Catch

La fin de la route

Soldats, du haut de ce Sun Life Stadium, 28 ans d’histoire vous contemplent.
Napoléon McMahon

 

Aux Cahiers, c’est pas notre genre de parler de nous (si ?), mais sachez que les rédacteurs redoublent actuellement d’imagination et de roublardise pour décrocher le droit de chroniquer Wrestlemania. Par contre, pour le dernier Raw de la Road, ça ne s’est pas tellement battu – les « go home shows » sont tout pourris, tout le monde sait ça. Ce lundi soir, les tauliers ont fait le boulot, et bien fait, mais globalement la règle a été respectée, parce que les traditions dans le catch c’est important.

 

 


Enfin, l’important c’est surtout que tout soit prêt dimanche !

 


Nalyse de Raw du 26 mars

 


Peu de satisfactions donc, mais en même temps que pouvait-on vraiment attendre ? L’essentiel était déjà fait et il n’y avait besoin de rien de plus pour nous convaincre que le Wrestlemania qui arrive a ce qu’il faut pour faire partie des bons crus, je suis en tout cas moi-même assez enthousiaste et impatient d’y être. Alors ce dernier petit tour de manège avant le grand huit, bon, on savait bien qu’il ne tenterait rien qui puisse éclipser ce qui arrive.

 

Il ne restait en fait qu’une incertitude et puisque nous avons eu une réponse je commencerai par là : les deux derniers membres des teams Teddy et Johnny. Pas mal de rumeurs avaient circulé comme d’habitude, on pouvait penser au Funkasaurus qui a d’ailleurs squashé Hawkins ce soir, on pouvait imaginer qu’il y aurait deux entrants surprise directement à Wrestlemania, mais non – ce Raw a donné les réponses, et ce sont Miz et Booker T qui compléteront chaque équipe de six. Chacun a gagné sa place d’une façon assez similaire : en venant en aide au leader de sa future équipe. Booker T a sauvé Teddy Long des grosses pattes de Mark Henry, alors que plus tôt dans la soirée le Miz avait épargné à Laurinaitis d’encaisser le foudroyant finisher de… Santino Marella.

 

 


Comment peut-on tolérer des tactiques aussi violentes et vicieuses sur un ring de catch ?

 


Eh ouais… Les catcheurs ne sont pas égaux devant les épreuves qu’ils doivent surmonter, et Marella et Otunga font de drôles de capitaines d’équipes qui comportent pas mal d’anciens champions divers – mais on peut aussi se dire que s’ils n’étaient pas capitaines ils auraient vraiment l’air d’intrus… En tout cas il se confirme comme le disait Jyskal il y a une semaine qu’on a là une vraie feud de midcard, puisqu’on n’a donc pas d’arrivée de grosse star comme l’aurait été un Rey Mysterio par exemple. Bien sûr Miz est plus qu’un midcarder, mais alors qu’on pouvait, un tout tout petit peu, rêver pour lui qu’il intervienne dans le Cena-Rock et donc remonte dans le wagon du main event, il devra se contenter d’un match de second plan.

 

Second plan même si l’enjeu lui est important ; comme divers chroniqueurs avant moi je regrette que les postes de GM n’aient pas été au centre de la feud, qui a surtout été personnelle. J’aurais aimé par exemple davantage de scènes où on aurait vu l’intérêt des membres des équipes à garder un GM qui les soutient ou à vouloir se débarrasser d’un GM qui ne les apprécie pas : on aurait plus facilement compris leur motivation à se battre pour leur leader. Même s’il y a des intérêts implicites bien sûr ; Drew McIntyre par exemple a toutes les raisons de ne plus vouloir être sous les ordres de Long. Ah, oui, parce que McIntyre est dans le coup désormais : il remplace Christian, dont les médecins pensaient qu’il serait prêt pour Mania mais qui souffre encore trop de sa blessure – ça c’est hors kayfabe, mais sinon il sera absent parce que CM Punk lui a défoncé sa tête, nous y reviendrons.

 

 


Y a pas à dire, faire semblant de casser la gueule de ses potes ça doit être tripant comme boulot.

 


Chronologiquement la soirée avait commencé par un match par équipes, le seul vrai match de la soirée (mais c’est compréhensible, il s’agit d’éviter une blessure au pire moment de l’année) : Orton & Sheamus contre Kane & Bryan, dans un croisement de deux matchs individuels de dimanche. On a d’abord eu des affrontements « croisés » mais ensuite on a bien sûr eu sur le ring les adversaires de dimanche face à face, Orton et Kane puis Sheamus et Bryan. Après une intervention d’AJ qui a permis à Kane de coller un chokeslam à Sheamus, c’est Bryan qui a pu faire le tombé et célébrer sa victoire – de quoi faire baisser dramatiquement sa cote au concours de pronostics des Cahiers auquel vous ne manquerez pas de participer bien sûr !

