Catch

Le meilleur du monde

Çakyamuni le Solitaire, dit Sidarta Gautama le Sage, dit le Bouddah, se saisit d'un morceau de craie rouge, traça un cercle et dit :

« Quand des hommes, même s'ils l'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge.».
Rama Krishna

 

Bonjour à toutes et à tous et bienvenue à la Spanish Announce Table, le seul endroit où sont nées les légendes, où les carrières ont été brisées et où je remplace pour cette review Henri Death, parti animer un séminaire sur le bon usage du passé simple dans le récit épique.

 

 

– Le récit épique ? C'est un truc avec des abeilles, non ?

 

 

Nalyse du RAW du 27 février

 

Mazette, quel RAW ! Je vais vous faire une confidence : je m'attendais d'autant moins à ce qu'il soit si copieux que la route pour Wrestlemania avait pris la semaine dernière un tour assez particulier. Elimination Chamber avait été un show assez étrange, pas mauvais in-ring mais loin d'être enthousiasmant en ce qui concerne son storytelling, qu'on qualifiera gentiment de convenu tandis que le RAW qui le suivait présentait des rebondissements cons (tout court). Il était donc temps de mettre bon ordre à tout ça pour la WWE si elle voulait que cette Road To Wrestlemania ne se transforme pas en une Bérézina. Le challenge fut hier soir assez réussi, ce qui implique, hélas, que les échecs, défauts et autres imperfections du show de lundi n'en furent que plus voyants.

 

Commençons de suite avec le cas Eve Torres. La diva est depuis la semaine dernière empêtrée dans un angle qui a modifié son caractère. Et ce rebondissement, on ne s'est pas privé pour le dire ici, sent l'écriture improvisée, le machisme ordinaire, la flatterie des plus bas instincts du public, la fainéantise du booking, la mysoginie sans élégance. En un mot, cette storyline sent la merde, presqu'autant qu'un meeting de campagne de Nicolas Sarkozy, le racisme larvé en moins. Et ce n'est pas le long résumé vidéo, bien foutu comme à l'habitude, et qui interviendra au milieu du show qui sauvera le truc. Néanmoins, j'avoue qu'à la différence de mes collègues, je ne suis pas du genre à me braquer immédiatement sur l'angle. J'estime que la WWE – et quiconque exercant toute activité avec une prétention un peu artistique – peut tout faire à trois conditions : raconter une histoire, le faire avec talent et en sachant précisément à qui on s'adresse.

 

Cette storyline entre Eve et l'homme invisible semble sonner le glas définitif de l'ère du PG-Rated à la WWE.

 

 

C'est évidemment le troisième problème qui en pose le plus: la WWE se flatte d'offrir un produit tout public et le procédé qui consiste à faire scander "Hoeski" à une Arena n'était certainement pas PG. Le WWE Universe, familial par définition, n'est visiblement pas le plus apte à comprendre les histoires pleines de second degré, d'autant moins d'ailleurs qu'il semble aussi habité par une bande de bourrins dont les prédispositions à la violence conjugale ont l'air assez fortes. Et, dans ce domaine, ça ne s'est pas arrangé hier soir. Mais la promo in-ring d'Eve avait d'autres mérites dont il va bien falloir parler quand même.

 

En premier lieu, la diva nouvellement heel a décidé de changer de costume : fini le look de la Girl Next Door qui se serait déguisée en Wonderwoman pour Halloween, Eve a endossé l'uniforme de la méchante dans un quelconque Soap Opera qui narrerait les intrigues passionnantes dans les coulisses de défilés de Top Models. La coiffure est maintenant plus sophistiquée, le tailleur strict et sexy à la fois, on s'attend à ce qu'Eve nous révèle le "terrible secret" qui tourmente le milieu de la mode à Miami. Mais bon, on ne peut pas reprocher à la WWE d'essayer de raconter une histoire, même si elle est mauvaise, et on reconnaitra au moins l'investissement de temps d'antenne en sa faveur. De surcroît, la performance de Melle Torres, si elle ne lui vaudra pas l'Oscar, n'était pas si mauvaise – pas la pire de la soirée, en tous cas, on y reviendra – et avait le mérite d'impliquer le public (même si ses réactions me donnent toujours personnellement la nausée).

