Catch

Vengeances ratées, ppv réussi

Rien n'est plus stérile que la vengeance.

Winston Chruchill

 

Le Big Show voulait se venger de Mark Henry. John Cena voulait se venger d’Alberto del Rio. Triple H et CM Punk voulaient se venger d’Awesome Truth. Cody Rhodes voulait se venger de Randy Orton. Ils l’ont tous eu dans l’os. Le titre du ppv était porteur de promesses trompeuses. Car le monde n'est qu'illusion.

 

 

Finalement, au lieu de nous conter une sombre histoire de vengeance, la WWE a préféré nous expliquer l'allégorie de la caverne de Platon.

 

 

Nalyse de Vengeance

 

 

Dans le mythe de la caverne, narré dans La République, Platon, à travers l'histoire d'une bande de corniauds coincés au fond d'une grotte, le dos tourné à l'entrée et ne voyant du monde que les ombres chinoises projetées sur le mur du fond, expose la complexité de la connaissance et l'attrait de l'illusion simplificatrice. Autant de thèmes que le catch met admirablement en évidence semaine après semaine.

 

Le WWE Universe ne connaît les grandes passions qu'à travers la représentation simplifiée à l'extrême que lui offrent les shows. Parmi ces grandes passions, la VENGEANCE, thème crucial dans le catch mais, avouons-le, fort rare dans la vie du vulgum pecus qui le regarde.

 

A vrai dire, n'importe quel ppv pourrait être appelé VENGEANCE, puisque les catcheurs passent leur temps à venger divers affronts subis au cours des semaines précédentes. Celui-ci n'a donc rien eu de particulier. Les vengeances ont, d'ailleurs, échoué. Mais le show, lui, a été une réussite, comme quoi, hein.

 

 

– C'est quoi cette histoire de caverne, Kofi?

– Je sais pas, Evan. Probablement une nouvelle stipulation.

 

 

La WWE s’est concocté un automne plus que chargé: trois ppv viennent d’avoir lieu en l’espace de cinq semaines. Night of Champions s’est tenu le 18 septembre; Hell in a Cell le 2 octobre; et Vengeance le 23 octobre. Rythme effréné et discutable: comment générer l’attente et l’envie quand les grands événements se succèdent à cette cadence? Comment éviter l’écueil de la multiplication des changements de mains des ceintures en un court laps de temps? Comment inscrire toutes ces échéances rapprochées dans un récit cohérent? Tant de questions!

 

 

Comment reproduire la vivacité pétillante du regard de John Cena?

 

 

Au moment où l’enchaînement des ppv redevient plus mesuré — il n’y en aura « que » cinq sur les six mois à venir —, il est possible de dresser un bilan de cette frénésie automnale. Et on constate que la WWE s’en est plutôt bien sortie. Certes, le séisme causé par les incendiaires promos estivales de CM Punk n’a pas forcément suscité les secousses attendues, mais les plaques ont bougé au sommet de la fédération. Une ordure encravatée s’est fait une place à la tête de Raw et, dans le même temps, des heels sans remords ont fait main basse sur toutes les ceintures individuelles et se sont démerdés pour les conserver. Le règne du Mal s’étend sur le royaume. Voyez plutôt le tableau à l’issue de ce dimanche :

 

– John Laurinaitis est le GM de Raw.

– Alberto Del Rio est champion WWE (victoire contre Cena et Punk à Hell in a Cell, victoire contre Cena en Last Man Standing à Vengeance).

– Mark Henry est champion du monde poids lourds (victoires contre Orton à Night of Champions et Hell in a Cell, match nul contre le Big Show à Vengeance).

– Cody Rhodes, certes vaincu par Orton à Vengeance, est toujours champion Intercontinental, depuis maintenant 76 jours. Il l’a pris à Ezekiel Jackson et l’a défendu avec succès contre Ted DiBiase à Night of Champions et contre John Morrison à Hell in a Cell, le sauvant au passage dans une bataille royale à dix. Et il est en feud avec l’une des plus grandes stars du business.

– Dolph Ziggler est Champion US depuis 127 jours. Certes, il ne défend pas son titre très souvent, mais il a quand même repoussé les assauts de plusieurs prétendants (Kingston, Riley, un Fatal fourway à Night of Champions contre Rilery, Morrison et Swagger, et maintenant Ryder). Et il s’est trouvé un allié de grand talent en la personne de Jack Swagger.

