Catch

Hasta la Victoria Siempre

Aqui se queda la clara
La entrañable transparencia
De tu querida presencia
Comandante Che Guevara

Carlos Puebla, Hasta Siempre

 

Vous en fûtes les témoins, bienveillants lecteurs : l’engagement politique revendiqué par certains de nos rédacteurs au cours des dernières semaines fit débat. « Scandaleux », hurlait-on ! « Une honte », couinaient les membres de l’UMP comme des gorets qu’on égorge ! « Enculés de gauchos de merde », pensaient même certains tout bas sans oser le dire tout haut !

 

Et pourtant, nous avions bien raison. Car, voyez-vous, la WWE elle-même est dirigée par des membres de l’Internationale Socialiste qui truffent les shows de théories d’extrême gauche à  peine voilées. Prenons par exemple le dernier Raw. Hop.

 

 

¡ Viva la Revolución ! Si si.

 

 

Nalyse marxiste de Raw du 28 mai

 

 

Ne nous fions pas aux vidéos en apparence bêtement militaristes en hommage aux soldats de l’Oncle Sam qui furent diffusées au cours de programme, à l’occasion du Memorial Day (jour férié aux Etats-Unis célébré le dernier lundi de mai afin de rendre hommage aux militaires tombés au combat). Elles ne sont là que pour endormir la méfiance des spectateurs américains, pour lubrifier leur cerveau afin que les idées subversives de la WWE puissent y pénétrer insidieusement. Une fois persuadés de regarder un bon programme conservateur comme ils l'aiment, les amateurs de lutte sont tout disponibles pour se laisser doucement séduire par les thèses communistes, et ne retiennent finalement qu’un seul mot de ces séquences, le mot freedom. Mais la vraie liberté n'est pas celle de George Bush.

 

Tiens, regardez le match opposant Santino Marella à Alberto del Rio. Nous avons là deux personnages d’immigrés, chacun symbolisant une vision particulière de l’étranger du point de vue américain.

 

Arrogant et hautain, jouant un personnage de riche parvenu, toujours au volant d’une voiture clinquante, del Rio est l’incarnation du capitalisme international triomphant, de l’imbécile qui domine les autres par la force brutale que lui apporte sa fortune personnelle. Au contraire, Santino est le symbole vivant de l’immigré italien bien intégré, qui s’est construit à la force du poignet, par le biais du vrai travail, sain, fécond, généreux.

 

En raison de leur position respective dans la carte, le match fut bien évidemment gagné par le Mexicain et, dans ce contexte, le fait qu’il fasse bouffer sa chaussette fétiche au brave Santino apparaît comme une métaphore évidente de la crainte du prolétariat de connaître une période de famine par la faute du capitalisme inhumain, réduit qu’il serait à consommer du tissu en lieu et place de vraie nourriture.

 

Au passage, notons que la ceinture US détenue par Santino n’en sort pas grandie. Les deux catcheurs ne sont certes pas du même calibre, mais l’italien aurait pu opposer une résistance un peu plus forte, afin de paraître légèrement plus dangereux.

 

 

Farpaitement ! Dange… euh, non, rien.

 

 

D’ailleurs, le fait que le titre de champion des Etats-Unis soit détenu par un étranger (italien in kayfabe, canadien en réalité) est un symbole fort. Il n’y a plus de distinctions entre les peuples. Pour la WWE, nous sommes tous frères, tous unis dans un vaste melting-pot culturel, et la survie de l’humanité passera par l’union des peuples.

 

Même chose pour les champions par équipe, R-Truth et Kofi Kingston. C'est l’union de deux peuples, de deux continents, qui fait du couple une paire de champions, à l'inverse de leurs adversaires du soir, deux Américains pur sucre : Dolph Ziggler et Jack Swagger. Ne nous attardons pas sur le gimmick de Swagger, le « all american american », symbole transparent de l’Amérique conquérante et arrogante, ni sur le pseudonyme de Ziggler, réminiscence du nom de l’artiste nazi Adolf Ziegler. L'image, bien qu'évidente, est forte : l’association de deux Américains forme un couple heel (le Mal), et celle d’un Américain et d’un Africain une équipe face (le Bien).

 

 

Enfants de tous pays et d'une seule couleur, vous avez dans le coeur notre bonheur.

