Catch

Le XV de Stamford

Dans une équipe de rugby, il n’y a pas de passagers. Il n’y a qu’un équipage.

Pierre Villepreux, ancien co-sélectionneur de l’Equipe de France de rugby

 

Ca ne vous a pas échappé : du 9 septembre au 23 octobre se tiendra en Nouvelle-Zélande la Coupe du Monde de rugby! Confortée par son triomphe à la Coupe du Monde de football en 2010 (relisez ceci  si vous avez oublié l’inoubliable armada montée pour l’occasion), la WWE est déterminée à faire de nouveau parler d’elle, et envoie au pays des Bushwhackers une escouade de trente champions proprement invincible.

 

 

Faut bien s’occuper entre deux ppv.

 

 

La sélection de la WWE à la Coupe du Monde de rugby

 

 

L’adage dit que le football est un jeu de gentlemen pratiqué par des voyous et le rugby un sport de voyous pratiqué par des gentlemen. Eh bien, le catch, c’est un sport de voyous pratiqué par des voyous, alors les gentlemen du XV de France, des All Blacks, des Springboks et autres Wallabies peuvent trembler : la coupe Webb Ellis sera bientôt dans la vitrine de Stamford, cela semble absolument inévitable.

 

 

On vient, on gagne et on s’en va.

 

 

Car ne nous leurrons pas, le rugby est un sport basique que les athlètes surentraînés de la WWE (par ailleurs rompus au football américain, qui est au rugby ce que le steak génétiquement modifié est à une entrecôte bien de chez nous) domestiqueront sans aucune peine. Si un gringalet mal coordonné comme Sébastien Chabal a pu devenir international français et même superstar mondiale alors qu’il n’a touché son premier ballon ovale qu’à 19 ans, il est évident que les monstres de puissance, de vitesse et de dextérité qui constituent le roster de la WWE n’auront aucun mal, en une petite semaine, à intégrer les règles de cette soule moderne et à devenir la nouvelle force dominante du rugby international.

 

Voici donc la sélection des trente qui se rendra en Nouvelle-Zélande. Naturellement, elle emprunte partiellement à celle que nous avons envoyée en Afrique du Sud il y a un an gagner la coupe Jules Rimet; mais, de même qu'à l’époque, seuls les catcheurs en activité ont été sélectionnés.

 

 

La sélection des trente est tombée. Elle a été paraphée par du véritable sang de Vince McMahon.

 

 

 

Entraîneur

 

La sélection WWE à la Coupe du Monde de football — un sport complexe, où toute équipe rêvant de gloire se doit d’avoir à sa tête un stratège de haut vol — avait été drivée par le seul et l’unique Chris Jericho. Au rugby, on le sait bien, le coach a pour rôle exclusif de placer sur le pré les quinze gaillards les moins ivres du moment et de veiller au remplacement des mutilés et des morts. Dès lors, le poste ne pouvait échapper à Teddy Long, aka Captain Obvious, l’homme qui sait prendre une mine extrêmement sérieuse en annonçant les décisions les plus évidentes.

 

 

Les gars, le match va commencer. J’ai donc pris une importante décision. Attention, prêts? Voilà : je vous demande d’entrer sur le terrain.

 

 

 

Joueurs

 

Le rugby est un sport confidentiel confiné à quelques provinces françaises arriérées, plusieurs îles coupées du monde (Nouvelle-Zélande, Australie, Tonga, Samoa, Fidji, Îles Britanniques…) et un ou deux pays incapables de réussir quoi que ce soit en football (Afrique du Sud, Roumanie, Japon…). On y retrouve également les Argentins et les Italiens trop gros pour jouer au football, de même que des Américains et des Canadiens trop peureux pour se lancer dans le catch.

 

Dès lors, il est probable que nos lecteurs, issus pour la plupart de l’élite parisienne et davantage rompus au polo et au golf qu’à ce passe-temps aussi barbare que ténébreux, n’en connaissent pas bien le fonctionnement. Sans entrer dans les détails que personne ne comprend réellement, du type passage à vide ou maul écroulé, disons simplement que ça se joue à quinze, qu’on marque des points en aplatissant le ballon dans l’en-but adverse ou en le balançant d’un grand coup de pied entre les poteaux et au-dessus de la barre transversale, et que les joueurs se divisent sommairement en huit avants et sept arrières. Les avants sont des grosses brutes lentes chargées avant tout de pousser très fort les avants d’en face. Les arrières sont des grosses brutes rapides chargées de courir tout droit en raffûtant tous ceux qui tentent de les arrêter. Il y a aussi de subtils distinguos à l’intérieur des catégories « arrières » et « avant », qu’on vous expliquera au fur et à mesure.

