Catch

Quand ça veut pas, ça veut pas…

L'important, c'est de participer

Pierre de Coubertin

 

Tu l'as dit!

John Cena

 

Où il est question de parking, de push, de bombe, de sauce, de retraite, d’immigration clandestine, de Charles Bronson, de Tartuffe, de timing et de soupe à la grimace.

 

 

C'est la période des deuils:

ci-git la créativité de la WWE (années 1980-2011)

 

 

Nalyse d’Over The Limit du 22 mai

 

 

Ça devait arriver. A force de jouer avec le feu, de ne plus prendre de risques en aucune manière, de ne plus renouveler son produit, de ne chercher qu’à vendre des produits dérivés, et après deux PPV fort moyens (Extreme Rules aura quand même brillé par son absence totale d’innovation), la WWE a pondu, avec Over The Limit, ce qui est pour l’instant le pire PPV de l’année.

 

 

Et la ponte a été douloureuse.

 

 

Les mots sont durs, mais ils sont sincères: évidemment, mon classement au concours de pronos devrait prouver que je ne suis pas exactement de bonne foi quand je dis que la WWE ne surprend plus. Ce serait alors une erreur de lecture: les pronos reflètent, inconsciemment ou non, nos desideratas concernant la compagnie, et j’avoue que pour ce PPV comme pour ER, c’est l’espoir qui a parlé, l’espoir qu’après le Grandest Stage of Them All, la WWE prenne des risques, puisqu’elle a ensuite un an pour remettre ses grandes stars au top niveau.

 

Mais hélas… Disparition du Rock, triomphe de Cena avec une première défense en weekly, toujours les mêmes au sommet, caprice d’Orton… La WWE ne change plus, n’innove plus, et ne fait plus frissonner votre humble serviteur comme un certain économiste devant une représentante du bas peuple. Et ce PPV s’inscrit dans cette droite ligne. Ligne droite, donc, mais sacrément pentue, de celles où l’on peut se prendre une bonne gamelle à l’arrivée.

 

 

Qu'est-ce que je t'avais dit?

 

 

Dès l’opener en vérité, le show partait sur des bases étranges. Je trouvais, au départ, que Truth était plutôt convaincant en heel, qu’il allait en retirer une seconde jeunesse, mais ce segment donne l’impression que la modification ne passe pas vraiment. En effet, c’est bien la Vérité qui est venue ouvrir le show, avec une promo sur le complot qui fait qu’il n’a plus de place de parking reservée, et qu’il a dû se garer avec la plèbe. Bon, la promo était originale, mais elle gravitait à de telles hauteurs d’absurdité que je pense que les braves habitants de Seattle ont été complètement largués, comme le montre leur silence pesant, à l’exception des inévitables « what ».

 

C’est d’autant plus dommage que le match en lui-même, entre Rey et Truth, a été plutôt agréable. Quelques botchs, des coups mal travaillés, mais un résultat assez séduisant, avec une victoire de Truth: une victoire sur une star établie, en PPV, pas mal pour un push! Le seul problème étant: à quoi sert-elle? Au-delà du fait que ce match avait davantage sa place dans un weekly que dans un PPV en termes de qualité, s’il n’est pas suivi d’effets quant à la place de Truth dans la carte (par exemple en l’envoyant feuder pour une ceinture), il ne servira à peu près à rien, à supposer en plus que son turn finisse par prendre auprès du public.

 

 

Pour essayer de s'imposer, Rey essaie même le RKO…

 

 

On est en tous cas loin de la supercherie de la soirée: le match pour le titre des Divas. Consternant. Je n’ai pas d’autres mots. Les Bellas ne sont pas de grandes catcheuses, Kelly non plus malgré son charme exquis, le seul espoir résidait donc dans une intervention de Kharma (vous savez, la seule femme en cuir incapable d’émoustiller qui que ce soit). Certains envisageaient même qu’elle aide Kelly à obtenir le titre, créant une espèce de relation « la belle et la bête chez les lesbiennes » qui aurait été très originale et intéressante. Et non: Kharma n’est même pas venue. La WWE a dans ses rangs une catcheuse exceptionnelle, mais également celle avec qui elle a fait une feud phénoménale à la TNA (Gail Kim), et elle n’en fait rien. C’est à n’y rien comprendre.

 

 

Je veux participer à un match mixte!

 

 

Et que dire alors du match Cole/Lawler? Cole, lâché par son cerbère aryen, essayait de se faire porter pâle dès le début du match… mais l’arbitre n’en avait cure et déclenchait le combat. Lawler expédiait donc une belle rouste à Cole (ce qui faisait tout de même plaisir à voir), avant qu’Eve Torres, victime récurrente des sarcasmes du commentateur, ne vienne pour la deuxième couche, bientôt imitée par Jim Ross. Cole prenait la fuite, et j’avoue que je pensais voir Swagger arriver et récolter une pop monstre, idéale pour un face turn, en ramenant Cole par la peau du dos.

