Catch

La fin d’un monde

I painted my world black.

Destroyed everything I had.

Burnt all the bridges behind.

I was prepared to die.

Ready for Armageddon.

Then nothing came.

Impaled Nazarene, Cogito Ergo Sum

 

Absente du dernier PPV, l'ancienne idole John Cena n'en finit pas de choir de son piédestal d'airain. Tel Atlas, le Marine a porté la WWE sur ses épaules pendant des années ; mais il se retrouve aujourd'hui face contre terre et couvert d'opprobre. Le titan entraînera-t-il dans sa chute le monde qu'il soutenait ?

 

 

John Cena, porte-drapeau de la WWE (2005-2011).

 

 

Nalyse de Raw du 19 décembre

 

 

Mais avant de développer plus avant ces quelques considérations, permettez-moi de vous livrer le résultat d’une expérience amusante à laquelle je me suis livré pendant ce Raw. Vous savez que l’on dit souvent que les matches féminins de la WWE sont trop courts.  Sachez que l’on n’a pas tort. Je suis désormais en mesure de l’affirmer à ceux qui se posaient encore la question : non,  on n’a réellement pas le temps d’aller pisser pendant un match de divas ! J’ai pu le constater pendant le match opposant Alicia Fox à Beth Phoenix.

 

Pris d’une envie de soulager ma vessie au moment de l’entrée des belligérantes, je décidai, impétueux plaisantin que je suis, d’attendre précisément que la cloche marquant le début du combat retentisse pour lever mon adipeux séant du canapé et me diriger vers mes vécés (situés six pas plus loin). Lorsque je revins, la vessie vide et les mains fraîchement lavées, Alicia Fox célébrait sa victoire. Il est tout de même triste de se dire que la douche que les deux jeunes femmes ont prise ensuite a duré plus longtemps que le match.  En ce qui me concerne, le catch féminin à la WWE n’existe plus.

 

 

Heureusement, on voit encore des femmes à poils.

 

 

Passons rapidement sur le reste du show, pas toujours d’un intérêt incontestable, mais sauvé par un excellent main-event.

 

Les Bella se sont engueulées avant de faire un bisou à John Laurinaitis, Hornswoggle a roulé une pelle à Vickie Guerrero, on a appris que Kevin Nash était blessé après son match à TLC et qu’il serait absent six semaines, et on a encore  vu une des fameuses vidéos mystérieuses annonçant le mystérieux retour d’un  mec mystérieux.

 

Dans cette séquence, une mystérieuse gamine fout un mystérieux cahier par terre. Volontairement. À mon époque, on lui aurait foutu une heure de colle, mais que voulez-vous, les enseignants n’ont plus aucune autorité. Bref, il paraît que certains observateurs attentifs ont pu lire le prénom « Chris » sur le cahier. Le retour hypothétique de Chris Masters n’étant pas de ceux que l’on annonce fièrement des mois à l’avance, il ne peut s’agir que du gars Jericho. Vous me permettrez de ne pas trop spéculer sur ce point pour le moment, nous trouverons bien assez de choses à dire lorsque l’identité du mystérieux personnage sera révélée à la face d’un monde pétrifié de stupéfaction.

 

 

J’m’en fous j’le f’rai pas vot’ exercice ! Et pis mon père i va v’nir vous taper !

 

 

Je ne m’attarderai pas non plus outre mesure sur le match entre les Uso et l’équipe composée de Primo et Epico. Fort bien mené, comportant quelques mouvements spectaculaires, il n’avait pas de véritable enjeu. Les champions l’ont suivi à la télé, ceinture vissée sur l’épaule, pénétrés de la conscience de voir évoluer devant leurs yeux attentifs les futurs prétendants au titre. L’avenir nous dira qui aura l’honneur de concourir pour les ceintures, mais en attendant il faut bien avouer que les deux équipes ont du potentiel, et qu’on aimerait bien que le championnat tag team devienne enfin un vrai objet de convoitise, et pas un bibelot qu’on file à des gars plus ou moins méritants pour les occuper. On notera aussi avec amusement la lueur lubrique (comme Stanley) qui illumina l’œil de ce vieux clébard de Lawler lorsque Rosa Mendes célébra la victoire de ses protégés les Uso en entamant une danse lascive.

 

 

– Mais qu’est-ce que tu fous à moitié nue, Rosa ?

– Je n’ai plus rien à me mettre : c’est jour de lascive.