 

 

 

Le jeu des sept erreurs.

 

 

 

AVANTS

 

 

Où l’on découvre qu’un terrain de rugby, ce n’est pas ovale, en fait.

 

 

Première ligne

 

Le talonneur, qui porte le numéro 2, est une boule de muscles qui se trouve au cœur de la mêlée, où il s’acharne à talonner ce putain de ballon ovale vers l’arrière, où se trouvent ses potes. Il est donc doté d’une certaine coordination avec les pieds… mais aussi avec les mains, puisqu’en tant que responsable des lancers sur les touches, il doit être capable de lancer un ballon ovale relativement droit.

 

Musclé et trapu, David Otunga est probablement le catcheur dont le gabarit convient le plus au rôle. Et si au rugby les Wives and Girlfriends avaient la même importance qu’en football, il est certain que M. Jennifer Hudson serait titularisé. Hélas pour lui, les gonzesses, dans le monde du rugby, ça n’a pas sa place en tribunes, plutôt à la maison, aux fourneaux, à préparer du sanglier pour les hommes fourbus. Exit donc l’incapable Otunga, et bienvenue à notre talonneur titulaire, le subtil Brodus Clay (1m98, 165 kilos)! Clay, surnommé la machine à souplesses, est plutôt technique pour son gabarit, et saura donc s’acquitter sans souci des quelques tâches qui font du talonneur un rugbyman un peu moins bourrin que ses collègues de l’avant. En plus, il a déjà la tête d’un gars qui a passé dix ans dans les packs.

 

 

Et comme on le voit ici, il a déjà pris la mesure de l’espace entre les yeux de William Servat, son homologue français, pour y caler une bonne fourchette.

 

 

Qui sera son suppléant? Ezekiel Jackson (1m93, 140 kilos) s’impose sans souci. Il suffit de le regarder en train de prendre sa fameuse pose plastique pour comprendre qu’il n’attend qu’une chose : que ses camarades du pack viennent l’entourer. Moins technique que Clay, il est le seul homme sur Terre à être aussi effrayant que lui. Voilà un argument de poids pour l’envoyer semer la terreur au cœur des packs.

 

 

Les gars! Y a un problème! Je crois que j’ai avalé la balle!

 

 

Les piliers (numéros 1 et 3) entourent fermement le talonneur et ont pour rôle de pousser fort vers l’avant, afin d'enfoncer la mêlée adverse. Il faut pour ces postes deux brutes insensibles aux coups et capables de traverser un mur de briques sans s’arrêter. Les piliers attirent rarement la lumière, ce qui vaut mieux quand on voit leur physionomie patibulaire.

 

Le titulaire à gauche sera, forcément, l’homme le plus fort du monde. Apte à faire reculer le pack sud-africain à lui seul, Mark Henry (1m93, 181 kilos) sera également fort utile pour porter quelques World’s Strongest plaquages bien sentis si quelque inconscient venait à le défier ballon en main.

 

 

Mark est très frustré: malgré tous ses efforts chromatiques, il n’a pas été sélectionné chez les All Blacks.

 

 

Son pendant à droite sera le Big Show (2m13, 220 kilos). Le cas échéant, il pourrait former un pack à lui seul. On se demande souvent ce qui se passerait si une force inarrêtable percutait une puissance inamovible : le Big Show est à la fois inarrêtable et inamovible. Autant dire qu’associé à Clay et Henry, il formera une première ligne qui fera reculer les quinze joueurs adverses agglutinés jusqu’à leur en-but sans se forcer.

 

 

Les Pittsburgh Steelers remercient encore le ciel que ce jour-là, le Big Show a épargné leur ligne d’attaque. En fait, il se réservait pour le pack de l’Afrique du Sud.

 

 

Les piliers remplaçants offrent une alternative intéressante. D’abord, il y a Skip Sheffield (1m88, 128 kilos). Certes, il est actuellement blessé à la jambe. Et alors? C’est pas de gambader qu’on lui demandera, mais de pousser fort droit devant lui et pour cela, une seule jambe d’appui lui suffira amplement. Habitué à porter des bœufs à la ferme, il ne fera qu’une bouchée des malheureux piliers qui lui seront opposés. Son pendant sera nul autre que le vétéran William Regal (1m91, 110 kilos), un bon vieux pilier à l’anglaise, bedonnant et vicieux comme pas deux. En plus, il est le seul homme capable de diriger le mononeuronal Sheffield.

