une hilarante visite de Vickie Guerrero au Palace Of Wisdom.

 

 

C'est mercredi et c'est le jour où la femme de ménage vient passer l'aspirateur au Palace Of Wisdom.

 

 

Toujours côté tag-team, la WWE a terminé le build-up du match de championnat de Smackdown avec un Edge/Christian vs Alberto Del Rio/Brodus Clay. Rien de neuf par rapport aux matchs précédents dont c'était une redite. Malgré un Clay défait par le champion, on a vu un Del Rio très dominateur post match, appliquant sa clef de bras fort longtemps à ses deux opposants. C'est une excellente manière de boucler la boucle et de lui redonner de la crédibilité après les derniers épisodes de Smackdown qui ont brillé par un build-up de très haut niveau dans le ring mais riche en défaites pour le Mexicain.

 

 

Le show est censé être PG, la WWE est censée être plus gay-friendly, il n'empêche que les perversions sexuelles d'Alberto Del Rio sont toujours à l'antenne.

 

 

Le match Jerry Lawler – Jack Swagger fut lui aussi très court et surtout prétexte à une disqualification et à une séquence burlesque où Cole, enfermé dans sa Cole Mine, résistait aux assauts à coup de chaise de son broadcast partner. On est proche du paroxysme de la feud entre ces deux là, il n'y a donc rien à redire, si ce n'est espérer que bientôt ça se termine et qu'on puise de nouveau apprécier les matchs sans que cette querelle ne gâche le commentaire, qui constitue quand même une part importante de l'action lors d'un match.

 

 

Oh, mon dieu, il va vomir dans la Cole Mine!

 

 

Passons maintenant aux choses extrêmement réussies lors de ce show en commencons par l'annonce des derniers "inductees" au Hall Of Fame: The Legion of Doom a.k.a The Road Warriors & Paul Ellering. En se décidant enfin à ajouter à celui de HBK un nom réellement légendaire à la liste du Hall Of Fame de cette année, la WWE a réussi son coup. Est-ce vraiment la plus importante tag-team de l'histoire du business, comme affirmé dans la vignette panégyrique de l'annnonce de leur induction, je l'ignore, mais en tout cas, c'est sûr qu'une telle équipe est dans le top 3 de tous les fans de tag-team wrestling.

 

 

Celui qui a voulu punir par le vomi sera puni par les mêmes armes. C'est la dure loi de la guerre.

 

 

Mais, passons maintenant au plat de résistance de l'épisode, les promos in-ring, et commençons par ce qui fut pour moi le morceau de bravoure de la soirée. En plus, ça tombe bien, c'est l'ouverture du show. L'Arena de Chicago est plongée dans le noir. Au centre, sous un unique projecteur, une silhouette est au milieu du ring, assise en tailleur. C'est CM Punk, l'enfant du pays, qui va parler tandis que la foule lui réserve un magnifique accueil, enthousiaste, digne d'un babyface. Le local hero straight-edge commence alors son speech et semble réellement apprécier ces vivas. Il les laissera d'ailleurs se développer un instant, s'amusera même à en obtenir d'autres avant d'entrer dans le vif de son sujet. Et là, en quelques mots et autant de secondes, Punk va réussir à se faire détester d'une foule qui scandera le nom d'Orton et le conspuera.

 

 

La prière chicagoane, rituel Straight Edge du XXIème siècle.

 

 

La première minute, Punk était un héros et la seconde, il était un salaud. Ce à quoi on vient d'assister est la démonstration même de ce qu'est le métier de catcheur: prendre le public au creux de sa main et le retourner avec une aisance déconcertante. La performance est d'autant plus impressionnante que ceux qui lui succéderont au micro lors de la soirée seront, eux aussi, très bons, dans des styles différents et que l'appréhension aurait pu être à son comble. L'irruption d'Orton et la bagarre qui suivra seront assez satisfaisants jusqu'à cet instant où Orton, prêt à tirer un penalty dans la tête de Punk, s'effondrera des conséquences du coup reçu la semaine dernière. Je ne saurais dire pourquoi mais cette défaillance subite de la jambe de Randy n'a pas fonctionné pour moi. Peut-être le selling du moment lui-même n'était pas optimal, peut-être qu'Orton n'avait pas assez donné l'impression d'une blessure lors de la séquence qui avait précédé. Pour ceux qui n'auraient pas vu le show, le tout se terminera sur un GTS de Punk, qui, hélas, semble être un indice un peu trop clair d'un booking basé sur la Reverse Psychology à Mania.