– Et chez les filles, Beth Phoenix a fini par arracher sa ceinture à Kelly Kelly, et vient de vaincre Eve Torres à Vengeance. Elle apparaît désormais comme l’indiscutable diva numéro un, et seule son alliée Natalya semble de taille à lui résister.

 

 

Bienvenue dans le monde réel, les petits loups.

 

 

On peut y ajouter que Miz et Truth sèment un dawa pas possible, comme on l’a encore vu à Vengeance, que Christian et Barrett fourbissent leurs plans dans l’ombre, que David Otunga est toujours là pour jouer les avocats véreux, que Kevin Nash n’est jamais loin du ringside en ppv… et on se rend compte que les heels ont la haute main sur la fédération en ce moment, d’autant plus que les faces apparaissent divisés (l’alliance Triple H – CM Punk est fragile, Cena n’a pas vraiment d’alliés dévoués – personne n’est venu le sauver à la fin du Last Man Standing —, Orton est un solitaire, le Big Show et Sheamus ont leurs propres chats à fouetter, Bryan et Morrison sont aux abonnés absents…). C’est cela, le sens général des trois ppv écoulés. Il y a une cohérence globale — la montée en puissance des heels — qui a été encore renforcée à Vengeance, où aucun des cinq titres en jeu n’a été perdu.

 

 

Ce message s’adresse à tous les gentils. Se défendre contre les méchants qui vous attaquent, c’est devenir méchant à son tour. Si vous êtes vraiment gentils, vous devez nous laisser vous latter la gueule. C’est cela, être une star.

 

 

Le premier match de la soirée — après un excellent clip inaugural sur le thème de la vengeance et centré sur les deux matchs de championnat du monde et sur Triple Punk / Awesome Truth — voyait les seuls champions Face de la fédération défendre leur bien contre les protégés de Vickie Guerrero.

 

Bourne et Kingston forment un duo naturellement sympathique: ce sont deux faces « naturels » qu’on a foncièrement envie de soutenir pour leur bonne bouille, leur joie de vivre et leur style bondissant. D’ailleurs, leur entrée commune à travers les cordes est déjà une promesse d’entrechats gracieux. On a là deux gars parfaits pour leur rôle de champions positifs, et heureusement, leur association semble destinée à durer. Ils ont une musique d’entrée commune (très banale au demeurant), des couleurs associées et désormais quelques mouvements conjoints. Bref, c’est par là qu’il faut commencer si on souhaite rebâtir une division tag team digne de ce nom. Reste à souder ensemble pour de bon plusieurs autres équipes et le titre collectif retrouvera ses lettres de noblesse. Des matchs comme celui de ce soir font en tout cas beaucoup pour la cause de cet art particulier qu’est le catch en tag team: le combat a été fun (ah cette envolée de Ziggler après une planchette japonaise de Kofi!), rapide, délié, bien rythmé, Vickie a comme toujours été très impliquée en ringside, et au final, les gentils ont gagné, comme de juste.

 

 

On aura vraiment tout tenté pour faire entrer le théorème de Pythagore dans la caboche de Dolph Ziggler.

 

 

Un bémol, toutefois, qui constitue une de nos récriminations rituelles: dans l’esprit des bookers, les faces ont tout à fait le droit de tricher, alors que quand les heels sortent des règles, ils doivent susciter la réprobation du public et des annonceurs. Ainsi, en début de match, Evan Bourne s’est permis de mettre une mandale à Ziggler quand celui-ci patientait sagement sur le tablier du ring, sans la moindre provocation de la part du champion US (vêtu d’un seyant slibard aux couleurs de la bannière étoilée). Un peu plus tard, Kingston est venu casser un tombé tenté à la régulière par Swagger sur Bourne. Le genre d’entorses aux lois qu’on ne passe jamais aux heels, mais que les faces peuvent se permettre sans souci…

 

 

OK Evan, je l’ai bien ramolli, maintenant sors la scie et coupe-le en deux!

Mais l’arbitre va rien dire?

T’es dingue ou quoi? On est les gentils, on a le droit!

 

 

Or les matchs sont censés nous rappeler, par leur déroulement et leur storytelling, qui sont les good guys et qui sont les bad guys. On doit se sentir solidaires des premiers et être révoltés par le comportement des seconds. Sur ce match de championnat tag team, un spectateur qui n’aurait pas su, au départ, qui sont les gentils et qui sont les méchants, aurait eu du mal à faire la part des choses.

