Catch

Tout à fait Vickie !

Partir c'est mourir un peu, mais mourir c'est partir beaucoup !

Alphonse Allais

 

Un management au fonctionnement confinant à la nébuleuse, trois nouveaux qui répètent les squashs afin d’être mis en avant, deux égéries web qui multiplient les shows youtube pour obtenir une exposition meilleure que les chroniques de NxT, un Main Eventer qui fait des pronos tout seul suite aux suspensions et blessures de ses partenaires, du remplissage d’antenne avec des rediffusions de perles du passé : en ce moment les Cahiers du Catch c’est un peu comme la WWE, c’est le bordel ! Mais rassure-toi petit peuple, ton sauveur a peut-être sérieusement chopé le melon depuis qu’il triomphe en politique, mais il va s’extirper de cette fange pour te livrer la meilleure nalyse qui ait jamais été publiée sur ce site depuis au moins trois jours !

 

 

Alalalala… Après avoir lu ça on peut mourir tranquille !

 

 

Nalyse de Smackdown du 15 juin

 

Il faut dire que l’épisode de ce vendredi prête le flanc à la critique, voire à l’analyse des maux actuels de la fédération de Stamford à commencer par de sérieux problèmes de casting et de dynamique, tout en offrant par ailleurs des segments proprement orgiaques. Occultons si vous le voulez bien l’opener de ce show dont la réussite a pu donner le sentiment que cet épisode était monté à l’envers, pour nous intéresser directement au sort de quatre catcheurs symptomatiques de certains travers de la creative team.

 

Le premier membre de ce quatuor en action vendredi était Brodus Clay, et si sa partition change, je ne vous cacherai pas que cette évolution me laisse perplexe. L’homme, après avoir été présenté comme invincible, s’est récemment fait découper par un Big Show le prenant en traître et continuant de se bâtir une aura de heel surpuissant. Pour le protéger, on l’envoie à SmackDown échapper au béhémot qui… fait une promo ou un match tous les vendredis, bonjour la logique mais passons. Du coup, Brodus est énervé et demande une meilleure opposition : on lui fournit Slater ce vendredi, qu’il découpe et renvoie à son rôle de top-jobber.

Toujours colère, le garçon finit son match avec une bonne intensité, coupée nette par les deux rombières qui viennent se jeter sur lui pour le féliciter, mais il reste dangereux dans sa posture. Et voici que surgit David Otunga qui arrive, en s’en prenant aux genoux de clay du colosse, à mettre ce dernier à terre et aux soins. Bien sûr, il faut amorcer la youtube-feud de dimanche, mais ici à quoi aboutit-on réellement ? Notre Funkausaurus présente en effet un profil assez multipolaire, surpuissant et invaincu en match d’une part, bêta et distrait par ses danseuses bon enfant de l’autre, peu résistant et fragile pour sa dernière facette. Ajoutez à ça une entrée encore allongée par l’adjonction des prénoms de ses danseuses dans l’imbuvable séquence précédant son titantron, et des matchs très répétitifs dans un long bal des débutants, et on se prend réellement à espérer qu’il feude avec Otunga. C’est dire à quel point son build up est réussi…

 

 

Ces deux là ne passeront pas leurs vacances ensemble !

Sauf si Otunga aime le funk, comme tous les Noirs.

 

 

Deuxième personnage problématique à mon sens, celui de Jack Swagger. Un peu comme CM Punk à une époque, le All American American possède une gimmick (patriote, pro de lutte…) qui ne déparerait pas plus haut dans la carte, y compris en tant que face. Si l’on considère de plus que le garçon n’est certainement pas dénué de talent, on ne peut que déplorer l’impasse scénaristique dans laquelle il se trouve. Piston inférieur du tandem qu’il forme avec Ziggler, il se retrouve à remplacer ce dernier dans son rôle de jobber to the stars lorsque le blondinet profite lui-même d’un strapontin pour le Main Event. A ce stade, et pour un ex-champion du monde, on ne peut même plus parler de plafond de verre, celui-ci se trouvant plutôt à hauteur de genoux !

