Catch

Destination Greatness

Sans destination, il n'est pas de destinée.

Abbé de Rancé, Maximes chrétiennes et morales

 

Il y a un an, Austin Aries obtenait à Destination X un contrat pour signer à la TNA, face à des pointures comme Low-Ki ou Evans, dans un match dantesque ! Un an plus tard, après un règne dominant comme X-Division champ et un face turn, le voila champion du monde poids lourds de la TNA, au terme d’un PPV comme la TNA en rarement proposé, à savoir presque parfait de bout en bout. Retour sur un show qui restera dans les annales de la fédération et peut-être bien du catch tout court. Oui, oui, ni plus ni moins. D’ailleurs, on n’a pas vu le début du commencement de la tronche d’Hogan, c’est vous dire.

 

 

Pas grave,  Super Catcheur l’a remplacé au pied levé.

 

 

Nalyse de Destination X

 

 

Retour rapide sur la situation pré-Destination X : Austin Aries a accepté l’offre d’Hulk Hogan, à savoir abandonner son titre de la X-Division pour avoir une chance de capturer le WHC lors du main-event du PPV face à Bobby Roode, à la condition que ce cash-in soit proposé à chaque X-Div Champion les années suivantes. Le titre vacant, un tournoi fut organisé, avec huit participants (le huitième étant désigné lors du PPV avec une qualif de la dernière chance), et quatre matchs qui déboucheront pour les gagnants sur un Ultimate X pour le titre dans la soirée. Six matchs donc, accompagnés du Main-Event, plus Styles/Daniels dans un Last Man Standing Match et Joe/Angle pour les BFG Series. Une carte plus qu’alléchante, et qui fit mieux que tenir ses promesses, alors que sa mission était claire : revitaliser une X-Div moribonde à la suite des blessures/départs de ses membres, et qui ne tenait plus que par la qualité de son champion qui allait chercher des adversaires ailleurs.

 

Le PPV débuta donc par la qualif de la dernière chance entre les rookies qui avaient échoué à se qualifier à Impact, le gagnant devant se faner Kid Kash sans temps mort. Nous avons donc eu droit à un four-way entre Rubix (Jigsaw pour les intimes), Mason Andrews (a-k-a Scorpio Sky), Lars Only  et Dakota Darsow. Petite pensée au moment d’aborder le PPV : cette année, pas de ring à six cotés. La page semble bel et bien tournée, puisque tout le monde semble l’avoir zappé.

 

Donc ce four-way fut bien enlevé, la foule (très bruyante tout le long du PPV, ce qui a bien aidé à l’ambiance) fut fortement derrière Rubix, qui d’ailleurs fut celui qui brilla le plus lors du match pour moi. Ce fut un gros spotfest comme on peut les aimer, avec des dropkicks à foison, des coast-to-coast, rana… qui vit la victoire de Mason Andrews, qui n’était pas le plus attendu. Il n’eut donc pas le temps de célébrer puisque Kash  vint ouvrir les hostilités et le tournoi en même temps en l’attaquant trente secondes après la fin du match.

 

Quand j’ai vu comment Kash se moquait de son adversaire éreinté par son match précédent, j’ai bien compris que le vétéran allait probablement jobber dans le style « je devrais finir mon adversaire mais je le nargue, ouh la la que je suis méchant ». Bonne inspiration, puisque Mason Andrews dont le finisher, un facebuster porté depuis un fireman’s carry (l’Ace of Spades, encore un fan de Motorhead) est d’ailleurs pas mal du tout, s’imposa une deuxième fois consécutive, cette fois ci sur roll-up. Ce fut probablement le moins bon match de la soirée en termes de niveau in-ring, et le moins spectaculaire, mais l’histoire racontée était intéressante et la confrontation tout à fait honorable, enfin tant qu’on ne s’étonne pas trop de la résistance presque Cenaesque d’Andrews.

 

 

Mais bon Kid Kash s’en fout, il vient de péter son record en air musculation.

