Catch

Go, go ! Go, Johnny go !

Un baiser légal ne vaut jamais un baiser volé.

Guy de Maupassant

 

Go home show: nom masculin. Se dit des derniers shows télévisés avant un pay-per-view. Il ne s’y passe en général pas grand-chose. Mais des fois si.

 

 

Si vous lisez attentivement l'article jusqu'au bout, vous trouverez le lien de l'intégrale de la sexe tape.

 

 

Nalyse de Raw du 13 février

 

 

Les fameux Go Home Show, ces derniers Raw ou Smackdown avant le PPV du dimanche suivant, sont rarement les plus passionnants à chroniquer.  Pour une raison qui m’échappe un peu, les storylines n’y avancent que très rarement, tout y parait figé dans l’attente de la grande explication dominicale. J’imagine que cette façon de procéder trouve sa justification dans une analyse rigoureuse effectuée par le département « contrôle de gestion » de la maison McMahon, analyse certainement assise sur une batterie de chiffres compliqués avec plein de virgules, des tableaux dynamiques croisés à n’en plus finir, des pourcentages abscons et des graphiques illisibles. Mais le fait est que lors de ces ultimes shows avant PPV, on a plutôt tendance à s’emmerder fermement, le spectacle y ronronnant doucement, comme un chaton qui se préparerait à pioncer pendant de longues heures. Cette façon de procéder me semble quelque peu contre nature (pourquoi ne pas faire monter la mayo jusqu’au dernier moment? Pourquoi ne pas profiter des derniers shows pour justement mettre en scène de nouveaux bouleversements, comme la WWE sait bien le faire par ailleurs? Pourquoi cette sorte de pause avant le climax final ?), c’est une tradition que je ne m’explique pas, mais c’est ainsi, et rares sont les exceptions venant confirmer la règle.

 

 

Voilà, c'est ça. Ton problème c'est cette "sorte de pause avant le climax final". Tu éjacules trop vite Zack.

 

 

Cela étant dit, autant vous dire qu’à la Rédac, on ne se bouscule pas au portillon lorsqu’il s’agit de s’attaquer à la chronique d’un go home show. Vous devriez nous voir rivaliser d’élégance et de formules de politesse pour éviter d’avoir à nous atteler à la chronique d’un vide interstellaire annoncé. « Non mais je t’en prie, cher Charentais, il me semble que c’est ton tour, je ne voudrais pas monopoliser Raw 😉 », « Oh mais tu sais, mon cher Axl, c’est toujours un plaisir de voir ta plume virevolter avec autant de talent, et c’est avec humilité et contrition que je cède ma place cette semaine XD», « espèce de sale enculé, dis plutôt que t’as pas envie de te taper le go home, gros bâtard obséquieux 😡 »…

 

Tous les moyens, surtout les plus vils,  sont donc bons pour se faire tout petit et passer son tour à cette occasion. Et ça se comprend ! Quand un épisode de Raw ou Smackdown est super chouette, on sort notre dictionnaire de superlatifs, on se fait une ligne de coke, on se sert un verre de vin blanc et à nous le dithyrambe, l’éloge facile, l’enthousiasme quasi orgasmique! A l’inverse, quand un Raw ou un Smackdown est très mauvais, on se bourre d’antidépresseurs, on se sert whisky sur whisky, on trempe notre plume dans le fiel et à nous le ton désabusé, la critique acerbe et l’ironie grinçante. Bref, quand c’est de la merde, on a au moins le plaisir de pouvoir en parler et d’expliquer avec force pourquoi on trouve que ça pue. En revanche, lorsqu’il ne se passe rien pendant un show, c’est plus ennuyeux. Parce que du coup, ben on a rien à dire ; et 15.000 ou 20.000 signes, quand on a rien à dire, c’est beaucoup. Alors évidemment, on s’invente des colères ou des orgasmes, mais ce n’est pas la même chose. Quand tu fais semblant de jouir, tu ne jouis pas vraiment et ce n’est pas votre partenaire qui me démentira.      

 

 

Pourquoi vous croyez qu'elle a lâché l'affaire avec Ryder? Vous connaissez des geeks qui passent leur vie sur youtube et qu'assurent au pieu, vous?