 

Ce problème s’est encore aiguisé dès la fin du combat. Dolph Ziggler venait de subir à la suite un Trouble of Paradise et un Air Bourne. Encore groggy, il reprenait difficilement ses esprits dans le coin du ring, quand résonna le themesong de Zack Ryder, venu lui disputer son championnat des Etats-Unis. Allez Dolph, sale enfoiré, tu te relèves et tu livres immédiatement un second combat! Ca, c’est normalement le genre d’épreuves qu’on réserve à un super-face à la Cena; dans ce cas de figure, le spectateur ne peut qu’éprouver de la sympathie pour Dolph, qui démarre incontestablement sa défense de titre dans des conditions inéquitables (Michael Cole se fit d’ailleurs un plaisir de mettre en évidence l’injustice réservée au champion US). Mais on s’en cogne, croient savoir les bookers, il est heel, donc par définition, il n’a que ce qu’il mérite. Mauvais calcul. Si Ryder ne parvient pas à prendre le meilleur sur un Ziggler sérieusement diminué, le Long Islander le plus célèbre de la planète passera pour un incapable; s’il y réussit, sa victoire sera teintée d’un sale arrière-goût.

 

Quoi qu’il en soit, Ziggler résiste à la furia de Ryder, tente de fuir, est ramené dans le ring par Air Boom restés dans les parages pour aider leur pote l’Internet champion (et qui se font fort justement virer par l’arbitre pour la peine) et finit par profiter d’un coup de main discret de Swagger pour renvoyer Zack sur Youtube d’un Superkick que maître Shawn n’aurait pas renié.

 

 

John Laurinaitis est dégoûté: il fait tout pour avantager Zack, et n’en est toujours pas récompensé.

 

 

Etant donné la crédibilité discutable de Zack Ryder, Dolph ne ressort pas forcément très renforcé de ce succès acquis dans la douleur, mais le résultat est justifié: plus expérimenté, aidé par Swagger, Ziggler demeure supérieur à Ryder, même si celui-ci a l’avantage de la fraîcheur. En attendant qu’une place se fasse pour lui au main event, le blondin continue d’impressionner dans le ring; et comme il s’améliore sans cesse au micro, il semble paré pour un push à l’étage supérieur, peut-être après Mania, peut-être même avant…

 

 

Ouais, ramenez-moi Cena, Punk, Triple… ah merde, j’aperçois Mason Ryan.

 

 

Les faces ont donc lancé le ppv en grugeant un peu. Cette tendance sera amplifiée un peu plus tard avec l’autre match par équipes, opposant Triple H et CM Punk à Awesome Truth. Le combat fut précédé de deux séquences backstage inégales. On vit d’abord CM Punk discuter, Dieu sait pourquoi, avec Ted DiBiase, avant l’arrivée de Triple H pour un traditionnel « on s’aime pas mais on va faire le nécessaire pour gagner ce soir », passage si obligé que les deux hommes ironisèrent d’ailleurs un peu sur son caractère inévitable.

 

 

Bon, Punk, on va pas se la raconter: ce soir, on a un intérêt commun, donc on va la jouer collectif même si on n’est pas les meilleurs potes du monde…

Tout à fait. Nous allons faire corps, quand bien même je te considère comme un incapable doublé d’un arriviste.

– Heu, voilà, c’est ça.

– Un gros tas de muscles qui ne songe qu’à pousser de la fonte au lieu d’apprendre une prise ou deux qui pourraient t’être utiles.

– …

– Un intrigant qui a épousé une virago uniquement parce qu’elle était la fille du patron, un booker lamentable aveuglé par une vision du catch anachronique, un aigrefin qui compense ses complexes sexuels en exhibant à tout bout de champ un gigantesque marteau, un dopé responsable de la mort de dizaine de collègues emportés par leur accoutumance aux stéroïdes à cause du rythme effréné que tu leur imposais, un misérable mythomane qui s’offre des runs de champion par dizaines pour dissimuler le fiasco qu’est son existence.

– Coupez, putain.

 

 

La seconde séquence serait plus rigolote: Miz et Truth venaient faire de la lèche à Laurinaitis, qui finissait, surprise, par les envoyer bouler en mode face, sur le thème « vous êtes vraiment deux gros suce-boules, vous deux ».