 

Alors bien sûr, le grand Jack nous a offert vendredi un match de qualité contre Christian, mais celui-ci étant dénué de tout enjeu émotionnel ou « sportif », il lui manquait clairement une dimension essentielle au catch, surtout un soir de go-home show où tout le monde lève le pied sur l’intensité des chocs. S’il vous faut réellement personnifier une victime des Supershow, Swagger en est une. Avec le doublement du personnel de Main Event occupant l’antenne deux fois par semaine, la midcard a complètement perdu son fil scénaristique, n’offrant plus de réelle feud ni la moindre continuité dans les histoires racontées à ces damnés de l’ombre. A l’heure où le champion US rivalise avec le valet d’un catcheur blessé, on finit par se dire qu’un passage à trois heures de Raw pourrait donner une bouffée d’oxygène salvatrice à toute une ribambelle de Superstars, Miz, DiBiase, et Swagger en tête, voire même en ressusciter certains.

 

 

Je sais bien que vous voudriez tous que ça soit moi, mais il pense à Drew là !

 

 

Le troisième personnage problématique l’est d’autant plus qu’il se trouve en Main Event. En effet, chose exceptionnelle, John Cena était présent ce vendredi en personne à SmackDown, lui qui n’avait brillé que par vidéos interposées dans le show bleu même dans sa feud avec Rocky avant Mania. Cette fois, il y a vraiment le feu aux ratings, on envoie tout le monde sauver le paquebot bleu, le poster boy en tête ! A cela rien de choquant, Orton suspendu, la WWE et la chaîne ont sans doute tout intérêt à renforcer le star power, mais le réel problème c’est le rôle que l’on fait endosser à John Cena.

 

Disons-le tout net, les ressorts employés sont usés jusqu’à la lie, tant et si bien que même en suspendant bien haut son disbelief, personne ne peut croire une seconde à un renvoi du Marine. Dès lors, le seul suspense qui peut persister est celui de l’entourloupe scénaristique qu’on va encore nous faire gober pour que tout le monde conserve une face digne, quel que soit le résultat d’un Show/Cena par ailleurs bien peu alléchant. Bien sûr, John a tout gagné ces dernières années, et le revoir rejouer le jeu en mode « boss » détaché des ceintures et trustant les Main Events peut agacer, mais à mon sens le problème est ailleurs, c’est une question d’adversité.

 

 

Parce que là, c’est David contre Goliath, c'est Fluctuat contre Nec Mergitur !

 

 

Jugez plutôt. Aujourd’hui à la WWE tous les titres sans exception sont trustés par des faces. Santino fait le pitre avec l’US sur des strip-matchs, Christian poursuit une feud à voilure très réduite avec Rhodes autour du titre intercontinental, Kofi et Truth rivalisent avec… tiens, bonne question, pour le titre par équipes, Layla défend son titre contre la seule autre Diva combattant encore en la personne de Beth, Sheamus a des contenders blessés ou suspendus pour son titre poids-lourds, et CM Punk se débat contre Bryan et Kane pour le titre WWE. Si l’on excepte cette dernière ceinture, quels champions sont réellement face à une opposition digne de ce nom ? Aucun.

 

Le problème fondamental de cet état de fait, c’est qu’on veut avoir le frisson pour nos héros en slips, on veut pouvoir s’enflammer pour leurs exploits, et pas simplement les voir tenir leur rang en bons gestionnaires. Or ici, même la principale figure d’autorité heel, John Laurinaitis, est tellement affaiblie qu’il peut servir de paillasson hebdomadairement à tous les main eventers en quête de pop, ajoutez à ça le retour lundi de VKM en tant que face, et celui de HHH dimanche dans le même rôle, et on a un réel déséquilibre dans la force.

 

 

Nadine, je suis… ton père spirituel !

