Catch

ICWA: Recettes simples mais efficaces

En tout temps, en tous lieux, le public est injuste.

Voltaire

 

A l'heure où le produit catch se multiplie comme les petits pains, il est parfois difficile de choisir, pour le spectateur lambda, ce qu'on peut appeler le meilleur rapport qualité-prix. A ce petit jeu, lors de son show de samedi soir dernier, l'ICWA a encore prouvé qu'elle était une valeur sûre. La fédération béthuno-laventinoise a su, dans un show qui s'est déroulé dans une ambiance de maison de retraite, faire le métier, et prouver son talent dans le domaine de l'écriture des shows, malgré quelques incohérences théoriques et pratiques.

 

 

Chaînes, tenues moulantes, corps virils et huilés, l'ICWA sait comment nous faire passer une bonne soirée.

 

 

Nalyse du show ICWA du 23 Avril.

 

 

Sang, Sueur et Larmes, c'est (pourtant) la vie.

 

Le show de ce samedi a sans doute pâti de la météo. Avec des pointes jusqu'à trente degrés dans le Nord de la France, Laventie a vu la salle de sport se déserter, n'affichant qu'une centaine de sièges occupés, là où il y a quelques mois encore, nous comptions presque 500 paires de fesses assises sur les sièges. Déclin pour le produit catch, absence de Christophe Agius désormais sous exclusivité avec AB, selon les directives de la WWE (depuis que certains Street fans ont envoyé quelques courriers à Stamford , vous savez, les mêmes qui ont dit que le tandem Agius et Chéreau faisait peur aux enfants!), et donc interdit de commentaires ailleurs que dans son studio à NT1, et excellente météo sont autant de raisons qui amenènent le spectateur de base à déserter la salle. Heureusement, la cette dernière contient toujours son lot de spectateurs passionnés, depuis l'adulte croyant que ce n'est pas du chiqué, incitant à «défoncer la gueule de ce bâtard», jusqu'au markfan de cinq ans déguisé comme Rey Mysterio qui lance des slogans hautement rebelles, tels que «Loser, Tricheur!», mais, globalement, du spectateur silencieux, un peu comme s'il avait honte d'afficher sa passion, du moins son intérêt pour ce sport-spectacle. Hey grand, t'as payé ta place, tant qu'à faire, sans te ridiculiser, tape au moins dans les mains quand le catcheur t'invite à le faire!

 

Bon, ce postulat étant lancé, il est temps d'évoquer le fil conducteur de la soirée, qui fut pas mal relayé dans la presse, et qui se composait de deux oppositions majeures: le match opposant Crash Test Denis à José Caliente (je reviendrais dessus par la suite), et surtout une série de matchs estampillés franco-belges, qui fait directement suite à la dernière visite de l'ICWA outre-quiévrain.

 

 

"Fan de catch belge", tu m'étonnes que les mecs soient habitués à jobber.

 

 

En effet, ceux qui semblent être les champions belges, du moins la stable (composée de Risher, SNB, et de leur manager, la sympathique Dirty Dy) représentative du pays de la frite, font leur entrée et annoncent venir faire le ménage dans [notre] pays et notamment y déloger les champions par équipe, qui auraient grugé pour conserver leur titre lors de l'opposition sur les terres privées de gouvernement. Il n'en fallait pas plus pour que nos Champions, The French Flavor, équipe composée de Lucas di Léo, et de «The Trigger» Peter Fischer, vienne dire leur façon de penser, et répondre à l'agression verbale. On notera tout de même le talent au micro des lutteurs ICWA, qui ont toujours su gérer la somnolence de la foule et rebondir. Par exemple, un catcheur belge fit une remarque, personne ne réagit, et la réponse fusa de la part des Face: «Tu vois, ils n'en ont rien à foutre… de toi». Bref, les champions face firent gentiment remarquer que les grugeurs n'étaient pas ceux qu'on croit. Surtout, que les belges auraient tapé dans la caisse, et piqué la paye des champions. Du moins cela semblait être le sens du discours, qui amena les champions à lancer un défi. Chacun des lutteurs belges est défié en un-contre-un, avec une sorte de beat the clock challenge. Si le challenger tient dix minutes, il participe au main-event. Si le challenger est battu avant les dix minutes, il quitte le ring et la salle sur le champ. Dramaturgie efficace et sympathique pour nous faire comprendre qu'en guise de main-event, aura lieu un tag-team match. L'écriture qui amène à ce main-event est tout de même très réussie, malgré une petite incohérence, sur laquelle on reviendra.