 

 

– Vois-tu, Skip, la poussée en mêlée est un art ancestral qui nécessite une grande justesse de déplacement, une entente affinée avec ses coéquipiers, un sens parfait de l’équilibre, un…

Ouais enfin, faut pousser quoi.

– … Heu oui, on peut aussi dire ça comme ça.

 

 

Deuxième ligne

 

La deuxième ligne est constituée de deux gaillards (numéros 4 et 5) dont la particularité est qu’ils doivent non seulement pousser la première ligne (donc le talonneur et les piliers, bravo, vous avez bien suivi) mais aussi participer à la conquête des balles en touche, c’est-à-dire sauter très haut, souvent en se faisant porter par un camarade, pour aller chercher la balle propulsée par le talonneur à une hauteur stratosphérique. Il faut donc deux types grands, puissants et toniques.

 

OK, le Great Khali (2m21, 190 kilos) n’est pas exactement tonique. Mais quand on mesure 3m50 les bras levés, ce n’est pas fondamental. Sur les touches, il lèvera ses bras interminables, Clay visera le haut de ses doigts, et on souhaite bien du courage à ses adversaires directs pour aller chiper une balle à cette altitude. Et puis, ne nous leurrons pas, on le prend aussi parce que l’idée de le voir se plier en deux pour participer aux mêlées nous fait marrer d’avance.

 

 

Nallet, Papé et compagnie, z’êtes là? C’est l’heure du Kiss Cam!

 

 

A ses côtés se trouvera le presque aussi monstrueux Kane (2m13, 151 kilos). Lui est un vrai athlète, qui aime grimper sur le turnbuckle quand l’occasion se présente. Si les sauteurs d’en face sont vraiment balaises, on emploiera l’arme fatale : en guise de turnbuckle, il utilisera les épaules de Khali, et là, on va vite culminer à six mètres, si bien que la seule question sera de savoir si Clay saura lancer la balle assez haut. En plus, il est toujours utile d’avoir un psychopathe assoiffé de sang dans un pack, si par miracle quelque seconde latte d’en face se mettait en tête de jouer au héros.

 

 

Oh putain! Ils ont Kane! FUYEZ!!!

 

 

Passons aux remplaçants. Il faut pour ce rôle  obscur un mec grand, costaud, qui servira à pousser en silence sans trop ramener sa fraise. A y est, on a trouvé une utilité à Mason Ryan (1m98, 127 kilos). On a même l’intuition que cette fonction ingrate lui était déjà assignée lors de son enfance au fin fond du Pays de Galles.

 

 

En plus, il a déjà le regard éveillé propre à un joueur ayant passé des décennies à ce poste.

 

 

Si vraiment Kane et Khali doivent sortir en même temps, alors – mais vraiment si y a pas moyen de faire autrement , on réveillera la grosse masse endormie au bout du banc, le vieux de la vieille, un grand nom passé mais dont le présent évoque davantage le repos du guerrier que les combats acharnés au cœur de la mêlée : l’Undertaker (2m08, 136 kilos). Culminant aux alentours de 2m05, expérimenté comme pas deux, très agile malgré son âge – que l’on songe à ses promenades régulières le long de la troisième corde ou à son Suicide Dive patenté, qui ferait fureur dans un en-but de rugby , il a tout pour lui, hormis la volonté de se donner à fond. Mais si la patrie est vraiment en danger, alors on l’extirpera de sa léthargie (suffit de lui dire que la Road to Wrestlemania a commencé) et alors, que le Seigneur ait pitié des âmes adverses.

 

 

Psst…Taker… On est menés 19-0 là, tu veux bien venir filer un coup de main?

 

 

Troisième ligne

 

En troisième ligne, il y a la quintessence des rugbymen. Des hommes tout à la fois grands (ils participent souvent à l’alignement en touche et doivent savoir bondir très haut), puissants (ils prennent part aux poussées dans les mêlées) et raisonnablement rapides (ils s’intercalernt parfois dans les attaques balles en main, sans oublier qu’ils sont également chargés de plaquer le demi de mêlée d’en face si celui-ci tente d’y aller seul).

