Catch

Catch, Gonzesses et Fajitas

Faudrait faire un test un jour, prendre un de nos amis qui n'a jamais maté de catch de sa vie (cela dit vu qu'on aime le catch on n'a pas d'amis, mais on peut par exemple payer un voisin) et lui montrer un combat au pif, et voir ce qui le choque vraiment. Ca mériterait même un papier, ça, tiens…

Axl

 

Cette remarque de notre leader charismatique Axl dans les commentaires du Smackdown du 9 mars était l’excuse idéale. Ce vieux clébard d’Henri Death a sauté sur l’occasion et a prétexté l’écriture d’un article pour passer une soirée avec deux filles afin de leur montrer… un épisode de Raw. Cet homme-là sait parler aux femmes.

 

 

Henri Death passe une soirée tranquille devant la télé avec deux copines.

 

 

Nalyse des réactions de deux réfractaires au catch devant un Raw

 

 

L’idée est simple : regarder un show de la WWE en compagnie de deux personnes qui n’ont jamais vu une émission de catch en entier, n’aiment pas ça, voire trouvent que la lutte est un spectacle lamentable, et recueillir leurs impressions pour voir quelles sont les différences de perception entre les néophytes et nous, qui détenons la vérité. Mon esprit de sacrifice pour les Cahiers n’ayant pas de limite, j’ai donc accepté, la mort dans l’âme, de regarder le Raw du 19 mars (déjà nalysé en ces colonnes par le grand Jyskal) tout en me goinfrant de fajitas en compagnie de deux charmantes jeunes femmes que, par souci d’anonymat, j’appellerai Ginette et Joséphine.

 

Ginette et Joséphine, respectivement 24 et 27 ans, enseignantes toutes les deux, ne connaissent du catch que ce qu’elles en ont vu lorsque leur main diaphane glisse par mégarde sur une télécommande irresponsable et que leurs yeux mutins aux reflets d’azur se posent quelques secondes sur NT1 un samedi soir. Elles ne voient là que le spectacle risible et dérisoire de musculeux braillards qui font semblant de se taper dessus. Inutile de vous dire qu’elles attendaient cette soirée avec un enthousiasme assez modéré.

 

 

Heureusement, elles avaient prévu de quoi se donner du courage.

 

 

Je les remercie d’autant plus chaleureusement. Soyez gentils avec elles dans les commentaires, elles m’ont promis de lire cet article.

 

Je me présente donc en début de soirée au domicile de mon amie Ginette, avec dans ma poche une clé USB renfermant le Raw du 19 mars, dans ma tête une liste de questions et dans le cœur une impatience fébrile. Vais-je passer pour un parfait abruti à la fin de la soirée ? Réussirai-je au contraire à convertir mes amies à la passion du catch ? Le repas sera-t-il bon ?

 

Je frappe à la porte, Ginette m’accueille immédiatement par un autoritaire « ferme les yeux, j’ai un cadeau pour toi » et dépose dans ma main tremblante un jeu de Uno WWE avant de m’installer sur le canapé et de poser devant moi un plateau de victuailles. Cette soirée commence bien. Quelques clics de souris plus tard, l’émission commence à son tour. Fébrile, je scrute les réactions de mes  deux keupines.

 

Je commence par quelques généralités pour les aider à comprendre. Les filles savent bien évidemment déjà que le catch est écrit à l’avance, mais ignorent qu’il existe des rivalités qui s’étalent sur plusieurs mois, comme dans une série. Je leur explique également la différence entre les faces et les heels, de celle entre les shows weekly et les PPV, et j’insiste sur l’importance historique de Wrestlemania.

 

La première séquence voit l’arrivée de CM Punk sur le ring, pour une promo classique destinée à préparer son match contre Chris Jericho à Wrestlemania. Première surprise : dès que Punk, ce monstre de charisme, apparaît à l’écran, les filles éclatent de rire. Je ne comprends pas pourquoi : elles m’expliquent que cette réaction vient de la tenue du champion : la ceinture portée à même le slip ne choque plus ceux qui ont l’habitude, mais amuse beaucoup mes deux néophytes :

 

 

– Mais c’est pas une ceinture, c’est un cache-sexe !

– Alors il doit avoir un gros zizi.

– Surtout très haut.