 

 

J’aurais d’ailleurs dû me douter de quelque chose lorsque j’ai demandé si cela ne dérangeait personne que je me colle à la nalyse du Raw du 13 février. « Oh mais bien sûr, Ocee, ce sera avec plaisir ! », « depuis le temps que tu n’as pas eu l’occasion de rédiger une review de show, on te cède notre tour tout naturellement, oh divine Makossi », c’est ce que j’ai reçu en retour de ma proposition. Alors que d’habitude, l’attribution de Raw ressemble plus à une baston entre une dizaine de requins tigre qui n’auraient pas bouffé depuis une longue semaine et se disputeraient un morceau de barbaque sanguinolent dans une piscine de dix mètres sur quatre…

 

Tant d’hypocrisie aurait dû me mettre la puce à l’oreille mais égocentrique comme je suis, j’ai préféré m’aveugler en restant bien au chaud dans le confort douillet de l’ignorance, j’ai eu la faiblesse de croire en la sincérité de louanges pourtant trop appuyés pour être tout à fait honnêtes. J’ai péché par orgueil. Et quand j’ai compris, il était déjà trop tard. Ils se frottaient déjà tous les mains en se félicitant d’avoir réussi à échapper à cette probable et pathétique purge pré-pay-per-view. Il ne me restait que mes yeux pour pleurer et mon imagination débordante pour trouver quelque chose à dire, un angle original pour ne parler de rien. Cet angle, je l’avais d’ailleurs trouvé avant même de voir l’épisode maudit en question. Le plan de mon papier était prêt, les principales lignes tracées, la trame gravée dans le marbre, les grands traits déjà rédigés. Et c’est assez fière de moi et forte d’une confiance inébranlable en mes capacités à parler de tout sauf du contenu de l’épisode en question que je m’attelai au visionnage du vide, fermement préparée à non-analyser le grand nulle part d’un show inutile. Ô temps suspends ton vol, me disais-je en mon for intérieur, je m’en fous, j’ai tout prévu, je parlerai d’autre chose.

 

 

Par exemple.

 

 

Mais les bookers sont décidément facétieux : rien ne s’est passé comme je l’avais prévu. J’ai kiffé ce show de bout en bout ou presque. Oh bien sûr, Elimination Chamber oblige, nous avons tout de même eu droit à tous les poncifs du go-home-show, mais, comme nous avons la chance d’être en pleine Road to Wrestlemania, les bookers ont fait l’effort de ne pas se mettre en mode « pilote automatique » durant tout le show, pour mon plus grand plaisir. Et le vôtre. Enfin, j’imagine.

 

Avant d’en venir aux choses sérieuses, débarrassons-nous tout de suite du néant, de ces derniers petits détails d’avant PPV, de ces ultimes préparatifs qui sont l’essence même des go-home show traditionnels et en font le charme douteux, celui là même que je conchie depuis le début de ma trop longue introduction.

 

 

Les débats à la WWE, c'est finalement assez proche d'une primaire du PS en France.

 

 

Tout à leur volonté de nous vendre au mieux l’Elimination Chamber de Raw le Supershow, les bookers ont innové ce lundi en nous proposant un « débat » entre les six participants au match de dimanche, débat se tenant au centre du ring, avec micro et pupitre comme à la TV, et avec Jerry Lawler en Laurence Ferrari et arbitre d’un soir. Si l’idée en soi était intéressante, si le clin d’œil aux primaires républicaines était amusant, si une joute oratoire entre, au hasard, CM Punk et Chris Jericho aurait pu atteindre des sommets hyper jouissifs, on ne retiendra finalement pas grand-chose de cet affrontement verbal qui ne dépassa jamais le stade du convenu, du réchauffé et du déjà vu une centaine de fois.

 

Pour qu’un tel segment fonctionne, il aurait sans doute fallu que les protagonistes disposent d’un peu de temps d’antenne et qu’un véritable débat s’installe entre les prétendants au titre. Au lieu de quoi, chacun d’entre eux eut peu ou prou 45 secondes pour une déclaration n’allant guère plus loin que « je suis le meilleur et je vais gagner dimanche ». Paie ton originalité. Puis, on décida que, ô surprise, les élus de dimanche s’affronteraient le soir même en un-contre-un. Woaaa, décoiffant d’audace et d’originalité ! Et le segment de se conclure par un étrange trouble in paradise de Kofi sur Y2J, sans que l’on comprenne vraiment les raisons de ce coup porté 1. par un face 2. sans justification aucune, 3. alors que le heel a quasi le dos tourné. Mais vous connaissez l’axiome : un coup de pute porté par un face n’en est pas un, si et seulement si la victime est un heel.

