Catch

Vieillesse ennemie, tu parles

J'ai cent ans et je suis bien content
Je suis assis sur un banc
Et je regarde mes contemporains
C'est dire si je contemple rien

Renaud

 

Où l'on découvre que c'est pas aux vieux singes qu'on apprend à faire la soupe dans les vieux pots en faisant la grimace, ou quelque chose dans ce genre.

 

 


Le seul problème avec les vieux catcheurs, c'est les fringues.

 


Analyse de NXT du 3 mai

 


CdC Universe, salut! Je me permets cet inhabituel salut initial car une vilaine panne informatique m'a privé de catch et de reviews pendant quelques semaines, mais me voilà de retour et pour l'occasion je me permets (décidément quelle audace) de varier un peu les plaisirs en remplaçant les habituelles vignettes que le monde entier, ainsi qu'Alpha du Centaure et plusieurs dimensions parallèles, nous envient, par des œuvres originales d'un jeune artiste underground passionné de catch, Lukas Mosuteri Jr, un artiste que le grand Alphonse Allais qualifierait de monochroïdal en opposition à ces "ridicules artisans qui ont besoin de mille couleurs différentes pour exprimer leurs pénibles conceptions". Damn, il faut vraiment que je fasse des phrases plus courtes.

 

 


Délégation de Schtroumpfs en visite à Smackdown.


 

Venons-en donc au catch avec ce nouvel épisode d'une saison 5 de NXT qui n'en finit pas de commencer, ou de finir, on n'a toujours pas bien compris. Les plus perspicaces d'entre vous auront compris avec la combo titre/citation/chapeau que cette semaine, une fois n'est pas coutume, ce sont nos chers anciens qui étaient à l'honneur, ce qui ne pouvait que me réjouir. En effet, si je peux être considéré comme encore jeune comparé par exemple à Mathusalem, je ne suis pas loin d'être un antédiluvien parmi les fans de catch. Eh bien apprends donc, jeune qui me lis (pardon pour ce tutoiement intempestif, il n'y a vraiment rien de pire que de se faire tutoyer par un texte), que la vieillesse comporte en elle d'insoupçonnées ressources et que c'est avec joie que les vétérans Chavo Guerrero et William Regal en ont fait ce mardi la démonstration à leurs rookies et au reste du monde.


C'est le plus jeune des deux anciens, Chavo, qui a entamé la soirée. Après les quelques bisbilles des semaines passées il se voyait opposé à son rookie Darren Young, dans un match arbitré par nul autre que Hornswoggle, ancienne Némésis de Guerrero devenu celle de Young. Pour analyser ce rôle d'arbitre dévolu au nain de la WWE, il faut d'abord que je vous dise pourquoi j'aime le cinéma de genre. Vous allez voir c'est très simple. Le cinéma de genre, c'est une base commune rejouée à l'infini, et ça devient génial quand un réalisateur se sert de cette base bien intégrée par son public pour nous amener en des terres inconnues, quand il arrive à inventer de nouvelles variations autour d'un thème imposé (John Carpenter je t'aime). Eh bien c'est ce que nous a fait Horny ce soir!

 

 


Hornswoggle en tenue traditionnelle au milieu d'un champ de trèfles.


 

Parmi les rituels du catch il en est un dont on se demande un peu pourquoi il est conservé: l'examen du corps des catcheurs par l'arbitre, vous savez ce moment au mieux furtif où le type en peau de zèbre palpe chaque combattant pour vérifier qu'il ne cache pas sur lui, je ne sais pas moi, un katana ou une kalachnikov. Hornswoggle a joué ce rôle classique avant ce match et ô surprise, ça a pour une fois servi à quelque chose: il a décrété la botte gauche de ce pauvre Young illégale et l'a balancée hors du ring, non sans écraser le pied devenu sans défense au passage. J'aime bien ce genre de petits détails, même si ici c'est bien sûr la seule malice du nain qui est à l'origine de la pénalité infligée à Young.


