Catch

Smack my bitch down!

L'aigle va fondre sur la vieille buse!

– Roh ça c'est une belle métaphore…

– Ce n'est pas une métaphore, c'est une périphrase.

– Oh fais pas chier!

– Ca c'est une métaphore.

Michel Audiard, Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages.

 

Où il est question de peeps, de jouet, de mixte, de voisine, de nervous breakdown, de placard et d’explosion.

 

 

– J'ai rien compris…

– Averell, tais-toi!

 

 

Nalyse de Smackdown du 10 juin

 

 

Smackdown a traversé une période post-Wrestlemania, ou plutôt post-draft, assez houleuse. Le nouveau roster semblait avoir quelques difficultés à se mettre en place, et les vraies locomotives manquaient (et manquent toujours, sans doute) à l’appel.

 

Le cas le plus discutable, à mon sens, a été le cas Christian. Christian n’aurait sans doute jamais touché un titre majeur de toute sa carrière sans la retraite inattendue d’Edge, et le « cadeau » ainsi fait aux fans du Rated-R à travers la ceinture remise à son BFE.

 

D’aucuns diront que la perte beaucoup trop rapide du titre qui s’ensuivit, au profit d’Orton, faisait partie d’une storyline à longue échelle visant à mettre en scène un Christian frustré, et aboutissant à son heel turn de la semaine dernière.

 

Tout est, finalement, comme souvent en matière de catch, affaire d’interprétation. Si on est un peu plus cyniques, on peut aussi considérer qu’il fallait, donc, faire un cadeau aux fans d’Edge, avant de passer aux choses sérieuses en remettant la ceinture à un catcheur méritant et un bon petit soldat plutôt qu’à une petite enflure passée par la TNA. Ce faisant, Christian n’a donc même pas disposé de la ceinture une semaine, ce qui a permis d’amadouer ses Peeps, avant de succomber à ce qui ressemble fort à un caprice de star d’Orton.

 

 

Toi, mon gars, tu perds rien pour attendre!

 

 

Cela étant, là où la WWE a une réactivité remarquable, c’est dans sa capacité à mettre en place des promos qui tiennent compte des différents commentaires lus sur les forums, twitter ou autres. Ainsi donc, vous imaginez bien que je ne suis pas le seul à tenir ce genre de discours, et je n’ai pas l’arrogance de penser que les bookers lisent notre merveilleux site (et pourtant ils devraient !). Pourtant, la promo que Christian a livrée en début de show rebondissait astucieusement sur ce genre de « théorie du complot », sans faire double emploi avec celle de Truth. Soit, le face qui devient heel parce qu’on l’a floué est une raison récurrente de heel-turn, et Truth est un exemple un peu trop récent pour que Christian n’en pâtisse pas un minimum.

 

Cela dit, Christian a vraiment livré une excellente promo, en se posant différentes questions qui mettent en avant quelques travers paradoxaux du public. D’abord, le fait que les mêmes personnes qui l’acclamaient à tout rompre la semaine passée étaient les mêmes qui le huaient cette semaine. Eternelle versatilité des foules, certes, même si on peut aussi penser que cette partie du public est aussi celle qui s’est sentie le plus trahie. Ensuite, Christian jetait ce qui ressemble, là encore, fort à un pavé dans la mare : est-ce que la compagnie récompense les employés méritants, ou est-ce qu’elle va se livrer à des sondages sauvages dans la rue pour désigner ses champions ? Excellente question, M. Elkabbach, merci de l’avoir posée. Car ce qui n’est un secret pour personne reste quand même, à mon sens, une grande faiblesse de la WWE, qui axe toute sa stratégie sur le merchandising (ce fameux « sondage sauvage », en quelque sorte) dont Orton et Cena sont les têtes de gondole.

 

 

I want a peep right here, right now!

 

 

Aaaaah, j'adore mon job!

 

 

C’est cette capacité de recul dans les promos, acceptée par la WWE, qui à mon sens est l’un des points forts de la Fédération.

 

Toujours est-il que Christian tirait de ces deux assertions la seule conclusion viable : il a perdu son temps en comptant sur le soutien du public. Ce même public qui a envoyé Orton l’affronter cinq jours après un ladder match, et qui le conspue aujourd’hui alors que Cole demande au public s’il mérite d’être le Champion. Christian n’est plus dupe, le temps des peeps est révolu, et s’il devient Champion, ce ne sera plus pour eux, mais pour lui.

 

Excellente promo, vraiment, qui sur des bases classiques construit un personnage intéressant : ce n’est pas nécessairement le heel fourbe, évidemment pas le monster heel, c’est un peu le lonesome cowboy, ce qui cadre toujours avec Captain Charisma. On notera d’ailleurs avec profit de quelle manière Christian a construit ce personnage, étape par étape, avec cette frustration qui s’est muée en rancœur. Je persiste à penser que ce plan-là n’était pas prévu ainsi, et qu’il n’aurait jamais dû toucher à une ceinture si cela n’avait tenu qu’à VKM, mais le voilà top-heel, et plus exposé que jamais, ce qui est une bonne consolation…

 

 

J'ai une idée de ouf, playa! A Capitol Punishment,

Cena et Orton gardent leurs titres respectifs!