 

On a là sans doute deux candidats pour faire l’ouverture de Mania, une sorte de prix de consolation pour deux matchs moins importants qu’ils ne pourraient l’être s’il n’y avait pas trois matchs majeurs dimanche. C’est en tout cas vrai pour le Sheamus/Bryan, moins bien préparé pendant cette Road que l’autre match de championnat du monde ; mais on ne doute guère que ce match sera spectaculaire, et assez indécis tout de même. Beaucoup plus en tout cas que l’inévitable victoire de Randall contre Kane. On parle souvent, sans qu’on puisse avoir d’éléments très précis, de l’ego des catcheurs, le moins qu’on puisse dire c’est qu’Orton a mis le sien dans sa poche depuis l’année dernière, puisqu’il a certes gagné des titres mais en offrant à Christian (et à nous) une des feuds de l’année, et que cette année il se contente d’un match mineur à Wrestlemania, en dépit d’une popularité qui ne se dément pas. C’est vrai qu’il est encore jeune, 2 et 3 ans de moins que Punk et Cena ; on ne peut pas parler de caprice de diva en ce qui le concerne en tout cas.

 

 


Ils pourraient au moins le nourrir, le pauvre !

 


Tiens, les divas justement, puisque l’exhaustivité des nalyses des Cahiers ne saurait être prise en défaut. Bon bah, Kelly Kelly a battu Eve d’un roll up, non sans avoir incité la foule à la traiter de « hoski ». C’est tout. Dimanche il y a un match avec une célébrité paraît-il, qui, et c’est amusant, s’est cassé une côté entretemps. À côté de ce match celui de l’an dernier avec Snooki ressemble à une feud d’une complexité folle…

 

J’avance l’hypothèse que la WWE aurait bien aimé attirer une ou deux célébrités plus conséquentes que Maria Menounos, qu’elle s’y est attelée mais en vain, et a dû se rabattre sur une vedette de troisième ordre. Snooki, Menounos, le défilé de tocards qui ont tenu lieu de guest hosts… voilà un moment que la WWE n’a pas attiré de vraie vedette. Peut-être est-ce le reflet d’une place déclinante du catch aux États-Unis ; je serais curieux de connaître l’évolution de la médiatisation de Wrestlemania, si quelqu’un a des infos à ce sujet.

 

Nous avons aussi eu droit à une dernière confrontation entre Cody Rhodes et le Big Show, après que ce dernier ait vaincu très facilement Primo. Enfin, confrontation c’est beaucoup dire, tout au plus un petit speech de Cody, assez amusant comme souvent. Je ne suis pas franchement emballé par ce match et sa construction je dois dire, même si nous pouvons avoir malgré tout un beau (et gros, ah ah !) spectacle entre les deux hommes. Je suis en revanche beaucoup plus emballé, eh oui, par le match des outlaws, des derniers de leur espèce, l’Undertaker et HHH ; mais si j’en parle là comme ça au milieu d’un paragraphe c’est que nous n’avons vu ni les deux adversaires ni HBK ce soir, la WWE jugeant sans doute avec quelque raison qu’ils n’avaient plus grand chose à se dire et à nous dire. On a eu en revanche une belle vidéo sur les carrières de ces géants, ce qui est déjà beaucoup vu le talent des monteurs de Stamford.

 


Sans ma barbe, quelle barbe !
Je suis comme un chien sans puces
Bonjour c'est Milan sans Rémo.

 


Il nous reste donc les deux gros morceaux du soir et commençons par le match des meilleurs, Punk contre Jericho bien sûr. Punk avait un match programmé contre Christian, mais avant qu’il ne commence Jericho est une nouvelle fois apparu sur le titantron. Après avoir rapidement rappelé que le père et la sœur de Punk étaient des rebuts de l’humanité, il en est venu à sa mère… qui n’a aucun problème particulier, à ceci près que M. & Mme Brooks se sont mariés après sa naissance et que Phil est donc un bâtard.

 

Bon, évidemment on s’en fout, et même dans un État conservateur comme la Georgie où avait lieu le show je ne suis pas sûr qu’il y ait là de quoi brûler des croix devant la maison des Brooks. Mais Jericho a une fois de plus été… délicieusement détestable, cet homme est décidément brillant. Comme l’est Punk bien sûr… Ah mon dieu ce match, quel match mais quel match ça va être mes enfants ! On ne peut que regretter bien sûr qu’il ait lieu l’année de Rock-Cena, et que Punk soit donc privé du plaisir et de l’honneur de terminer Wrestlemania, victorieux, le titre à la main.