 

 

Poursuivons dans les matches sans enjeu en mentionnant le squash du désastreux Jinder Mahal par Sheamus, en guise de revanche du dernier SmackDown. Je prie le Grand Cornu mon Maître pour que la proto-feud entre ces deux-là soit tuée dans l’œuf. Quel serait l’intérêt d’instaurer une rivalité durable entre Sheamus et ce nullard de Mahal ? Pusher l’Hindou et le transformer en heel d’importance ? S’il continue à se faire squasher comme le premier Brooklyn Brawler venu, c’est raté. Sheamus a-t-il déplu à quelqu’un d'important en coulisse et est-il puni ? Espérons que notre Poil de Carotte irlandais se propulse à nouveau rapidement vers les sommets de la fédération, car c’est là qu’est sa place.

 

 

Jinder Mahal est hindou, mais Sheamus est un dur.

 

 

Autre rematch, d’un autre niveau toutefois : celui opposant Wade Barrett à Randy Orton après la victoire de la Vipère à TLC. Après un début tout en force du Britannique, Orton reprend le dessus et les phases de domination alternent de façon fort classique ; c’est finalement par une disqualification que se clôt le match, Barrett ayant foutu un doigt dans l’œil de son vipérin adversaire.

 

 

– Dites-moi, Jerry, pourquoi Randy Orton est-il surnommé « la vipère » ?

– Je n’en saurien.

 

 

Il était temps : le début du match était assez enlevé, mais, comme souvent quand ces deux-là sont sur le ring, le rythme est retombé rapidement. J'ai décidément beaucoup de mal à me passionner pour leurs matches. Le perfide Anglais détruisit ensuite la couenne de l’infortuné Orton avant de sortir une table de sous le tablier du ring et de le balancer au travers d’icelle.

 

Et là, j’entends déjà les contempteurs de booking pas toujours crédible de la WWE pousser des cris d’orfraie. « Quel heureux hasard, tout de même, qu’une table ait opportunément été placée là par quelque ouvrier ! » s'exclameront-ils. Mais si, messieurs ! C’est parfaitement logique in kayfabe. N’oublions pas que les general managers ont l’habitude de booker la moitié des matches à la dernière minute. Il est donc parfaitement logique qu’on garde toujours une réserve de table, échelles ou autres objets pouvant faire mal au cas où un officiel capricieux déciderait d’organiser un match à stipulation. Quoi qu’il en soit, la feud entre Orton et Barrett continue, et elle ne me passionne toujours pas.

 

 

– Encore un mec qui passe à travers une table ? Mais on a déjà vu ça hier !

– Il faut croire que la table a repassé.

 

 

Dans la famille des matches peu passionnants, mentionnons tout de même par politesse le squash subi par Santino Marella de la part de Cody Rhodes (qui semble d'ailleurs avoir pas mal gagné en masse musculaire ces derniers temps). Il faut dire que le clown italien avait bien énervé le champion intercontinental en lui offrant un cadeau qui n’était autre que son bras dans une chaussette. Ah ah ah.

 

 

Santino nous présente son nouveau finisher : le Cobra d’honneur.

 

 

Santino était également à l’honneur, en train de faire l'idiot déguisé en mage, dans une vidéo promouvant le Royal Rumble 2012, qui approche à grands pas. Le Royal Rumble marque le début de la traditionnelle Road to Wrestlemania et la WWE va commencer à préparer les feuds qui trouveront leur résolution au plus big des PPV du Big Four et marquertont la fin de la saison catchesque. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du changement en haut de la carte.

 

Demandez par exemple au Big Show, dépossédé de son titre à TLC par un Daniel Bryan qui avait décidé de fouler aux pieds son intégrité et d'encaisser son Money in the Bank Contract non à Wrestlemania comme il l’avait annoncé, mais en faisant simplement comme tout le monde, c’est-à-dire en profitant d’un moment de faiblesse d’un champion. Le sort décida que sa victime serait le Big Show, nouvellement sacré après sa victoire sur le poète Mark Henry.

 

Interrogé par Josh Matthews, le champion sortant fit de gros efforts pour rester calme ( il nous régala pour l’occasion de son jeu d’acteur tout en non-dit), notamment lorsque l’intervieweur crut bon de lui rappeler qu’avec ses quarante-cinq secondes de règne, il venait de battre un record de ridicule. Ne souhaitant pas pour l’instant démonter la tête du petit Josh, le grand barbu décida de quitter les lieux, non sans avoir rappelé qu’il était finalement un peu responsable de sa situation, puisqu’il avait lui-même encouragé Bryan à encaisser son contrat sur Mark Henry sans attendre Wrestlemania. Cette remarque sonnait cependant plutôt comme un moyen de se calmer, et notre géant ne semblait pas trop y croire.