Inattendu non?

 

 

Et, à mon avis, l’autre coup remarquable de la WWE, c’est que Christian n’ait pas lutté ce soir. Il est obsédé par Orton, tout le reste devenant superflu.

 

Et c’est ainsi qu’il s’est invité lors du main-event, opposant Sheamus à Orton. Plus tôt dans la soirée, Orton était venu livrer une promo plus qu’académique : « je suis le plus fort, Christian vient ici si t’es un homme, etc… ». On peut difficilement faire plus académique. Christian apparaissait alors, mais sur le Titantron. Impeccable en type sûr de sa force face à Orton qui paraissait un chien fou, non sans moquer au passage les sondages de Long, il défiait Orton pour Capitol Punishment, ce qu’Orton acceptait immédiatement. Petit détail qui était bienvenu : on dit souvent qu’un heel turn laisse en suspens des détails qui le décrédibilisent (pourquoi a-t-il fait ci ou ça ?). A ceux qui se demanderaient, donc, pourquoi Christian n’avait pas compté jusqu’à trois la semaine dernière quand Sheamus avait fait le tombé sur Orton, Captain Charisma a répondu : parce que c’est Orton qu’il veut battre, et pas Sheamus. Un point nébuleux de moins, une construction cohérente, et un excellent match qui se profile pour le PPV le plus patriotique de l’année, que demander de plus ?

 

 

Petit homme blond sortir grande vitre et venir se battre!

Orton smash!

 

 

Et pourtant, il y eut effectivement plus, lors de ce fameux main-event, un No-DQ entre Orton et Sheamus. Sheamus est à l’aise dans ce genre de match, Orton est un bon technicien et un bon chorégraphe, l’échange fût donc d’excellente qualité, entre un irlandais pouvant laisser libre cours à sa violence, et une vipère nettement plus à l’aise quand elle peut sortir un peu du registre du face en faisant parler la violence, le tout sur plus de 20 minutes. Du reste, de l’aveu même de Long, ce match devait permettre aux deux hommes de passer leurs nerfs, ce qui fut fait avec brio. Evidemment, Christian faisait pencher l’issue du match, en distrayant Orton, puis en l’assommant avec le titre. Il ne s’est pas battu, sa cible reste Orton, voilà une feud qui non seulement est enthousiasmante, mais qui en plus est bien construite. On pourra toujours regretter que Christian n’ait pas gardé la ceinture plus longtemps, qu’il ne soit sans doute pas destiné à la récupérer de sitôt dans un roster où les top-faces se comptent sur les doigts d’un tentacule, mais au moins, on l’a sans doute plus vu en 2 mois qu’en bien davantage auparavant.

 

Finalement, le gros défaut de ce Smackdown, c’est que sorti donc de ce choc des titans, le reste des feuds et des storylines n’est pas exactement captivant, même s’il faut admettre en revanche que la qualité inring est très satisfaisante.

 

Le meilleur exemple de la soirée aura été le match entre Sin Cara et DiBiase. Suite à une intervention de Rhodes, Sin Cara se faisait passer à tabac, et Bryan intervenait pour l’aider, ce qui conduisait Captain Obvious à organiser un tag-team match. Rhodes, DiBiase, Sin Cara et Bryan, il y’a de quoi en compisser ses chausses, malgré DiBiase qui a, par le passé, livré d’excellents matchs contre Bryan à NXT. Le seul regret concernant ce match aura été que Sin Cara joue le face en péril, mais la rencontre aura été enlevée, très efficace, avec quelques spots très élégants. Victoire de la paire de faces (je n’ai pas pu résister) grâce au LeBell Lock, pour un match qui n’aura pas brillé par son originalité mais impeccable dans son exécution.

 

 

On peut être riche ET humain. Ici, DiBiase lâche 25 cents à un clodo.

 

 

En parlant de Tag Team, Johnny Curtis refaisait des siennes ce soir. Le vainqueur (inexplicable) de la Saison 4 de NXT (au détriment d’un Brodus Clay dangereusement absent), et destiné à un match pour le titre par équipe avec son pro R-Truth, se présentait avec une chips sur l’épaule. Pour ceux qui auraient eu, comme moi, un petit mais réel moment de watzefuckisme, renseignement pris, il s’agit une nouvelle fois d’une expression populaire anglo-saxonne, qui signifie que l’on a du ressentiment. Voilà. Merci Johnny, tu éteindras en sortant.

 

Toujours dans la série « Tiens, Fillon, vous êtes encore là vous ? », nous avions droit ce soir à AJ contre Tamina. Bon, je ne peux pas vous dire que j’ai suivi ce match avec attention, parce que j’étais un peu trop concentré sur AJ. D’ailleurs j’en profite pour passer un message personnel (et vous invite donc à passer au paragraphe suivant) : Kelly Kelly, KK (tu permets que je t’appelle KK ?), je sais que tu n’es là que pour exciter les jeunes geeks en pleine découverte de leur virilité et de leurs envahissantes hormones. Mais ça marche aussi avec les vieux pervers, et depuis que j’ai vu ta nouvelle prise consistant à frotter ton fessier contre le visage d’un adversaire adossé au turnbuckle, je veux livrer un match mixte contre toi. Fais-moi mal.