 

 


Et toc, pour la peine !

 


Si je ne devais regretter qu’une chose sur la construction c’est que Jericho ne soit une fois de plus pas apparu en vrai – on ne va pas lui pardonner ce qu’on a tant reproché, et à juste titre, au Rock – mais à part ça… Punk a mal pris le nouvel affront de Jericho évidemment, et c’est donc Christian qui en a fait les frais, les arbitres devant intervenir à plusieurs pour faire lâcher prise au champion.

 

Cette façon de mettre en scène le retrait de Christian de son match de Wrestlemania est excellente, à au moins deux titres. D’abord cela a permis de voir un Punk en mode badass, qui dans une interview a ainsi pu dire « comment je me sens ? Demandez à Christian ». Une attitude, une phrase plutôt typiques d’un heel, qui permettent de rappeler utilement que si Punk est face il n’est pas le mec sympa, l’ami de tout le monde, il reste un type dur et déterminé. Deuxième chose, cette violence déchaînée contre Christian est un argument tout trouvé pour une feud future entre les deux hommes, une feud qui donne très envie et que Christian aurait toute légitimité à déclencher contre celui qui l’a privé de Wrestlemania, rien de moins. Bien joué les bookers !

 

 


1984 II, le retour : cette fois Winston Smith il va lui démonter sa face à Big Brother !

 


Parlons maintenant du gros morceau du soir, du gros morceau de la Road, du gros morceau de Wrestlemania, du match que la WWE veut historique entre Cena et Rock. Et construire l’histoire la WWE elle sait faire… Lors de ma dernière nalyse de Raw il y a un mois je disais, je me cite : « ce match m’emmerde ». Aujourd’hui je n’en suis plus là, et même si je pense toujours qu’on aurait mieux fait de laisser le Rock à ses films de seconde zone, il faut reconnaître que la construction du match a été bonne et a su lui donner la légitimité d’un combat majeur. Il aura fallu le temps mais la WWE a très bien géré le tempo pendant la Road, jusqu’à ce dernier Raw où des vidéos de rappel ont servi de fil rouge à la soirée, jusqu’à une dernière confrontation.

 

Rock a commencé seul, puis Cena l’a rejoint pour parler à son tour, et Rock a conclu l’échange. Comme je l’ai souvent dit Rock est bien meilleur quand il n’accumule pas les catchphrases et il a été bon ce soir ; pas forcément cohérent avec certaines promos passées, puisqu’il a reconnu que Cena était un grand catcheur de son époque et que c’est même pour ça qu’il voulait le battre, mais bon. Mais ce n’est rien à côté de Cena, qui a livré lui une promo que je qualifie sans hésiter de mémorable.

 



Mémo… quoi ? Euh, désolé, les mots qui ne rentrent pas sur un tshirt ne sont pas admis sur le ring.

 


La base de son discours était toujours la même : « je suis là et je serai toujours là, je vis pour le catch alors que toi Rock tu vas repartir aussi vite que tu es venu ». Mais son propos était parfaitement maîtrisé, il a intégré le public à son discours, illustrant par l’exemple la véracité de ses propos. Rock a bien aidé lui aussi : alors qu’il marche souvent comme un lion en cage, ce qui casse un peu l’impact des propos de son adversaire, il est resté complètement immobile, encaissant sans broncher, ou plutôt en se décomposant petit à petit, la force des attaques de Cena. John a remisé Rock au rayon des innombrables catcheurs qui l’ont traîné dans la boue auparavant, et sa démonstration implacable l’a conduit à cette évidence qu’on ne pouvait que partager : il va gagner dimanche. Sacré coup de force ! Il est enfin en train de retomber sur ses pieds, après une année difficile vis-à-vis du public et de ses réactions que la WWE n’avait certainement pas complètement anticipées. Les haters vont détester, mais le boss c’est toujours lui.

 

On y est donc enfin. La carte de Wrestlemania a fière allure, plus que celle de l’an passé sans aucun doute. Si on excepte le cas désespéré de la division féminine, chaque match peut donner un beau spectacle pour peu qu’on lui laisse le temps nécessaire. Car même avec quatre heures, avec un Punk-Jericho sans doute plus long match du soir et le barnum prévisible autour de Rock-Cena et Taker-HHH, chaque minute sera précieuse. Espérons que nous profiterons de chacune d’elles au mieux, en tout cas moi j’ai hâte d’y être !

 



Moi par contre je vais morfler sévère. Vivement lundi tiens !

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