Catch

Pas d’histoire ? Pas d’emmerdes !

Le sexe est le baromètre des sentiments.

Yann Moix

 

Il y a des gens qui se complaisent avec une femme subissant l’avanie de l’âge et des vergetures, un pavillon de banlieue et le prêt usurier qui va de pair, trois enfants braillards perturbant toute grasse matinée dominicale et un chien maculant de bave tout vinyle collector des Stones, bref, Raw. Et il y a des héros qui, cheveux au vent et chemise ouverte, préfèrent voler de conquête en aventure pour ne jamais s’enfermer dans l’atonie du quotidien, en un mot, Smackdown ! A l’occasion de ce 666ème épisode du show bleu, réveillez la bête qui sommeille en vous, et partons au galop vers l’infini de l’horizon sur le dos d’une nalyse toute en sensualité !

 

 

Ok, on oublie la sensualité.

 

 

Nalyse de Smackdown du 25 mai

 

Comme dans toute histoire d’adultère, comédie de boulevard, épisode de Desperate Housewifes ou jour banal de la vie de DSK, cet épisode commence par une saynète mettant en scène l’épouse légitime de tout suiveur de la WWE, celle qui l’excitait il y a quelques années, mais qui à force est devenue tellement plan-plan qu’on est irrésistiblement tenté d’aller voir ailleurs: John Cena. Oh, et puis ça tombe bien, elle s’est trouvé deux nouvelles copines, une grosse laide un peu violente et une gringalette avec la voix de Jeanne Moreau. On va quand même pas perdre un vendredi soir avec des rombières pareilles hein, alors envoyez le générique !

 

Dernier soubresaut de votre légitime dulcinée, madame storyline, une feinte pour nous faire croire que tout ce Smackdown tournera autour des excuses de Sheamus à Jeanne Moreau : elle peut toujours courir, dans la galaxie bleue on booke à la va-vite, le storytelling tient sur la moitié d’une feuille de papier cigarette, et on se vautre dans le plaisir brutal, le stupre et la luxure !

 

 

Si vous aussi vous aimez ça, mes coquins, envoyez Hoeski au 61212.

 

 

Et ça tombe bien, Eve nous confirme au milieu du ring que John Laurinaitis ne sera pas des nôtres ce soir, lui permettant qui plus est de désigner le first contender au titre du Great White ! Là dans un vulgaire épisode de Raw on aurait eu droit à Alberto Del Rio entrant pour faire des courbettes devant la figure d’autorité pour mendier ce prestigieux statut, et il aurait été interrompu par Randy Orton, venu expliquer que c’est lui le meilleur et qu’au nom du People Power, il ne saurait en être autrement que de le voir, tout auréolé de sa grâce vipérine, voguer vers le titre du Celtic Warrior.

 

Bon ok, c’est exactement ce qui s’est passé, sauf que la petite touche Smackdown (d’aucuns diraient nawakesque, mais nous ne prêterons aucune attention aux pisse-froid aujourd’hui), vint de l’irruption de Kane venant s’incruster dans le paysage, certain qu’il était d’être le plus à propos en cet épisode 666 pour chasser le blanc fantôme irlandais, lui le démon préféré de Satan. Et là, contre toute attente, Eve nous booka sur le champ une partie fine à trois protagonistes pour le soir même, rassurant tous ceux qui craignaient de se farcir les excuses du rouquin en Main Event. Kane, qui était revenu pour faire basculer le Marine du côté obscur de la force, puis pour se venger de Randy Orton avant de découper Zack Ryder en dark-match s’intéresse ici pour la première (et dernière ?) fois à une histoire de ceinture, si ça c’est pas la définition même d’un coup d’un soir…

 

 

Coup d'un soir, allégorie.

 

 

En attendant, toujours sans élément scénaristique au long cours, voici que Christian revient en hebdomadaire sous les vivas nourris de la foule, et pour défendre sa toute fraiche ceinture intercontinentale contre Hunico, Camacho et leur vélo. Le temps d’un match, on a un peu eu l’impression de revenir quelques années en arrière, comme le souvenir embrumé d’un après-midi d’été où on avait fait des galipettes avec Josiane Lampion dans la clairière du parc René Descartes pendant une sortie scolaire à Vesoul, le temps ayant embelli le moment.