 

Il faut souligner ici la finesse du traitement du personnage de Johnny Ace, qui demeure, finalement, assez énigmatique. Un GM purement heel, comme aurait pu l’être un Michael Cole par exemple, prend systématiquement parti pour les catcheurs heels, met les gentils dans la merde, et insulte le public à la moindre occasion. Rien de tel avec Ace. Il jure ses grands Dieux de ne souhaiter que le bien du business et de n’avoir qu’un seul objectif: donner aux fans ce qu’ils veulent. Quand il rembauche des catcheurs virés comme Miz et Truth, c’est parce qu’ils constituent un atout de poids pour la WWE. Quand un mec comme Morrison vient le faire chier le jour de son intronisation, au lieu de le punir en le suspendant, il se contente de lui donner un match le soir-même. Quand Triple H a des problèmes de visa, il vient immédiatement l’en avertir pour lui éviter une incarcération. Quand Del Rio vient se plaindre auprès de lui d’avoir laissé Cena lui imposer un Last Man Standing ce soir, il lui tient un discours traditionnel de patron face (« Je suis là pour organiser le meilleur show possible, va faire ton match, ciao »). Et quand (flash forward dans la nalyse) le ring s’effondre avant le main event, il vient promettre au WWE Universe que le match aura tout de même lieu, car c’est ce que les fans veulent (oui bon OK il s’est un peu emmêlé les pinceaux en le disant). Bref, pour l’heure, Johnny (qui doit avoir un forfait illimité sur les SMS, soit dit en passant) pourrait bien, en dépit de ce que racontent ses ennemis, être réellement un gars dévoué au bien général! D’ailleurs, quand la caméra le surprend en train de téléphoner, rien ne nous dit qu’il est en train d’élaborer quelque plan démoniaque. Ca se trouve, on se trompe carrément sur son compte!

 

 

Oui maman, bien sûr que je viens te voir demain. Je t’amènerai des roses, comme toujours. Ne t’inquiète pas si je suis un peu en retard, j’ai une réunion au comité de quartier de la Croix Rouge pour aider les SDF, tu sais que ça me tient très à cœur. Je t’embrasse, maman.

 

 

En tout cas, Truth et Miz ne se formalisent guère de sa vanne, et enchaînent sur une promo marrante sur le thème qui c’est qui fait le mieux de la lèche aux boss. Ces deux-là ressemblent de plus en plus à des heels cools et drôles comme ont pu l’être dans le temps Edge et Christian. Bon, c’est pas aussi fort dans le ring, mais c’est en tout cas un régal au micro. Leur entrée commune est actuellement la seule entrée de la WWE qu’on ne doit en aucun cas passer en avance rapide, tant le remix du What’s Up en You suck est un bonheur.

 

Quant au match… eh bien, si les Air Boom ont un peu grugé en dépit de leur statut de gentils de service, Triple H et CM Punk ont carrément explosé les limites de la morale! Ca a commencé par une torgnole balancée par H depuis le tablier au Miz, alors homme légal, et ça a continué par une multiplicité de heeleries pratiquement sous les yeux de l’arbitre. Faut dire que celui-ci était Scott Armstrong, l’ancienne bitch de CM Punk, et qu’il doit avoir conservé au fond du cerveau reptilien un fond d’obéissance servile à l’égard de son ancien tourmenteur.

 

 

– Eh Scott! Scott! Miz a les épaules au sol, compte le tombé!

N’en fais pas trop, Punk, c’est déjà assez difficile pour moi comme ça.

– Bon, d’accord, d’accord… Mets-lui quand même un coup de latte!

 

 

Les heels nominaux avaient beau faire, ils avaient du mal à égaler les faces officiels en fourberie. Le combat fut correct, notamment de la part d’un Triple H relativement à son affaire, mais ce n’est pas lui faire injure que de dire que ça va quand même mieux quand le rapide Punk le remplace dans le ring, notamment pour un spectaculaire combo bulldog sur Truth / corde à linge sur le Miz. Punk s’apprête à en finir avec Miz, Triple H a réglé son compte à Truth en ringside quand soudain…

 

 

Haha, t’as raison Steve, notre voisin de rang ressemble un peu à Kevin Nash, mais ça peut pas être lui, il est mort, wtf, lol.

 

 

S’il y a parmi nos centaines de lecteurs un naïf qui fut surpris par l’intervention de Big Dadddy, qu’il se dénonce et devienne la risée de ses camarades! Nash était furieux après Trips et n’attendait qu’une occasion pour l’encastrer dans le ring, ce qui fut fait, une fois la victoire d’Awesome Truth acquise sur un CM Punk livré à lui-même (quatrième jobbage de suite pour la voix des sans-voix depuis son succès à Money in the Bank, ça commence à faire beaucoup). Le père Kevin powerbomba violemment son vieux pote de Kliq au milieu du ring avant de se dissoudre dans le public, apportant un point aux pronostiqueurs qui avaient voté pour Awesome Truth et une recrue probable à l’équipe heel des Survivor Series. La méta-storyline se déploie donc harmonieusement, d’autant plus que, a priori, rien ne relie directement Big Angry à John Laurinaitis, qui pourra continuer de clamer qu’il n’a rien à voir avec tout ce bordel.