 

 

Ma fierté en prend un coup. Au bout de quelques secondes, la différence de perception est flagrante. Nous avons l’habitude de voir nos catcheurs se promener constamment en slip, y compris en dehors des combats, et cette image ne nous choque absolument pas, mais un œil neuf est n’est frappé que par le ridicule de la situation. D’une manière générale, les catcheurs sont d’ailleurs presque tout considérés comme assez ridicules et stéréotypés. Joséphine accueille l’apparition du Miz à l’écran par un « Mais il a quatorze ans ? » et trouve qu’il ressemble à « un ado sous stéroïdes », Ginette ne cesse de répéter « répugnant… » pendant le match de Mark Henry, et Sheamus est instantanément identifié comme « irlandais, rouquin et blanc comme un cul ». Quant au crachat d’eau de Triple H, il ne provoque que le haussement d’un sourcil interrogateur et circonspect : «  Euh… C’est son truc, de cracher de l’eau ? C’est pas très sexy. Enfin le reste non plus… ». Et ne parlons pas de Shawn Michaels, dont l’âge induit un décalage comique avec son pseudo de Heart Break Kid.

 

ll faut cependant reconnaître que le côté stéréotypé des gimmicks des catcheurs largement volontaire. Sheamus ressemble en effet à une caricature d’Irlandais, mais c’est un aspect essentiel de son gimmick. De même, le côté gamin arrogant du Miz fait partie intégrante du personnage et Mark Henry est certes, laid, mais il n’en est que plus en accord avec son rôle de heel.

 

On me fait remarquer au passage un détail que je n’avais jamais remarqué : les gros (ce soir, le Big Show et Mark Henry) sont vêtus de combinaisons très moulantes. Une plongée dans mes souvenirs me confirme que les catcheurs obèses sont rarement vêtus de vêtements larges (rappelez-vous l’équipe des Natural Disasters dans les années 90). Il s’agit évidemment d’un moyen de les rendre plus impressionnants, mais je n’avais jamais vraiment remarqué ce détail. J’aurais donc découvert quelque chose ce soir. Merci à vous, les filles !

 

Plus étonnant : le physique des lutteurs ne séduit pas du tout les filles. Le beau gosse Randy Orton a « l’air idiot avec ses yeux rapprochés » et Zack Ryder avec ses airs d’ « ado attardé » est unanimement perçu comme « le pire » de tout le show. Les catcheurs qui veulent jouer les durs sont donc risibles. Mais que penser des personnages comiques ? Ce n’est guère mieux : la démarche de Santino, si elle fait rire Joséphine, la réaction de Ginette, qui est une femme sophistiquée, est plus circonspecte :

 

 

Mais ça fait rire des gens, ça ?

 

 

La petite a mis le doigt là où ça fait mal. Soyons objectifs : l’humour marellien tient plus des Charlots et de Michel Leeb que de Woody Allen.

 

Seule petite touche positive : l’entrée de l’Undertaker. Bien qu’elle aussi jugée légèrement ridicule, on lui reconnaît une certaine efficacité dans le genre « show à l’américaine » que Joséphine résume admirablement par la formule « c’est kitsch, mais ça pète ». On reconnaît aussi au Taker un certain charisme. Notons qu’il fait partie des rares catcheurs à se présenter ce soir en tenue de ville. Certes, le capuche et le manteau de cuir ne sont pas la tenue la plus discrète de la soirée, mais le Deadman ne se promène pas en slip, et porte des vêtements qui se rapprochent davantage de ce que l’on peut porter dans la vie de tous les jours (toute proportion gardée), et cet élément purement vestimentaire a probablement joué en sa faveur. N’oublions pas que les femmes sont des êtres superficiels qui accordent beaucoup d’importance à l’apparence.

 

 

– Quand il arrive, on dirait un concert de Madonna.

– Ouais ! ♪ Like a virgin ! La la la !♫ !

 

 

Je constate d’ailleurs que les deux jeunes nymphes jugent le Phenom avec sévérité. Lors du premier plan sur son visage, elles sont unanimes : il a l’air « super fatigué ». Après une rapide explication de la storyline en cours et du concept de « Streak », les filles comprennent qu’il est dans le circuit depuis très longtemps et estiment qu’il est temps pour lui de prendre sa retraite. Elles pensent même qu’il va perdre son match et qu’on ne le reverra plus après. C’est beau de rêver. Mais… et si elles avaient raison ?

 

Cette petite expérience est également l’occasion de tester la notoriété des catcheurs auprès du grand public. Si John Cena est vaguement connu, The Rock ne dit rien à Ginette, tandis que Joséphine sait qu’il a « joué dans des films » (sans pouvoir en citer un seul) et que c’est un ancien catcheur. Elle ignorait d’ailleurs qu’il était revenu dans le monde de la lutte. De son côté, Ginette ne réagit en voyant son nom à l’écran qu’en chantant « ensemble comme un rock ! tous unis comme un rock ! » qui me donne une furieuse envie de la gifler violemment. Même Hulk Hogan, apparu brièvement à l’écran pendant un segment vidéo, n’est connu que de Joséphine, mais uniquement grâce à son rôle dans la formidable série Thunder in Paradise (Caraïbes Offshore dans nos contrées) qui fit les beaux jours de M6 il y a quelques années.