 

Le 6 et le 7 sont des flankers, ou « troisième ligne aile » : ils flanquent la mêlée de part et d’autre et surveillent avec vigilance les éventuelles prises d’initiative adverses. Jack Swagger (1m98, 119 kilos), qui allie toutes les qualités du flanker moderne — vitesse, puissance, tête à claques — est un titulaire indiscutable.

 

 

Imanol, c’est toi?

 

 

Wade Barrett (2m01, 120 kilos), qui a sans doute rôdé son Wasteland sur les terrains de rugby anglais, sera son associé de l’autre côté. Lui aussi est puissant, relativement rapide, et surtout il est le seul capable de soutenir la comparaison avec Swagger question tête à gaufres.

 

 

Hey, les Frenchies, je voulais vous dire… Pour Waterloo, good game, hein!

 

 

Les jumeaux Uso (1m88 et 110 kilos chacun) seront les flankers remplaçants. OK, ce ne sont pas des stars du catch, mais ils présentent plusieurs avantages. Leur gémellité permettra de gruger le cas échéant, en les envoyant sur le pré à tour de rôle, un peu comme les Bella alternent sans qu’on s’en rende compte sous les tables des pontes de la Fédération Internationale de Rugby. Ensuite, ils sont quand même drôlement utiles pour mener le haka collectif de la WWE, qu’on a hâte de voir. Et puis, ils sont samoans, quoi. C’est-à-dire qu’ils ont appris à plaquer avant d’apprendre à marcher.

 

 

Ou alors on les incruste discrètement dans l’équipe samoane pour la trahir de l’intérieur à un moment crucial, ils n’y verront que du feu.

 

 

 

Numéro 8

 

Le numéro 8 a un rôle à part, si bien qu’il n’a même pas de dénomination autre que numéro 8 (on dit parfois troisième ligne centre, mais c’est moins classe). C’est le plus balaise des trois membres de la troisième ligne, celui qui s’arc-boute derrière sa mêlée, plein centre. Mais il est aussi chargé de ressortir les ballons les plus brûlants, de résister aux plaquages qu’il subit en grand nombre et de défoncer les rares inconscients qui se présenteront face à lui. Toutes choses que Sheamus (1m98, 123 kilos) saura faire à la perfection, son pedigree irlandais, son amour immodéré de la castagne et son Brogue Kick parlant pour lui.

 

 

Ca a pas l’air de se décanter, le maul, là. Va falloir tailler dans le lard, fellas!

 

 

Quand il sortira boire une Guinness, il sera remplacé par un client à peine moins commode en la personne de Drew McIntyre (1m96, 116 kilos). L’Ecossais de service, dur au mal et à l’aise dans la baston, aura tout comme l’Irlandais titulaire du poste ou le remplaçant gallois Mason Ryan particulièrement à cœur de briller dans la compétition, car il ne faut pas compter sur leurs sélections nationales respectives pour mettre leur drapeau à l’honneur.

 

 

Ici avec la tenue officielle du XV du Chardon.

 

 

 

ARRIERES

 

Les arrières, on l’a dit, sont là pour « faire vivre le ballon », se faire de jolies passes à la main voire au pied, courir partout et éventuellement dans l’en-but adverse. Là aussi, les postes ont leurs spécificités.

 

 

Oui, on dirait une défense de foot avec un goal, quatre défenseurs à plat et deux milieux défensifs, mais n’allez pas le leur répéter.

 

 

Demi de mêlée

 

Dans le jargon imagé du rugby, le demi de mêlée (numéro 9) porte un surnom affectueux : « la pute ». Pourquoi? PARCE QUE C’EN EST UNE, voilà pourquoi! Tel le moustique voletant autour d’un troupeau de buffles, le demi de mêlée, petit et léger, se trouve au plus près des huit monstres de devant, qui ahanent pour lui permettre de récupérer le ballon… ce même ballon qu’il est chargé d’introduire dans les mêlées quand celles-ci sont décidées par l’arbitre. Une fois la gonfle récupérée, le nabot se dépêche de la transmettre aux autres arrières, plus costauds que lui. Il arrive cependant que, pris de témérité, il tente lui-même de s’infiltrer dans les rangs adverses – il est alors généralement séché par un flanker et piétiné à mort. Car l’adversaire déteste le demi de mêlée, qui passe son temps, pendant les phases statiques où les deux packs se livrent un concours de force, à insulter les gros d’en face, à leur marcher sur la main s’ils la posent au sol, à leur pisser dessus, etc. Bref, il est petit, malin et méchant. C’est donc tout naturellement que ce rôle dans le XV de Stamford sera dévolu à l’horripilant Hornswoggle (1m32, 59 kilos). Rien au monde n’est plus petit, malin et méchant que le nain des enfers. De plus, il ne pourra pas résister à la tentation de s’introduire discrètement sous le chapiteau formé par la mêlée pour essayer de piquer un ballon et de mordiller quelques mollets… et là, en cas d’écroulement subit, il pourrait bien mourir atrocement écrasé par le Big Show, par exemple. Que du bonheur en perspective!