 

 

C'est vrai, on les reconnait facilement les gimmicks de catcheurs. Lui par exemple, c'est… c'est… Mwahaha, un gros poissard cocu!

 

 

Tout ce petit monde s’affronta donc tout au long de la soirée, nous permettant de souffler un peu, entre les segments à couper le souffle que je n’ai pas encore évoqués et que je me garde pour la fin, par gourmandise.

 

Ainsi,

 

Chris Jericho se débarrassa-t-il en grugeant d’un Kofi Kingston dont la seule raison d’être là semble être la nécessité de faire le nombre dimanche, comme une sorte de second choix d’ailleurs qualifié d’afterthought par Dolph Ziggler durant le fameux débat. Jericho, pour s’imposer, dut lui mettre son pouce dans l’œil, mais ça, c’est parce qu’il est méchant ;

 

R-Truth terrassa-t-il un Dolph Ziggler dominateur mais trop confiant. Alors qu’il avait le match en main, le petit ami de Vickie s’employa à travailler ses abdos en utilisant le corps encore chaud de sa victime. Manque de bol, Truth a de la ressource et avec l’énergie du désespoir, renversa le cours du combat et son adversaire pour s’imposer sur roll-up. Une victoire pour rien tant je doute qu’elle profite au dingo, de quelque manière que ce soit.  

 

Et CM Punk s’imposa-t-il facilement et rapidement contre un Miz que j’ai trouvé un peu amorphe (chercherait-il un second souffle ? Il me semble moins électrisant ces derniers temps), tandis qu’en backstage, Jericho n’en perdait pas une miette, semblant confirmer qu’on se dirige tout droit vers un affrontement entre les deux génies du micro, avec Mania en point de mire. A ce sujet, et même si le thème a déjà été plus que débattu sur ces pages ou sur notre forum, je voudrais tout de même profiter de cette tribune pour râler un peu. Je suis la première à être ravie du retour de Jericho. C’est ce genre de mec qui me fait kiffer le catch et la perspective de le voir opposé à CM Punk, son fils spirituel que je vénère également au plus haut point, provoque chez moi une réaction chimique qui se rapproche de l’orgasme. Et c’est justement pourquoi j’aurais aimé que son retour soit marqué du sceau de l’exception. Je m’attendais à un changement de gimmick. Wallou, he’s still the best in the world at what he does. A défaut, j’attendais que l’on m’explique le pourquoi du comment de cette petite fille trustant la vedette des vidéos qui ont préparé le retour du fils prodige. En vain. Il est revenu, c’est chouette. Mais on nous a bien pris pour des cons, et ça, c’est moche.

 

 

Le niveau finisher de Jericho est incroyable. Il lévite au dessus de ses adversaires avant de faire le tombé!

 

 

Evacuons aussi rapidement ce qui m’énerve : le concept de Supershow qui fait que Randy Orton affrontait le Big Show lundi soir.

 

Ça m’agace à plus d’un titre. D’abord, ce mélange des genres, cette manie de vouloir prouver à tout prix que tout se vaut, est un coup bas porté à l’identité du show de la brand bleue. Retrouver chaque semaine les main eventers de Smackdown en promo ou en combat à Raw, c’est chier sur le prestige du programme du vendredi. Et puis, cela met à mal, une fois de plus, le sentiment d’appartenance à un roster, ruinant ainsi les maigres efforts des bookers lorsqu’il s’agit d’écrire le scénario d’un affrontement ou d’un PPV interbrand. Voir des mecs clamer leur amour pour une couleur de maillot lorsqu’ils passent allègrement d’un show à l’autre, c’est juste totalement lolesque. Enfin, last but not least, lorsque l’on programme un Randy Orton vs. Big Show à Raw, on prive de temps d’antenne les midcarders du show de la brand rouge. Pour ne pas parler de la division féminine ou du championnat par équipe qui se meurent. Bref, tout ça s’est terminé par une disqualification, après l’intervention sournoise de Daniel Bryan, mais je ne vous en parlerai pas. Moi mon job, c’est chroniquer Raw, pas Smackdown. Comme je n’évoquerai pas plus que cela la victoire de Tamina sur une des deux Bella, sous les yeux d’une Beth Phoenix plus confiante que jamais. Les Divas sont en stand-by jusqu’au retour de Kharma, respectons leur douleur et faisons nous le plus discret possible. Un cadavre, ça se respecte.

