Catch

L’élection présidentielle française expliquée aux fans de catch

Né citoyen d’État libre, et membre du souverain, quelque faible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d’y voter suffit pour m’imposer le devoir de m’en instruire.

Jean-Jacques Rousseau

 

Ce dimanche, la portion française et majeure du CDC Universe (au moins 10% des troupes au total) est conviée à accomplir son devoir citoyen. Comme évidemment, vous êtes fans de catch et n’avez donc pas la moindre idée pour qui voter, voici quelques pistes de réflexion.

 

 

Lassés d’attendre que la WWE s’intéresse aux candidats français, on a fait le boulot nous-mêmes.

 

 

Election présidentielle française : un candidat, un catcheur

 

 

Les experts nous le répètent à l’envi : l’élection présidentielle, c’est une grande histoire de storytelling. Chaque candidat doit incarner un personnage doté de caractéristiques nettement identifiables ; il doit être porteur d’un projet clairement exprimé ; il doit se distinguer par ses capacités oratoires et briller dans les joutes l’opposant à ses adversaires. Le parallèle était trop tentant pour que nous passions à côté : la présidentielle, avec ses promos, ses fights, ses storylines, c’est le catch.

 

 

Et comme dans le catch, on n’hésite pas à ajouter quelques centimètres à certaines superstars histoire de les rendre plus impressionnantes en kayfabe.

 

 

Dix candidats se disputent votre vote ce dimanche. Bien sûr, vous êtes rompus à l’exercice grâce à nos réguliers sondages, concours de popularité et autres scrutins visant à désigner le WTF Award ou la Ceinture de Plomb. Mais si le principe vous est connu, les candidats le sont-ils autant ? Au cas où ce ne serait pas le cas, voici un petit vade-mecum qui vous aidera à y voir plus clair.

 

 

Il est temps qu'ils révèlent tous leur vrai visage!

 

 

 

Nathalie Arthaud / Kane

 

The Big Red Monster. Voilà un surnom qui collerait parfaitement à la représentante de Lutte Ouvrière, la terrifiante trostkyste révolutionnaire Nathalie Arthaud ; et pas seulement pour le goût qu’elle porte à la couleur rouge et aux gimmicks datés. Car Kane et la  porte-parole de LO, fidèle successeur de l’ex-inamovible Arlette Laguiller, ont ceci en commun qu’ils se délectent tous deux de la frayeur qu’ils suscitent chez le pékin moyen. Tandis que Kane a pour mission d’infliger douleurs et souffrances à ses congénères catcheurs, Nathalie, elle, ne vit que pour la révolution qui verra le prolétariat terroriser la bourgeoisie, le grand soir où l’on fêtera la revanche de la classe ouvrière en pendant le dernier client du Fouquet's avec les tripes du dernier cureton, le jour où, enfin, on pourra coller une balle dans la tête à tous les patrons, au lieu de se contenter de les séquestrer dans leur bureau. La PEUR, voilà ce que Nathalie Kane aime(nt) voir dans le regard de son adversaire. Le pardon ne fait pas partie de leur vocabulaire, la compassion est un sentiment qui leur est inconnu, l’absence de compromis est leur credo. Le problème, c’est qu’il y a bien longtemps que tout le monde a compris que l’un et l’autre sont parfaitement inoffensifs, tels les derniers vestiges d’un autre temps, celui précédant la chute du communisme révolutionnaire et la fin des gimmicks à la con. Aujourd’hui, il n’y a qu’in kayfabe que ces deux-là font peur à leur prochain. Et ce n’est finalement pas pour nous déplaire. On les aime bien, les anachroniques aussi passionnés que sincères.