 

 

Kevin?! Wuddahell?

Me regarde pas comme ça Booker! J’ai reçu un SMS de Triple H, il me demandait d’intervenir dans son match et d’éclater le « gros con à la grande gueule ». C’est ce que j’ai fait.

Kevin, lemme tell you right here, il parlait du Miz!

– Oh la boulette.

 

 

Auparavant, on avait vu un agréable Sheamus-Christian. Le match joua à plein sur le souvenir des rencontres précédentes, les deux hommes évitant et contrant finement leurs finishers respectifs. A ce jeu-là, Sheamus fut bien sûr le plus fort : il se releva d’un énorme Spear de Christian, lequel ne se releva pas du Brogue Kick.

 

 

L’expression du jargon catchesque du jour est : « To use a midcarder as a stepping stone ».

 

 

Le rapport de forces est similaire entre Randy Orton et Cody Rhodes. Le premier est in kayfabe nettement supérieur au second, mais leurs matchs sont plaisants et il est toujours intéressant de voir un challenger heel moins puissant que son adversaire forcé à multiplier les attaques inventives. Ici, Rhodes a tenté un Walls of Jericho, plusieurs Moonsaults et divers autres expédients, sans succès. La storyline Rhodes-Orton s’écrit d’elle-même, au vu de l’histoire commune des deux hommes: pendant des années, Rhodes a été l’esclave d’Orton, il a tout appris auprès de lui et veut désormais prouver qu’il a dépassé le maître… Dans ce contexte, son imitation du martèlement ortonien pré-RKO est tout à fait logique.

 

 

– Il vient de dire « Je mange une planète et je recule en case sauterelle » en morse. T’as une idée de ce que ça signifie, voix 1?

T’en fais pas voix 2, il commence à peine, il maîtrise pas. Tu te souviens la première fois où Randy a martelé le sol?

Ah ah ah oui, c’était génial : « Je suis un vagin de sanglier », ptdr rien qu’à y repenser!

Eh les voix, vous le dites si je dérange hein.

– Ta gueule Randy.

– Oui, ta gueule Randy, occupe-toi de ton match plutôt, on s’entend pas discuter là.

 

 

Heel, Orton était un psychopathe fini. De tout le roster, Rhodes est aujourd’hui le personnage qui se rapproche le plus de la Vipère qui entendait des voix dans sa tête. Je serais tout à fait favorable à ce que Rhodes développe une véritable obsession centrée sur son ancien mentor. Orton est le catcheur idéal pour amener un midcarder émérite au niveau au-dessus, et n’a pas forcément besoin de se trouver en permanence dans la title picture pour rester over. Il a été testé en feud de midcard contre Kingston fin 2009 et contre Punk début 2010, mais chaque fois les bookers n’ont pas osé le faire perdre et se sont empressés de le ramener vers le championnat du monde. Un peu d’audace, et on tient là la feud de la fin d’année, et le dernier tremplin qui enverra Cody le taré dans le main event.

 

 

Fais le méchant Cody! Comme ça!

 

 

Comme ça?

 

 

Heu… Ouais, super, t’y es presque!

 

 

Cody a le potentiel pour aller encore plus haut, mais le main event côté Smackdown apparaît aujourd’hui assez embouteillé. En dehors d’Orton, qui peut y revenir à tout instant, rappelons que Sheamus compte maintenant deux victoires indiscutables sur Christian et cinglerait probablement vers le World Heavyweight Championship si Mark Henry avait réussi à se débarrasser du Big Show ce dimanche… mais c’est plus facile à dire qu’à faire. La confrontation des béhémots, là aussi précédée d’un excellent clip (pléonasme quand on parle des clips de la WWE, d’ailleurs celui basé sur le « chaos » diffusé avant Triple Punk – Awesome Truth était également très réussi), a tenu toutes ses promesses. Bon, pour certains fans, les promesses en question étaient nulles; mais pour ma part, je confesse que, comme tous les bouseux du monde entier depuis des décennies, l’une des raisons qui me pousse à regarder le catch est la perspective de voir deux mastodontes se cogner dessus. Et de ce point de vue, le match fut conforme à ce à quoi on pouvait s’attendre. Henry et Show sont tous deux à la fois une force inarrêtable et un objet inamovible. Leur confrontation mit parfaitement en valeur leur puissance et leur résistance, qui les poussa à tenter l’insensé, à savoir escalader les cordes pour se projeter l’un sur l’autre, si bien qu’un Jerry Lawler toujours aussi pondéré lâcha qu’il avait l’impression de voir à l’œuvre Evan Bourne et Kofi Kingston, ce qui était quand même quelque peu exagéré.

