Catch

45 kilos de finesse dans un monde de brutes

This is a man's world, this is a man's world

But it wouldn't be nothing, nothing without a woman or a girl…

James Brown, It’s a man’s man’s world

 

Ce dimanche, une vingtaine d’hommes musculeux s’en sont mis plein la gueule, mais l’épicentre de la soirée fut une femme, AJ. Douce, brutale, tendre, vengeresse, amoureuse, glaciale, calculatrice, larmoyante, impitoyable, innocente, dépravée, ludique, effrayée, intrépide, perdue, désirée, repoussée, trahie, humiliée, triomphante AJ!

 

 

Une femme au premier plan d’un ppv, c'est possible!

 

 

Nalyse de Money in the Bank

 

 

Quand il est question de psychologie, le catch, c’est une litote, ne s’embarrasse guère de subtilité. Tu possèdes un truc, je le veux, tapons-nous dessus. T’étais mon pote, tu m’as trahi, tapons-nous dessus. Tu m’as battu la dernière fois mais c’était un coup de chance, tapons-nous dessus. Voilà à quoi tiennent les storylines dans leur immense majorité. Nous nous y sommes tant habitués que nous en sommes venus à accepter comme une évidence et une fatalité cette vision primitive du monde et des relations humaines. Le catch met en scène les mêmes ressorts que la vie et, surtout, la grande littérature (parce qu’on peut se l’avouer, hein, nos grands ressorts dans la vie à nous autres jabronees, c’est surtout ceux du canapé du salon sur lequel nous nous affalons en fin de journée pour regarder la télé). Le catch traite donc d’ambition, d’amour, de dévouement, de sacrifice, de trahison, de vengeance… mais il le fait d’une façon volontairement sommaire. C’est normal, puisque le spectacle a vocation à être compris par un enfant de huit ans (ou par un Américain adulte). Raison de plus pour nous esbaudir quand une histoire brise les codes habituels et nous emmène vers des terres plus complexes. Oh, avec le trio AJ-Punk-Bryan, on n’est pas encore chez Jane Austen, mais on n’est pas à Mickey Parade non plus, et c’est déjà un progrès.

 

 

Bon, les garçons, je vous confisque ce truc, comme ça on pourra tranquillement discuter des choses sérieuses.

 

 

On a souvent eu l’occasion de parler dans nos colonnes virtuelles du sort traditionnellement réservé aux femmes par la WWE. En deux mots, disons que, de façon générale, la gent féminine se divise du côté de Stamford en deux catégories brossées à traits extrêmement grossiers :

– Les nanas sympas.

– Les nanas pas sympas.

 

Les nanas sympas sont uniformément sympas, et les nanas pas sympas sont constamment pas sympas, règle qui prévaut y compris quand ces dames sortent du cadre étroit de leur division et obtiennent des positions de pouvoir (comme Tiffany, General Manager sympa de l’ECW, ou Vickie Guerrero qui a longtemps posé sa patte pas sympa sur Raw et Smackdown), ou quand elles jouent le rôle de petite amie de tel ou tel mâle, dont elles adoptent presque toujours l’alignement face ou heel. De même, quand les filles turnent, elles le font intégralement, la plus adorable des girls next door devenant alors la pire des salopes, et réciproquement.

 

Enfin, quand elles sont associées aux hommes, les femmes se voient attribuer des fonctions primitives, celles-là mêmes qui sont les leurs dans les séries Z de cinéma ou les romans de gare : la gentille petite amie du gentil héros (Gail Kim – Daniel Bryan), la gentille fille qui craque pour un bad guy (Miss Elizabeth – Macho Man ou plus près de nous Maria – Dolph Ziggler), la méchante petite amie ou associée du méchant (Lita – Edge), la méchante salope qui entourloupe le brave gars (Eve – Ryder), l’allumeuse qui tente de se frayer un chemin vers les sommets en utilisant les hommes (encore Eve récemment, qui essaie de manipuler Cena, ou Aksana qui tente le même coup avec Teddy Longue Bite), voire la femme de pouvoir qui profite de ses prérogatives étendues pour soutenir son bien-aimé du moment ou mettre le grappin sur un jeunot attiré par ses promesses de gloire (Vickie avec Edge, Escobar et Ziggler, et avant elle Stephanie McMahon). Tout cela est du classique, vu et revu dans les mauvais films, lu et relu dans les mauvais livres. La psychologie de ces dames est très simple, elle tiendrait intégralement sur un post-it.

 

 

– Ted, tu trouves que je suis un personnage simpliste?

Heu… hein, quoi? Scuse, je regardais tes gros nichons.

 

 

Quand on se place dans cette perspective historique, le personnage actuel de la frêle AJ constitue une véritable innovation dans la façon de présenter la Femme, et au-delà d’elle, l’Amour, du côté de Stamford. Et c’est un bouleversement d’importance.

 

Car si la mayonnaise prend auprès du public — et les réactions de la foule à l’apparition de la charmante psychopathe, de même que le following qu’elle est en train de se forger sur Internet, semblent indiquer que c’est le cas —, alors peut-être les bookers seront-ils tentés de continuer d’aller dans cette direction, de fouiller un peu plus profond dans les arcanes de l’âme humaine et de ne plus se contenter de quelques ficelles usées en guise de soubassements psychologiques des marionnettes qui s’agitent sur le ring…

 

 

– Bonjour messieurs les bookers. Je suis venue vous soumettre le texte de ma prochaine promo. Il s’agit d’une réflexion sur l’entrelacement étroit qui a existé de tout temps entre Eros et Thanatos, les divinités de l’amour et de la mort.

