Catch

Je me présente, je m’appelle Henry

Quand les types de 130 kilos disent certaines choses, les types de 60 kilos les écoutent.

Michel Audiard, 100 000 dollars au soleil

 

Bonjour à toutes et tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où j'ai regardé Smackdown pour oublier à quel point le RAW de lundi était mauvais.

 

 

Ce soir, Mark Henry nous présente son nouveau gimmick en exclusivité : le boulanger du ring.

 

 

Nalyse du Smackdown du 9 septembre

 

 

Il faut quand même en parler sérieusement deux minutes de ce RAW parce qu'au-delà des storylines incohérentes, il lui manquait les deux ingrédients essentiels qui font un bon show TV. Je passerai donc rapidement sur les deux types qui changent à la volée deux stipulations pour un match à propos duquel ils ont signé un putain de contrat dans le ring de Smackdown quelques jours avant, très vite aussi sur les deux autres types qui passent leur temps à crier au complot contre eux et qui, néanmoins, bookent eux-mêmes leur match de championnat. Et je ne m'attarderai guère plus sur le rebond scénaristique tout pourri à base de caméras de sécurité opportunément retrouvées pour développer les deux régles d'or nécessaires à tout show de catch, celles qui donnent envie de ne pas changer de chaîne : annoncer le main-event pendant le show, histoire de motiver le spectateur à tenir jusqu'à sa conclusion et promouvoir le show suivant, en dévoilant à l'avance un tout petit peu de ce qui va s'y passer.

 

Si j'insiste autant sur ces deux aspects négligés lors du RAW de lundi mais qui étaient présents ce vendredi, ce n'est évidemment pas uniquement pour revenir sur mes frustrations du début de semaine mais aussi pour insister sur le manque de cohérence de la WWE. La fédération a, en effet, décidé de mettre le paquet sur le show rouge, histoire de ne pas trop pâlir de la concurrence sérieuse que va constituer le retour de la NFL et elle s'est avérée, cette semaine, incapable de donner une seule raison à ses spectateurs de regarder le show de lundi prochain, alors qu'elle devra se faire une place dans l'écran plat de ses spectateurs contre le match Raiders vs Broncos, précédé d'un Patriots vs Dolphins qui devrait permettre de doper l'audience.

 

 

Un Canadien avec une chemise à carreaux qui tabasse un Irlandais rouquin : bienvenue dans le monde des stéréotypes et des types stéroïdés.

 

 

C'est d'autant plus dommage que la WWE connaît ces deux règles d'or et qu'elle les a utilisées fort habilement ce vendredi, nous promettant un Randy Orton vs Cody Rhodes (Champion vs Champion) en main-event et nous glissant même au détour d'une storyline une partie de la carte de vendredi prochain.

 

Ça s'est passé dans le premier tiers du show, à la suite d'un match entre Sin Cara et Tyson Kidd dont il n'y a pas grand chose à dire : sans enjeu et certainement pas inédit puisque ce brave Tyson a déjà dû faire au minimum trois matchs contre chaque incarnation de Sin Cara (ce qui en soi constitue un petit exploit). Après sa victoire, le Mexicain sans visage, interviewé par Josh Matthews, a expliqué en deux langues les raisons de son agression sur Daniel Bryan la semaine passée. La tirade du sans-visage mais plus sans voix était assez confuse mais, justement, Mr Money In The Bank venait pour remettre les pendules à l'heure : OK, il a compris, l'autre le respecte pas et ils régleront ça dans le ring la semaine prochaine. Ajoutez +10 points aux auteurs du show pour donner envie au téléspectateur de ne pas rater l'épisode suivant. Pour parachever son heel turn, Sin Cara en a même profité pour appliquer à l'ex-American Dragon sa propre prise de soumission, une LeBell Lock. On peut donc difficilement faire plus heel et le personnage du luchador masqué semble prendre enfin un chemin un peu moins monotone que précédemment.

 

 

Sans vouloir critiquer Sin Cara I et Sin Cara II, si la WWE avait été un peu intelligente, elle aurait dû directement mettre le masque sur la tête de Tyson Kidd, ça nous aurait évité des mois de botchs.