 

 

A Bercy, elles ne peuvent pas porter ce costume de scène. Le racolage actif est interdit en France.

 

 

Don’t tell me that you married that chick and now you’re one of them!

 

C’est en revanche avec jubilation que j’évoquerai la perspective du retour de la vengeance entre Triple H et l’Undertaker. Je sais que le combat qui se profile, cette revanche entre le Game et le Deadman a des airs de déjà-vu et n’enchante que très peu d’entre vous. C’est la troisième fois qu’ils nous font le coup, et ils ne sont plus très frais. Vieux, usés, fatigués, on les accuse d’ores et déjà de nous préparer une purge indigeste à Mania. Et on reproche aussi à l’intrigue un dénouement déjà écrit, sans aucune surprise. Evidemment, Triple H finira par accepter le défi du Taker oui, sans l’ombre d’un doute, les deux légendes s’affronteront une fois de plus à Mania. J’entends et je comprends parfaitement tous les reproches qui sont faits à ce scénario. Mais moi, je kiffe. Je kiffe parce que je trouve tout ça très cohérent et merveilleusement bien interprété.

 

 

J'ai toujours cru que les tenues grotesques, ça faisait partie du gimmick d'un catcheur, qu'il s'en débarrassait avec plaisir à la retraite. La preuve que non.

 

 

La streak du Taker, c’est un monument de la WWE, une légende en marche, des bénéfices commerciaux colossaux en produits dérivés, et le choix de son adversaire est forcément hyper limité. On n’oppose pas n’importe qui au Taker. Je pense qu’il y a en gros deux possibilités : une légende de son « rang », old school style ou the next big thing à qui on voudrait assurer un push soudain et durable. La seconde option peut sembler à priori la plus excitante, mais à la condition d’avoir dans le roster quelqu’un susceptible d’être ainsi pushé, ce qui ne me semble pas évident à l’heure actuelle. De cela, on pourrait parler des heures. Mais j’avoue pour ma part une préférence pour le choix d’un bon vieux « légende contre légende » pour ce qui pourrait être la dernière du Taker à Mania. Donc HHH, il n'y en a  plus d'autres. Comme je crois qu’ils sont tout deux capables d’un gros match et que les derniers développements viennent pimenter intelligemment la storyline, moi, j’applaudis des deux mains et j’attends la suite, car si elle est au niveau de lundi dernier, je vais marker à mort.

 

 

Quoi, toi, Triple H, marié à la fille du boss et membre officieux du staff depuis des années, toi, qui n'a jamais caché ta volonté de continuer dans le business, toi, tu.. tu as trahi. Tu serais maintenant un cadre de la WWE??!

 

 

Lundi, HBK était donc de retour, tout heureux de pouvoir revoir son pote et persuadé que celui-ci allait annoncer qu’il acceptait le défi du Deadman! Ce rematch doit avoir lieu, harangue-t-il la foule! Embrassades, accolades, signes de la DX sur le ring, ils étaient contents de se retrouver, les deux anciens compères.

 

Sauf que non, The Game a déjà dit non, et non, c’est non. Il ne relèvera pas le défi, ne sera pas celui qui en finira avec le Taker. No way. Le ton monte entre les deux hommes, HBK moque la couardise de son ami qui se met à respirer très fort parce qu’il déteste qu’on lui dise ça. Entre work et shoot, la promo est brillante, parfaitement servie par des acteurs talentueux. Pour le Cerebral Assassin, Shawn ne comprend pas que c’est le business qui l’anime, que demain, tout « ça » (ample geste, pour symboliser la WWE) sera à lui. Que le Taker, c’est une « marque », un « produit » de la fédération et que ce n’est pas lui, héritier du trône McMahon, qui va chier sur le business de la streak. Mais HBK ne veut rien entendre, pour lui, HHH est un vendu, il est devenu l’un d’entre eux, un mec en costard, un lâche, un trouillard. Une légende en papier mâché. Un traitre. HHH enlève sa veste, c’est chaud bouillant, yeux dans les yeux, la tension est à son comble, ils vont se taper sur la gueule, Shawn presse son ami d’accepter le challenge, le provoque encore un peu plus, gros plan sur l’énorme logo « Wrestlemania » ! Mais rien n’y fait, le Game ne cède pas. Shawn, méprisant, quitte le ring et laisse son ami à ses doutes et ses remords. Quand, GONG, les lumières s’éteignent, nouvelle vidéo chouette du Taker où l’on apprend qu’il s’est coupé les cheveux avec un rasoir, justification kayfabe de sa nouvelle coupe. A son âge, il était temps.  