 

Bref, rien à sauver ou presque : tous les lutteurs sont ridicules. Un détail m’étonne cependant : les filles ne semblent pas se demander pourquoi un type aussi risible (selon elles) que CM Punk est accueilli en héros par une foule de plusieurs milliers de personnes. Je comprends pourquoi un peu plus tard, et j’en suis fort étonné : mes amies sont dans un premier temps totalement incapables de savoir si les catcheurs sont acclamés ou hués !

 

En effet, après mon explication sur l’opposition gentils / méchants, elles s’amusent d’elles-mêmes à essayer de deviner qui est gentil ou méchant. Si David Otunga est immédiatement classé du côté des heels en raison de son attitude et de son regard arrogant, Daniel Bryan, lui, est identifié sans aucune hésitation comme un gentil lors de son apparition, alors même qu’il est accueilli par les exclamations haineuses du public ! Même Vickie Guerrero est à deux doigts d’être prise pour une face !  J’en suis stupéfait : mes deux comparses se focalisent uniquement sur l’attitude du catcheur (l’image) et ignorent totalement les réactions du public (le son). Je n’y vois qu’un explication : dans la vie courante, il est extrêmement rare que l’on assiste à une scène où un homme se fait huer par une foule aussi nombreuse. Il faut donc un léger temps d’adaptation à un cerveau non habitué, et ce n’est qu’à la fin de l’émission qu’elles commencent à écouter le public.

 

Il me reste à ce stade encore un espoir : peut-être les storylines sauront-elles intéresser davantage mes petites camarades ?

 

Eh bien, pas vraiment. La séquence inaugurale de l’émission, pendant laquelle Jericho attaque verbalement la famille de Punk les amuse beaucoup : elles comparent ce qu’elles voient à une sitcom stupide, et le fait que différentes histoires s’entrecroisent sans entretenir de rapport narratif entre elles constitue un autre point commun avec les comédies de situation. Les filles hurlent de rire devant l’air colérique de Punk à la fin du segment. La séquence n’a d’ailleurs pas du tout retenu leur attention : les dialogues sont idiots, et les catcheurs sont très mauvais acteurs. Impossible pour elles de ressentir la moindre implication pour le moment. Le vieil amateur de catch que je suis s’interroge. Tout ceci est-il vraiment si lamentable ? N’y a-t-il vraiment rien à sauver ? Suis-je vraiment débile parce que j’aime ça ? Les remarques des filles se teintent d’une ironie acerbe.

 

 

– Pourquoi il le menotte ?

– Pour le frapper plus facilement.

– Ah ben oui, quelle question…

 

 

Cependant, la curiosité pointe peu à peu puisqu’elles me posent quelques questions. Ce monde étrange qu’est le catch est un mystère pour elles. Plus que le fonctionnement réel de Raw, je crois que ce qui les intrigue, c’est de savoir comment on peut s’y intéresser. Je réponds de bonne grâce à leurs questions. Non, on ne sait pas à l’avance qui va gagner, la preuve : on fait même des concours de pronostics. Non, je ne sais pas si des bookmakers prennent des paris, mais je suppose que oui. Fait étonnant : les filles étaient tout d’abord persuadées que les faces gagnent systématiquement tous les matchs. Elles découvrent ce soir que les combats prennent place à l’intérieur d’histoires qui se développent sur plusieurs semaines. Pour conclure sur cette feud, elles pensent que la différence de gabarit entre Cody Rhodes et le Big Show est trop importante pour que le champion intercontinental représente une opposition crédible face au gros Spectacle dans un match régulier.

 

La grande question de cette soirée concernant les storylines en cours était la suivante : les filles vont-elles se ranger du côté du Rock ou de Cena ? La réponse est simple : pour personne. En effet, force est de reconnaître que le show ne leur plaît pas assez pour qu’elles s’impliquent émotionnellement et éprouvent plus de sympathie pour l’un que pour l’autre. Mais le petit jeu du « qui c’est qu’est gentil / qui c’est qu’est méchant » continue pendant la promo du Rock devant la statue de Rocky (statue dotée, selon Ginette, d’une notable érection. Peu après, entendant le Rock prononcer le mot « beat », elle dira avec un large sourire « tiens, il a dit bite ». Bien entendu, je ne vous dis ça que pour l’humilier). Je me suis évidemment bien gardé d’expliquer que le cas Cena vs Rock était un peu particulier.