 

 

Dans le même genre, la WWE nous a gratifiés d'un autre match, accessoire mais non dépourvu de dessein : Kelly Kelly contre Natalya accompagnée en ringside de Beth Phoenix. Et histoire de se précipiter sur le jeu de mots aussi facile que graveleux – comme tu les aimes, cher lecteur en plein questionnement sur ton identité sexuelle : des seins il y en avait puisque la challengeuse pour le titre arborait en ring side une magnifique tenue de pin-up vintage qui lui allait à ravir et lui donnait un look à la Jane Mansfield plus qu'appétissant. Le match fut assez conforme à bon nombre de ceux que Kelly² a réalisés depuis le début de sa confrontation avec les "divas of doom" : largement dominée mais toujours apte à optenir la victoire "out of nowhere" graĉe à un roll-up qui contre un sharpshooter comme ce soir. Le build-up du match pour le titre à Night Of Champions se poursuit donc tranquillement : la championne en titre, malgré l'évident désavantage physique et technique, continue à trouver un moyen de remporter la victoire et cela laisse ouverte, au moins dans l'esprit du spectateur, la possibilité d'une réédition d'un scénario de match proche de celui de Summerslam, le tout sans pour autant affaiblir la paire Natalya/Beth. S'il y a bien une chose à retenir de cette storyline, c'est qu'elle n'est pas si mal fichue que ça en termes de booking des matchs.

 

C'est tout ce qu'il y a à dire de la division divas pour ce vendredi, le petit passage d'Aksana lors d'un segment backstage avec Teddy Long n'ayant guère faire avancer les choses à propos de ces deux protagonistes. La WWE a, encore une fois et plutôt lourdement, souligné l'emprise sexuelle qu'exerce la fille de l'est sur l'homme de pouvoir. Les graines d'un angle majeur impliquant le general manager continuent donc d'être semées, lentement, et peut-être un jour donneront-elles naissance à quelque chose mais rien n'est moins sûr tant les storylines à ce sujet sont difficiles à gérer.

 

 

Une fille de l'est et un homme de pouvoir : c'est sûr, la WWE s'inspire du FMI pour ses storylines.

 

 

Tiens, en parlant de storyline délicate à gérer : le match entre Air Boom et l'équipe Khali/Mahal semble avoir marqué la fin de la paire indienne : encore une fois, c'est un désaccord dans l'équipe qui a permis la victoire des champions en titre mais, cette fois-ci, ça semble clair : il y a de l'eau dans le gaz entre ceux qui sont censés être beaux-frères. A ce train là, on se dirige à grande vitesse vers une feud entre Mahal et Khali – une perspective qui me paraît aussi alléchante qu'une rediffusion télévisée d'un épisode de Derrick – puis vers un Jinder Mahal qui va évoluer en solo après des débuts qu'il faut bien qualifier d'assez peu étincelants.

 

Pour revenir aux matchs avec un peu plus de consistance : attardons-nous quelques instants sur celui qui opposa Sheamus à Wade Barrett. Là encore, rien de particulier en termes d'action in-ring (c'est d'ailleurs une sorte de leitmotiv à Smackdown que cette difficulté à fournir plus d'un vrai bon match par show). Non, le véritable truc intéressant à propos de ce combat fut ses tenants et ses aboutissants. En préambule, une promo de Christian qui réclamait, une nouvelle fois, un énième match de championnat, ce qui provoqua l'ire du rouquin qui l'interrompit juste avant d'enchainer sur son match. Lequel, solide mais sans éclat, dura pas mal de temps avant que le Canadien intervienne et cause la disqualification de l'Irlandais qui dominait.

 

 

– Mpff ghd muirrr mm, ppp … bbmpfbb !

– Si j'ai bien compris, Sin Cara nous dit qu'il déteste l'abruti qui a fait ce masque.

 

 

Jusque là, rien à dire. On pourrait éventuellement se plaindre du caractère répétitif des jérémiades de Christian ou de la prédictibilité de son intervention mais ce serait mal juger : les heels sont énervants, c'est tout à fait normal, c'est même leur côté prévisible qui permet d'accentuer leur heat initiale; Non ce qui est gênant, c'est l'après match où Sheamus, qui vient juste de se faire un peu tabasser par l'ex-éternel number one contender, réussit tranquillement à placer son finisher, le Brogue Kick, à Wade Barett. Il prouve par ce geste sa supériorité absolue sur l'Anglais et le pousse encore plus bas dans la carte qu'il ne l'était déjà. Je comprends l'idée générale du segment : renforcer le personnage de Sheamus pour pouvoir le placer plus tard dans la course au titre, et maintenir Christian haut dans la hiérarchie, mais tout s'est fait au détriment de Barrett qui n'en avait pas réellement besoin, bien au contraire, il est déjà en constante perte de vitesse depuis des mois et rien ne semble fait pour arranger cela, ce qui est dommage car même si Barrett est loin d'être prêt pour le main-event, il mérite mieux que des matchs à Superstars.

