Catch

La vie est smart

Le peuple veut exercer le pouvoir.
Lénine

 

Vladimir le savait bien : c’est bien beau de prendre le pouvoir, encore faut-il en faire quelque chose. Illustration ce vendredi à Smackdown, où les smarts étaient encore à la fête. C’est sûr, il se passe quelque chose à Stamford.

 



– Daniel, rends-moi cette ceinture, je te donnerai des smarts en échange.
– Mais qu’est-ce que tu racontes Teddy ?
– Bah oui, des smarts, des petits chocolats de toutes les couleurs quoi, c’est Laurinaitis qui m’a expliqué.

 


Nalyse de Smackdown du 25 novembre

 


Vous croyez à la voyance vous ? Moi non plus. Elisabeth Teissier qui avait prédit que Strauss-Kahn aurait une année 2011 géniale, c’est le genre de truc qui me fait rire. Non, pour prédire le futur je ne crois qu’à une chose, l’analyse, ou plutôt la nalyse, rigoureuse tout autant qu’enthousiaste. Il y a quelques jours par exemple notre bon Axl, que l’IWC francophone nous envie tant, nous expliquait que ça y est, les smarts, nous quoi, avions pris le pouvoir à la WWE. Et pas plus tard que pas longtemps après, Daniel Bryan est devenu champion du monde poids lourds, si monsieur !

 

Et Bryan pour les smarts, c’est pas n’importe qui. Quoi qu’il convienne, dans l’effort collectif de catégorisation des fans qui revient régulièrement dans les discussions des Cahiers, de bien faire la distinction : tous les smarts ne sont pas vraiment fans de catch indy. Loin de là même : je pense que beaucoup de smarts ne connaissent que la WWE, qu’ils n’ont rien contre le fait d’aimer une fédération mainstream mais que ça ne les empêche pas d’aspirer à un programme adulte, avec des storylines cohérentes, des personnages intéressants, de bons matchs. Pour ceux-là comme pour ceux qui ont connu le début de carrière de Brian Danielson, Daniel Bryan représente vraiment quelque chose à la WWE : un mec hyper talentueux dans le ring, finalement assez charismatique et attachant bien qu’on lui reproche parfois l’inverse, à des années-lumière des géants body buildés que McMahon aime tant ; un type qu’on a donc plus envie de voir champion du monde que perdu dans des feuds de seconde zone.

 

 


En tout cas champion ou pas, Bryan est le catcheur qui a le plus de segments avec les divas. Règle marketing de base : mettez une jolie fille à côté de votre produit et vous pourrez vendre n’importe quoi.

 


Et c’est donc bien ce qui est arrivé vendredi. Mark Henry et le Big Show avaient commencé par continuer leurs différends ; Henry, s’appuyant sur une béquille, s’était positionné en victime de cette brute de Gros Spectacle, lequel finit d’ailleurs par l’étendre pour le compte (frapper un type en béquilles c’est mal les enfants, sauf si vous êtes gentil et que lui est méchant bien sûr). Du classique donc entre le champion et son challenger. Mais tout à coup quelques notes de musique retentirent, une chevauchée des Walkyries qui ne pouvait signifier qu’une chose : les hélicoptères arrivent ! Pardon, c’est un réflexe… C’était Bryan bien sûr, venu encaisser sa mallette de Money In The Bank. Le temps de retourner le gros Henry, 1, 2, 3, oh putain sa mère, nan mais t’as vu ça quoi, Daniel Bryan est champion du monde poids-lourds de la WWE !

 

Oublié sa promesse de cash-in à Wrestlemania, l’important c’est le présent, c’est Bryan, la ceinture dans les mains, visiblement aussi heureux que nous derrière notre écran. C’est un des innombrables détails importants du catch ça, la façon de célébrer un titre. On voit trop souvent des stars saluer le public sans s’attarder plus que ça sur la ceinture elle-même (faut dire, à la dixième fois on doit se lasser) pour ne pas se réjouir de voir un catcheur aussi heureux qu’il devrait l’être dans un tel contexte. Et tout ça a beau être scripté, il n’est pas interdit non plus de penser que des catcheurs qui touchent pour la première fois au Graal sont vraiment émus d’obtenir une telle récompense après des années d’efforts dans un business qui n’est quand même pas qu’une partie de plaisir.