 

Dans un moment de lucidité, Eve Torres réalise que les chants "Hoeski Hoeski" n'étaient pas une invitation à partir aux sports d'hiver.

 

 

En second lieu, Eve a disposé de temps pour faire son numéro, bien plus que Kelly Kelly et Bella Bella pour faire le leur dans un match (sans grand intérêt, je crois que c'est Kelly Kelly qui l'emporte sur un tombé ponté) et bien plus encore que Beth Phoenix pourtant championne en titre mais qu'on ne voit que rarement à RAW et encore moins à Smackdown ! Avec un peu de mauvais esprit on pourrait même écrire que c'est une nouvelle preuve de la mysoginie de la WWE mais je crois honnêtement que ce n'est pas le cas, c'est juste du mépris de la fédération envers ses titres et elle n'hésite jamais à les faire passer au second plan derrière les storylines (pour ne pas dire les lubies du moment).

 

Tiens, d'ailleurs, une petite question, là rapidement, n'allez pas tricher sur Google, s'il vous plait, ça fausserait l'expérience : Vous vous rappelez du dernier match de Cody Rhodes pour la ceinture intercontinentale, vous savez ce truc dont il se vantait de ramener le prestige? Vous vous souvenez du dernier match de Jack Swagger en solo avant la défense du Titre US à Elimination Chamber qui n'est restée dans les mémoires que parce que son absence de build-up était marquante? Oui, vous non plus. Eh bien, rassurez-vous, ce soir, vous allez avoir droit, sans supplément de prix à un Triple Threat Undisputed Tag Team Championship match.

 

Un TTUTTC

 

 

Un GTS

 

 

Un AA (anciennement FU)

 

 

Y2J

 

 

Un STF (anciennement STFU)

 

Je crois qu'on va devoir ajouter une partie "Acronymes" à notre dico du catch.

 

 

Et le match était, ma foi, plutôt sympathique avec un très joli mouvement à trois entre Dolph, Truth et Primo, une sorte de réaction en chaine qui plante le crane de Big Jimmy dans le sol quand celui-ci inflige une espèce de cutter à Primo (dont on ne vantera jamais assez la faculté à prendre les bumps proprement). Les champions conservent leur titre au terme de la traditionnelle séquence de remue-ménage bordélique où chacun y va de son finisher. On est un peu surpris du résultat mais on se dit que ça nous réserve un beau petit moment d'action pour Wrestlemania.

 

Et là, c'est le drame.

 

 

La WWE fait donner les feux d'artifices et retentissent les premières notes de la thème song de Kane qui arrive et détruit littéralement tout sur son passage. Et quand je dis tout, c'est tout : les six types qui étaient dans le ring (dont un en ringside pour faire bonne mesure). En moins d'une minute, la WWE vient de booker Kane, un type de quarante quatre ans, lutteur valeureux certes mais certainement pas légendaire, comme un monstre qui vient de détruire six types: les tag team champions, le champion US, deux récents number-one contenders lors du dernier PPV et le challenger numéro un pour le titre de Punk lors des deux derniers Pay per Views. Alors, OK, l'hécatombe dans le ring est impressionnante et elle servira probablement à jeter les bases d'une nouvelle storyline. Mais est-ce que c'était vraiment la peine de réduire à néant la crédibilité de six types de trente ans pour renforcer le personnage d'un type à moitié plus vieux ? Le vieil adage catchesque veut que la réalité est la perception qu'en a le public. Et ce soir, il n'a jamais été autant d'actualité et cela fait mal parce qu'on vient d'assister en direct à l'asssasinat pur et simple de toute la midcard de RAW en seulement quelques dizaines de secondes.