 

 

Tu chausses du combien? Du 62? C’est un peu grand pour moi, mais si je mets de grosses chaussettes, ça devrait être bon.

 

 

Après une dizaine de minutes qui semblaient devoir aboutir à un pat, vint un finish qui fera à coup sûr partie des grands moments des résumés de fin d’année. Le Big Show, désespéré de n’avoir pas pu éteindre Mark Henry en dépit de deux chockeslams maousses, monta sur le turnbuckle, le champion le suivit et le Superplex de l’enfer intervint.

 

 

– Mark, je repense à un truc, d'un coup.

– Quoi?

 

 

– Le ring va s’effondrer là, c’est bien ce qui est prévu?

– Ben ouais.

 

 

– On a pas oublié de prévenir Hornswoggle?

– … Oh putain. C’était ça ce « Splotch »?

– Je crois bien, ouais. Fais le mort.

 

 

Alors évidemment, nous autres fans de longue date ou accros de l’Internet avons visionné des dizaines de fois le même spot, réalisé sur le même Big Show par Brock Lesnar il y a dix ans de ça (pour ceux qui connaissent pas, cliquez ici). Et nous pourrons donc râler: oh, c’est du déjà vu, faites original, les gars! Mais n’oublions pas que tout le monde n’est pas comme nous (hélas, mais c’est une autre question).

 

Des tas de gens n’ont jamais vu cette scène historique, et ont été proprement estomaqués par ce finish en forme de gigantesque point d’exclamation. La scène fut si spectaculaire qu’elle réveilla même un public particulièrement amorphe, c’est dire. Suivirent de longues minutes de traditionnelle panique médicale et l’évacuation des deux gladiateurs. Cette séquence d’après-match fut plus longue que le match lui-même, mais peu importe: elle apporte beaucoup à la dramaturgie de l’instant, souligne l’extraordinaire violence de l’impact et met over encore un peu plus Mark Henry, qui quoique chancelant, quitta les lieux sur ses deux pieds, à l’inverse d’un Big Show une nouvelle fois emmené sur un monte-charge.

 

 

– Bizarre, y a une rigole de sang qui s’échappe de sous le ring, quelqu’un s’est blessé?

– Vous occupez pas de ça docteur, emmenez-moi vite backstage, je crois que je vais faire caca!

– OK Show, on verra ça plus tard.

 

 

Jerry Lawler a peut-être eu tort de parler de Lesnar dans les minutes qui suivirent: je suppose qu’à la WWE on aurait voulu présenter ce moment comme un événement absolument unique. Peu importe, au fond. Par ce OMG Moment de première bourre, la WWE rend hommage à son propre passé, un exercice dans lequel elle est passée maîtresse et dont elle aurait tort de se priver. Dans le même genre d’idées, saluons la sortie d’un DVD retraçant la rivalité venimeuse qui a opposé des années durant Bret Hart à Shawn Michaels, sortie amplement relayée par un long clip diffusé pendant le ppv.

 

 

D’ici un an, ils sortent la même sur le thème DARREN VS TITUS.

 

 

C’est donc autour d’un ring à moitié défoncé qu’allait se produire le main event, ce Last Macho Standing qui restera avant tout dans les annales pour avoir été le jour où John Cena (qui se nourrit de la haine du public comme un vampire) a révélé au monde ébahi son nouveau t-shirt, au slogan si puissant qu’il arracherait une larme au plus blasé des salopards.

 

 

– We hate Cena.

– Rise above hate.

– No. Fuck you. You suck. You can't wrestle. Asshole.

– Et si je t'éclatais la gueule, là maintenant tout de suite?

– Tu peux pas crétin. On est séparés par le quatrième mur.