 

Oui, ils vont s’affronter à Miami, il n’y a pas de suspense, oui, ils ne sont plus tout jeunes mais si la storyline continue sur ces bases là jusqu’à Mania, j’en redemande toutes les semaines.

 

 

On se pose tous la même question que The Game. Les cheveux courts, ça lui va comment?

 

 

 

You stole the one true love of your only friend!

 

A bien des égards, la storyline entre le Marine et son tourmenteur masqué me fascine. D’abord par son côté kitchissime de film d’horreur à l’ancienne, largement évoqué sur ses pages, mais aussi et surtout par ses rebondissements qui me laissent certes perplexe mais également la bave aux lèvres, terriblement impatiente de connaitre la suite. D’ailleurs, je ne sais pas si les bookers suivent là un plan prévu de longue date ou si au contraire ils naviguent à vue mais dans tous les cas, je me dois de battre ma coulpe : je n’avais rien vu venir, ou tout du moins, ce que je voyais venir, je l’attends toujours…

 

Je suis, ou plutôt j’étais en effet persuadée depuis le début de cette feud rigolote que le seul objectif des bookers était de restaurer l’image de babyface de John Cena auprès du WWE Universe. Car le jour où ils ont programmé l’affrontement entre Superman et The Rock à Mania XXVIII, ils étaient loin de se douter que John-John entamerait une telle descente aux enfers et connaitrait une telle chute, jusqu’à atteindre les abysses de la popularité, ou les cimes de l’impopularité, c’est comme vous préférez. Même si, à mon sens, c’est bien la creative team qui s’est, au moins en partie, tiré une balle dans le pied en programmant ce match entre les deux légendes.

 

 

Ah? Vous aussi, voulez les trouvez pas trop inspirés les bookers en ce moment?

 

 

Revenons rapidement sur les événements : en décidant que The Rock et Cena trusteraient le main event de Wrestlemania, j’imagine que les bookers ont voulu jouer avec les deux composantes principales du WWE Universe. Connaissant les difficultés du Marine auprès du public le plus smart (« Cena Sucks ») et sa popularité auprès du public le plus mark (« Let’s go Cena »), cette division du public étant même parfaitement assumée par Johnny lui-même, je pense que la WWE a voulu utiliser à plein ce clivage au sein même de son univers de suiveurs. C’était d’ailleurs pas trop mal vu : les « smarts » se rangeraient naturellement derrière un Rock chambreur et border line, tandis que les « marks » et autres « Silvernights » soutiendraient comme un seul homme le babyface numéro un de la fédération de Stamford. Sur le papier, l’idée est loin d’être conne et ce n’est pas la première fois que les sbires créatifs de Vince manipuleraient de la sorte un public qui continuerait donc à alterner les « Cena Sucks » et les « Let's Go Cena », as usual serais-je tentée d’écrire si du sang anglo-saxon coulait dans mes veines. Sauf qu’un grain de sable est venu enrayer cette belle mécanique rêvée par les bookers.

 

 

Deux gros grains de sable.

 

 

Je ne sais pas trop comment nommer ce grain de sable. Il est d’ailleurs assez probable qu’il faille rechercher plusieurs causes à la disgrâce du Marine. Ainsi la WWE a-t-elle certainement sous-estimé la lassitude de son public à l’égard de son porte-drapeau, comme elle a sûrement également sous-estimé l’impact formidable d’un performer comme The Rock auprès des fans de la WWE, y compris sa composante la plus « mark », celle à priori captive et acquise à Cena. Et si le public censé soutenir le Marine se prend à acclamer son adversaire, alors, Houston, we have a problem : le catch est par nature bipolaire, les gentils y affrontent les méchants, on soutient les uns en conspuant les autres. C’est l’ADN même de la discipline. Dès lors, si le public dans sa très grande majorité se range derrière l’un, il lui faudra rejeter l’autre. CQFD. Rien d’insurmontable, c’est alors ce que devait se dire l’équipe de bookers : The Rock étant de toute façon très peu présent à Raw, il sera assez aisé pour le Marine de retrouver les faveurs de son cœur de cible. C’était sans compter sur le deuxième grain de sable nommé, CM Punk.