 

 


Ouais. Surtout quand t’es pas catcheur d’ailleurs.

 


Bref Bryan était heureux, le public était heureux, les smarts étaient heureux… Ça cachait quelque chose. Tout le monde se souvint que nous n’étions que dans l’opener du show quand Teddy Long survint, non pour annoncer une évidence comme souvent mais au contraire pour rappeler un élément que tout le monde avait oublié : Mark Henry ayant été déclaré inapte à combattre par les docteurs, Bryan n’avait pas le droit d’utiliser sa mallette ; en conséquence, pouf pouf, le match n’a jamais eu lieu, reprends ta valise petit mais rends-moi la ceinture.

 

Je laisse les experts archivistes nous éclairer sur le fait de savoir si un tel point de règlement avait déjà été évoqué dans le passé, de toute façon quoiqu’il en soit Bryan n’est plus champion du monde, il ne l’a en fait jamais été. Coup dur, mais Teddy lui a quand même offert un lot de consolation : un match en main event de la soirée, match à quatre entre Bryan, Orton, Rhodes et Barrett, pour désigner le challenger qui pourra défier Henry pour le titre lors d’un Smackdown spécial en live, mardi prochain.

 

 


Il était mieux en Captain Obvious finalement.

 


Au fil du show, ce match de championnat s’est précisé : les commentateurs nous ont d’abord appris que le champion poids lourds affronterait Big Show à TLC (18 décembre), avant que Long n’annonce à un Henry déjà fort marri de la tournure des événements que mardi prochain, dans un Smackdown live spécial, c’est dans une cage qu’il devra affronter le vainqueur du First Contender Match de ce soir. Pour cette dernière stipulation c’est plutôt sympa: un match de championnat en live et en cage, c’est carrément un petit PPV que nous allons avoir jeudi. Pour ce qui est de l’annonce de Show comme challenger à TLC, c’est a priori une moins bonne idée.

 

Le problème en effet des matchs servant à désigner l’adversaire d’un catcheur déjà connu, c’est la séparation entre faces et heels qui casse un peu le suspense. Pour notre 4-Way du soir par exemple, on imaginait déjà mal Barrett ou Rhodes se retrouver face à Henry la semaine prochaine. Et pour TLC, on imagine mal un face battre Henry pour se retrouver face au gentil Big Show.

 

 


Attendez, c’est qui le gentil déjà ?

 


Mais fi de ces considérations de schtroumpf grognon : le smart sait se contenter de ce qu’on lui donne, et c’est pour ma part bien le plaisir de voir Bryan champion que je retiendrai de ce Smackdown. Et même plus que ça, car nous avons donc eu ce main event devant désigner le prochain challenger. Ce fut un très bon match, pas une surprise quand on regarde les catcheurs impliqués. Et là encore le booking montre sans aucun doute que, c’est sûr, on veut faire plaisir aux smarts à la WWE.

 

Ainsi tout semblait indiquer un final classique, une séquence comme on en a tant vu, trop même, c’est bien là un des sujets de rouspétance récurrents des smarts. Randall Orton, après avoir bien souffert comme il se doit, parvient enfin à nettoyer le ring ; il commence ses mimiques de Super Orton, se tordant dans tous les sens dans un rituel qui ne peut que conduire au RKO que les kids, ces petits cons qui nous pourrissent la vie à nous les smarts, réclament par paquets de douze à chaque apparition de la Vipère. Mais soudain, surprise (enfin presque), Wade Barrett revient dans le match et éjecte Orton du ring ! Rhodes en profite pour tenter un tombé de crevard sur Bryan (victime prévue du RKO), mais ce dernier se reprend et place un LeBell Lock qui lui offre la victoire. Il n’est plus champion du monde, mais Daniel Bryan est au moins challenger au titre et affrontera donc en live le champion sortant mardi prochain.

 


On va m’enfermer dans une cage avec un gros black vénère de 200 kilos, c’est le plus beau jour de ma vie !