 

Mais ce ne fut pas Swaggie, mais bien Bret Hart. Pourquoi le Hitman? Parce que durant toute la semaine, Cole s’était gargarisé d’une séquence lors de laquelle Lawler avait dû lécher les pieds du  Canadien rose. Hart infligeait donc son Sharpshooter à Cole, qui était contraint de se régaler des pieds de Lawler. Reste tout de même un nom-match, pour une non-feud pénible à suivre. Pourvu que ce soit la fin de la feud… Car perdre 10 minutes de PPV chaque mois pour ça, il est grand temps d’en finir. Depuis Wrestlemania, en fait.

 

 

Oui Axl la review sera prête à temps!

 

 

J’ai en revanche beaucoup de mal à faire des reproches au match entre Sin Cara et Guerrero. D’abord, parce que je suis de mauvaise foi, et ensuite parce que la WWE fait un beau cadeau à un futur retraité: soyons clairs, Chavo est proche de la fin, et cette feud contre une star de son pays présentée comme son élève est quand même un meilleur cadeau de pot de départ qu’une canne à pêche, surtout avec un match en PPV comme cerise sur le gâteau. L’enjeu évoqué à Smackdown (Chavo peut battre Sin Cara en moins de 5 minutes) ayant été occulté, c’est donc un match de près de 10 minutes que se sont livré les deux hommes, avec une victoire du Power Ranger à la clé. Le seul souci, en réalité, c’est le niveau du match: pas mal pour un weekly, mais très insuffisant pour un PPV, car il faut quand même se rappeler que le public paie, cher, pour voir ces shows, et que la WWE a dans un sens une obligation de qualité…

 

 

Cool guys don't look at explosions

 

 

Un dernier détour, avant d’arriver aux luttes pour le titre, par une promo de Del Rio, qui se plaignait de l’immigration clandestine des Canadiens à Seattle, allusion à peine voilée à ses concurrents directs Edge et Christian, entre autres. Sujet vachement gonflé, mais auquel il a su apporter la bouffonnerie nécessaire pour que ce ne soit pas infect. Del Rio n’aura donc fait qu’une promo, mais il aura été présent, ce qui n’aura pas été le cas de tout le monde: Sheamus ou Kingston, par exemple, le titre US n’ayant pas été défendu ce soir…

 

Commençons maintenant le tour des titres, avec le titre par équipes, et le match opposant ShowKane à CMason. J’ai beaucoup de mal à suspendre ma crédibilité assez haut pour imaginer que Kane et Show puissent être vaincus. Elle sera donc épargnée pour ce soir, puisque le New Nexus n’a pas su faire plier les deux colosses. Les raisons de se réjouir existent: défense du titre, Punk à la carte du PPV, trois anciens champions du monde dans le ring, ce n’est déjà pas mal. Il reste néanmoins que malgré les efforts de selling de Kane, Mason Ryan n’a clairement pas le niveau du tout pour figurer dans un PPV. Sa puissance est indiscutable, mais son moveset est inexistant, et surtout, avec son timing déficient, il casse le rythme du match à lui tout seul, en plus d’être potentiellement dangereux pour la sécurité de ses gais compagnons. Le match fut donc, au final, assez mauvais, à l’image de l’essentiel de la carte du soir…

 

 

Arrêtez ça, sinon je lâche Mason. Tremblez, mortels.

 

 

Il faudra aussi, je vous prie, m’expliquer, pourquoi ShowKane, présumés faces, sont allés tabasser le reste du New Nexus en coulisses avant le match…

 

Le match intercontinental, pourtant prometteur, ne tint pas non plus toutes ses promesses, à l’exception d’une: l’identité du champion à l’issue du match, évidemment Barrett, suite à l’intervention de ses ouailles. On peut rendre grâce à la TNA d’avoir aboli cette règle stupide (le champion conserve son titre en cas de disqualification), car je me demande bien quel heel digne de ce nom peut perdre un titre dans ces conditions…

 

Toujours est-il qu’on pouvait raisonnablement attendre un match correct entre un excellent catcheur et une powerhouse de premier choix, et c’est d’ailleurs ce que l’on obtint. Jackson est vraiment un monstre, qui donne sa pleine mesure en tant que heel (les bookers, si vous nous lisez…), et Barrett est vraiment un mastermind du catch, ce qui a donné un joli festival de puissance et de ruse. En fait, c’est l’issue du match, l’intervention du Core alors que Barrett était sur le Torture Rack, qui a un peu gâché l’ensemble: vu, revu, rerevu, on ne fait pas un match en PPV pour le traiter comme dans n’importe quel Smackdown. Depuis octobre et son arrivée, le Core n’a rien apporté à qui que ce soit, rien fait de particulier, et ne s’est même pas mêlé à la lutte pour le titre mondial… Le PPV de ce soir n’aura donc rien changé, et c’est regrettable, si ce n’est la menace d’un face turn de Jackson (à moins qu’il ne se la joue à la Charles Bronson ou à la Kurt Russell, à base de « je vais tous les tuer »).

 

 

Ca a l'air d'aller mieux, ils s'épouillent gentiment.