 

En effet, si d’aucuns pourraient croire à de vraies mandales quand un CM Punk, un Daniel Bryan où bien sur un Brock Lesnar se démènent entre quatre cordes, rien de tout cela ici : on est dans l’affrontement d’esthètes, frais, enlevé, rapide, précis mais résolument chiqué. Un moment découpé du temps, vintage mais sympa, pendant lequel on a mesuré les deux classes hiérarchiques d’écart entre le Latino et le Canadien, qui s’impose sans jamais avoir été mis en difficulté. On passera sous silence l’amorce de feud avec Cody Rhodes venu rappeler son droit au rematch, ce soir on ne s’intéresse pas aux rombières.

 

 

Pas ce soir Blandine, tu as encore mal à la tête, et moi je suis sous substances.

 

 

On retourne donc tout de suite dans le ring, pour y retrouver les Uso, opposés au duo Titus O’Neil et Darren Young. L’explication de leur match était à sa juste place, une vignette d’une trentaine de secondes en coulisses, diffusée alors que les quatre impétrants piaffaient déjà d’impatience sur le ring. Et puisque cet épisode n’a que faire des préliminaires et des longueurs de récupération, on a eu droit à un tag-team match épuré d’une de ses plaies majeures tant elle devient récurrente, les longues séquences où l’un des quatre belligérants est en souffrance et n’arrive pas à atteindre son partenaire pour faire le tag, tout en étant martyrisé par les deux autres zigotos présents dans le match.

 

Dans un match résolument enlevé, on a donc eu une succession de beaux enchaînements, conclue victorieusement par l’équipe des deux ahuris issus de Nxt, somme toute on ne peut plus logique dans la mesure où ils ont des slips de la même couleur, ceci étant le baromètre pour jauger de l’espérance de vie et de l’avenir d’une tag-team. C’est là que vous recevez un SMS de votre femme : « Sin Cara revient la semaine prochaine, ramène du pain, je t’aime ». On s’en fout, on passe à la suite.

 

 

– Mais… mais… tu m’aimes plus ?

– Ce qui se passe à la Fistinière reste à la Fistinière.

 

 

La donzelle suivante qui rentre dans votre champ de vision en ce vendredi est une allumeuse. Elle l’a déjà fait avec un mec lambda. Elle l’a déjà fait avec un mec entraîné, et membre du roster de la WWE. Elle l’a déjà fait avec deux mecs lambda à la suite, mais ce soir elle va encore plus loin : elle va le faire avec deux mecs EN MÊME TEMPS !! Quelle sal*** ce Ryback. Eh ben devinez quoi, il peut aussi battre deux crevettes en même temps, il est trop fort, et on commence à s’en foutre sévère. On en reparle le jour où il porte sa prise de finition à un des plus grands main-eventers de la fédération et au Big Show simultanément, Never Give Up Ryback !

 

La suite était bien plus fun avec un match entre Santino et Ricardo, très drôle et bien divertissant, avec notamment la séquence pendant laquelle chacune des deux superstars court à travers le ring en se croisant, sans chercher à se porter des mandales. Et c’est sur un final très Tex Avery que ce match se conclut, voilà une leçon grandeur nature de Comedy Match à montrer dans toutes les écoles de catch : Never Give Up Cena !

 

 

Mettre un balai dans le cul. Allégorie.

 

 

L’aguicheuse suivante est blanche, limite livide et rouquine. Comme ça de prime abord, elle donne pas vraiment envie, surtout qu’elle commence par rentrer dans l’histoire globale en amorçant des excuses… mais soudainement, comme l’exhibitionniste ouvre son imperméable devant une école maternelle, voilà que Sheamus réveille l’Ass Kicker qui sommeillait en lui pour en remettre une couche sur Big Johnny, glissant au passage qu’à choisir il préférait affronter Randy Orton pour le prestige de sa ceinture.