 

 

S’il attrape pas le ballon, il vous chopera au moins les couilles.

 

 

Comme Hornswoggle risque fort d’y laisser sa peau dès le premier match, son remplaçant doit être une pointure. Rey Mysterio (1m68, 79 kilos), vif, imprévisible et toujours là dans les grands rendez-vous, l’emporte d’un souffle sur Daniel Bryan, car ce sinistre vegan d’American Dragon ne mange pas de sanglier, ce qui lui ferme toute perspective dans le monde du rrrubi.

 

 

Faut que je pense à me faire fabriquer des masques à motif maori pour m’implanter sur le marché local, moi. Ils mettent des masques pour des tas de cérémonies, y a moyen de se faire des grosses pépettes.

 

 

Demi d’ouverture

 

Un peu comme au foot, le demi d'ouverture (numéro 10) se trouve au cœur du jeu. Un peu comme au foot, c’est souvent lui qui tire les pénalties (on dit pénalités dans la langue bizarre parlée sur la planète ovale). C’est vers lui que le demi de mêlée se défausse le plus souvent du ballon extirpé à la mêlée, et c’est lui qui prend alors la décision stratégique d’entamer ce qu’on appelle une « attaque au large » (série de passes vers les autres arrières), de percuter connement le pack d’en face ou de foutre un grand coup de tatane dans le ballon, et qui vivra verra. Evidemment, personne ne peut contester ce poste à John Cena (1m85, 110 kilos), Ring General über alles de la WWE, et capitaine de l'équipe, capable aussi bien d’aller raffûter la première ligne néo-zélandaise que de mettre over ses camarades de l’arrière en leur offrant des passes qui les feront briller, ou encore de dégager la balle en plein ciel, histoire de laisser au public quelques secondes pour hurler Let’s go Cena et Cena sucks.

 

 

OK, mais j’exige d’avoir le numéro 54.

 

 

Son suppléant? Lol, vous croyez que John Cena quittera le terrain ne serait-ce qu’une seconde? Bien sûr que non. Vickie Guerrero (voir plus bas) a donc manœuvré en coulisses pour imposer à ce poste confortable de « remplaçant de John Cena » son amant Dolph Ziggler (taille et poids sans intérêt en l’occurrence). Ainsi, elle est sûre qu’il ne se fatiguera pas connement.

 

 

Toi et moi, on va plutôt jouer au jeu de la biscotte.

 

 

Ailiers

 

Les ailiers (numéros 11 à gauche et 14 à droite) sont des gars rapides et agiles, qui attendent sagement la baballe en bout de ligne avant de foncer vers la ligne d’essai en slalomant entre les derniers adversaires. De temps en temps, ils se font atomiser par un plaquage monstrueux, c’est sympa à revoir au ralenti.

 

A gauche, John Morrison (1m85, 102 kilos) trouve enfin un poste à la hauteur de ses talents de yamakasi. Qui ne frissonne pas à l’idée d’imaginer le prince du parcours enchaîner les sauts de mouton par-dessus une dizaine de bœufs, tout en élégance?

 

 

Hé les gars je suis démarqué! Ohé! John? Pourquoi personne me fait une passe?

 

 

Son pendant à droite sera Kofi Kingston (1m83, 100 kilos), qui cherchera à atteindre la ligne adverse en trois bonds de dix mètres chacun.

 

 

Kofi Kingston, une technique de porté de ballon unique au monde.

 

 

Une fois Morrison rendu paraplégique par un tampon encaissé après vingt-cinq voltes ahurissantes, il sera remplacé par Evan Bourne (1m75, 83 kilos), dans un registre de feu-follet. On avait d’abord pensé pour ce poste à Sin Cara, mais d’ici à la Coupe du Monde, le personnage sera incarné par Burrito, un catcheur mexicain de 150 kilos, et le profil ne colle pas.

 

 

« Ils sont fous ces Ricains », se dit Lionel Nallet avant d’envoyer Evan Bourne sur orbite.