 

 

Okkkkkkk donc je vais me diriger lentement vers la sortie,

et vous allez me laisser partir, M. Lecter.

 

 

Bref.

 

Le match d’AJ était le prototype du match qui ne sert à rien. Quelle qu’en soit la raison, AJ n’a plus du tout le même niveau qu’à NXT, on peut même dire qu’elle a sombré. Et une victoire en 2 minutes contre Tamina après une prestation pareille n’apporte strictement rien à la ravissante jeune femme. Par parenthèse, il faut que Cole arrête de dire qu’elle est un peu la « girl next door ». Si ma voisine, 83 ans, ressemblait à AJ, je pense que je le saurais. En fait, nous le saurions tous, et nous serions beaucoup plus déterminés à organiser des fêtes de quartier. Je ne m’étendrai pas, au passage, sur les heel-turns de Tamina et de Rosa Mendes, totalement out of nowhere : cela fait bien longtemps que la division Divas est enterrée.

 

 

– Et donc là je lui dis: Axl, 30 dollars la barette, t'es taré!

– Heu, les gars, je vous signale qu'il y a un Divas Match là…

 

 

On discute, on papote, et il ne nous reste plus que deux matchs à voir ensemble, dont un relativement important.

 

Le premier était une nouvelle démonstration de Jinder Mahal face à Barreta. En une minute, j’appelle ça une démonstration, vraiment. Je ne peux pas dire que je sois séduit par son style dans le ring, ni par son charisme, mais s’il offre à Khali une dernière storyline un peu intéressante, ce sera déjà pas mal. Khali, c’est comme un vieux jouet tout pourri et un peu cassé : on n’a jamais vraiment joué avec, on ne jouera plus jamais avec, mais on a une petite tendresse pour lui. Bon, Khali, lui, exprime sa tendresse en infligeant des Vice Grip à Barreta, mais c’est l’intention qui compte.

 

 

Emma Frost a quelque chose de changé, depuis peu.

 

 

Enfin, last but not least, le dernier match de cette nalyse est celui opposant Barrett, Slater et Justin à Big Zeke et les Usos. Oui, vous avez bien lu, on a sorti les Usos du placard (ou du bureau du DRH) pour les associer à Zeke. Il allait sans dire que le big man face allait tenir la baraque à lui tout seul, et c’est d’ailleurs très exactement ce qui s’est passé. Certes, Zeke n’a pas un arsenal très développé, et je n’adhère définitivement pas à sa prise de soumission, mais quelle puissance ! Le match en lui-même n’a pas été mauvais, loin de là, mais c’est surtout ce qui en découle qui nous intéresse.

 

A la fin du match, The Core est en très mauvaise posture. Barrett s’enfuit, tandis que Slater retourne aider Justin, resté sur le ring. Zeke dispose des deux, place le sud-africain sur le Torture Rack, et remporte le match à peu près à lui tout seul.

 

 

Quand Big Zeke montre le plafond, l'imbécile regarde le plafond.

 

 

Bilan, les deux acolytes du Core demande des comptes à Barrett, qui se défend en expliquant qu’il doit s’économiser pour défendre son titre contre Big Zeke, et que de toute façon les deux autres ne seraient rien sans lui. A ces mots, Slater et Gabriel rendent leur tablier : The Core, c’est fini.

 

La question reste en suspens : The Core avait-il un sens, autre que celui d’assister à son explosion ? Aucun titre majeur, il ne reste qu’un titre de second rang que Barrett va perdre à Capitol Punishment, sans les deux autres pour couvrir ses arrières… Et au-delà de cela, il convient de se demander ce que vont devenir les membres du Core : Big Zeke va sans doute pousser Clay vers la sortie (il n’y a sans doute pas de place pour les deux, sans même compter Kane) et devenir champion IC, mais pour Barrett, le chemin du titre suprême est totalement bouché, Smackdown ne manque pas vraiment de highflyers de talent ce qui risque de nuire à Justin, et Slater n’a aucune identité propre, ce qui devrait le condamner à terme… De quoi nourrir quelque pessimisme, donc, pour ceux qui espéraient que The Core constituerait un tremplin, au moins pour Barrett et son comparse bafana bafana.

 

 

Bonjour, je suis une bonne gagneuse, obéissante.

J'adore m'en prendre plein les dents.

Je veux rejoindre The Core.

 

 

En somme, sorti de la grande feud du moment, ce Smackdown a été un peu paresseux, et donne l’impression très nette que les bookers ne savent pas vraiment quoi faire de leur roster, un roster déséquilibré et trop expérimental pour être parfaitement utilisable. Certains rongent leur frein, d’autre décorent, mais il manque une cohérence d’ensemble. Reste, au moins, le niveau inring, qui ne se dément guère. C’est toujours ça.

 

 

La TNA, don't try this. Anywhere.

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