 

 

S’ensuit une promo de Joe avec Christy, qui remet les choses en place. Joe vient pour soumettre Angle et rien d’autre. Petite promo sympa, qui replace Joe dans son rôle de machine à soumission qui ne s’occupe que de la victoire, ça fait plaisir de revoir un type pareil motivé.

 

Le deuxième match du tournoi oppose un autre vétéran, Douglas Williams, à la prise de la guerre de la TNA issue de la ROH, Kenny King himself. Ce fut un des matchs les plus techniques de la soirée, qui rappelle que la X-Div ce ne sont pas que spots de ouf, mais des types qui comme ici enchainent crocs-en-jambe, travail au sol, tentatives de pin variées, soumissions… Un match-up équilibré ou King joua le face. Par contre Williams, qui n’a rien perdu de sa technicité, s’est clairement laissé aller sur le poids. Un finish clean, avec le vétéran qui une fois de plus jobbe pour le jeunot, lui aussi pourvu d’un finisher impressionnant. Le passage de la ROH à la TNA s’annonce fructueux pour lui.

 

 

Ce moment bizarre où Jim Cornette a dû manger le futur contrat prévu pour King avec de la sauce harissa.

 

 

Une pause dans le tournoi, avec l’arrivée de Daniels backstage qui explique son changement de mentalité depuis l’année dernière et récapitule sa feud avec AJ. Bien que fatigué de cette feud, non pas dans le ring (qui le pourrait ?) mais dans les promos, j’avoue adorer le cocktail avec lequel Daniels se balade tout le temps désormais.

 

Troisième match : Sonjay Dutt, revenu de Ring Ka King, fait face à un autre qualifié, Rashad Cameron. Ici, c’est Sonjay que la foule désigne tout de suite comme son champion. Et donc, après le match à storytelling, et le match technique, revoilà des acrobaties avec un Indien poids léger virevoltant et un athlète de bon calibre. La aussi un match équilibré, les gars arrivant à tirer le maximum des minutes qui leur étaient accordées : mention spéciale au move-set de Dutt, avec un bulldog qui finit dans le turnbuckle, son slingshot cross leg drop  (pour les anglophobes, il fait un leg drop sur un adversaire qui attend un 619 en partant des cordes de l’autre coté du turnbuckle), son Satellite DDT bien spécial et bien sûr  son double foot stomp moonsault qui lui accorde la victoire (rendons grâce au vaincu, son Frankensteiner dans le dos de l’adversaire est bien sympa aussi). Un match à voir ne serait-ce que pour admirer les capacités d’un high-flyer ultra compétent.

 

 

Arrive. Fly. Leave.

 

 

Avant d’arriver au quatrième match, nous avons droit à une vidéo puis à une promo au milieu du ring de Jesse Sorensen, encore affublé d’une minerve. Rappel pour ceux du fond : il fut blessé par Ion au cou lors d’un match pour désigner le n°1 contender à Against All Odds. Depuis, la TNA donne des nouvelles régulières de lui et semble le considérer avec une place à part : mais il est vrai qu’il a du talent in ring, une belle marge de progression (23 ans) et sa promo montre qu’il peut tenir un micro et dire trois phrases crédibles (en même temps si c’est Christy Hemme qui me tend le micro, je sors la promo de ma vie pour séduire la belle).

 

La promo elle-même n’est pas originale mais bien menée, on sent que les bookers l’ont aidé : il remercie l’Impact Zone de son soutien, qui est effectivement bruyant, et promet de revenir. Là on arrive au point intéressant du discours : il explique en effet espérer qu’Ion touchera au titre, afin de le lui prendre quand il reviendra. Ion qu’il croisera au moment de partir alors que le dernier match s’enclenchera. La feud entre les deux s’écrit d’elle-même, avec ou sans titre…

 

Et donc, nous arrivons au dernier match, Zema Ion vs Flip Casanova. Mmmh, voyons. Trois qualifiés, aucun vétéran, aucun heel… Vous l’aurez compris, l’homme à la laque partait largement favori et gagna le match. Une rencontre au moins aussi acrobatique que la précédente, mais où le vaincu eut plus d’occasions de briller (c’était lui le face aussi), grâce notamment à l’arrogance d’Ion, mais ce dernier contra le finisher de son adversaire et appliqua son spécial puis son propre finisher pour la gagne. On arrive donc à une finale Ion vs King vs Andrews vs Dutt, probablement la meilleure possible (ou alors en remplaçant Andrews par Rubix).