 

 

Grimpons encore d’un échelon, et arrivons au main-event, Cena contre The Miz. Et là encore, je dis non. En l’état actuel des choses, le syndrome Super-Cena atteint des sommets où je me demande comment le plus grand fan de Cena peut encore arriver à le défendre. Je ne suis fan ni de l’un ni de l’autre, je pourrais donc être objectif, mais je vais quand même soumettre les faits à votre analyse: Cena s’est fait tabasser par deux lutteurs, à coups de chaises, cannes de kendo, mobilier, décor,  ceintures, et même  finishers. Il a été jusqu’à recevoir des coups de chaise sur le crâne, prétendument interdits (mais la jurisprudence Taker/HHH a parlé).

 

On l’a vu inanimé, au sol, après 20 minutes de ce jeu de massacre. 20 minutes, j’insiste. Riley diffuse alors un faux enregistrement où l’on entend Cena dire « I quit ». L’arbitre n’est pas dupe et relance le match. Miz s’approche de Cena au sol… qui se relève comme un cabri, tabasse tout le monde, course The Miz, lequel se rend après quelques coups de ceinture et un STF. Le Miz est parfaitement ridicule, au temps pour son run de champion qui passe pour une vaste supercherie et ruine sa crédibilité, et ce tartuffe de Cena se rappelle alors qu’il est censé avoir mal et vend sa blessure n’importe comment. On ne me fera JAMAIS avaler ça. Ca se précise, donc: conformément aux craintes, Cena va garder le titre jusqu’à WM 28, démolissant tout adversaire, car personne ne pourra jamais conserver son statut après un traitement de ce genre face à lui. Bien sûr, la stipulation ne favorisait pas le Miz face à celui qui ne dit jamais « I quit », mais si vraiment la WWE place de grands espoirs en lui, quel triomphe aurait-il glané s’il avait obtenu la victoire ce soir, même en trichant! Hélas, comme d’habitude, Cena conserve son titre et son aura auprès des Kidz, qui se précipiteront acheter des t-shirts immondes, et le fan voit l’une des dernières possibilités de surprise de la soirée s’envoler.

 

 

Chut, y'a bambi qui fait dodo…

 

 

Je dis l’une des dernières parce que je ne respecte pas, à dessein, la chronologie de la soirée. Et si je termine par le titre poids lourds, c’est parce qu’il est le seul à avoir tenu son rang. Evidemment, Randy Orton, qui ressemble de plus en plus à Cena, a gagné. Mais, d’abord, on a eu un match proprement exceptionnel: une action intense avec des contres en pagaille et des mouvements d’une précision d’horloger, des nearfalls maîtrisés, de ceux où l’on retient son souffle et qui prouvent qu’il y a vraiment un fossé entre une vraie Superstar et un aspirant, et une alchimie palpable à chaque instant entre les deux lutteurs. Vraiment, et de loin, le plus grand match de la soirée. Mais c’est surtout vers Christian qu’il faut orienter le projecteur. Le Canadien a, ce soir, rendu une copie parfaite, en dehors même du match. Ainsi, on l’a vu invoquer, si l’on peut dire, l’esprit d’Edge, en imitant son ami puis en tentant un Spear, qui ne lui suffit hélas pas pour vaincre l’invincible Orton. Le clin d’œil à son obtention du titre, uniquement due à la retraite d’Edge et à un cadeau du booker, corrobore du même coup cette théorie. Christian montrait un réel désespoir face à son incapacité à vaincre Orton et, une fois le match achevé, quittait le ring avec mauvaise humeur, ruminant sa défaite. Toutefois, il devait ensuite revenir serrer la main du champion. On pourrait penser qu’il légitime Orton et reconnait sa supériorité. Je pencherais plutôt pour dire que le meilleur reste à venir, avec un Christian toujours plus écœuré d’avoir perdu son titre, lui qui a tant lutté pour l’avoir, et compensant ce qu’il pense être son handicap par des coups vicieux à répétition, jusqu’au heel turn, et pourquoi pas sous la férule d’Edge, qui même s’il ne peut plus catcher est toujours sous contrat jusqu’en juin?

 

 

Il a l'air plutôt dans les starting-blocks non?

 

 

En tous cas, il reste donc un motif de satisfaction avec cette feud, dont le talent des deux lutteurs garantit la qualité quoi qu’il arrive…

 

Heureusement, en fait, qu’il y a eu ce match. A défaut, on aurait eu un PPV mou, pauvre, sans aucune espèce d’originalité, d’inattendu, et sans raison de se réjouir pour l’avenir. C’est d’autant plus fâcheux qu’en principe, la WWE pose après Wrestlemania les jalons pour l’année à venir, et que cette période est en général celle où elle tente le plus d’innovations… Cette année sera donc celle de la frilosité, en espérant que le public de plus de 12 ans continuera à répondre présent, surtout après qu’on lui a fait miroiter un retour de l’Attitude, pour resombrer encore davantage dans la Kidz Era. Ce n’était pas la peine de nous vendre un choc des générations pour WM 28 pour le flinguer d’avance ainsi…

 

 

Désolé mec…

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