 

 

D’un point de vue purement catchesque, le match, fort plaisant et au rythme enlevé, et remporté par les champions en titre, mit en place une storyline depuis longtemps attendue : la séparation de l’équipe des heels. Après le match, Ziggler engueula en effet son blond comparse et se barra en coulisse, laissant seuls une Vickie Guerrero et un Jack Swagger dépités. Un peu plus tard, Ziggler réclama à sa manageuse la dissolution de l’équipe afin de pouvoir voler de ses propres ailes vers les sommets des championnats majeurs.

 

On ne peut qu'approuver. L’homme a du potentiel et son implication dans une équipe ne peut que freiner son ascension vers le main-event. On voit donc se profiler une feud entre Ziggler et Swagger, promesse de matchs passionnants, et qui sera vraisemblablement accompagnée du face-turn de l’un ou l’autre (les feuds heel vs heel étant assez rares).  Pour l’instant celui qui se dirigera vers le côté du bien semble plutôt devoir être Ziggler, Swagger étant resté ce soir le plus proche de Vickie (et l’on voit mal un double turn à la fois de Vickie et de l’un de ses poulains). Prenons les paris : Ziggler sera dans un match pour le titre WWE ou WHC l’année prochaine à Wrestlemania.

 

La métaphore continua avec le match opposant le récent champion intercontinental Christian au Miz. Ce dernier est un personnage égocentrique, centré sur lui-même, et dont la célèbre catchphrase (« I’m the Miz and I’m awesome ») insiste lourdement sur le pronom personnel de première personne. The Miz est un être fondamentalement égoïste.

 

Au contraire, Christian fait partie de ces catcheurs qui ont donné un nom à leur groupe de fans (les « Peeps »), et se pose en symbole fédérateur, en trait d’union entre les hommes. Il porte d’ailleurs la ceinture intercontinentale, symbole d’unité entre les continents, donc entre les peuples. The Miz  est l’homme du chacun pour soir, Christian le héraut du partage. Ce sont là deux visions du monde qui s'affrontent. Le catch touche ici à la fois à la politique, à la sociologie et à la philosophie. Ne parlons pas encore de métaphysique, mais nous n'en sommes plus très loin.

 

 

C’est la lutte finale, groupons-nous et demain le titre intercontinental sera le genre humain.

 

 

Il est d’ailleurs intéressant de constater que, sur les sept champions en titre (WWE, WHC, IC, US, titre féminin et par équipes),  qui d’ailleurs sont tous des faces, seulement deux (CM Punk et R-Truth) sont Américains. L’union des peuples du monde est en marche. Autrefois référence absolue, les Etats-Unis d’Amérique ne sont plus l’incontesté symbole du bien : c’est l’internationalisme qui est désormais la voie du succès et le modèle à suivre.
 

Mais revenons au match, qui s’est déroulé en présence de Cody Rhodes à la table des commentateurs. Fils du légendaire Dusty Rhodes, Cody doit en grande partie sa place à la WWE à son père. Antithèse de l’égalité des chances, Cody incarne un favoritisme familial qui s’intéresse plus à l’hérédité des individus qu’à leurs qualités propres. Sa chemise foncée n’est d’ailleurs pas sans rappeler la tenue traditionnelle de la Milice de l’Italie mussolinienne…

 

Sinon, c’est Christian qui a gagné, et après the Miz a demandé un match de championnat contre lui. Et puis Randy Orton est venu et (ô surprise !) lui a collé un RKO sur le paletot. Il faudrait que quelqu’un se dévoue pour expliquer aux bookers qu’Orton doit pouvoir être capable de se lancer dans une feud sans obligatoirement foutre des RKO à tout le monde.

 

Mais continuons à filer la métaphore et intéressons-nous à la grande storyline actuelle, celle qui gravite autour du tout-puissant John Laurinaitis et qui implique de nombreux acteurs de la WWE, à commencer par le Big Show.

 

Figurez-vous que c’est lui qui eut l’honneur d’ouvrir la soirée, sous les huées du public, ce qui le fit sourire comme un con.

 

 

C’est inouï ce qu’il est laid, quand ce chauve sourit.

 

 

Venu expliquer ses récents agissements à l’encontre du héros John Cena, le Gros Chaud justifia ses sombres actes par une seule motivation : le pognon. Traumatisé par la perte de son emploi, le laid chauve (à ne pas confondre avec le laid froive ! ah ah ah !), assura le public que tout n’est finalement qu’une question de business et de contrat.

 

En réponse, la foule unanime scanda le nom de Cena, ce qui n’était pas arrivé depuis bien longtemps. La WWE a bien réussi son pari, et la perspective de voir le Marine devenir heel s’éloigne, à mon grand désespoir (à moins que ce ne soit une ruse, j’y crois encore !).