 

 

Il est en effet temps d'aborder le premier match :

 

 

«El Rosa del Ring» José Caliente vs Crash Test Denis vs Jason Clairvaux.

 

Un comedy match triple menace pour démarrer la soirée, voilà de quoi se lancer doucement mais sûrement. Posons tout de même les protagonistes: Jason Clairvaux, clairement heel, nous est présenté comme un ancien taulard reconverti dans le catch. Crash Test Denis, on ne le présente plus, mais il a réussi à améliorer sa gimmick, fait sur lequel je reviendrai dans deux ou trois lignes. Quant à José Caliente, évoqué comme «le championne féminin» , il possède donc le titre féminin de l'ICWA. C'est une gimmick à la Santina qui saurait catcher, sorte de croisement entre Santina, Percy Watson, et Orlando Jordan, tout de rose vêtu, dont l'ambiguité est totalement assumée, dans les mimiques, la manière de catcher, etc.

 

 

José Caliente, copine de tapin de l'Undertaker.

 

 

Quand à Denis, je disais clairement qu'il a amélioré sa gimmick. Le temps où ce brave bonhomme jaune se crashait dans tous les coins du ring sans réel but est révolu. Crash Test est désormais semi-autonome, on l'a même vu faire un moonsault! Et il interagit toujours autant avec le public. Ainsi, lors de son entrée, au lieu de monter sur le ring, il passa derrière la barrière, s'assit et prit un gamin sur les genoux, puis attendit. Une fois décidé à revenir sur le ring, il chûta en franchissant la barrière. De même, voyant son adversaire en train de placer une prise de soumission (sachant que le premier à faire le tombé ou à faire abandonner son adversaire remportait le match), Crash Test réfléchit à savoir s'il devait ou non casser la prise! Surtout, les adversaires profitèrent de son cerveau mou. Ainsi, la Rosa del Ring, après avoir assommé Jason Clairvaux, invita Denis à danser, avant de l'attaquer lâchement. Bref, un combat où les gimmicks ont été mises en valeur. Toutes les gimmicks ont permis une interaction. Ainsi, Clairvaux en début de match, vexé d'être corrigé par ses adversaires, gueula «putain, c'est quoi ces tarlouzes!» ce qui permit au commentateur, de placer un «Pourtant, les tarlouzes en prison, tu as dû bien connaître», du plus bel effet. Sinon, sur le match, on a vu de beaux mouvements de chacun des protagonistes, le match fut conclu par un spear dévastateur de Jason Clairvaux. Petit regret tout au long de la soirée, la présence du photographe officiel dans l'alignement de mon siège. Je reste convaincu que, posté de l'autre côté (côté entrée des vestiaires) il n'aurait gêné personne.

 

 

20H30, CTD vient d'apercevoir Silver en tribune, et se précipite pour lui faire un bisou.

 

 

On notera tout de même la différence technique, et de gestion de match/interaction réelle avec le public (savoir se faire applaudir, huer) entre la lowcard, et la midcard/main event au sein de la fédération. Autant le public n'a quasiment pas réagi lors de ce match, autant lors du suivant, avec deux catcheurs expérimentés, l'ambiance est montée d'un cran.

 

 

Risher vs Peter Fischer.

 

Suite directe du défi lancé en introduction, l'objectif pour le challenger belge étant de «tenir» dix minutes pour s'adjuger un droit d'entrée au main-event.