 

 

Monsieur Show, je dois vous laisser, il faut que j’aille traiter Mark Henry de gros loser. Et après j’irai faire caca sur la voiture de Randy Orton.

 

 

La question que tout le monde se pose, c’est si cette situation entraînera le heel-turn de l’un ou l’autre. La première constatation que nous pouvons faire, c’est que le public ne semble pas en vouloir à Daniel Bryan, elle l’a même au contraire encouragé à faire valoir son droit à un match de championnat juste après la victoire du Big Show à TLC. C’est assez étonnant : le cash-in d’un face sur un autre face entraîne en général des réactions négatives, et un heel-turn immédiat du nouveau champion. Or, Bryan est toujours autant acclamé. Parallèlement, les tics faciaux du Big Show pendant l’interview de ce Raw viennent contredire son discours apaisant et laissent à penser qu’il l’a vraiment mauvaise. Si l’un des deux doit changer d’alignement, je parierai plutôt sur lui. Mais les affrontements face vs face, s’ils sont rares, ont toujours un charme particulier et peuvent donner des feuds intéressantes.

 

Daniel Bryan est donc le nouveau World Heavyweight Champion. Et un autre titre a changé de mains dimanche puisque Zack Ryder a remporté la ceinture US. Tout ceci est fort intéressant, et symptomatique d’un grand changement à la WWE. Il semblerait que l’alignement face ou heel des catcheurs, ainsi que les push dont ils font l’objet, ne soient plus seulement décidés par les bookers. Le public impose désormais sa loi. Soyons francs, si Ryder a fait l’objet d’un tel push, alors qu’il y a encore quelques mois on le voyait à peine sur nos écrans, c’est en grande partie parce qu’il met des vidéos rigolotes sur YouTube, que ça fait marrer le public, et que les gens l’aiment bien. La WWE a fini par craquer sous la pression populaire. De même, comme je l’ai souligné plus tôt, Daniel Bryan est toujours soutenu avec enthousiasme par les fans (sans doute en raison de ses grandes qualités de catcheur) et peut se permettre de faire les pires saloperies à un autre face très apprécié sans perdre le soutien populaire.

 

Et puis il y a John Cena.

 

Longtemps catcheur le plus populaire de la WWE, Cena ne récolte désormais plus que des huées, alors que pas grand-chose dans son booking ne le justifie. Le Marine reste poli, gentil, respectueux et fidèle à ses valeurs. Son comportement est encore purement celui d’un face, mais une grande partie du public le déteste, en raison de son personnage unidimensionnel ou de son omniprésence dans le main-event. Bref, c’est désormais le public lui-même qui choisit qui il aime, et les bookers ne décident plus forcément de tout.

 

Constatant le nouveau désamour des fans envers son fer de lance, la WWE a désespérément tenté de limiter les dégâts. L’association de Cena avec un type très apprécié comme Zack Ryder n’a pourtant pas permis de restaurer sa popularité. Une autre stratégie est désormais appliquée : mettre Cena en retrait. Il n’a pas pris part au dernier PPV, pour la première fois depuis très longtemps et se dirige maintenant vers une rivalité avec Kane plus proche de la midcard que du main-event. En effet, le gros monstre rouge est encore venu cette semaine s’en prendre à lui, toujours coiffé de son masque de soudeur tout neuf.

 

 

Pour John Cena, les temps soudure.

 

 

Ça a l’air de marcher : la foule semble s'être rangée du côté de Cena, mis ici en situation de victime injustement attaquée. La théorie du heel-turn proche du Marine que je défendais en ces colonnes il y a quelques semaines semble quelque peu mise à mal. Espérons que ce turn ne soit que repoussé, je reste persuadé que Cena serait excellent dans un rôle de grosse ordure et que son personnage actuel est arrivé au bout de ses possibilités. Notons que Kane a pris soin d’arracher le t-shirt de Cena. Est-il en guerre contre le mercantilisme de la WWE et la vente de produits dérivés ?

 

Il y a pourtant un domaine dans lequel Cena semble intouchable, c’est celui du patriotisme. Nous eûmes droit en effet à quelques images du Tribute to the Troops, montrant un Marine triomphant en train d'expliquer à un public de militaires conquis que les États-Unis sont la plus grande nation au monde.

 

 

RAW is WAR !

 

 

Permettez-moi de faire une petite parenthèse à cette occasion. On reproche souvent son nationalisme, supposé malsain, à Cena ou au public de catch qui scande « USA ! USA ! » lorsqu’un face américain affronte un heel étranger. Mais ceci ne me paraît pas plus condamnable que les amateurs de sport qui soutiennent une équipe de football en raison uniquement de sa nationalité et non de ses qualités sportives et se maquillent le visage en bleu, blanc et rouge lors des rencontres internationales.