 

 

A la Rédac’, la première fois qu’on a vu Nathalie Arthaud à la télé, on s’est écrié en chœur : « Woptain les mecs et Mako, Kane s’est laissé pousser les cheveux ! »

 

 

 

Jacques Cheminade / R-Truth

 

Allo Houston ? We have a fucking problem. Jacques Cheminade et R-Truth ont l’air aussi barré l’un que l’autre. Aucun des deux n’a l’air bien méchant, c’est sûr, mais ils partagent un certain goût pour le loufoque. The Truth verse dans la théorie de la conspiration, entend des voix dans sa tête, en veut à little jimmy. Le président de Solidarité et Progrès (c’est le nom du parti de Jack), lui, a pour projet d’industrialiser la Lune, de coloniser Mars, ce qui serait rendu possible grâce à, je cite, « la fusion thermonucléaire miniaturisée » qui équiperait une nouvelle génération de vaisseau spatial. Une victime de plus de la « génération Star Wars ». Ils se rejoignent encore autour d’un passé trouble sans réelles conséquences pour leur carrière : R-Truth s’est fait pécho par la patrouille de la Wellness Policy, mais bénéficie d’un temps d’antenne appréciable, tandis qu’on reproche à Cheminade d’avoir fait cracher 150.000 euros à une mamie atteinte de la maladie d’Alzheimer, au profit de trois associations dans lesquelles il était fortement impliqué. Et puis, l’un comme l’autre, on se demande toujours ce qu’ils foutent là quand on les voit sur le devant de la scène.

 

 

Et je propose aussi de foutre Cena dans une fusée pour Mars.

 

 

 

Philippe Poutou / Ricardo Rodriguez

 

Il est sympathique, Philippe Poutou. Il est sympathique, Ricardo Rodriguez. Avec sa bonne bouille, on lui donnerait le bon Dieu, ou plutôt le bon Léon, sans confession. Même quand il défend un heel plutôt pas glop comme Alberto Del Rio ou la révolution mondiale, on se surprend à le prendre en affection, quel que soit l’effroi que suscite par ailleurs l’objet de son adoration. Seulement voilà : de même que Ricardo n’est pas un catcheur à part entière, et se limite à hurler le nom de son maître, Poutou n’est pas un politicien de métier, plutôt le mec qui tient le haut-parleur. Cas typique du messager qui vaut bien plus par lui-même que par son message.

 

 

Damas y caballeros, la RRRRRREVOLUCION !

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon / CM Punk

 

Ce sont ses fans qui le disent : Mélenchon, c’est « la voix des sans voix ». Sounds famliar ? Oui, bien entendu. Mélenchon, c’est le mec qu’on a cru, pendant des années, bien installé dans le système, et qui a soudain tout envoyé bouler pour se mettre over comme peu auraient imaginé en se réclamant de ceux qu’on n’entend jamais. De même que CM Punk – qui en quelques années à la WWE avait glané plusieurs ceintures de champion du monde, de champion intercontinental ou encore de champion par équipe, sans oublier deux victoires au Money in the Bank -, J-L Fuck effectuait une carrière fort honorable dans les instances socialistes (sénateur, vice-président de conseil général, ministre…) jusqu’à ce qu’un beau jour, il empoigne un mégaphone. Et de même que CM Punk, porté par la houle puissante de l’IWC tout en haut de la fédération, Mélenchon a su générer autour de sa personne un impressionnant following, décrocher des pops du tonnerre, remplir des stades entiers et devenir le mec le plus « hot » du moment, au point de proclamer tout haut qu’il est le meilleur et que la seule place qui lui revient de droit est la première. Après le séisme provoqué par ses promos triomphales de l'été 2011, Punk est rentré dans le rang, bien heureux d’être désormais un main eventer établi jusqu’à la fin de ses jours. Son alter-ego en fera-t-il de même après le 6 mai ?

 

 

J’ai été très ferme avec Hollande : je veux des glaces à mon nom, sinon je ne le soutiens pas !

 

 

 

Eva Joly / Ludvig Borga

 

Venu des contrés les plus septentrionales de l’Europe, un beau spécimen d’humanité nordique, tout en chevelure blonde et accent taillé à la hache, vient nous avertir du terrible danger qui nous guette : aveuglés par notre soif de consommation et de croissance à tout crin, nous avons complètement négligé l’écologie, le climat, la Terre. Nous transformons la planète en poubelle, et nous n’en avons même pas conscience ou, pire, nous n’en avons rien à foutre. Ludvig Borga n’était jamais devenu la grande star qu’il rêvait d’être, et s'en est retourné faire une carrière politique dans sa Finlande natale. Eva Joly prendra-t-elle le même chemin, une fois constaté que son discours alarmiste n’émeut guère une société corrompue, égoïste et inconsciente ? Souhaitons-lui en tout cas une évolution moins macabre : après son passage à la WWE, Ludvig Borga, de son vrai nom Tony Halme, s’était fait élire au Parlement finlandais au sein d’un parti d’extrême droite avant de sombrer dans la dépression et de se tirer une balle dans la tête.