 

 

Avec son slip sous son imper et un le joli dépush qu'il a reçu, Wade Barett va avoir plein de temps pour rencontrer ses très jeunes fans à la sortie des écoles.

 

 

Voilà pour l'accessoire passons maintenant au fil rouge du show qui fut, cette semaine, plutôt sous la forme d'une grosse pelote noire puisque c'était Mark Henry avec une vidéo-promo toute à sa gloire avant un monologue in-ring où il a fait part de son intention d'introduire Randy Orton dans son Hall Of Pain à lui. Interrompu par Zack Ryder, dont on ne sait pas trop s'il est Assistant General Manager ou Assistant To The General Manager (ce qui prouve que les auteurs de Smackdown ont soigneusement regardé les aventures de Michael Scott et Dwight Schrute, ce qui soit dit en passant n'étonnera personne et a permis à Cody Rhodes d'obtenir le meilleur angle de sa carrière). Le Long island Iced Z n'était là que pour jouer le rôle de la figure d'autorité factice : celle qui dit des choses (interdiction pour Orton ou Henry d'envisager de se foutre sur la gueule ce soir) mais ses ordres finalement importent peu. La meilleure preuve en est que Ryder, légitimement intimidé par la puissance d'Henry, finira world strongest slammé.

 

Pour revenir sur ce segment, tout y était bon. Ryder, dans son rôle batard de type avec un peu de pouvoir mais pas trop, convient parfaitement : il peut prendre un bump ici ou là. Se faire détruire par l'homme le plus fort du monde ne lui porte pas un lourd préjudice personnel et surtout, vu le peu de pouvoir dont il dispose, cela permet à Henry d'éviter d'emprunter la route déjà fort encombrée (CM Punk, The Miz, R-Truth, Christian) du catcheur en rébellion contre l'autorité. Et ça tombe bien que Mark Henry ne joue pas cette partition parce qu'il n'en a pas besoin : la phrase en exergue de cet article décrit son personnage mieux que tout et ses actions passées (Big Show et Kane sur la touche) parlent d'elles-mêmes.

 

On pourra dire ce qu'on veut à propos de Mark Henry mais quand la WWE est capable de porter une vraie attention au personnage, elle peut faire de lui un monster heel plus que crédible. Pour tout dire même, elle n'aurait jamais dû faire que ça et ne jamais lui donner d'autres rôles à jouer. Mark Henry en babyface qui jobbe pour tout le monde et sa grand-mère, comme on l'a trop souvent vu ces dernières années, c'est juste ridicule et s'il avait bénéficié de l'attention nécessaire en alternant les périodes de domination physique comme en ce moment et les temps de repos hors antenne entre deux storylines un peu importantes, il n'en serait que plus menaçant. Pour le titre d'Orton à Night Of Champion, son personnage de destructeur sans pitié ne me semble pas encore tout à fait prêt mais on en est vraiment pas loin et il est plus que probable qu'il ait droit à la ceinture dans les semaines qui viennent.

 

 

Avec deux jours d'avance, Beth Phoenix rend hommage au 9/11 en évoquant les twin towers.

 

 

Le Main Event, aussi solide que long, entre Randy Orton et Cody Rhodes ne s'est pas terminé, oh surprise, par un RKO Out Of Nowhere. Le match, si, bien sûr, mais il a été suivi de l'irruption du World Strongest Man venu défier du regard son adversaire et recevoir une mandale du champion du monde avant de prendre l'avantage de manière percutante. Le show se conclut donc avec les torts partagés sur l'infraction vis à vis des règles édictées par Teddy Long et avec un number one contender encore plus fort qu'auparavant (et à ce propos sa victoire en opener sur Ezekiel Jackson a aussi compté).

 

Le build-up d'Henry, constant depuis des mois, est donc encore une fois un peu plus poussé et si l'on peut faire des reproches à cet épisode de Smackdown, ce n'est certainement pas celui de perdre le fil narratif de sa storyline principale qui est d'une cohérence et d'une logique assez efficaces. Ce serait plutot du côté des matchs qu'il faudrait chercher les défauts. Le main-event, certes bon, n'atteint pas non plus réellement des sommets et ne paraît vraiment remarquable que parce qu'il conclut une série de matchs très moyens et souvent trop courts.

 

 

Monster heel ou pas, je trouve que faire caca sur son adversaire pour affirmer sa domination, c'est un peu too much, non ?

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