 

Veuillez maintenant s'il vous plaît marquer un temps d'arrêt et respecter une minute de silence en la mémoire des Colons, Jack Swagger, Kofi Kingston, R-Truth et Dolph Ziggler, éternel galériens du catch qui viennent ce soir d'entrer dans le panthéon des catcheurs dont la face a été violemment écrasée contre l'invisible plafond de verre de la WWE pour le seul plaisir de Vince McMahon. Nous ne les oublierons pas.

 

Rest In Peace.

 

 

Tiens à propos de type à ne pas oublier, parlons du Miz. C'était tout l'argument de sa promo de ce soir de s'insurger sur ce qu'il estime être le désintérêt de la fédération pour lui à l'approche de Wrestlemania, là où l'an dernier il avait été adoubé. Le discours, destiné à le positionner en heel contre son adversaire du soir, John Cena, était solide et efficace. C'est hélas d'ailleurs avec les mêmes adjectifs qu'on pourrait qualifier la victoire de l'éternel champion. L'ex-future top-guy de la compagnie n'a guère eu le loisir de briller face au Marine. Comble du comble, le match une fois terminé, la caméra s'attarde sur le titantron où apparait le Rock pour une séance muette que Cena contemple du ring. Pendant toute la durée de ce qui constitue le teasing de ce qui sera le main-event du soir, l'ex-Awesome est donc obligé de vendre le STF qui l'a vaincu comme s'il avait encaissé trois Tombstone Piledriver.

 

Vous l'avez compris, l'angle que traverse le Miz n'est pas très épais scénaristiquement et c'est paradoxalement ce qui fait sa force puisqu'il semble dépeindre la situation de son protagoniste. Celui que la WWE a "fait" en lui laissant conserver son titre à Mania en étant heel et contre son Top Guy absolu, John Cena, n'a pas réussi depuis quelques mois à s'extraire de l'upper-midcard où il nage entre deux eaux, juste bon à jobber ici ou là pour mettre over un babyface. Avec un peu de malice, ou de lucidité, c'est selon, on pourrait même croire que la WWE ne sait pas quoi faire du Miz. C'est un peu comme si après avoir énormément investi parce que Vince McMahon avait détecté en lui toutes les qualités qui font d'un bon catcheur une vraie superstar (l'aisance au micro, la faculté de faire bonne figure sur un plateau de télévision pour promouvoir la fédération), le management de la WWE était en train de se poser la question de savoir si finalement, il était au niveau suffisant dans le ring pour être un bon catcheur.

 

– Ouais, on aurait peut-être dû se poser la question avant, c'est vrai. Mais bon, vous connaissez Vince?

 

 

Certes, ce n'est pas ce soir qu'il a eu le temps de montrer qu'il était au niveau requis, ni même au Rumble d'ailleurs où ni lui ni Cody Rhodes n'ont réussi à rendre intéressant le storytelling du début du match. Mais, c'est en ce moment, par sa persévérance et sa volonté de faire marcher des angles qui semblent ne mener nulle part, que le Miz retrouvera la confiance de la fédération et le soutien d'une fan-base qui pourra peut-être faire de lui ce dont Vince rêvait.

 

En revanche, difficile de s'en faire pour Cody Rhodes qui, ce soir encore, a bénéfécié du traitement de faveur de la part des bookers. Avant son match tag-team prévu contre le Big Show et Sheamus, il a encore eu l'occasion de s'exercer au micro et de diffuser sur le titantron une rétrospective moqueuse du match Big Show/Floyd Mayweather. Une fois le match débuté, il refusera le combat, laissant à son partenaire du soir Mark Henry, le soin d'essuyer la colère de ses adversaires dans un match sans grand intérêt.

 

Même booké seul contre un vainqueur du Rumble sur un nuage et contre un Big Show furieux, le récent champion du monde n'a guère eu l'occasion – et probablement les moyens vu qu'il travaille blessé – de briller. Quel dommage qu'après un build-up de monster heel aussi réussi, Mark Henry soit aussi peu considéré aujourd'hui: la WWE a mis six mois pour faire de lui un des champions les plus intéressants de ces dernières années et il lui suffira de quelques semaines seulement pour le renvoyer dans les tréfonds de la carte.