 

 

Sachez-le, mes lunettes sont fabriquées à 100% en usines nucléaires recyclées.

 

 

 

François Hollande / John Laurinaitis

 

Au départ, il y a un homme intelligent, ambitieux et bien éduqué (Hollande enchaîne HEC, Sciences Po et l’ENA, Laurinaitis fait ses classes dans l’emblématique NWA de Jim Crockett)… mais peu charismatique. Prenant rapidement conscience que ses camarades de promotion (Dominique de Villepin et Ségolène Royal pour l’un, Shane Douglas et son propre frère Joe Laurinaitis pour l’autre) passent mieux auprès du peuple, il fait l’essentiel de sa carrière loin des spotlights, n’hésitant pas à s’exiler pour tenter d’exister (Hollande va se faire élire député sur les terres chiraquiennes en Corrèze ; à peu près au même moment, « Johnny Ace » devient l’un des rares gaijins à réussir au Japon). Fort de cette légitimité acquise dans un environnement a priori hostile, notre héros revient grandi dans l’entité qu’il entend diriger (François anime un courant au PS, Joe est embauché comme road agent à la WWE). Il met notamment à contribution ses connexions familiales (l’épouse Ségolène d’un côté, le frère Joe, aka Road Warrior Animal, de l’autre) pour monter en grade. Il finit, à la surprise générale, par en prendre la tête (Hollande est nommé patron du PS puis candidat à la présidentielle, Laurinaitis est le vice-président de la WWE en chargé des relations avec le personnel puis General Manager simultanément de Raw et de Smackdown). Et il proclame, suprême ironie de la part d’un individu dont la carrière s’est principalement faite dans les salles de réunion et les lobbys d’hôtel, loin des foules en délire, qu’il est venu apporter le « pouvoir au peuple ». Qu’on apprécie le personnage ou non, on ne peut que s’incliner devant une destinée aussi brillamment menée. Et reconnaître que, à présent que pour la première fois de sa carrière, il se retrouve sous les feux des projecteurs, il s’en sort plutôt pas mal même si le mic-skill ne sera jamais son point fort.

 

 

People Power. Brought to you by Mister Excitement !

 

 

 

François Bayrou / The Undertaker

 

Chers lecteurs, avez-vous déjà fait l’expérience d’un discours entier de François Bayrou ? Heureusement pour vous, ce n’est pas nécessaire, nous nous en sommes chargés. Vous avez bien en tête la force que dégage le Taker en promo? Eh bien vous avez une vision très précise de la transe qui emporte les foules lorsque notre Béarnais national et ancien bègue se lance dans une de ces harangues dont il a le secret. Deadman ou Bayrou, même combat, celui de l’ennui profond et de l’irrésistible envie de faire avance rapide dès lors que l’un ou l’autre ouvre la bouche. Et puis, on l’a bien comprise, leur stratégie à tous les deux. Disparaitre entre deux momentums bien précis destinés à construire leur légende et revenir toujours au bon moment pour faire encore un peu parler d’eux. Et puis, admettez avec nous que leur positionnement n’a jamais été bien clair. Heel, Face, dans les deux cas, on ne saura jamais vraiment. 

 

 

En revanche, Bayrou se maquille vachement moins.

 

 

 

Nicolas Sarkozy / John Cena

 

Un succès précoce et foudroyant, une courte traversée du désert suivei d’un retour en grâce qui les aura menés aux plus hautes fonctions dans leur job respectif, l’histoire de John Cena et celle de Nicolas Sarkozy se confondent à un point tel que cela en devient… confondant.

John Cena : enthousiaste rookie, dont on devine de suite qu’il est promis à un bel avenir. Il grimpe les marches de la WWE quatre à quatre, subit un brutal coup d’arrêt sur blessure en 2007, lorsqu’il doit abandonner le titre et mettre fin à un record de longévité qu’on n’avait pas vu depuis 19 ans. Avant de repartir vers les cimes du business de Vince dès son retour où il devient alors le Top Face incontestable et incontesté d’une Kidz Era, la sienne, celle dont il aura été le symbole parfait.