 

 

Le mec qui lui a piqué son jouet.

 

 

Lorsque le fameux summer of Punk commence, Johnny est donc sur la corde raide, de plus en plus rejeté par le public. L’ascension fulgurante de Cihaime va accélérer un peu plus la chute du babyface préféré des femmes aux foyers. Il faut dire qu’il n’a pas eu de bol, le Marine déchu. Opposé à un mec génial au micro dont le nouveau personnage joue avec malice entre le work et le shoot, Johnny, symbole de ce que Punk abhorre,  en prend plein la gueule semaine après semaine et la foule s’en pourlèche les babines avec gourmandise. A ce moment là de l’histoire, les bookers doivent sentir que les choses commencent à sentir le roussi mais peu importe, doivent-ils se dire, CM Punk est heel, l’aura face de Cena finira bien par en ressortir intacte. Mais rien ne se passe comme prévu. Le public se range bruyamment derrière son nouveau héros ou anti-héros, soutient sans compter la voix des sans-voix et lui réserve des pops dont tout face, dont Cena, doit rêver la nuit. Alors que Punk, s’il tweene déjà légèrement, est encore heel. Climax surréaliste : une semaine après avoir enterré Cena sur ses terres, il achève le Marine à Chicago en lui arrachant le titre à l’issue d’un match d’anthologie, sous les vivats d’une foule en délire.

 

 

Même les mômes ont des pancartes Cihaime. C'est tout le coeur de cible de Cena qui bascule.

 

 

Pire, ce rejet s’avère être bien plus qu’un mauvais moment à passer. Cena souffre. Semaine après semaine, les sifflets deviennent la norme. Le Marine est tricard à Raw, ce qui n’était pas vraiment prévu par Vince et compagnie et vient fortement contrarier le plan d’action commercial 2012, signe qu’il est temps de faire quelque chose. A l’overdose que semble provoquer Cena, les bookers répondent alors par une stratégie que l’on appelle par chez nous la « représidentialisation ». John disparait de la title picture, perd en temps d’antenne, ne truste plus les main events et, chose impensable il y a encore de cela quelques semaines, il n’est plus indispensable au moment de programmer la carte d’un PPV. Vous l’avez trop vu ? Vous le verrez moins. Il parle trop ? Vous ne l’entendrez plus. Voilà qui devrait calmer un peu les sifflets qui se font entendre dans les travées des stades à chacune de ses apparitions.

 

 

Eve, tu veux voir ma bite?

 

 

Dans le cadre de cette opération « il faut sauver le top baybyface de la fédération », et puisqu’il faut bien occuper le brave Marine, on lui concocte alors une storyline aux petits oignons en lui collant dans les pattes un Kane plus méphistophélique que jamais et bien décidé à ce que Cena « embrasse la haine », bascule du côté obscur de la force, les bookers jouant avec les nerfs de la partie du WWE Universe réclamant avec force un heel turn de John, heel turn auquel je n’ai pour ma part jamais cru. Car, figurez-vous, et on en revient là à ce que j’écrivais plus haut, j’étais en effet persuadée que le seul objectif de cette storyline kitchissime était de redorer le blason de face du Marine. Kane contre Cena, le bien contre le mal, la haine contre l’amour, tout me semblait cousu de fil blanc pour que John retrouve l’affection des siens, se redécouvre une relation privilégiée avec les petits marks en manque d’idole. C’était, pensais-je, plutôt bien vu de la part des bookers : d’une part on flatte la tentation du turn chez les smarks, tout en opposant à Cena un personnage effroyable qui sera hué quoiqu’il arrive. Vous devez à présent voir où je souhaite en venir : Kane sifflé, mécaniquement, cela devait signifier un retour en grâce du Marine auprès de son public autrefois captif. Et un retour au bon vieux partage d’Arena, avec les « let’s go Cena » d’un côté et les « Cena Sucks » de l’autre.  Sauf que patatras, depuis lundi, les cartes sont complètement redistribuées.