 


La conclusion est évidente : il y a bien un changement dans le booking à Stamford. Il n’y a pas si longtemps, Randall, qui n’a plus été champion depuis une éternité (genre deux mois et demi), aurait tranquillement gagné ce match, histoire de ne pas le laisser trop longtemps éloigné de la course au titre. Mais non, c’est bien Bryan qui ira défier Henry ; Orton, lui, va entrer véritablement en feud contre Barrett, autant dire se mettre, au moins un peu, au service d’une future star qui n’est pas non plus le dernier dans la liste des chouchous des smarts (c’est quand même le type qui a pourri la vie de Cena pendant six mois).

 

En attendant le peuple a pris le pouvoir, en tout cas son avant-garde éclairée comme disait Vlady que je citais en intro – oui, les smarts sont l’avant-garde éclairée du peuple catchesque, en tout cas on peut bien se le dire de temps en temps ça ne fait pas de mal (on va quand même éviter la dictature du prolétariat, promis). En plus Bryan est de plus en plus barbu et ça c’est quand même important (je représente le courant des smarts qui aiment les catcheurs velus du visage, n’hésitez pas à annoncer vos courants à vous, ça nous fera une classification d’enfer).

 

 


Avoir autant la classe en restant si désespérément glabre, il n’y a qu’un Anglais pour réussir ça.

 


Et sinon ? Eh bien Bryan n’a pas été le seul petit plaisir offert aux smarts ce soir : Zack Ryder a aussi été à l’honneur. J’avoue que je fais (aussi) partie du courant des smarts qui ne sont pas encore convaincus que Ryder va tout déchirer ; mais il fait réagir le public, c’est indéniable. Là aussi la WWE a voulu faire plaisir aux fans. Ainsi ce segment avec Sheamus : Ryder lui a sorti son numéro, catchphrase, gestuelle et tout le toutim, le Grand Rouquin Blanc réagissant par un faciès de brute se transformant comme par enchantement en un grand sourire. C’était pas super drôle, mais c’était une façon d’intégrer Ryder et son personnage dans la cour des grands.

 

Le match, car match il y a eu bien sûr, opposa les deux gentils compères aux vilains Dolph Ziggler et Jack Swagger. Ziggler, avec Vickie, ne manqua pas bien sûr de se faire huer encore un peu plus en se vantant de ses deux victoires aux Survivor Series. Il arbore aussi clairement le mot heel sur ses vêtements, je ne suis pas sûr de quand ça a commencé mais c’est tout récent non ? Encore un clin d’œil aux smarts d’ailleurs, qui ne pensent jamais en termes kayfabe mais bien en termes de booking. Exposer ainsi la sacro-sainte division face/heel, si éloignée du kayfabe, voilà encore quelque chose d’inimaginable il y a peu de temps.

 



Et d’ailleurs tout est écrit, moi en vrai je suis super sympa par exemple, comme Cléopâtre.

 


Comme le main event qui allait suivre, le match fut de bonne qualité. Il fut aussi long : plus d’un quart d’heure, et près de vingt minutes pour le match des contenders. Ces longs matchs ont donné la sensation que ce Smackdown n’avait pas connu beaucoup d’événements, mais franchement je préfère largement quelques événements importants, bien faits, et de bons matchs, qu’une foule de micro-événements sans intérêt dans des feuds de troisième ordre. C’est Ryder en personne qui remporta le match, en faisant le tombé sur le champion US, Dolph Ziggler, devant un public aux anges.

 

Oui, le public était content. Tout le public même. Je vous livre un sujet de réflexion : et si Ryder était le chaînon manquant entre le smart et le kid ?! Venu d’Internet comme aiment les smarts, mais avec une gimmick minimaliste et des produits dérivés colorés comme aiment les kids ; eh oui, c’est bien gentil la révolution, mais le vieux Vince sait encore comment retomber sur ses pieds. Le pouvoir aux smarts d’accord, mais pas question non plus de trop lâcher la bride. Vince McMahon, c’est Lénine et Nicolas II en une seule personne.

 

 


Le maquillage pour passer de l’un à l’autre est assez violent par contre.