 

 

Bien sûr, les blessures de gros bras du calibre de Henry, Barrett ou Del Rio n’aident certainement pas, bien sûr certains recours comme le Miz ou Jericho vaquent actuellement à d’autres occupations, mais tout cela dénote tout de même d’un sacré défaut de construction de la part de la WWE. Pourquoi une machine à squasher du local-jobber comme l’est Ryback n’a-t-elle pas été bookée heel, offrant un réel challenge à un Main Eventer entre deux feuds ? Et surtout comment excuser que des garçons comme Rhodes ou Ziggler n’aient pas bénéficié d’un build up plus suivi ces derniers mois pour les présenter en recours crédibles et en réelles menaces au sommet de la chaîne alimentaire ? Dire que certains regrettaient le retour de Kane, où souhaitaient voir Bryan re-basculer dans le camp des gentils, vous imaginez le tableau… On se prend à espérer revoir Orton chez les méchants dès Summerslam, c’est dire !

 

Pourquoi cette digression ? Pour démontrer l’impasse scénaristique dans laquelle se trouvent les bookers avec Cena. Le Marine a retrouvé sa pop, et est plus en forme que jamais, mais on ne l’utilise certainement pas dans le registre où il est le meilleur : l’affrontement de superstars, la promo presque bovine, et la feud classique et tranchée ! Cette description peut paraître réductrice, mais je trouve la caricature assez représentative du rôle dans lequel il conviendrait de circonscrire Cena pour en tirer la substantielle moelle. Mais préparez vos fourches, vos haches et vos piques, c’est maintenant que je réalise un suicide IWC-esque !

 

 

Tu vas finir fauché comme un lapin en plein vol toi !

 

 

Aussi fou que ça puisse paraître, pour moi le quatrième catcheur en décalage par rapport au rôle qu’on lui fait jouer n’est nul autre que CM Punk lui-même. Oui CM Punk est bon, oui il est divertissant, oui c’est un super catcheur, mais non on ne l’exploite pas comme il le faudrait ! Rappelez-vous, il y a un an, the Voice of the Voiceless se lançait dans une véritable révolution, enchaînait les promos shoot, et s’attaquait au top face de la fédération. Et aujourd’hui ? Cihaime feude autour de son titre avec un heel qui a repoussé encore les limites des nuances de gris (Bryan) et un Big Man talentueux (Kane) avec une diva au milieu. Attention, que les choses soient clairement établies, cette storyline est géniale, fun, pleine de rebondissements et riche en suspense, mais je suis intimement persuadé qu’en intervertissant Cena et Punk, elle fonctionnerait aussi.

 

Et tandis que le Marine s’enferre dans des feuds hors cadre où il n’a pas toutes les armes, le grain de folie et – ne nous leurrons pas – la liberté accordée à Punk l’an passé, le gourou straight edge gâche un peu de son talent dans des bisbilles finalement trop classiques. Pourquoi la WWE a-t-elle ainsi changé son fusil d’épaule, alors qu’à l’avènement de Laurinaitis c’était bien Punk qui se présentait comme son principal rival ? Pourquoi avoir quitté le terrain de la lutte d’influence et de finesse pour passer à du squash-comedy-match à coups d’extincteurs ? J’ai la faiblesse de penser que le PPV de dimanche apportera des réponses. Si Laurinaitis est purement et simplement viré, ce sera sans doute la preuve que la fédération de Stamford a désigné son bouc émissaire pour ce trou d’air dans l’intérêt de ses shows après Mania. Et gardons espoir, CM est peut être en réserve de la république pour la feud de l’été…

 

 

J'ai rarement vu un nullos pareil pourtant… Faudrait le faire empailler celui-là.

 

 

Courage amis lecteurs, j’en arrive à mon dernier point négatif à propos de ce show, et nous finirons comme promis dans le stupre pour souligner tout ce qui fonctionne très bien dans le monde bleu, mais il me semblait important de souligner un travers pénible du show du vendredi : sa propension à se répéter. Au fil des semaines, on a la désagréable impression que la WWE ne s’adresse plus tant aux suiveurs réguliers qui passent deux heures devant leur poste qu’aux zappeurs forcenés, à qui il faut donner un condensé des meilleurs moments de ce qu’ils auraient éventuellement pu voir en utilisant leur télécommande plus tôt.