 

 

A droite, Kingston cèdera sa place à Justin Gabriel (1m85, 101 kilos), qui a décidément bien de la chance. Il avait été retenu pour la Coupe du Monde de foot car elle se passait dans son pays, et il est sélectionné pour celle de rugby car on ne saurait se passer du seul Sudaf de la WWE. Le rugby, il connaît, le Justin, c’est traditionnellement le sport des Blancs dans son pays. Mais il trouvait l’ambiance des vestiaires trop vulgaire, c’est pourquoi il a finalement opté pour le monde sophistiqué et hautement intellectuel du catch. Nul doute qu’il a encore des repères avec un ballon ovale. Le cas échéant, il servira à traduire les consignes lancées en afrikaans par ses compatriotes Springboks.

 

 

Là, leur ailier gauche vient de dire qu’il était un peu crevé. Fonce Kofi, tu vas le niquer! (héhéhé)

 

 

Centres

 

Les centres, numéros 12 et 13, doivent eux aussi gambader balle en main, mais ils sont généralement moins dans l’évitement propre aux ailiers que dans la percussion : ils prennent la balle, foncent tout droit, se font descendre, libèrent le ballon vers l’arrière et seulement alors, reprennent leur respiration, s’il leur reste encore des poumons. Ils ont également une importante fonction défensive, puisqu’ils sont chargés, tels des stoppeurs au foot, d’intervenir brutalement pour interrompre toute offensive échevelée lancée par l’équipe d’en face.

 

Randy Orton (1m93, 111 kilos) est incontournable au poste 12 (le plus défensif des deux postes de centre). Costaud mais agile, il saura créer quelques brèches balle en main; surtout, défensivement, c’est un cador. On voit ça d’ici : percée d’O’Driscoll, cadrage débordement sur Orton… RKO OUT OF NOWHERE! En plus, y a des chances que ce ne soit même pas interdit. Et bien sûr, le meilleur décapiteur de la WWE sera préposé aux pénalités et aux transformations. Ca tombe bien, le ballon ovale a à peu près la forme d’une tête humaine : or les crânes des jobbers lui servent de ballons d’entraînement depuis des années.

 

 

Ah non, je l’ai prise un peu trop de l'extérieur du pied, on recommence.

 

 

On retrouvera à côté de lui Alberto del Rio (1m96, 119 kilos), dont la technique de brisage de bras sera très appréciée pour bloquer définitivement toute infiltration des Mark Tindall de tout poil. Bon, la vérité c’est qu’on le prend surtout pour compter sur le soutien vocal de Ricardo Rodriguez, qui seul avec son micro se fera davantage entendre dans les tribunes que toute une armée de supporters anglais.

 

 

Oups, je n’avais pas le droit de me garer sur mon vis-à-vis, le petit chihuahua namibien? Vraiment désolé. wink

 

 

Teigneux, hargneux, méchant, le Miz (1m85, 105 kilos) sera un remplaçant de premier ordre. Furieux de ne pas être titulaire, il s’arrachera à chaque entrée en jeu pour démontrer qu’il mérite une place dans le XV de départ.

 

 

Je mérite d’être capitaine à la place de Cena, de taper les pénalités à la place d’Orton et de serrer la main au premier ministre de la Nouvelle-Zélande comme Triple H, ouais!

 

 

Enfin, que serait une équipe de rugby sans un joueur au visage couvert d’un masque de protection? Dans la meilleure tradition, Cody Rhodes (1m85, 101 kilos) se servira du sien pour estourbir à coups de boule quiconque passera à proximité, ce qui compensera amplement un gabarit peut-être un peu léger pour le poste.

 

 

– Essai! Essai de Cody Rhodes!

Aïe, j’aurais peut-être pas dû aplatir le ballon avec ma tête.

 

 

Arrière

 

Qu’est-ce qui a trente bras, trente jambes et un cerveau? Une équipe de rugby. Le détenteur du cerveau est l’arrière, numéro 15. Il s’agit du poste le plus prestigieux du jeu, celui de Serge Blanco, de Gavin Hastings ou de Percy Montgomery. L’arrière est intelligent, car placé derrière tout le monde, il devine avant les autres où ira le jeu. Il est aussi élégant, car il se lance dans de longues chevauchées flamberge au vent sans jamais perdre sa permanente. Il est, enfin, courageux, car il se trouve souvent à la réception des chandelles balancées par l’adversaire, c’est-à-dire qu’il attrape la balle au vol un dixième de seconde avant de se faire atomiser par les plaqueurs adverses. Bref, il faut pour ce poste le meilleur au monde, et CM Punk (1m85, 101 kilos) n’a aucun concurrent à sa mesure.