Le match fut étonnamment long, plus de dix minutes. Chavo y fut largement encouragé par la foule et déploya tout son talent face à un Young qui eut néanmoins plusieurs fois le dessus. Môssieur l'arbitre dut d'ailleurs à plusieurs reprises intervenir, en ne comptant pas, ou alors très lentement, les tentatives de tombé du jeunot. On a là sans doute une volonté de crédibiliser les deux participants, et l'objectif fut atteint. A noter aussi que le rookie Titus O'Neil a passé ce match à la table des commentateurs; il n'y fut pas brillant mais il y fut correct, répondant bien aux questions de Regal et Grisham et continuant ainsi d'apprendre le métier puisque le booking de la saison semble indiquer que la WWE compte sur lui à l'avenir.


Au final c'est Chavo qui a remporté ce match, non sans une dernière aide d'Hornswoggle qui a mordu les fesses de Young. C'est toujours sympa de voir ce bon catcheur qu'est Chavo Guerrero gagner un match, même si c'était étonnant de le voir célébrer sa victoire avec un Hornswoggle qui l'avait tant fait tourner en bourrique à l'été 2009. A plus de quarante ans Chavo est parfaitement au niveau et est apprécié de la foule: une présence plus régulière dans un des shows majeurs ne serait sûrement pas volée, mais les places sont si chères…

 

 


Sheamus faisant sa communion, un dimanche d'hiver.


 

Vladimir Kozlov est du reste bien placé pour le savoir et dans le segment suivant il semblait vouloir transmettre sa grande sagesse (si, si) à son rookie, Conor O'Brian, avec une leçon de sambo. Enfin, c'est ce qu'il a dit; avis aux spécialistes, on casse des planches de bois avec son crâne au sambo ? Car c'est bien ce sur quoi portait la leçon du jour. L'élève O'Brian a réussi l'épreuve, ce qui n'a pas empêché Kozlov de lui promettre les pires souffrances s'il ne se montrait pas à la hauteur. Petit segment vidéo à ranger dans la catégorie des "oubliables"…


Pas autant hélas que le match qui a suivi, entre deux rookies cette fois : ce même O'Brian et Lucky Cannon. Le match ne fut pas mauvais mais il n'y a rien à en ressortir: classique dans les prises, classique dans le déroulement, un pur exercice de style donc, vu mille fois. Si Master Regal a expliqué pendant le match qu'il surveillait O'Brian depuis longtemps c'est néanmoins Cannon qui l'a emporté – sans que ça ait d'ailleurs la moindre incidence sur la suite; un match vite regardé, vite oublié.


Petit événement ensuite: un retour vidéo sur le Raw de la veille consacré aux divas! Ou plutôt, évidemment, à Kharma et à son arrivée façon bulldozer au sein de la WWE et de sa division féminine. Silver a déjà analysé cette arrivée et ses possibles suites, mais on peut remarquer que la WWE investit pas mal de temps sur sa nouvelle recrue, avec ici comme à Raw les commentaires appropriés qui vont bien. Allez, ils doivent bien avoir une idée derrière la tête, on va y arriver à une division diva de qualité – ou même pas d'ailleurs, juste une division qui ne fasse pas honte à la plus grosse fédé du monde.

 

 


Kane, premier homme à marcher sur Mars.


 

Dans un segment qui faisait suite à ce rappel le rookie Byron Saxton s'excusait de son comportement auprès de son pro Yoshi Tatsu, qui lui ne pensait qu'à Maryse (on prit d'ailleurs soin de nous expliquer que Maryse n'était pas là ce soir à cause l'attaque subie la veille) – et qui du coup écouta à peine son rookie, qui lui annonça sa décision de se débrouiller seul. Au début de la saison on pouvait mettre Saxton dans les favoris logiques mais il est en retrait pour l'instant, on verra s'il prend de l'épaisseur dans les prochains episodes.