 

 

Ah oui, entre ce tshirt à message et la campagne anti-bullying, la WWE est une belle école de la vie qui nous apprend à chaque instant à… OH CENA VIENT D’EXPLOSER LES COUILLES DE RODRIGUEZ SUR UN COIN DU RING LOOOOOL!

 

 

Et voilà comment on fait d’un baryton un ténor.

 

 

Bon, les Last Man Standing, on le sait bien, ce sont des matchs qui gagnent à être vus en léger accéléré, surtout pendant les innombrables et interminables décomptes. D’ailleurs, j’ai chronométré pour vous: le décompte de 9 moyen dure 27 secondes, et il a fallu 31 secondes pour réaliser le décompte de dix final. Autant dire que les occasions n’ont pas manqué, pour les spectateurs, de retourner à la cuisine se chercher des apéricubes. La structure de ces combats est classique: assaut de l’un, longue récupération de l’autre, puis vice-versa… Et comme dans tous les matchs sans disqualification où est engagé un heel sans scrupules, on retrouve une incohérence récurrente: pourquoi ne pas profiter de la stipulation « No DQ » pour faire intervenir un maximum d’alliés armés jusqu’aux dents? Ici, pourquoi Ricardo Rodriguez a-t-il bêtement essayé d’attaquer Cena à mains nues, alors que rien ne lui interdisait d’y aller à coups de barre de fer ou de batte de base-ball? Pourquoi ce millionnaire de Del Rio n’a-t-il pas stipendié une demi-douzaine de heels qui auraient été trop heureux de participer au main event d’un ppv pour qu’ils l’aident à péter la gueule à Big John?

 

 

Ah oui, j’aurais dû y penser. Mais j’étais trop occupé à lustrer ma R19 avec cette superbe peau de chamois.

 

 

Ce grognement répétitif mis à part, le match a été bon, bien aidé par le paysage irréel qu’offrait un ring dévasté, planté au milieu de la salle de traviole, comme un bateau échoué après une tempête. En dehors d’un spot incohérent (Del Rio place à moitié un Cena encore relativement frais sur une table avant de se mettre à escalader un échafaudage, Cena le rattrape immédiatement pour le propulser à travers cette même table), ce fut plutôt malin, notamment quand Del Rio a fait écrouler sur son adversaire les installations d’un shoot photographique, puis l’a balancé dans le V emblématique du titre du PPV: Cena était ainsi détruit par les symboles de la médiatisation de la WWE dont il est lui-même le porte-drapeau. Un peu comme si Captain America était étranglé par un drapeau américain, quoi.

 

 

John Cena, invincible en Last Man Sitting Match.

 

 

Évidemment, on ne peut pas vaincre Cena à la régulière dans un Last Man Standing (d’ailleurs, la question récemment posée dans un comm tient toujours: à quand remonte la dernière défaite de Cena par tombé ou soumission en un contre un dénuée de toute intervention extérieure ou de gruge de l’adversaire? Si vous avez la réponse, ne la gardez pas pour vous). Le Marine a gagné dans des matchs de ce genre contre Umaga en 2007 et Batista en 2010, et a perdu contre Edge en 2009 sur intervention du Big Show, qui l’avait balancé dans un projecteur allumé, provoquant une coupure d’électricité sur la totalité du territoire des États-Unis. Cette fois, il fallut que Miz et Truth se mêlent du match pour permettre la victoire de Del Rio. Les Awesome sauvèrent la Miz (lol!) au Mexicain, que Cena venait d’Attitude Adjuster à travers la table des annonceurs espagnols en agressant le challenger. Celui-ci se releva à neuf, mais encaissa immédiatement un coup de ceinture à la face qui, cette fois, l’étendit pour le compte, ouf.

 

 

Ah vous tombez bien vous deux. Je voudrais vous entretenir de l’erreur majeure que constitue l’accord chromatique du short de John à la tenue des membres de la National Guard présents au premier rang, car sur un écran à 1024 pixels le kaki se rapproche de la fréquence du bleu, qui est la couleur de Smackdown, show que John a abandonné depuis des an…

 

 

TA GUEULE SPANISHANNOUNCETABLE!

 

 

Les prochains épisodes nous expliqueront pourquoi Awesome Truth, déjà aux prises avec Triple H et CM Punk, et qui avaient promis à Laurinaitis de se tenir à carreau, ont jugé bon de se mettre John Cena à dos. Peut-être qu’ils n’aiment pas les shorts kaki, après tout. En tout cas, la fameuse méta-storyline n’a pas été trop envahissante dans ce ppv: elle a seulement permis les victoires des heels dans deux matchs où leurs chances paraissaient minces, et comme de juste, on a laissé les grandes explications aux weeklies. C’est ainsi que les choses doivent se passer: les ppv, c’est trois heures de catch, et Vengeance a de ce point de vue fourni un spectacle honnête et un booking largement approprié.