 

 

Punk est tellement sûr de lui qu’il explique ses schémas aux All-Blacks avant de les humilier.

 

 

Son substitut sera bien sûr l’impeccable Christian (1m88, 103 kilos), qui ajoute à la panoplie traditionnelle de l’arrière l’avantage d’être le dernier spécialiste du Spear en activité à la WWE, technique fort utile pour mettre définitivement fin à toute ambition de percée adverse.

 

 

Thierry Dusautoir, estampillé meilleur plaqueur du monde, peut aller se rhabiller.

 

 

 

Configuration

     

Titulaires

 

                           1. Henry         2. Clay          3. Show

                                       4. Khali         5. Kane

                             6. Swagger   8. Sheamus    7. Barrett

                                       9. Hornswoggle  10. Cena

      11. Morrison         12. Orton        13. Del Rio          14. Kingston

                                                 15. Punk

 

 

Remplaçants

 

                           1. Regal         2. Jackson          3. Sheffield

                                       4. Ryan         5. Undertaker

                             6. Jey Uso   8. McIntyre    7. Jimmy Uso

                                       9. Mysterio  10. Ziggler

      11. Bourne         12. Miz                 13. Rhodes          14. Gabriel

                                                 15. Christian

 

 

 

Encadrement

 

Cuistot

 

C’est la personne la plus importante de l’encadrement d’une équipe de rugby. Il faut savoir préparer d’énormes marmites de barbaque pour nourrir tous ces grands gaillards, et les distribuer équitablement (plein de bouffe aux grands, plein de bouffe aussi aux petits). De par le culte quasi religieux que lui vouent les joueurs, le cuisinier est également leur premier confident – les rugbymen, au cerveau aussi abîmé à 25 ans que celui de Chris Benoit à 40, n’étant évidemment pas suffisamment évolués pour consulter un psychologue. C’est Vickie Guerrero qui jouera ce rôle prépondérant. Habituée à nourrir des générations de Mexicains affamés, elle ne cillera pas devant l’appétit des joueurs. Et comme elle couche ou a couché ou va coucher avec une bonne partie de l’effectif, elle est indéniablement la mieux à même de juger des états de forme des uns et des autres et à communiquer à l’entraîneur ces informations cruciales.

 

 

Vickie, tu es sûre que niveau calories…

T’inquiète pas Teddy, je sais que c’est largement insuffisant, mais ça c’est juste le goûter du Big Show.

 

 

Médecin

 

Les rugbymen, c’est pas des gonzesses. Une mâchoire en capilotade? Une rasade de flotte et ça repart. Une épaule déboîtée? Crac, remise en place immédiate, et on retourne dans le pack. Un œil arraché? Et pourquoi tu crois que le bon Dieu t’en a fourni deux? Dans ce contexte, l’assistance médicale est comparable à celle fournie sur un champ de bataille au Moyen Âge. Kevin Nash, garant dans la WWE actuelle de la tradition virile du catch d’antan, fera ça très bien.

 

 

Chacun son tour, Miz. Je remets d’abord les cervicales en place à Punk, puis ce sera à toi.

 

 

Pardessus gris

 

Pas de délégation de rugby sans quelques notables grossis sous le harnais. Leur fonction pendant une coupe du monde est de manger et de boire pendant des heures dans des restaurants d’élite avec leurs homologues étrangers, de descendre dans les vestiaires pour encourager les joueurs à grands cris de « Allez les petits, putaing cong », de digérer pendant les matchs en tribune présidentielle en tâchant de péter aussi discrètement que possible, et de multiplier les intrigues de palais qui n’intéressent qu’eux. Triple H et John Laurinaitis ont été joueurs eux-mêmes par le passé, mais voilà un bon moment qu’ils sont passés de l’autre côté de la tribune d’honneur.

 

 

Hunter, les Français nous invitent à venir dans leur loge pour boire du vin et manger du sanglier.

Encore?!

Eh ouais. Et après, faudra rendre visite aux Ecossais, ils ont de la bière et de la panse de brebis farcie.

– Bon sang, si j'avais si que ça serait si épuisant d'être dirigeant, je me serais incrusté en tant que joueur, moi.