 

 

Même si je ne comprendrai jamais comment on peut vouloir fixer une coiffure pareille….

 

 

Continuons le cours chronologique des événements : les trois premiers qualifiés pour la finale répondent à Christy, mais ce n’est qu’un prétexte pour que le champion du monde arrive et crache sur la X-Division tout entière. Le message de la TNA est clair : mettre over la division en la faisant enterrer par le champion poids lourds, pour magnifier la victoire éventuelle du représentant de la ceinture au X rouge.

 

Quittons donc les poids légers pour retrouver Samoa Joe et Kurt Angle, dans leur match comptant pour les BFG Series. Et la encore, nouveau profil de match : on n’est plus dans l’acrobatie ou la technique, mais dans la lutte pure et dure, les deux lutteurs s’affrontant pour se soumettre malgré quelques tentatives de pin, dans un concours de bites très proche d’un vrai match de lutte gréco-romaine. La foule bruyante et bien partagée a également aidé au spectacle. La plus grande partie du moveset et des finishers des deux fut déroulée (los tres amigos sur Joe, c’est toujours impressionnant), et oh divine surprise, Joe gagna par soumission… en faisant s’évanouir Angle, qui n’a donc pas « tapé ». Probablement le meilleur match de la carte jusque-la. Et purée, Joe avec cette forme-là, que c’est bon !

 

 

Même les arbitres se prosternent devant lui maintenant, c’est vous dire !

 

 

Pour ceux qui n’auraient pas suivi, voici les résultats des BFG Series après Destination X (merci 411 Mania) :

 

(1) Samoa Joe – 37 points [4-2-0] … 6 matchs
(2) James Storm – 36 points [3-1-1] … 5 matchs
(3) Jeff Hardy – 21 points [3-1-0] … 4 matchs
(4) Kurt Angle – 20 points [2-3-0] … 5 matchs
(5) Magnus – 14 points [2-1-0] … 3 matchs
(6) Mr. Anderson – 9 points [1-2-1] … 4 matchs
(7) The Pope – 7 points [1-3-0] … 4 matchs
(7) Rob Van Dam – 7 points [1-2-0] … 3 matchs
(9) Daniels – 5 points [1-3-0] … 4 matchs
(10) A.J. Styles – 0 points [0-2-0] … 2 matchs
(10) Bully Ray – 0 points [0-3-0] … 3 matchs
(10) Robbie E. – 0 points [0-4-0] … 4 matchs

 

 

Joe passe donc en tête, mais on voit bien que rien n’est joué : même AJ, avec seulement 2 matchs (sur 11) a encore toutes ses chances de faire partie du top 4.

 

Tiens d’ailleurs AJ parlons-en. Voici venue l’heure de son Last Man Standing contre Daniels. Bon, un match AJ-Daniels ne peut pas être mauvais, même dans une feud médiocre. Mais là, ils ont réussi à ajouter à la soirée un élément qui lui manquait : un bon brawl violent, avec du sang mais pas trop. Bon point de départ : AJ a retrouvé sa « vraie » musique d’intro. Le match en lui-même fut bien mené de bout en bout, du jeu du chat et de la souris initial aux séries d’atémis, les spots sur des chaises puis sur la rampe, la haine des deux protagonistes ressortait parfaitement (comme quand AJ dit à l’arbitre de ne pas compter car il n’en a pas fini). Le booking fut lui logique : domination initiale de Daniels à la fourberie, retour d’AJ, alternance dans la domination puis intervention de Kaz, mais AJ finit par l’emporter grâce à un Styles Clash à travers une table. Espérons qu’AJ va se concentrer sur les Series et qu’il fera au moins partie du top 4.

 

 

– Mais qu’est-ce qu’on fait ce soir, Daniels ?