 

Ceci dit, les États-Unis évoluent, les Américains ont tiré les leçons de la guerre en Irak et du gouvernement Bush, et le symbole d’union nationale qu’était Cena dans le contexte de la guerre au terrorisme tous azimuts n’est plus forcément en adéquation avec son époque. Les discours patriotiques fonctionnent peut-être encore bien devant un public de soldats, mais les citoyens lambda en ont peut-être assez d’entendre la même chose depuis des années. Répétons-le, le personnage de Cena doit absolument se réinventer !

 

L’éloignement de John Cena du main-event et de la title picture devait forcément profiter à quelqu’un. Et LE catcheur en vogue actuellement, c’est CM Punk. Le staight-edge, qui avait conservé son titre face au fourbe Del Rio et au fade Miz à TLC, vint fanfaronner en début de show, et rendit hommage à Daniel Bryan ainsi qu’à Zack Ryder. Au passage, ça fait plaisir de voir que le titre US est à nouveau considéré comme un vrai titre important. Punk, prenant un malin plaisir à prononcer le mot « wrestling », invita ses deux comparses à venir célébrer leur victoire avec lui et rappela que dix ans plus tôt, il affrontait celui qui s’appelait encore Bryan Danielson dans les petites salles enfumées des fédérations indépendantes. Bien évidemment, les festivités furent interrompues par les mauvais perdants Miz, Alberto Del Rio et Dolph Ziggler, et John Laurinaitis ne manqua évidemment pas de booker un match à six pour le main event ; match fort prometteur au vu du talent des catcheurs impliqués.

 

Et nos attentes ne furent pas déçues. Faisant leur entrée en passant au milieu du public, les trois champions face s’imposèrent en grands favoris des fans. Le match fut très bon et c’est sous les hourras d'un public heureux que Daniel Bryan donna la victoire à son équipe par soumission sur Alberto del Rio. Il fallait au moins ça pour imposer Bryan en vrai champion, après qu'il a remporté le titre sans grand effort. Parions qu’il va prochainement connaître une série de victoires sur des main eventers bien établis en haut de la hiérarchie. Ryder apparaît pour sa part évidemment encore un cran en-dessous de ses camarades. Et celui qui a vraiment franchi un nouveau, palier, c'est bien CM Punk.

 

Très bon il y a quelques années en face, Punk est devenu véritablement excellent en heel straight edge donneur de leçon. Sa période transitoire dite de « voice of the voiceless » terminée, il se construit maintenant un personnage de face exubérant, chaleureux et adepte du bon mot qui le fera vraisemblablement basculer du côté des très grands lutteurs qui laisseront une trace dans l’histoire du catch, à l’image de Hulk Hogan ou Ric Flair. Nous assistons à la naissance d’une légende.

 

 

Ouais ! Moi aussi dans trente ans je serai une légende et je montrerai mon cul à la TNA !

 

 

La WWE vit actuellement une période de transition. Les anciennes idoles font place à une nouvelle génération de catcheurs dont le public apprécie avant tout les qualités sportives et la capacité à nous présenter de grands matches. La période actuelle me rappelle celle du milieu des années 1990, lorsqu’après le départ d’Hogan et d’autres grands anciens vers la WCW, le haut de la carte de ce qui était encore la WWF se renouvela pour mettre en avant des catcheurs plus petits et plus techniques qui sont depuis entrés dans la légende, comme Bret Hart (mon idole de l’époque) ou Shawn Michaels.

 

John Cena et Randy Orton ont probablement encore de belles années devant eux, mais ils sont actuellement loin de la course aux titres majeurs. Les top faces un peu plus âgés comme le Big Show, l'Undertaker ou Triple H se font de moins en moins présents : le moment est idéal pour un grand renouvellement de la carte. Nous sommes à la fin d'un cycle.

 

Il est d’ailleurs intéressant de constater que la plupart des shows de la WWE sont construits eux aussi de façon cyclique, puisque les protagonistes du début d’émission se retrouvent en général aussi acteurs de la fin de la soirée. La plupart des shows commencent en effet par un affrontement verbal et se terminent par une confrontation physique entre les mêmes personnes. Ce match en main event est officialisé par le discours d’un general manager omnipotent, et ne passe pas par une signature de contrat : c’est l’annonce orale du match qui le concrétise.

 

Car dans le vaste cycle cosmologique de la WWE, le Verbe est créateur et la fin d'un monde n'est que la matrice d'une renaissance…

 

 

Et un gros bisou de Noël à tous !

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