On en vient au troisième et dernier match de la soirée, devant opposer le grand William Regal au… tout petit Jacob Novak. Soyons nets, j'adore Regal. Non que je connaisse sur le bout des doigts sa longue carrière, mais j'admire énormément ce catcheur, qui est phénoménal dans le ring, excellent au micro, qui fait réagir la foule au quart de tour avec un simple petit sourire, qui connaît parfaitement le catch et est d'ailleurs un entraîneur de renom (cf. ci-contre, la citation de Punk sur les mérites comparés de Regal et Michaels dans la formation de Bryan)… J'ai longtemps rêvé de voir Regal endosser le rôle du maître d'armes sadique du Nexus, poussant les rookies dans leurs retranchements et servant d'éminence grise et de mentor idéal à un Wade Barrett fonçant ainsi droit vers le main event (c'est un des trucs bien dans le catch, ça pousse à imaginer une version meilleure de ce qui peut nous déplaire dans les vrais shows).


Bref, Novak était ce soir plus que jamais le sosie de Slam Master J – ça situe bien le niveau de ses ambitions. Hélas pour lui il se prit encore bide sur bide en tentant d'expliquer que l'industrie du catch n'allait bientôt plus parler que de sa victoire… Non, vraiment, ça le fait pas, je veux bien être optimiste et bienveillant mais avec Novak c'est trop dur. La WWE s'en est-elle, bien tardivement, rendu compte ? Car finalement "this poor boy", comme l'avait qualifié Regal un peu plus tôt, n'a pas combattu. Regal est en effet arrivé micro à la main, expliquant de façon évidemment convaincante qu'il allait montrer à ses collègues pros comment on s'occupe d'un rookie, et traitant au passage JTG (le pro de Novak, venu soutenir ce dernier) de muppet. S'il ne faut pas traiter Marty McFly de mauviette, il ne faut visiblement pas traiter JTG de muppet: énervé par cette injure il a pris d'autorité la place de son rookie pour le match, ce qui ne fut pas pour déplaire au génial Anglais qui expliqua qu'il n'aimait pas Novak mais qu'il détestait JTG.
 

 


Kelly Kelly, Beth Phoenix, Natalya & Michelle McCool, vues de dessus.

 


Le match dura pas loin de dix minutes. Regal y eut le plus souvent l'avantage. S'il était loin d'être physiquement affûté la technique et l'envie sont toujours là et il livra un excellent match, entrecoupé de ses petits sourires qui le rendent si… Anglais. Il pris même le temps, alors qu'il s'occupait consciencieusement de JTG au sol dans un coin, de saluer Novak resté au bord du ring d'un savoureux "it should be you". Il finit bien sûr par prendre l'avantage sur son adversaire et porta le tombé… ou presque, puisque Novak l'interrompit alors (provoquant une victoire par disqualification). Il y eut bien un petit beatdown avant que le pro et le rookie ne rentrent au vestiaire, mais le combat se termina par un Regal toujours conscient dans le ring, et toujours souriant. Un peu suffisant, un peu psychopathe… Irremplaçable! La carrière de Regal touche à sa fin mais j'espère vraiment qu'il aura droit à un vrai départ, il le mérite.


Fin du show… enfin pas vraiment… mais un peu quand même… Ce match fut la dernière séquence NXT du soir, mais l'émission se poursuivit par une promo du DVD de Mania, une vidéo de Christian et un retour sur l'anniversaire du Rock la veille. Le tout sans explication, sans salutations ni au revoir des commentateurs! Une nouvelle fois cette émission donne l'impression d'être en roue libre. C'était le 9e épisode de la saison je crois, et on n'a toujours pas entendu parler ni d'élimination, ni de la fin de la saison, ni de l'intérêt des points de rédemption collectés par les rookies. Enfin pas ce soir, puisqu'il n'y a pas eu d'épreuve en plus des matchs. Est-ce qu'il y a vraiment quelqu'un qui a une vision à long terme de ce truc? Parce que là, pour une émission de jeunes espoirs, on a eu une mise en valeur de deux anciens et rien du tout sur NXT en tant que tel… L'émission ressemble en fait un peu à Superstars, qui vient de s'arrêter: pas de stars mais des matchs assez longs et des storylines simples mais réelles, c'est déjà ça. Espérons juste que quelqu'un dans le staff se rappellera qu'il y a une compétition en cours et qu'il faudrait la faire avancer un minimum! Rendez-vous la semaine prochaine pour un nouvel épisode, aux frontières du réel ou presque…

 

 


The Undertaker, autoportrait d'outre-tombe.

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