Sarkozy n’a que 28 ans quand il s’empare de la mairie de Neuilly en piétinant la gueule de Pasqua, et très vite, il s’impose comme une étoile montante, il est irrésistible, brille sur les plateaux télé… jusqu’au crash de 1995 et le soutien à Balladur. Mais comme Cena, Sarko never gives up, s’accroche, revient sur le devant de la scène et fait main basse sur le  parti, comme l’autre s’est emparé de la WWE. Tous deux reprennent leur marche en avant, nouent un rapport étroit avec le public jusqu’à incarner leur époque, l’un comme tête de proue de la WWE tentée par un produit fait pour un public plus jeune, l’autre comme étendard d’une France qu’on n’avait peut-être pas toujours su entendre, déçue par tant d’années d’immobilisme et de promesses non tenues. The bon guy à la right place : le jeune public, qui pèse fort commercialement, tombe amoureux du Marine, super héros sans défaut, tandis que la France a le coup de foudre pour ce président que rien ne semble devoir arrêter, qui parait aussi invincible qu’un Cena au meilleur de son booking, et atteint des niveaux de popularité exceptionnels au plus fort de son règne.

Jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer ces deux belles mécaniques. Les Cena sucks se font de plus en plus entendre dans les stades alors que l’Hexagone se réveille avec la gueule de bois post croisière sur le Paloma. Le vent commence à tourner, les foules se font hostiles, malgré de rares exceptions. Johnny n’est plus acclamé que par les enfants, et encore pas tous, tandis que le président n’est plus soutenu que par une partie de l’UMP. Sarkozy est conspué du Guilvinec au Salon de l’Agriculture, Cena de Chicago à Boston, les kidz et les Français semblent s’être barrés, le désamour est profond. La foule s’est lassée, ne supporte plus ce gimmick monolithique, ces vannes à deux balles, ces deux fanfarrons volontiers moqueurs. Le peuple regarde ailleurs. C’est signe qu’il faut tout remettre à plat. Il y a deux moyens de le faire : A la WWE, c’est arbitraire, c’est Vince qui décide de faire monter Cihaime. En France, c’est pas pareil : on vote, et c’est dimanche. Sans préjuger du résultat final de ces deux feuds (Cena vs. WWE Universe et Sarko vs. Tous ceux qui peuvent pas le saquer et y’en a plein), ça ne sent pas très bon pour nos deux champions peut-être bientôt déchus. Mais dans les deux cas, on ne doute ni de leur talent, ni de leur capacité et détermination à rester sur le devant de la scène et à inverser la tendance. 

 

 

Never give up jusqu'au bout et you can't see me dès dimanche?

 

 

 

Nicolas Dupont-Aignan / Damian Sandow

 

Il a l’air de savoir plein de choses et d’être intelligent. Il promet de nous éduquer et de nous emmener vers des cimes jamais atteintes. Il s’exprime bien. Le problème, c’est que personne sait who the fuck il est.

 

 

Vous n’avez rien compris à ce que j’ai dit, hein ? Je vous en prie.

 

 

 

Marine Le Pen / Un prout de Natalya

 

Dédiabolisation, piège à cons. On a bien entendu que le FN de Marine Le Pen s’était acheté une conduite depuis que fifille préside le parti nationaliste en lieu et place de son intarissable blagueur de papa Jean-Marie. A croire que ce prénom prédestine à une carrière d’humoriste plutôt lourdingue. Mais Marine nous l’a promis, fini les « Durafour crématoire », le maître mot est désormais res-pec-ta-bi-li-té. Et puis la campagne commence, les théories économiques qu’elle avance ne prennent pas dans l’opinion, elle stagne, ne gagne rien ou si peu en étant respectable. Alors, elle se décide enfin à se recentrer sur son coeur de métier, elle revient aux fondamentaux qui font le succès de son parti : haro sur le halal, alerte aux Merah, halte à la sécurité sociale pour les bicots, les faces de citron et les négros. Tout le monde en prison. La logorrhée habituelle. Le discours qui pue la merde, autant qu’un prout de Natalya. 

 

   

Marine le pen, la femme qui pétait par la bouche.

 

 

 

 

Et n’oubliez pas, jeunes gens. Ne pas voter peut provoquer un président grave.

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