 

 

Je suis désolée Zack, mais ça se voit que ton push est terminé. T'es buried, regarde toi! En fauteuil avec une minerve à la con. Et j'ai lu les spoilers, tu t'en prends encore plein la gueule en fin de show. John est une valeur sure.

 

 

Car cette semaine, à défaut d’embrasser la haine, John Cena a roulé une pelle d’anthologie à la plus ravissante des divas du roster, la charmante et souriante Eve. Et pas le petit smack bon enfant qu’on se fait entre amis, non : un patin mahousse qui dure, avec des langues qui se mélangent jusqu’à ne faire qu’une et la salive de Cena qui coule doucement le long de la gorge d’Eve, en attendant mieux et plus épais. Bref, le truc super hot qui se serait sûrement terminé en illustration du kamasutra si les deux tourtereaux n’étaient pas filmés ! Ah, un détail : ça s’est passé sous les yeux ébahis d’un Zack amoindri, d’un Ryder abasourdi, d’un ami trahi. Certes, Johnny venait à peine de sauver la belle des griffes du Gros Red Gueudin qui cherchait à la kidnapper et l’avait enfermée dans une ambulance. Certes, c’est Eve qui lui tombe dans les bras et non le contraire. Mais tout de même, le MAL est fait et tout mon plan se casse la gueule : un face, ça ne pique pas la meuf de son pote, jamais ! C’est un truc de heel fini, ça !

 

Et quand bien même la meuf ferait le premier pas, ben en mettant la langue, le mec se condamne automatiquement. Et ce qui devait arriver arriva : lorsque Cena affronta le public, en clôture de show, une bronca terrible s’abattit sur la tronche du Marine contrit. Une bordée de sifflets aussi mahousses que fut langoureux l’échange d’ADN entre les deux nouveaux amoureux, c’est ce qui attendait Cena à son entrée dans l’arène. « We ALL hate you », voilà ce que dut endurer le pauvre Johnny qui n’avait rien d’autre à proposer qu’un timide « Vous pouvez bien dire ce que vous voulez, moi, je me sens bien dans mes pompes ». Un coup d’épée dans l’eau aurait été plus efficace.

 

 

Selon les éléments mâles du WWE Universe, il parait que ça vaut la peine d'être qualifié de salopard fini.

 

 

Drapé dans sa dignité, Ryder apparut enfin, pathétique en homme trompé et meurtri aussi bien dans sa chair que dans son âme, peinant à avancer, appuyé sur des béquilles dont il n’a semble-t-il toujours pas compris l’utilité (Zack, elles sont justement censées t’aider à ne pas poser le(s) pied(s) par terre, ce que tu n’as de cesse de faire, crétin. As-tu envisagé une seule seconde qu’Eve a pu te quitter parce que tu as le QI d’une huitre trisomique ?), il rejoignit péniblement le ring, le regard aussi noir que désabusé de celui que l’Espoir et la Vie ont abandonné. Rancunier (mais on le serait à moins), il refusa la main tendue et les excuses d’un Cena à l’air plus déconfit que jamais. Et voulut même en venir aux mains, le con, alors qu’il tenait à peine debout ! Après Eve, Cena allait-il embrasser la haine?

 

Ryder giffle John. John enlève son t-shirt. Zack menace d’en venir aux mains (alors qu’il ne tient debout que grâce à des béquilles, lol), Cena fait craquer les jointures de ses mains. Zack frappe le premier mais Cena bloque le coup facilement. Il arme son poing mais le retient. Zacky s’écroule comme une merde. Le Marine, pétri de remords et de bonne volonté, lui tend une main que Ryder refuse. Tu m’as piqué ma meuf, LA bonnasse de la WWE, t’es plus mon pote. T’as jamais été mon pote, espèce d’enculé. Digne, Zack quitte le ring, remonte péniblement la rampe d’accès au ring pour y retrouver son fauteuil roulant. Comme il marche super lentement, Kane apparait alors sur le titantron et a beau jeu de mettre le nez du Marine dans sa merde.