 

On assista à un beau combat, où les lutteurs se donnèrent sans compter. D'ailleurs, on a eu deux comptes de neuf suite à un double KO. Dans la même optique, la fin de combat eut lieu en quelque sorte sur un énième double KO puisque, Fischer, sonné après avoir porté une prise à son adversaire, n'arriva pas à lu river les épaules au sol dans le temps imparti, les dix minutes ayant été dépassées au moment où l'arbitre atteint le compte de trois.

 

 

Bouter l'envahisseur hors de France, allégorie.

 

 

Gros coup de gueule quand à ce qui est de l'incohérence technique de la soirée selon moi: on est dans une salle de sport, disposant par ailleurs d'une table de marque pour le basket (donc avec chrono compte à rebours et buzzer), et on joue un match CHRONOMETRE, où le temps est la clé du match. Lutte contre la montre, dramaturgie, etc… Au nom de quoi est-ce au commentateur de gérer de manière aléatoire le temps, en annonçant à l'arbitre, qui pourtant avait déclenché sa montre, que le temps est écoulé? Qu'au moins à défaut, le commentateur montre à l'arbitre un chronomètre, permettant à ce dernier de lever ses doutes, plutôt que de se baser sur la seule bonne foi de l'homme au micro. Si le contenu technique de ce match fut très bon, il y avait probablement bien mieux à faire sur le plan de la dramaturgie: un adage dit «si une blague doit être expliquée, c'est qu'elle n'est pas bonne». Ben là, c'est pareil: l'incompréhension du public sur le match nul alors que l'arbitre avait validé initialement le compte de trois, est bien liée au fait que le public n'avait pas de repère temporel et visuel. D'autant que le commentateur annonçant «l'arbitre me confirme bien que le temps était écoulé», ca fait un peu tâche alors que ce n'est pas l'arbitre qui a fait la remarque en question. Certes, il apparaissait logique que le match nul (ou la défaite de Fischer) soit d'actualité, sinon le main-event tombait à l'eau. Mais ca a été mal vendu.

 

La troisième opposition de la soirée, voit face à face:

 

 

Dirty Dy et Kym Kaycee.

 

Un match de très bonne facture, comme quoi quand Kym a des adversaires de son gabarit, elle sort d'encore plus beaux combats. Surtout, elle a encore pris du muscle, gagné en assurance et en technique. Et je reste convaincu qu'elle en a encore sous le pied, d'autant qu'elle semble être un pilier du vestiaire, de ce que j'ai pu observer de l'après-show (lorsque notamment, les lutteurs mettent la main à la pâte pour démonter le ring).

 

 

Consciente de ses capacités limitées, Dirty Dy tente la fusion avec Kym Kaycee.

 

 

Le quatrième match fut l'autre opposition franco-belge:

 

 

SNB contre Lucas di Léo.

 

Encore un combat de très bonne facture, avec cette fois-ci un chrono au cœur des débats. SNB a compris le fonctionnement du bouzin, et dès le début, il fuit le combat, s'aida des cordes, demanda «combien de temps encore» toutes les quinze secondes. Après deux minutes de fuite, Lucas di Léo se décida à aller le chercher. Par tous moyens, SNB tenta de s'échapper, et lorsque Lucas repris le dessus, ca vira à la baston de rue. Un combat plaisant, marqué par la blessure de di Léo, qui voulant prendre appui sur une corde pour un coup de pied sauté, botcha, retomba mal et sembla se claquer à la cuisse, ou se blesser au genou, on ne sait pas trop. De fait, et puisqu'il ne restait plus grand chose, les dix minutes finirent par s'écouler, et SNB rejoignit son compère dans le Main-Event. Et en profita pour faire un sale beatdown avec Risher, avant que Fischer ne vienne faire le ménage. Dix minutes d'entracte, et on put retourner aux affaires.

 

 

SNB, cousin éloigné de Johnny Rockfort, leader des Etoiles Noires dans Starmania.