 

 

Kofi j’ai une idée!

Non, Evan. Tu vas encore dire une connerie.

Ecoute, écoute: et si on proposait à Randy Orton de rejoindre notre équipe? On appellerait ça Air Chaos!

Tu vois, je te l'avais dit.

 

 

J’ai voulu laisser pour la fin le joyau caché de la soirée, à savoir le match féminin. Dire que ce match entre Beth Phoenix et Eve Torres aura été le meilleur match féminin de l’année, ce n’est pas dire grand-chose, tant la division aura été sinistrée en 2011. Mais ce match-là a prouvé que ces demoiselles méritaient mieux que les miettes qu’on leur offre. On oublie trop facilement à quel point leur mission est généralement impossible: comment peut-on raconter une vraie histoire quand on n’a que deux ou trois minutes pour son match? Cette fois, les filles ont eu très exactement 7 minutes et 18 secondes, et elles en ont fait bon usage.

 

 

Waaah! Elles ont fait 7 minutes et 18 secondes de stinkface?

 

 

Juste avant, on avait vu une vignette tournée backstage un peu plus tôt dans la journée. Kelly Kelly se disait confiante pour Eve, Natalya l’attaquait, suivie de Beth, sous les quolibets des Bella Twins, Eve intervenait, puis les Uso et Daniel Bryan, qui passaient justement par là (ils venaient mater les filles dans les vestiaires, ouais!), séparaient tout ce beau monde. C’est rien, cette petite séquence, mais c’est toujours un mini-effort de la part des bookers pour nous convaincre qu’il se passe quelque chose du côté des nanas.

 

 

– Mais c’est quoi cette odeur affreuse?

C’est toi, Smelly.

Ah oui!

 

 

Quant au match, il fut de mon point de vue excellent, en partie parce que Natalya et Kelly avaient été interdites de ringside par le décidément très pertinent John Laurinaitis. Ce ne fut pas la classique opposition powerhouse – high flyer, puisqu’Eve, officiellement 1m73 pour 61 kilos, est d’un gabarit comparable à celui de Beth (1m70 et 68 kilos), même si la championne la domine en puissance. Eve avait bien préparé son affaire (à tel point qu’elle a même réussi un instant à menotter Beth à une corde avec une cordelette de la propre jupe de la championne!), et on eut l’impression d’assister à un match de mecs, tant l’intensité était présenté à chaque coup ou presque. Les contres ont été intelligents et bien pensés, spécialement cet énorme nearfall obtenu par la challenger après un contre subtil du Glam Slam. Beth finit par faire prévaloir sa robustesse, mais Eve a justifié son rang et ses prétentions. Les plus optimistes des suiveurs veulent voir dans Kelly Kelly la future Trish Stratus (la bimbo blonde recrutée exclusivement sur sa plastique et qui se mue en grande catcheuse); dans cette optique, Eve serait une Lita en puissance, Moonsault compris. On n’en est pas là, mais si un tel match n’a pas donné envie aux bookers de donner un peu plus de temps d’antenne aux filles, alors il n’y a plus grand-chose à espérer de ce côté-là.

 

 

TOTAL BONDAGE HARDCORE LESBIAN FOOT ASS ACTION! (oui, je veux attirer quelques clics supplémentaires, et puis franchement, avouez qu’ils seront pas déçus du voyage)

 

 

Résumons: dans l’effervescence de pay-per-views actuelle, il fallait que Vengeance soit un bon show de transition. Il l’a été. Les tendances à l’œuvre ont été renforcées, les champions ont prolongé leur règne, le complot se développe à Raw, les filles ont été au niveau, les matchs secondaires également, et la chute de 400 kilos de Big Henry n’a pas fini de faire trembler le continent américain. A présent, on va entrer dans le buildup à long terme de Wrestlemania, dont on vous entretiendra bientôt. Les forces du mal contrôlent la fédération, l’œil de Sauron clignote au-dessus de sa tour, la crise de l’euro fragiliser le marché interbancaire, l’heure est à l’inquiétude, et nous, bien calés dans notre fauteuil, à l’abri de la vraie vie, nous savourons le spectacle. Et attendons la suite avec impatience.

 

 

Fap fap fap.

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