 

Mais puisque le show était placé sous le signe des coups d’un soir, c’est Jack Swagger qui fit son apparition, introduit qu’il était par cette coquine de Vickie Guerrero et ses heats abracadabrantesques. Dans ce match enlevé et riche en rebondissements, on a eu un vrai affrontement entre le All American American et le Celtic Warrior. On pourra simplement regretter que comme dans tout match de Sheamus, l’Irlandais se fait un bobo à l’articulation dont son adversaire et spécialiste. Après le bras heurtant opportunément un poteau contre Del Rio, on a donc eu droit à la cheville endolorie par le ring contre Jack Swagger. Mais à ce détail près, on tenait le match de la soirée ! Ce qui ne fut pas le cas du suivant, opposant Damien Sandow au Pokemon Yoshi Tatsu, alias Nidkoqueen.

 

 

J’entends consonnes…

 

 

Bref, peu à retenir de ce match, si ce n’est que Sandow exploite les règles de façon originale pour faire retirer Tatsu de son dos dès qu’il se trouve dans les cordes. Tatsu justement est en plein push, puisqu’il a droit à son n-ième squash en quelques semaines, après ses aplatissements par Tensaï ou Brodus…

 

Mais voilà votre femme qui se pointe, cette emmerdeuse de storyline, en la personne du Big Show venu sous les sifflets nous expliquer que son seul ami était John Laurinaitis, puisqu’il était le seul à l’avoir soutenu (après tout peu importe si c’était le même bonhomme qui l’avait foutu dans la merde, le géant est con, sachez-le). Tout au plus un frisson a-t-il pu parcourir votre échine lorsque le Big Show sortit concomitamment à l’entrée de Kane, on a toujours peur quand notre femme croise notre maîtresse, et qu’en plus elles sont toutes deux vieilles copines…

 

 

Traite-moi encore une fois de vieille copine, et tu vas comprendre pourquoi je suis la préférée de Satan, le patron de la Fistinière !

 

 

Il était dit que cette soirée serait marquée du saut de l’interruption orgasmique, puisque surgissait Daniel Bryan, venu envoyer le Big Red Jobber au tapis à coups de chaise, dans ce qui ressemble à l’amorce d’une feud qui fera sévèrement débander tous ceux qui voyaient un programme indy entre Punk et Bryan se profiler à l’horizon.

 

Toujours est-il qu’une fois Orton et Del Rio arrivés dans le ring, le match débutait tout de même avec les trois belligérants programmés, Kane ne semblant pas trop souffrir de ce beatdown impromptu, puisqu’il dominait l’adversité de la tête et des épaules. Et c’est au final à une nouvelle distraction du Yes-Man que le démon devait de ne pas emporter le match en profitant du Chokeslam infligé à Del Rio, avant d’envaisser un RKO dont profitait opportunément Dos Cojones pour réaliser le tombé après avoir expulsé la vipère du ring, Orton continuant de ne pas gagner, tout en n’encaissant pas les tombés.

 

La soirée se concluait joyeusement par une bonne mandale de Sheamus sur le prétendant à sa ceinture, devant le titantron, il était donc temps pour nous de quitter cet océan de luxure pour revenir à la tristesse du quotidien. Depuis tout ce temps (au moins trois papiers), je suis devenu un expert internationalement reconnu en Alsace des questions bleues de Smackdown. J’entends régulièrement les arguments de cette opposition dogmatique qui veulent en faire un B-Show assumé, mais je crois que l’épisode de ce soir prouve bien que dès lors qu’on retire ses œillères, il est plus juste de considérer le spectacle du vendredi comme un AUTRE show.

 

Il y a des gens qui aiment Lost, parce que chaque épisode apporte les rebondissements indispensables à l’histoire, et ne peuvent être vus séparément. Et il y a des séries type « Les Experts » où on connaît les personnages, mais où chaque semaine propose une nouvelle histoire, indépendante des autres, ça a aussi son charme non ?

 

 

Et maintenant, commentez ou je viens vous torturer comme ça. Je suis pas Major Tom moi, j’ai pas le temps de mendier !

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