 

 

Des affaires rondement menées avant le main-event, puisqu'après le traditionnel «ne faites pas ca chez vous», c'est une Bad News Bulla Punk qui débarqua en fauteuil roulant. L'ayant croisée debout quelques minutes avant, j'allais crier au fake, avant d'apprendre par la suite lors d'une discussion privée, qu'elle s'est cassée la figure suite à une chute de cheval, ayant nécessité une opération au niveau du tibia, et l'entraînant malheureusement vers de longs mois de rééducation. En réalité, elle se déplace tantôt en fauteuil, tantôt en béquilles, pourvu que sa jambe brisée ne prenne pas appui au sol. Bref, elle expliqua au public venu absolument pas en nombre qu'elle était blessée, ne pouvait plus catcher, mais qu'elle était totalement dégoûtée à l'idée de voir ce catcheur efféminé de José Caliente se pavaner avec «son titre». Elle fit d'ailleurs un très beau discours sur les valeurs du catch, avant que la Rosa del Ring ne vienne la narguer. Ce à quoi Bulla répondit par un match pour le titre, où elle serait représentée par Kym Kaycee.

 

Match plié en 8 secondes chrono, puisque José alla insulter Bulla au bord du ring, et que Kym fit un petit paquet sur lequel elle s'imposa, et récupèra le titre.

 

 

PV Red vs Greg Fury

 

Match pour le titre du championnat de France, avec un gros boulot de Fury pour tenter de réveiller la foule avant match, sans succès. Du coup, il tenta de passer par le ring, où il effectua les prises les plus folles. Mais rien n'y fit, le public dormait. Pour l'anecdote, Fury s'imposa sur un Shooting Star Press… Mais en réalité, le commentateur fit remarquer à l'arbitre que PV Red avait le pied sur la corde au moment du tombé. L'arbitre ne voulut rien savoir, n'ayant rien vu (et il eut bien raison), ce qui provoqua l'ire du commentateur. Il faudra me dire depuis quand un commentateur soutient les heels dans la défaite… et insiste même pour changer le résultat du match! Vexé, Fury, modèle de fair-play et de respect, dit qu'il n'admettait pas d'avoir gagné d'une manière qui peut être remise en cause, et lança un nouveau défi: un match revanche lors du prochain show ICWA, prévu le 4 juin! Défi évidemment relevé, et je serai aux premières loges pour vous raconter la suite de la feud.

 

 

Now its time for the main-event of this fuckin'evening!

 

 

The next Evolution , Richer & SNB vs The French Flavor, Lucas di Leo & Peter Fischer.

 

Match pour les ceintures par équipe donc. Avec de magnifiques prises, beaucoup de travail de team. Les deux duos sont rôdés, et cela se sent. Les heels ont tiré la corde heel jusqu'au bout, et les Face ont fait valoir leur côté héros, notamment lorsque, malgré une jambe massacrée par ses adversaires, Lucas se releva trouva son second souffle et distribua les souplesses, tel le héros blessé qui ne meurt jamais, et qui revient porté par la foule (John Cena, sors de ce corps), ou lorsqu'après un hot tag, Fischer fit le ménage. Le combat fut en tous cas remarquablement scripté, notamment dans son final lorsque, l'arbitre, assommé par un coup de pied involontaire (SNB voulant faire, me semble-t-il, un tornado DDT), ne vit pas Dirty Dy se saisir d'une ceinture, sur laquelle SNB voulut écraser la face de Di Léo. Ce dernier contra, et les belges furent assommés. C'était la confusion sur le ring, Richer fut envoyé bouler d'un magnifique plaquage (j'ai bien dit plaquage, et non spear) que n'aurait pas renié Imanol Harinordoquy, et SNB, coincé, s'inclina sur un double SpineBuster, concluant une très bonne soirée, bien que victime d'un public mou.

 

Prochain show prévu le 4 juin à La Gorgue (59), entrée gratuite sur le retrait préalable d'une contremarque. Et évidemment, je serai au rendez-vous de l'ICWA pour vous narrer leurs aventures, si le Dieu du catch le veut…

 

 

Cause I'm Arthemiz, and you are all Losers.

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