 

 

La véritable Hall Of Pain : bosser blessé et être booké comme un jobber après six mois de domination sans partage et deux victoires faciles contre Randy Orton.

 

 

Ces regrets terminés, passons aux choses positives du soir, toutes axées autour des angles majeurs pour le Biggest Of Them All. A commencer par le HHH/Taker, qui n'a bénéficié ce lundi que du service minimum après vingt minutes d'antenne par semaine pendant un mois. Et là, rien, juste la promesse du retour de HBK, la semaine prochaine, pour promouvoir ce que la WWE nous présente comme un choc des titans mais qui ressemble quand même vachement à une photocopie de ce qui s'est passé l'an dernier. Je vous avouerais que cette pause après un build-up à marche forcée m'arrange bien, d'autant plus d'ailleurs que le match ne m'inspire aboslument rien. A côté de lui, la feud entre Teddy Long et John Laurinaitis, énième variation sur le thème Smackdown vs RAW, me paraît même rafraichissante, c'est pour dire.

 

Pourtant ce soir, la guéguerre par catcheur interposés n'était pas non plus un modèle du genre. C'est surtout lors du CM Punk/Bryan qu'elle s'est développée et la WWE a mis tellement de focus sur celle-ci qu'elle a complètement sabordé l'intérêt du Champion vs Champion, par ailleurs amputé par deux coupures pubs. Visiblement, l'histoire Smackdown vs RAW va se poursuivre jusqu'à Mania avec quelques rebondissements ici et là: Laurinaitis viré de son show va aller faire des piges à Smackdown où se trouvent ses supporters et Captain Obvious prendra sa place à RAW où il trouvera une équipe pour défendre ses couleurs. C'est un peu dommage, et tellement frustrant, de mettre une telle feud au premier plan d'un match entre Punk et Bryan mais bon, ne blâmons pas la WWE pour cela et espérons que tous les finishs foireux des matchs entre les stars indys donneront un jour une occasion à ces deux-là d'avoir une vraie feud.

 

 

Wrestlemania : Travel Coffee Mug vs Santino's socks.

 

Tiens, parlons de Daniel Bryan, justement, parce que le type, malgré tout ce que je peux lire ici ou là, est juste parfait. Certes, il n'a pas forcément un mic-skill qui le fait sortir du lot. Bien sûr, son leitmotiv du moment fait penser au run d'un CM Punk Straight Edge. Mais l'ex-American Dragon a réussi à imposer sa marque sur tout ce qu'il fait et on ne louera jamais assez son "body language" exceptionnel. Quand Bryan entre dans une Arena, qu'il soit en train de faire une promo où il affirme qu'il est meilleur que tous car végétalien ou qu'il célèbre avec excès son titre de champion, ses yeux racontent une autre histoire, celle du mépris.

 

Alors bien sûr, certains renaclent et trouvent ce qu'il dit sans lustre ou sans originalité mais, justement, le regard hautain qu'il impose à tous au même moment donne une profondeur inédite à son personnage de champion. On sent tout de suite que Bryan est persuadé de sa supériorité même quand ses arguments ne tiennent pas la route et c'est ça qui fait que son personnage fonctionne à merveille. Quant, en plus, sa manière de regarder tout le monde de haut est juxtaposée au regard de biche apeurée d'AJ, comme ce soir, on touche le jackpot, l'association magique entre deux personnages que tout devrait opposer, un peu comme aux grandes heures du Macho Man et de Miss Elizabeth.

 

 

She's too hot to handle and I'm too cold to hold!

 

 

Ceci dit, je comprends que le talent de Bryan soit difficile à voir au premier coup d'oeil, surtout en ce moment où chaque star y va de sa promo et particulièrement ce lundi où Jericho et Punk ont, enfin, lancé leur feud en opener du show. Et grands dieux quel lancement ! Les discours des deux antagonistes étaient à la fois justes et pleins de sous-entendus ou autres doubles sens qui donnaient à la séquence d'ouverture du show un caractère jubilatoire pour qui connaît un peu les coulisses et les histoires respectives des deux catcheurs.