 

En ces temps troublés, le Big Show apparaît comme une personnification du capitalisme inhumain qui fait fi des sentiments et ne s'intéresse qu'au profit. C’est d’ailleurs la perte de son emploi qui l’a fait basculer du mauvais côté. Car le Big Show est un homme brisé. Tel l'ouvrier jeté dans les rues par la Crise, il a dû se vendre lui-même, renoncer à ses principes, et devenir un autre homme.

 

La preuve : son sourire. Autrefois chaleureux, il met désormais mal à l'aise. Ancien symbole rassembleur d’union entre les Hommes, le sourire du Big Show est désormais la truelle qui bâtira le mausolée de la désunion dans lequel il ensevelira son cœur sec, désséché et déliquescent.

 

Le Big Show, donc, livra une promo classique de heel : personne ne lui arrive à la cheville, et le public c’est que des gros busards, tout ça machin. Il fit ensuite projeter des images de Clay dansant comme un idiot avec des gamins, dans le seul et unique but de se foutre de sa gueule. Cet homme-là n’est décidément pas très funky. La séquence vidéo suivante en apporta une nouvelle preuve, s’il en était besoin. Il s’agissait de la rediffusion de la séquence dans laquelle John Cena se gausse élégamment du grand Laurinaitis en le traitant de « loooooooooooooooooooser », avec un humour en apparence légèrement plombé, mais que seuls les vrais esthètes savent manier sans tomber dans la lourdeur. Et là, the Big Show lost his smile, comme on dit. Nous en avons maintenant la certitude : le sourire affiché par le géant en début d’émission n’était que de façade : ce garçon n’aime pas l’humour, ni le funk. C’est un triste. Seule la perspective de faire souffrir Cena à No Way Out le fait zygomatiquer à nouveau, mais sous la forme d'un rictus figé, carnassier et belliqueux., d'une grimace hideuse en opposition frappante avec son personnage précédent de face chaleureux et rigolard. Le Big Show est mauvais car son sens de l’humour est déréglé. Son rire est de haine et non d’empathie.

 

L’ordre naturel est corrompu.

 

L’idée fut habilement reprise un peu plus tard, lorsque Teddy Long, toujours obligé de porter une tenue féminine de servante à  la suite de ses récents déboires professionnels, se vit contraint d’apporter un café à l’accorte Eve.

 

 

J'en connais un qui aimerait bien ouvrir l'accorte.

 

 

Vêtu en femme, l’humble Theodore était atteint dans sa virilité. Là encore, c’est l’ordre naturel des choses qui est déréglé par la faute du Patronat, représenté par Laurinaitis. Non content de régir les affaires de la compagnie, Johnny veut aussi régner sur la vie personnelle de ses employés, et imposer à la nature même ses volontés.

 

Ne montrant d’ailleurs même pas de respect envers ses acolytes, il engueula Otunga pour avoir abandonné contre Cena la semaine dernière, et Eve pour avoir échoué dans son entreprise visant à contraindre Sheamus à présenter des excuses au patron lors du dernier Smackdown. Furieux, il déclara qu’il ne serait pas toujours là, qu’il comptait bien prendre sa retraite dans dix ou vingt ans, et qu’il voulait pouvoir compter sur des gens de confiance pour le remplacer.

 

Le message, porteur d’espoir pour le peuple, est clair : le sommet du pouvoir est instable. Déchiré par les querelles intestines et les luttes de pouvoir, il finira par s’écrouler un jour sous le poids de ses lourdeurs et de ses contradictions, et pourra alors être remplacé par la seule vraie dictature : celle du Prolétariat. Otunga, opposé à Sheamus (dont la pilosité, soulignons-le, tire franchement sur le rouge…) quelque temps plus tard dans la soirée, se fit d’ailleurs prestement défoncer par son adversaire, et ne manquera probablement pas de se faire engueuler dans les semaines à venir.

 

Mais revenons à Eve. Elle était en train de se faire draguer un peu plus tard dans l’émission par ce gros lourd d’Alex Riley, lorsque survint le Big Show qui éclata la couenne de son nouveau prétendant contre le mur, histoire d'envoyer un message au roster.

 

 

Les gars, y’a du courrier.

 

 

Toujours veule, Eve assura au nouveau venu qu’il avait le droit de choisir son adversaire du soir. Il s’amusa par la suite à terroriser Santino avant de tomber sur Brodus Clay, qui lui proposa gentiment de le rencontrer sur le ring.