 

Le main event tant attendu entre Cena, The Rock et The Miz déroulait quand à lui une partition tout aussi classique: arrivée de la star hollywoodienne, interruption par l'autre good guy, tensions, puis irruption du Miz au moment où les choses pourraient dégénérer. Très vite le Rock et le Miz en viennent aux mains, Cena se met alors en retrait pour mieux revenir dans le ring et ajuster l'attitude de celui qui sort victorieux de la confrontation dans le ring, en l'occurrence le Rock. Le scénario était classique et les discours de chacun pas si mauvais que ça, même si tout était dépourvu de la subtilité perverse de la promo introductive de Punk.

 

 

Le Rock est tellement grand que même ses érections ne sont qu'un ray de lumière.

 

 

Le Rock a été fidèle à lui-même: pas exceptionnel dans son discours mais toujours aussi impressionnant compte-tenu de la réaction enthousiaste de la foule.  On appréciera en particulier l'évocation par le Rock de ses débuts à Mania à Chicago (où il s'était quand même fait huer jusqu'en dehors de l'Arena). John Cena, toujours dans son registre du type qui est autant hué qu'applaudi, a su jouer de ce handicap en sa faveur dans une situation d'autant plus difficile qu'il ne sait jamais si les prochains cris qui proviennent des travées vont le conspuer ou le célébrer. Quant au Miz, même s'il était un ton en dessous de ses interlocuteurs et clairement le seul des trois qui semblait réciter un texte écrit à l'avance, son aisance au micro n'avait pas trop à rougir de la comparaison avec les deux autres catcheurs.

 

 

Soldes, soldes, soldes ! Ce soir, gratuitement, un Wrestlemania moment donné à tous le WWE Universe.

 

 

Mais inutile de se mentir, ce qui a volé le show lundi, c'est la confrontation entre HHH et l'Undertaker. Presque parfaite, organisée avec le secours d'un HBK qui s'invitait de manière inattendue. Beaucoup diront que ce segment était juste impeccable mais j'avoue personnellement que de voir HBK, encore une fois à l'antenne, incapable de se séparer des vétements de son fournisseur d'armes de chasse me fait quand même un petit pincement au coeur. Est-il vraiment si fauché qu'il est obligé de faire du placement produit avec un de ses sponsors dans le show qui lui a fait gagner tant d'argent ?

 

Ce petit bémol mis à part, il n'y avait rien à redire à la séquence qui restera comme un grand moment de la carrière de Triple H. Les meilleures promos sont celles qui laissent affleurer la réalité et Triple H a su le faire avec une intensité assez impressionnante. En évoquant le serment que Shawn Michaels et lui s'étaient fait il y a quelques années de se dire franchement quand il serait temps de raccrocher les bottes et en sous-entendant avec une insistance transparente que s'il s'attaquait à la streak cette année, c'était pour ces raisons, il a marqué des points. On était à mi-chemin entre le kayfabe et la réalité, entre la promo scriptée et le shoot.

 

 

Taker, tu as un morceau de pomme de terre sur la joue !

 

 

Il est évident, même si peu de gens osent le dire, l'écrire et parfois même le penser, que l'Undertaker n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été et que chaque match qu'il effectue est à la fois un match de trop pour sa santé et un match qui doucement noircit sa brillante carrière. Aborder, subtilement, cette vérité en face était le seul moyen pour HHH de donner de nouveau aux fans l'impression qu'il pouvait terminer la streak « légendaire » – oui, j'ai mis légendaire entre guilemets parce qu'à re-regarder les matchs de près, on réalise qu'on est loin d'avoir 18 classiques à revoir – du Deadman et c'est pour cette raison que cette promo sera historique, faisant ainsi écho à celle de HBK voulant mettre Ric Flair « Out Of His Misery ». La gravité de chacun durant la séquence, le rôle de HBK qui tente de placer un coup de pied mais n'y parvient pas plus qu'il n'est capable de dire à son ami qu'il le croit apte à vaincre là où il a échoué, tout a contribué à rendre ce moment convaincant et même poignant.

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