 

Ne te voile pas la face Cena, lui dit-il en substance, you stole the one true love of your only friend, en embrassant la godiche, c’est la haine que tu as finalement embrassée, ah ah ah. Et by the way, je vais t’en mettre plein la gueule dimanche. Et le show de se conclure sur une énième attaque du Big Red Monster sur le pauvre Zack, une nouvelle fois sérieusement blessé après un vol plané en fauteuil roulant. John se précipite, Eve également, mais le mal est fait. Le rideau tombe.

 

 

Journée de merde. Bon, au moins, il ne peut rien m'arriver de pire aujourd'hui.

 

 

C’est donc là le plan machiavélique de Kane, enfermer John Cena dans sa solitude, sans ami, sans soutien du public. Il mourra seul et oublié de tous, même si dans son pieu trône the bombasse of the roster. Et, abandonné des siens, il n’aura d’autre choix que de basculer définitivement du mauvais côté de la force. CQFD, une fois de plus.      

 

Voilà donc où nous en sommes. Kane se satisfait d’un changement d’attitude de Cena qu’il est le seul à percevoir. Cena n’a plus de pote et tout le monde le hait. Eve est conspuée pour avoir finalement choisi d’emballer le Top Guy de la fédération, un mec multi titré qui collectionne les ceintures comme d’autres collectionnent les timbres, plutôt qu’un bouseux au look ridicule, sans avenir si ce n’est sur youtube où il fait fureur au sein de la communauté des no life obèses et boutonneux. Et moi, je ne sais plus sur quel pied danser, ni comment appréhender cette storyline.

 

En faisant de Cena l’abject piqueur de meuf de son meilleur pote, les bookers le condamnent à être hué sur tous les rings du monde lors des prochaines semaines, sans rechercher le moins du monde à cliver le public, smart versus mark, après avoir pourtant semblé explorer la piste de l’apaisement autour de John Cena, le porte-étendard en péril. Marche arrière toute, c’est ce que semble nous dire la storyline. La WWE a finalement tranché, plutôt que de tenter une hypothétique réhabilitation de son héraut, elle assume finalement le fait que quoiqu’il arrive maintenant, The Rock recevra, chez lui à Miami, une pop qu’on entendra jusqu’à Lisbonne et Moscou, et que Cena y sera de toute façon hué par une grosse partie du public. Alors autant y aller à fond, ont dû se dire les stratèges de la fédération.

 

 

T'es un ptit joueur Johnny. Nous, Matt, on s'est bien foutus de sa gueule avant de lui dire!

 

 

Plutôt qu’une grosse partie des fans, c’est TOUT le public qui le haïra ce soir-là. L’équation parait simple à résoudre mais si on ajoute comme paramètre le fait que le turn de Cena est une option qui ne sera pas étudiée par le board, on complique singulièrement les choses. Le faire huer massivement, tout en le conservant babyface, la tâche est plutôt rude, et ce n’est pas en le faisant simplement tourner autour de la haine qu’on y parviendra de façon vraiment radical. Les mômes continuent à se faire entendre, « let’s go Cena » n’est pas encore un chant complètement banni dans les arènes. Jusqu’au coup de génie de lundi soir, jusqu’à cette pelle magistrale, langoureuse et passionnée. Les meilleurs potes. Le mec quasi cocu en direct live à Monday Night Raw, devant des millions de téléspectateurs. LE truc qui ne se fait pas, qui rend toujours son auteur immédiatement antipathique, et ce quelles que soient les circonstances de la « trahison ».

 

John Cena devient le pire des pestiférés, l’impact est immédiat, mais il reste face, conserve son air de chien battu et désolé, ses oreilles pendantes, son air de demeuré. Il porte le poids du monde sur les épaules, le pauvre Johnny, on voit bien qu’il en souffre. Après tout, il n’a pas fait grand-chose de mal, Zack n’avait pas encore emballé la chick, donc bon, y’a pas mort d’homme. Alors dans quelques semaines, c’est promis, John pourra redevenir le chouchou des marks, mais après sa défaite héroïque contre le Rock à Mania devant une foule en délire qui appréciera comme il se doit le spectacle de ces deux champions tombant dans les bras l’un de l’autre, après un match d’anthologie. Car c’est comme cela que tout ceci va finir. Et d’ici là ? John sera juste ce fils de pute qui a piqué la meuf de son meilleur pote.

 

 

 

Prrouuuuuuuut! LOL.

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