 

Entre les raw rebounds, les rediffusions du passif entre plusieurs protagonistes parfois plusieurs semaines à l’amont, les redites d’une promo située en début de show et les annonces de ce qui pourrait se passer en fin de soirée, on arrive à pas moins de 20% du temps d’antenne consacré à du contenu non frais ! Une des conséquences les plus dommageables, c’est que dans des storylines qui ronronnent pas mal, cela ne fait que souligner le manque d’inventivité. Tenez par exemple, AJ fait une bonne blague sur Vickie en grand-mère de Ziggler ? Une promo d’Hornswoggle nous rappelle que Kermit a fait la même quand les Muppet’s étaient guest hosts de Raw ! J’en appelle ici à la sagacité des plus grands experts en ventes de PPV, cet achat est-il davantage le fait de suiveurs occasionnels cherchant à meubler leur dimanche où des fanatiques les plus forcenés qui regardent NxT et Superstars ? Intuitivement j’aurais tendance à penser que la seconde catégorie paraît plus importante à cibler, mais le booking actuel tendrait à prouver le contraire…

 

 

C'est sûr qu'il vaut mieux être plusieurs sur un bon coup que tout seul sur un mauvais !

 

 

S’il y avait quatre axes de griefs dans ce show, on y recensait également trois principales sources de satisfaction, que nous allons remonter à rebours. Commençons donc par un personnage qui démontre de façon éclatante que le squash pur n’est certainement pas la seule façon de faire débuter un catcheur, en la personne de Damien Sandow. A mon très humble avis, le match de ce vendredi est un modèle du genre, puisqu’il permet à Tyson Kidd de placer quelques superbes moves, tout en laissant clairement éclater la domination de Sandow, qui s’impose sans coup férir. Ajoutez à cela une gimmick travaillée et une assurance certaine au micro, et en conjuguant cette observation à l’analyse faite plus haut du roster heel, on ne saurait que prédire un bel avenir au barbu aux poses suggestives lorsqu’il attend le compte de trois. Et si vous n’êtes toujours pas convaincu, notez qu’il fait très bien la roue !

 

Numéro deux de ce petit top, l’impeccable partition jouée par AJ ce soir, tour à tour moqueuse, psychopathe, forte tête, faible femme, objet de désir et proie en détresse : elle a éclaboussé de sa classe et de son talent le début du show, démontrant que l’avenir n’est peut-être pas aux divas combattant entre elles, mais aux réelles interactions très fortement empreintes de Reality Era entre Superstars de sexe opposé. Quelle direction prenons-nous pour dimanche : porte-poisse de Punk comme le voudrait Bryan ou prête à se venger du Yes-man au profit de celui dont elle porte le t-shirt ? Et Kane, veut-il la dévorer, la protéger ou plus prosaïquement copuler ? Le suspense est absolu !

 

 

Puisqu'il y a au moins une Lee sur le terrain, on peut faire une chambre !

 

 

Dernier point et non des moindres, l’opener de ce show, et son empilement parfait des promos et des entrées venues construire près d’une demi-heure d’anthologie, depuis l’apparition d’AJ jusqu’à celle de Sheamus. Au delà de la réussite technique, cette séquence a valu pour son originalité. Rarement booking a été aussi naturel ces dernières semaines, aucun artifice de type Teddy Long survenant sur la rampe et annonçant un match « right now » ne venant perturber le build d’un match prévu entre les deux champions en titre et deux de leurs trois challengers. Chaque protagoniste aura eu son spot, pour mettre en avant sa partition, avec ses bonnes surprises comme Ziggler se détachant de l’autorité tutélaire de sa manager.

 

Si certains avaient pris la résolution de ne plus suivre les émissions du vendredi, qu’ils se ravisent et ne visionnent que la première demi-heure : voilà ce dont la WWE est capable, dommage qu’elle ait parfois tendance à l’oublier. Quoi qu’il en soit, gageons que le résultat du Main Event de dimanche offrira aux bookers de Stamford l’occasion de désigner un bouc émissaire pour leur petite panne d’inspiration, et espérons retrouver au plus vite un cadre plus propice à l’émerveillement devant le spectacle offert par nos superstars favorites : for the WWE there’s no way out !

 

 

Moi je l’ai trouvé le Way out !

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