– La même chose que tous les soirs, Kaz. On tente de battre AJ Styles.

 

 

Au tour d’Aries de venir se confier backstage. Rapide, simple, efficace : Roode gagne grâce à des coups de ceinture, ou bien des bouteilles de bière ? Lui gagne grâce à un brainbuster. Les bonnes promos, comme les bonnes blagues, sont souvent les plus courtes.

 

Passons maintenant au couronnement du nouveau champion de la X-Division avec l’Ultimate X match : ce match fut finalement assez court, et seul King se détacha du lot à mon avis ; mais il faut bien tenir compte que Sonjay a été médicalement sorti, qu’il s’est remis l’épaule en place et est revenu assurer le final, ce qui est vraiment impressionnant. Donc Sonjay se retrouva face à Ion en haut de la structure, ce dernier utilisa sa laque miracle et le heel qui a obtenu son contrat l’année dernière devint champion. Un match qui aurait vraiment beaucoup gagné à durer cinq minutes de plus, mais vu les circonstances les lutteurs ont donné ce qu’ils pouvaient. Quant au titre, il est possible qu’Ion le garde jusqu’au retour de Sorensen, vu qu’il se moqua de lui après son sacre, mais il risque d’y avoir une pléthore de faces pour le défier d’ici la. On peut espérer le meilleur quant à cette division, et surtout la tenue de matchs hebdomadaires et un roster dédié qui serait un minimum.

 

 

Poilade de l’auteur de la nalyse qui se plut à imaginer John Cena tenter la même chose.

 

 

Plus qu’un match à nalyser, mais quel match. WHC Championship, Aries vs Roode. Bon, disons le tout de suite, meilleur match du show, un des meilleurs de la TNA cette année. Je ne vais pas le disséquer de long en large, mais si vous lisez ces lignes, allez le mirer. Non sérieux. Vous ignorez tout de la TNA ? Pas grave, ce match vous en apprendra plus que n’importe quelle page Wikipédia. De l’intox, de la technique, de l’intensité, des soumissions, du spot, de magnifiques contres : un concentré du meilleur de la soirée, en somme. Très bon suspens grandissant, avec Roode qui devient de plus en plus fourbe mais de façon impuissante contrairement à tous ses matchs précédents. Et Austin Aries réalisa l’impossible : brainbuster sur Roode, 1,2,3… New WHC. Allez voir ce match, vous ne serez pas déçus. Le message filé par la TNA apparait alors limpide : oui, nous considérons la X-Division, et oui nous sommes capables de récompenser le travail du meilleur worker de la compagnie. D’autres fédérations feraient bien de prendre exemple là-dessus.

 

 

Et avec cette image, si vous ne voyez pas de qui je parle, vous le faites exprès.

 

 

Et donc, que peut-on dire de ce Destination X 2012 ? Eh bien, en plus d’être le meilleur PPV de la TNA depuis des éons, il confirme le momentum de la compagnie depuis quelques mois et rabat les cartes dans la title picture du WHC comme dans celle de la X-Division. Si le roster de la TNA arrive à intégrer les membres plus intéressants du tournoi de la soirée, la X-division redeviendra très compétitive et seule la division tag-team restera un chantier conséquent. Le main-event de Bound for Glory est devenu bien plus compliqué à prévoir, ce qui rend l’Impact prochain très intéressant alors que trois matchs sont déjà annoncés ( K-O match pour le titre Tessmacher-Kim, Joseph Park-Bully Ray, et Anderson-Angle) et que les agresseurs de Sting doivent se montrer. En attendant, laissons un vétéran de 34 ans exemplaire savourer son titre et son entrée validée dans le panthéon catchesque.

 

 

Deux fois champion du monde la ROH, plus long règne de champion de la X-Division, et maintenant champion du monde poids lourds : The Greatest Man Who Ever Lived. On ne cessera jamais de le dire, mais au poker comme en catch, A-A, c’est premium.

 

 

Et pour ceux qui n'auraient pas le temps de visionner le ppv en intégralité, le high flying Panda a concocté une de ces vidéos dont il a le secret, enjoy!

 

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