 

Au premier abord, on considère que le face de l’histoire est le Rock. Pourquoi ? Parce qu’il est « connu ». Cette remarque n’est pas si naïve qu’elle en a l’air : la notoriété et surtout la popularité sont évidemment des facteurs à prendre en compte dans el choix de l’alignement d’un catcheur. Rappelez-vous le face-turn de Randy Orton, que la WWE a été contrainte d’officialiser parce que le Orton heel se faisait trop applaudir, ou le récent retour muet de Chris Jericho, qui avait dû s’accompagner d’un stratagème inédit, les officiels sachant pertinemment que Jericho serait de facto face dès son retour.

 

Et puis finalement, non. Le Rock crie et fait des grands gestes. Donc il est énervé. Donc il est méchant. D’ailleurs, son t-shirt « boots to asses » est un méchant t-shirt. La suite confirme cette théorie : Cena a une tête de brave type et « tout le monde l’aime bien » (les hourras sont donc apparemment plus audibles que la bronca).  Cependant, on note les panneaux « Cena sucks » : il n’est peut-être pas si gentil que ça, en fin de compte. Ce n’est qu’au moment où le Rock quitte le ring après son Rock Bottom sur Mark Henry qu’on remarque que, tout compte fait, « les gens sont plutôt avec lui ». À la fin du segment, aucune théorie n’a été validée de façon satisfaisante. La WWE a donc bien réussi à brouiller les cartes (en tout cas aux yeux de ceux qui ne sont pas des suiveurs réguliers) : aucun des deux adversaires ne prend l’ascendant sur l’autre. La fine psychologie qui sous-tend Raw chaque semaine a en revanche été parfaitement comprise : « Ah ouais, là il vient le défier en terrassant en deux coups son adversaire ».

 

Faisons un petit bilan. Les catcheurs sont des acteurs nullissimes qui ressemblent à de parfaits abrutis et dont le seul mérite est de réussir à ne pas rire quand ils jouent une scène d’affrontement verbal. Les histoires sont du même niveau que celles des pires sitcoms. C’est la douche froide. Je suis en train de passer pour un parfait abruti. Il me reste tout de même un dernier espoir : les matchs eux-mêmes sauront peut-être impressionner davantage les filles.

 

Malheureusement, lorsque commence le premier affrontement de la soirée, je me dis que ce n’est pas la meilleure façon de découvrir l’art du catch, le Big Show et Kane n’étant pas forcément les catcheurs les plus virevoltants et rapides de la WWE. Comme je m’y attendais, le match n’est pas des plus passionnants (même pour moi), et personne ne cherche vraiment à comprendre ce qui se passe sur le ring.

 

Le combat entre Santino Marella et David Otunga est le premier à être réellement analysé, et les filles comprennent instantanément les bases de la construction d’un match : « Il y en a un qui gagne au début, donc les gens réagissent, et après il y a un retournement de situation ». C’est assez vrai dans les grandes lignes, mais on se rend compte ensuite que c’est un peu plus compliqué : voyant la domination de Daniel Bryan sur Zack Ryder dans un autre combat, Ginette annonce avec certitude un retournement de situation et la victoire de Ryder. « Ah ! s’exclame-t-elle finalement, il y a des contre-retournements ! ». Une autre théorie naît : on alterne les victoires des heels et celles des faces. Je la démens aussitôt, expliquant que les matches servent à construire les storylines, que le résultat n’est est pas toujours prévisible, et que ça fait partie de l’intérêt du spectacle.

 

Ce Raw est malheureusement trop pauvre en vrai bon catch pour recueillir les impressions des filles sur le côté purement sportif. Les premiers combats de la soirée ne les impressionnent pas, tout leur paraît facile, et elles ont l’impression que n’importe qui pourrait en faire autant avec un peu d’entraînement.

 

 

Ouais, c’est un jeu d’enfant !

 

 

Un match arrive finalement à les faire changer d’avis, celui qui oppose R-Truth et Kofi Kingston à Jack Swagger et Dolph Ziggler. Au fil de l’affrontement, les remarques désobligeantes se font plus rares, les filles parlent moins, poussent de petits cris de peur devant les mouvements les plus spectaculaires et commencent à s’intéresser vaguement à ce qu’elles voient. Un saut chassé est même salué d’un « oh, c’était beau, ça » qui me fait bien plaisir. Ce combat plus rapide est jugé beaucoup moins théâtral et plus réaliste. Chose étonnante : R-Truth apparaît bien plus agressif que les autres. Il est perçu comme un véritable fou furieux, très violent, et les filles s’étonnent qu’il puisse être du côté des gentils. Plus tard, Joséphine continue à montrer un début de réaction en grimaçant quand Mark Henry se prend un Attitude Adjustment.