 


On a quand même eu quelques extras dans ce Smackdown, trois matchs qui ont eu leur intérêt. Enfin, pour celui des divas, je ne suis pas sûr. Cette impression de voir sans arrêt les mêmes affrontements, même s’il y a quelques variantes, est terriblement lassante. Ce soir Beth Phoenix et Natalya ont affronté AJ et Kaitlyn. Les rookettes ont dominé – un tout petit peu hein, pas longtemps, Natalya reprenant facilement le dessus sur AJ qu’elle battit d’un Sharpshooter. Pour la deuxième fois, Kaitlyn a semblé en vouloir à sa copine, et est cette fois vite rentrée au vestiaire. Les vilaines ont alors commencé leur jeu favori d’après-match (« faisons pleurer la gamine »), et c’est Alicia Fox, qui avait commenté le match, qui sauva AJ d’un sort funeste.

 

Et zou, Fox est la prochaine challenger au titre de Beth, c’est facile le booking. Pour Kaitlyn c’est plus incertain, se dirige-t-on vers un turn et une feud contre AJ ? Je ne les trouve pas encore assez installées dans le roster pour qu’on s’amuse à changer déjà leur positionnement, et j’imagine assez mal Kaitlyn en heel. À moins que profitant de son physique plutôt musclé, elle ne rejoigne les Divas of Doom ? Mouais… Pas convaincu, mais en ce qui concerne la division féminine de la WWE ce n’est pas surprenant hélas.

 

 


Un bon heel doit d’abord apprendre à étudier sa proie.

 


On a aussi eu un match entre Justin Gabriel et Hunico. Ce dernier est à sa façon un sujet d’intérêt pour les smarts, qui connaissent son passé, le micmac autour de la gimmick Sin Cara. Quoiqu’il en soit et même si la gimmick de racaille hispanique me hérisse le poil (la faute aux affreux Mexican America de la TNA, peut-être), Hunico est agréable à voir dans un ring. Il a d’abord lourdement dominé Gabriel, qui est bien revenu dans le match mais s’est fait contrer sur le turnbuckle et a dû s’incliner sur une Swanton Bomb. Dans la liste des pushs attendus et/ou à venir Hunico est encore loin mais il y a un vrai potentiel.

 

Et chez Ted DiBiase, y a du potentiel ou pas ? Voilà des années qu’on se pose la question finalement. Ce qui, en soit, est sûrement déjà une réponse… Comme Hunico DiBiase affrontait ce soir un ancien Nexus, Heath Slater, qui comme Gabriel joua les jobbers. En fait on vit même Jinder Mahal défier Ted via le titantron avant le match, annonçant une feud absolument pas palpitante pour l’instant. Ah si, DiBiase se fait pousser la moustache. Il faut dire que, je viens d’essayer, on est en 2011 et quand on tape Ted DiBiase sur Google Images c’est une photo du papa qui apparaît en premier. Et papa, il était barbu, CQFD.

 

 


Va falloir s’occuper du costume aussi.

 


À défaut d’être vraiment historique, ce Smackdown aura au moins été mémorable. Depuis qu’il avait annoncé son intention d’encaisser sa mallette sur le Grandest Stage of Them All, le booking de Bryan été régulièrement critiqué, eh bien pour le coup le voilà dans le petit groupe des champions du monde crédibles. Comme je l’ai dit il est probable que nous ayons à nouveau un Henry/Show à TLC pour le titre, mais la feud Henry/Bryan n’en restera peut-être pas là pour autant. Déjà, même s’il retouchera sans doute à un titre majeur un de ces jours (et tant mieux), j’imagine mal Big Show succéder à Henry, deux règnes consécutifs de mastodontes ça ferait beaucoup.

 

Si ça se trouve on se dirige donc vers un long règne d’Henry, qui nous amènerait plus ou moins jusqu’à Wrestlemania, avec Bryan en underdog  harcelant le champion jusqu’à la confrontation finale. Le héros des smarts toucherait enfin le jackpot à Miami, devenant champion et un vrai champion, prêt pour une belle et longue carrière. Un peu plus tard dans la soirée Punk triompherait à son tour après avoir go-to-sleepé Cena, Rock, Triple H et VKM, et les smarts seraient heureux… Évidemment on n’aura sans doute qu’un bout de tout ça, mais savoir que ce bout-là est maintenant incontournable c’est une sacrée bonne nouvelle.

 

 


Y a pas de mal à rêver un peu après tout.

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