 

Jericho a ainsi commencé par un auto-portrait en forme de panégyrique qui était aussi brillant qu'illusoire puisque tous les arguments qu'il employait pouvaient aussi bien s'appliquer à Punk. Et c'est sur cette thèmatique du jeu de miroirs entre le bad guy et le gentil que tout allait se dérouler, chacun tentant de prouver sa supériorité verbalement tout en montrant en filigrane les forces de l'autre. C'était, incontestablement, l'une des meilleurs confrontations verbales qu'on ait pu voir depuis des années tant elle était bourrée de subtilités et de clins d'oeil, chacun insistant plus sur le respect qu'il avait pour l'autre et son talent que sur son alignement de gentil ou de méchant.

 

 

Punk, je te déteste parce que quand tu fais une promo en opener, tu voles le show et obliges tout le monde à se surpasser après alors que c'est mon boulot!

 

Une fois la conversation terminée, histoire de remettre la feud sur des rails classiques, les choses ont repris leur cours normal. Intervention post-match de Jericho après le Bryan/Punk, attaque dans le dos, Liontamer sur l'acier de la rampe d'accès au ring. Boulot terminé, la feud est lancée sur des bases plus que saines : on sait bien qui applaudir et qui huer mais on sait néanmoins que le challenge qui s'offre à chacun sera difficile. Rien à redire, vraiment, cette séquence restera longtemps dans les mémoires car elle constitue le mode d'emploi idéal pour toute confrontation de catcheurs à haut profil.

 

Voilà donc le point positif de ce show rondement mené qui fait enfin sortir la Road To Wrestlemania de sa torpeur.

 

 

– S'il te plaît, Chris, laisse-moi arbitrer ton match contre Punk à Mania.

– Non prends-moi, Chris. Je ne veux pas me retrouver dans le Hell In A Cell avec les deux autres grabataires.

 

Quoi? Le sixième retour du Rock depuis un an? Je suis vraiment obligé d'en parler? Non parce que d'habitude, j'aime plutôt conclure mes reviews avec un point positif … Bon, OK, si vous insistez.

 

Donc le Rock a fait son grand retour. Sous les applaudissements de la foule. Il est arrivé et a profité du fait qu'il n'est quasiment jamais à la WWE pour surfer sur une pop insolente. Avec un peu de mauvais esprit, je dirais que ce n'est pas extraordinaire pour une superstar qui revient, d'obtenir les applaudissements du public. Mais vous me connaissez, ce n'est pas mon genre, j'ai beaucoup de mauvais esprit et j'espère sincérement que l'Undertaker a vu l'émission de lundi pour voir comment on fait pour être applaudi après des mois d'absence, ça peut toujours servir.

 

 

Oui, je sais c'est méchant de se moquer des vieux, mais bon, c'est drôle, non ?

 

 

Donc le Rock a fait son petit numéro de Most Electryfying Wrestler in History, il a fait comme d'habitude. Je sais pas si vous avez remarqué mais depuis un an, le Rock, c'est un Diesel – le moteur, hein, pas Kevin Nash, le vétéran fatigué pote de HHH qu'on nous a imposé à l'antenne pour des raisons encore floues il y a six mois –. Il arrive, fait deux trois trucs que le public attend de lui, chope les applaudissements et s'en nourrit pour être bon, incisif en promo et enfin démarrer son truc.

 

Sauf que cette fois-ci, le Rock, c'est simple, il n'a jamais démarré. Il s'est mis au milieu du ring, il a joué avec le public, les a fait applaudir à tout rompre, leur a sorti des tonnes de catchphrases qui ont été reprises par des chants dans l'Arena, mais c'est tout. Et c'est pas ça le catch. Ce n'est pas un concours à l'applaudimètre, ni un exercice de karaoké géant, c'est un propos, un antaganonisme, un combat verbal. Une bonne promo c'est un truc qui fait qu'une fois le match annoncé sur la carte, les gens arrivent, ils parlent et à la fin du segment, t'as qu'une envie, celle d'acheter le Pay per View. D'ailleurs, c'est ce qu'ont fait avec un incomparable brio Punk et Jericho. Ils ont transformé un match à venir en une irrépressible envie de le voir.