 

La symbolique des costumes sautait alor saux yeux. Le Big Show (ironiquement placé à gauche de l’écran par un facétieux metteur en scène), en costume d’homme d’affaires, apparaissait comme une image inversée de Brodus Clay, portant pour sa part des vêtements cool d’homme du peuple. Et qu’on ne vienne pas me dire que c’est un hasard s’il arborait des bandes de couleur rouge.

 

Le sanguinaire patron du susdit Big Show, j’ai nommé John Laurinaitis, ne se contenta pas d'une seule intervention dans un spectacle déjà bien chargé en allégories sociales, puisqu'il se rendit sur le ring, avec ses âmes damnées Eve et David.

 

Un observateur attentif ne manquera pas de le remarquer : les symboles du pouvoir politico-financier étaient clairement moqués. Entre un Laurinaitis aux ambitions démesurées, mais physiquement diminué, réduit à conduire un véhicule risible et les caricatures vivantes que sont David Otunga (avec son pull laid et son café probablement cultivé par une pauvre famille de paysans colombiens exploités par une multinationale sans âme) et Eve (avec son cul et ses lunettes de secrétaire cochonne), le doute n'était pas permis sur l'interprétation de l'histoire que nous vîmes se dérouler ce soir.

 

 

Ou alors c'est juste que John voulait avoir la tête au niveau des nichons d'Eve.

 

 

Le contraste est d’ailleurs saisissant entre le slogan « people power » revendiqué par le bonhomme et ses attitudes conquérantes, qui apparaît ainsi comme le symbole de la démagogie. Mais le peuple n’est pas dupe. Oh que non.

 

L’ignoble personnage, donc, annonça que le match entre John Cena et le Big Show aurait lieu en cage. C’est évidemment de la cage du capitalisme qu'il s'agit, cage dont le peuple saura briser les chaînes délétères d’une main altière et revendicatrice. Johnny en profita pour faire au passage une petite pub pour le prochain jeu vidéo de la WWE, dont la jaquette est censée arborer sa sale trogne. L’allusion au jeu vidéo n’est bien sûr pas innocente, ce loisir étant ici l’incarnation moderne de la célèbre formule panem et circenses (du pain des jeux) résumant le moyen d’abrutissement et d’asservissement des masses par le pouvoir au moyen de loisirs censés éloigner le peuple de l'éducation, laquelle ne peut qu'aboutir à la maturation d'idées révolutionnaires.

 

L'Executive Vice President of Talent Relations fut, vous vous en doutez, vite interrompu par un CM Punk qui posa son chewing-gum sur le siège inoccupé véhicule du chef en un geste dont la portée révolutionnaire n'échappera à personne. Le look de Punk, cheveux longs et barbe, n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui du Che… L'éternel rebelle dévoila ensuite la vraie pochette du jeu, représentant Punk lui-même, qui redonna ainsi toute sa valeur au noble loisir vidéo-ludique, aussitôt repositionné dans sa fonction de divertissement sain, populaire et convivial.

 

Punk insista d’ailleurs lourdement sur les mots « wrestling video game » ou « wrestler ». L’art du langage et la volonté affichée par le champion d’utiliser le mot juste sont une ode vibrante au vrai pouvoir des mots sur les consciences, et à la révolte contre la novlangue de bois que les instances dirigeantes veulent imposer.

 

 

CM Punk is watching you, mais lui il est gentil.

 

 

Le champion aux cheveux gras détruisit ensuite le portrait du tyran, marquant son opposition au culte de la personnalité que voudrait imposer le General Manager de Raw et de Smackdown, et faisant par le fait discrètement allusion au titre de son thème d'entrée.

 

D’ailleurs, tiens, parlons-en, de cette chanson. Elle retentit à nouveau lors de l’excellent match qui opposa Che M Punk à Daniel Bryan. La métaphore se niche ici jusque dans la musique : une version vaguement heavy metal d’un morceau guerrier de Wagner (antisémite notoire) pour Bryan, et le rock fusion métissé et engagé de Living Colour de l’autre.

 

Bryan ne manqua évidemment pas de répéter sa désormais célèbre catchphrase (également inscrite sur son t-shirt pour en souligner le côté simple mais efficace, comme le premier slogan publicitaire capitaliste venu). En effet, Daniel Bryan est l’homme du « yes », l’incarnation humaine de l’acceptation et de la soumission, en contrepoint duquel CM Punk se pose en antinomique porte-parole de la révolte et du refus du courber l'échine.