 

C’est en définitive les matchs qui ont été considérés comme les moments les moins lamentables du show. Il serait intéressant de retenter l’expérience, mais en montrant aux filles non pas des shows en entier, mais quelques matchs soigneusement choisis. Je pense notamment au Bret Hart contre Steve Austin à Wrestlemania 13, au dernier match de Shawn Michaels contre l’Undertaker ou encore au CM Punk contre Dolph Ziggler lors d’un récent Raw.

 

Le show terminé, il est temps de faire un bilan. Ginette est atterrée. Elle me demande si j’aime vraiment le catch et si je suis capable d’en regarder pendant plusieurs heures d’affilée. Pour elle, « c’est tout sauf culturel. C’est au même niveau qu’une sitcom de merde ». Elle n’arrive pas à comprendre qu’on puisse avoir fait des études, ne pas être complètement idiot, et aimer le catch. « Te connaissant, me dit-elle, je ne comprends pas comment tu peux aimer ça. Avant de te connaître, je pensais que le catch c’était juste pour les Américains alcooliques ». Je lui parle alors des Cahiers du Catch, fréquenté essentiellement par des gens cultivés, dont beaucoup font ou ont fait des études supérieures. Elle est sincèrement étonnée de découvrir que le catch ne s’adresse pas qu’aux adolescents illettrés.

 

 

Je te le dis comme je le pense, Taker ! L’Univers n’a d’existence que relativement à la perception subjective que l’on en a !

 

 

Ce qui la dérange finalement le plus, outre le faible niveau culturel du spectacle, c’est sa violence. Même si tout est arrangé à l’avance, elle considère (et reconnaissons qu’il est difficile de lui donner tort) que le catch fait l’apologie de la violence comme seul moyen de régler ses problèmes. Elle est d’ailleurs très choquée d’avoir vu des enfants dans le public, qui risquent de suivre cet exemple déplorable, et avoue avoir été mal à l’aise de regarder un spectacle aussi violent. Selon elle, cette violence est plus dérangeante que dans les séries ou dessins animés, puisqu’il s’agit ici de vraies personnes qui se battent en public. Elle reconnaît que les vrais sports de combat fonctionnent sur le même principe, mais les enfants regardent moins la boxe ou le free fight que le catch, et ces combats se situent sur un plan uniquement sportif ; ils ne sont d’ailleurs pas présentés comme un moyen de régler des querelles personnelles. J’en profite pour lui montrer en accéléré le fameux Hell in a Cell entre le Taker et Mankind au King of the Ring 1998. Sa sentence est sans appel : ces gens sont des masochistes et un spectacle aussi barbare est proprement indigne. Elle déplore également aussi le côté manichéen du catch. Pour elle, à la WWE, il n’y a pas de gris. Je souris en pensant au fameux article « Nuances de gris », resté célèbre sur notre site.

 

De son côté, Joséphine est à la fois plus et moins sévère. Elle se dit prête à regarder à nouveau quelques minutes de catch de temps, mais uniquement pour s’en moquer, le spectacle lui ayant paru vraiment risible et ridicule. Elle reconnaît que quelques passages des matchs étaient agréables à regarder, mais sur une heure et demie, ça fait bien peu pour elle. Elle reste en outre persuadée qu’une grande partie du public n’a pas conscience que les affrontements sont simulés. Elle se montre tout de même curieuse de savoir si le Taker va garder intacte sa streak et veut que je lui donne le résultat du match quand je l’aurai vu.

 

Enfin, une remarque de Ginette me paraît particulièrement intéressante : « Je n’ai jamais vu un public aussi possédé, il est à fond dans l’histoire. Les gens le vivent vraiment, même au foot on ne voit pas ça. D’ailleurs il y a plein de plans sur le public ». Ginette a parfaitement saisi le paradoxe du catch.

 

Spectacle primaire, parfois idiot, souvent risible, le catch est aussi l’évolution moderne la plus aboutie du théâtre antique, et se montre en définitive plus apte que le « vrai » sport à susciter les émotions cathartiques les plus essentiellement humaines.

 

Le catch, c’est comme la vie : c’est à la fois beau et con.

 

 

Voilà. Beau et con.

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