 

 

Remarquez bien que déjà le Rock devrait se concentrer sur l'idée de nous donner une irrépressible envie de voir ses films et après on verra…

 

 

Le Rock, ce soir, lui, n'a fait. Pour tout dire, il m'a donné l'impression d'un comédien un peu populaire qu'on aurait jeté sur une scène lors d'un pépin technique au beau milieu d'un spectacle. Le type est là, il meuble, fait une sorte de numéro sans queue ni tête en attendant que tout rentre dans l'ordre, le public applaudit parce que le type est connu et qu'il le faut bien mais l'interlude qu'il propose n'a aucun but, aucun fond, il rame juste en attendant que les machinistes aient réparé ce qui déconne.

 

Ce soir, le Rock a ramé sévère sans vraiment jamais développer un argument, sans jamais vraiment trouver les mots justes pour hyper sa confrontation avec Cena, à part en utilisant des catchphrases toutes faites, formatées pour être reprises avec le public et devenir des Trending Topics sur Twitter. D'ailleurs au passage, il faudrait que Rock-E apprenne que la vraie influence c'est celle qui est silencieuse, celle qui est modeste, celle qui consiste à lancer un truc cool sans s'en vanter la minute d'après. Ceci dit, je comprends qu'il se réjouisse que ses catchphrases soient reprises sur Twitter, c'est pas "Voyage au centre de la Terre 2 : l'île mystérieuse" qui va faire parler de lui sur Internet.

 

 

L'Il Mystérieuse, on parle de mon frangin, là ?

 

 

Puis John Cena est arrivé. Et il l'a pour ainsi dire réduit en charpie verbalement. En peu de temps, en étant clair, en sachant ce qu'il disait, sans avoir besoin de répéter trois fois la même chose et d'attendre que le public le reprenne pour trouver comment construire la suite de son discours. En gros et en peu de mots, on a vu ce soir dans la différence de niveau au micro entre John Cena et le Rock, la différence entre un type qui fait bien son boulot, a préparé son intervention et un autre. Le contraste faisait d'autant plus peine à voir pour le Rock que Cena ne l'a vraiment pas ménagé, soulignant par exemple que le "Great One" avait tous les points de son discours griffonnés en anti-séche sur son poignet.

 

Le final du segment et du show, en forme de conclusion laissée au Rock renforcait encore ce sentiment puisque celui-ci paraissait encore moins à l'aise micro en main qu'auparavant, bafouillant encore plus, laissant encore mieux apparaître les ficelles du petit numéro qu'il a mal interprété ce lundi soir.

 

 

– Tu vois Rocky, l'avantage d'être là tous les jours et pas deux fois par an, c'est qu'on est entraîné, préparé à toutes les situations et que quand on a un micro pendant quinze minutes, on sait quoi dire.

 

Et voilà pour la conclusion d'un article justement intitulé Le Meilleur du Monde parce que ce soir, évidemment, on a vu le meilleur catcheur du monde en action. Reste à savoir qui c'était vraiment. Etait-ce Daniel Bryan, taiseux mais si virtuose dans son body language que cela lui suffit largement? Etait-ce Punk, comme c'est marqué sur son T-Shirt? Etait-ce Jericho qui a su tomber la veste à lampions pour lancer son affrontement avec CM Punk? Etait-ce Cena qui, en deux minutes de discours, a mis plus d'intensité, de conviction et de professionnalisme dans son intervention que le Rock dans quinze minutes? Une chose est sure en tous cas, ce n'est plus le Great One qui peut prétendre à cette place.

29 commentaires

Copyright © 2011 — 2018 Kayfabe Media. Tout droits réservés.

En haut