 

Pour ajouter encore à la complexité de ces métaphores puissamment évocatrices, les bookers décidèrent de faire intervenir au cours du match la frêle et charmante AJ, venue se délecter du spectacle de la souffrance physique et morale de son ancien compagnon. Son rôle de prime abord purement décoratif se précisa bien vite puisque, après la victoire de Daniel Bryan, ce dernier fut attaqué par Kane (qui n’a décidément pas un caractère facile) à grands coups de chaise dans la couenne. En homme d’honneur, qui respecte l’autre jusqu’au bout, Punk remit à sa place le Gros Monstre Rouge, à l’aide d’un autre siège, fourni par AJ elle-même, dont les yeux de cochonne câline laissent imaginer une future intrigue amoureuse entre elle et le barbu champion. Au-delà de ça, la destruction de Kane par Punk est elle aussi hautement symptomatique du message communiste que la WWE distille. Kane, caractérisé par la couleur rouge à la symbolique évidente et par sa brutalité, est la métaphore de l’idéal socialiste perverti par le régime totalitaire de Staline. Au contraire, Punk, aidé d’une femme aimante (donc placé sur le terrain sentimental pour mettre en exergue son côté sensible et humain) incarne les valeurs socialistes restées pures et honnêtes.

 

 

Moi, champion de la WWE, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire.

 

 

Mais, comme pour nous rappeler que le Grand Soir n’est pas encore pour demain, et que les forces contre-révolutionnaires sont malgré tout bien vives, ce Raw se conclut sur une touche tragique.

 

Rappelez-vous : le Big Show doit affronter Brodus Clay. C'est le main-event de la soirée, et c'est terrifiant.

 

Pour l'occasion, le nouvel homme de main du cerveau maléfique de la WWE a troqué son costume de trader contre une tenue de combat aux motifs de camouflage. À la fois businessman et soldat, le Big Show est mis en situation d’incarner le complexe militaro-industriel. C’est évident.

 

Alors évidemment, Show est probablement le seul adversaire possible pour le funky rondouillard. Ce dernier squashe tous les gabarits moyens qu'on lui oppose depuis des mois et, à  moins de le mettre directement tout en haut de la carte (et il y a déjà du monde) face à des main-eventers comme Chris Jericho ou Alberto del Rio, il est difficile de l'impliquer dans une vraie feud contre un opposant apte à lui opposer une résistance suffisante. Ne reste donc que la solution de mettre en face de lui un homme d’un gabarit encore plus imposant. Pourquoi pas. Peut-être aurons-nous ainsi la chance d'assister à des combats de plus de dix-huit secondes.

 

Le Big Show, donc, commença par se foutre de la gueule de Clay en le comparant à Doink le clown (les vieux comme moi s’en souviendront avec la nostalgie de leur jeunesse à jamais envoleé) et le chargea de toute son énorme masse avec un énorme spear, avant même le début du match, pour ensuite le détruire minutieusement à grands coups de morceau de table des commentateurs sur le coin de la gueule. Même R-Truth et Kofi Kinsgton, accourus à la rescousse de Brodus (dont la symbolique fut analysée plus haut), ne purent lui venir en aide. L'Union des peuples ne peut (en tout cas pour l'instant) rien contre le mur inamovible qu'est l'athlète le plus gros du monde. Car cet homme n'est plus un homme.

 

En acceptant d’échanger son intégrité contre de l’argent, il s’est lui-même placé dans la position d’un objet, d’un produit commercial, et a abandonné son humanité. On remarque qu'il ne sourit plus : un objet n’a pas de sentiments.

 

Ce n’est d’ailleurs pas lui qui leva sa propre main en signe de victoire à la fin de l’émission, mais Laurinaitis. Le Big Show ne s’autorise même plus à montrer sa satisfaction d’avoir disloqué le corps d’un adversaire. Dépourvu d’émotion, il n’est plus en mesure de penser et remet le choix de ses actes entre les mains de l’homme qui le paye. Il est réifié à donf. C’est abominable.

 

Mais tout n’est pas tout perdu. Car, dans l’ombre, veille un homme. Cet homme porte un t-shirt vert. Il se fait passer pour un patriote niaisement militariste, mais ce n’est qu’une couverture. Il a infiltré le système pour mieux le faire imploser de l’intérieur. Et un jour, il prendra la tête du soulèvement dont la main de fer dans un gant d’acier brisera les chaînes répressives du Grand Capital.

 

Gardons espoir.

 

 

 

Le vice au bras du crime ne perd rien pour attendre.

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