 

 

Journalistes

 

Les journalistes attitrés d’une équipe nationale de rugby passent beaucoup de temps avec les joueurs et les pardessus gris. Ils sont donc gros et toujours légèrement ivres, et ne disposent que de quelques éléments de langage qu’ils répètent ad nauseam, sans même faire mine d’y croire eux-mêmes. Mais comme on les connaît depuis des lustres, on est quand même vaguement contents de les entendre dans le poste, comme on est contents de voir, lors des déjeuners familiaux, que tonton Bébert a toujours… comment on appelle ça, déjà… ah oui, sa faconde légendaire. Jim Ross et Jerry Lawler, vieux de la vieille, ne vont pas lâcher leur poste en or de sitôt.

 

 

– Ouh là là là là, il est mal retombé le Japonais, il est mal retombé, oh là là il est mal retombé!

Ah ça oui mon p’tit Jim, le docteur Tortorishiwa va avoir du boulot pour le remettre d’aplomb!

– Hé hé hé.

– Hin hin hin.

 

 

Fou du village

 

Les équipes de rrrrubi tiennent à leur tradition campagnarde, et la nôtre n’échappe pas à la règle puisqu’elle a emmené dans ses bagages (littéralement, dans la soute de l’avion, parce que faut pas abuser non plus) un véritable fou du village à l’ancienne, chargé de distraire tout le monde par ses billevesées au cas où les consoles de jeux tomberaient en panne. Le dingue est complètement allumé, et saura à son corps défendant détendre une atmosphère qui pourrait parfois être un peu trop chargée de testostérone. Oui, vous avez déjà deviné de qui il s’agit.

 

 

– Regardez bien ce symbole! Un cercle entouré d’étoiles! C’est un signe franc-maçon! John Cena, avoue que tu es un Frère de la Grande Loge d’Orient!

Heu, là, pour le coup, t’es tombé juste, alors ta gueule.

 

 

C’est donc une sélection hautement compétitive, répondant aux standards internationaux les plus élevés, qui va tenter sa chance en Nouvelle-Zélande. Cette équipe de la WWE a tout pour remporter le trophée. Un pack titulaire qui pèse, en cumulé, 1264 kilos, là où les packs les plus lourds de la compétition dépassent à peine les 900 kilos. Une deuxième ligne d’une taille moyenne de 2m15, soit quinze centimètres de plus que le duo sud-africain de référence, Botha-Matfield. Des athlètes hors du commun et des ordures patentées dans les lignes arrières. Et CM Punk pour réguler le tout et, au besoin, rendre fous les mastards d’en face par son art du trash talking. Elle a aussi des faux airs d’équipe du monde, puisqu’elle comporte plusieurs représentants des plus illustres nations d’Ovalie : sur trente joueurs, il y a là deux Anglais, deux Irlandais, deux Samoans, un Ecossais, un Gallois et un Sud-Africain qui sauront rapidement apprendre à leurs camarades américains les deux subtilités et demi qui distinguent ce jeu du football en casque.

 

 

– Voyons, mon cher Randy, c’est élémentaire : le regroupement est formé par trois joueurs ou plus au sol ou debout, qui cherchent à avancer en se liant pour garder ou récupérer le ballon. Les joueurs qui se trouvent au sol n'ont plus le droit de le disputer et doivent sortir de la "zone de conquête" où le ballon est disputé. C'est d'après le regroupement que se détermine la ligne de hors jeu, ligne fictive perpendiculaire à la ligne de touche qui passe par le dernier pied du joueur engagé, dans un camp comme dans l'autre.

Putain, on dirait une stipulation de la TNA.

 

 

Peu dérangés par des dirigeants qui regardent ça de loin et par un coach lavette, portés aux nues par des journalistes aux ordres, chouchoutés par une cuisinière – mère poule – amante d’exception, remis sur pied au besoin par un médecin aux méthodes radicales, les joueurs du XV de Stamford ne devront se méfier que d’un seul écueil : les tensions internes, nombreuses au sein d’un groupe dont tous les membres se sont déjà battus à mort de nombreuses fois. Finalement, comme dans le cas de toutes les équipes dominatrices, le pire ennemi de l’équipe de la WWE, c’est elle-même.

 

 

Terrifiés à l’idée de rencontrer la team WWE, les All-Blacks craquent et sélectionnent n’importe qui.

 

 

(merci à tololhardy pour l'idée et les conseils, et bonne Coupe du Monde à tous les aficionados!)

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