Ah heu… Bon, c’est sympa, mais contente-toi de crier Yes en levant les bras bien haut.

 

 

En attendant, et sans trop y croire non plus, il convient de souligner tout ce qui rend AJ si originale. La caractéristique première de l’ex-candidate de NXT, c’est, nous dit-on, sa folie. Elle est tarée, prétendent les commentateurs. C’est une crazy chick, acquiesce CM Punk. Naturellement, cette affirmation ne tient pas la route, ce n’est qu’un écran de fumée destiné à cacher sa vraie nature, bien plus effrayante : AJ n’est pas folle, oh non, c’est bien pire que cela. AJ est réelle.

 

Son psychisme est aussi réel, comparé à celui de ses consoeurs, que son corps à peine pubère comparé à leurs implants de silicone. Oui, elle passe en un clin d’œil de la colère à l’amusement, de la fureur à la pitié, de la tendresse à la haine. Et alors, est-ce cela, la folie? Certainement pas. AJ vit, elle vibre, elle palpite. Daniel Bryan a eu raison, mille fois raison, de rembarrer ce dimanche Josh Mathews qui lui faisait remarquer qu’AJ ne pouvait l’aimer puisqu’elle l’avait giflé ! « Il apparaît clairement, mon cher, que vous n’entravez que dalle aux zouzassses », lui répondit-il en substance. Car oui, les femmes au cœur déchiré par des passions contradictoires sont évidemment imprévisibles, quelle formidable découverte pour toi, Mathews, toi qui de la douceur féminine ne connais que le contact tarifé des filles de petite vertu qui s’amassent dans les bars fréquentés après les réunions par les catcheurs et monnaient leurs charmes contre quelques billets verts, un autographe et des goodies!

 

 

– Dites, Daniel… Ca fait quoi d’embrasser une fille sur la bouche?

C’est divin, Josh.

– Vin, Josh.

Hein?

– Haha, je vous ai eu!

 

 

AJ elle-même l’expliqua à Matt Striker un peu plus tard dans la soirée, après un très beau clip distordu exprimant les désarrois de son âme torturée : j’aime ces deux hommes, mais ils m’ont fait du mal tous les deux; je souhaite un instant les embrasser, l’instant suivant leur arracher le cœur… et bon Dieu, quiconque a déjà éprouvé les douloureux frissons de l’âme, quiconque a déjà souffert les délicieuses ivresses de l’amour et les affres du rejet ne peut qu’empathir à pleine force avec la malheureuse!

 

 

– Entre les deux, mon coeur balance

Je ne sais pas lequel aimer des deux

C'est à, c'est à, c'est à Ciaime ma préférence,

Et à Bryan les cent coups de bâton

Ah! Bryan si tu crois que j't'aime

Mon p'tit coeur n'est pas fait pour toi

Il est fait pour celui que j'aime

Et non pas pour celui qu'j'n'aime pas.

– Okaaaaay…

 

 

Mais ce minuscule brin de fille a aussi du courage à revendre, et sait donner le change face à ces hommes qui ont voulu se jouer d’elle, d’où les soudains sourires éclatants qui effacent les soucis de son mutin visage comme la vague nettoie le doigt d’honneur tracé sur le sable par quelque lourdaud! Les tracas de l’amour sont ainsi faits, de rire, de larmes, de contenance fragile et d’éruptions de rage, de soupirs d’extase et de reniflements de morve, et seuls des êtres insensibles, laids et profondément misérables peuvent qualifier ces délicats tourments de « folie », mais c’est comme qui dirait une tendance, relire à ce propos toute la poésie depuis le XVIème siècle, tiens (vous savez, tous ces héros et héroïnes qui aspirent à épouser l’élu de leur cœur au grand dam, voire au grand damn, de leur famille qui leur a déjà trouvé un « bon parti » vérolé, et qui s’empresse donc de promulguer que nos jeunes amoureux sont fous).

 

 

Bon fifille c’est quoi cette histoire, tu t’es entichée d’un manant?

Non mais papa, il est trop beau quoi! Je l’aime et j’ai envie d’être avec lui jusqu’à la fin des temps!

– T’es complètement folle, ma pauvre.

– Et pourquoi tu dis ça?

– Déjà parce que t’as deux mille ans de plus que lui.

– Ce que tu peux être vieux jeu, papa.

 

 

Quoi qu’il en soit, c’est vers la naïade aux semelles de vent que convergent tous les regards quand sonne l’heure du main ev… ah non, pardon, ce match opposant le champion WWE en exercice à un candidat sérieux au titre honorifique de meilleur catcheur du monde et arbitré par le personnage féminin le plus poignant de l’histoire de la WWE n’a pas les honneurs du main event, puisque John Cena n’est pas dedans.

 

Non mais je veux pas dire mais fuck, quoi.

 

On le sait, voilà des mois que, qu’il soit ou non dans la Title Picture, Cena fait toujours le main event. Ce fut le cas à Elimination Chamber, où son Ambulance Match contre Kane clôt les festivités après les deux title matchs dont la stipulation donnait son nom au ppv. Ce fut le cas à Wrestlemania, où il affronta le Rock pour la gloire, à Extreme Rules où il fit face à Brock Lesnar pour la frime, puis à Over the Limit où il combattit John Laurinaitis pour le pouvoir, puis encore à No Way Out où il se farcit Big Show dans une cage pour le fun. Et donc ce dimanche, où il participa au MITB de Raw. Disons-le tout net : de tous ces ppv conclus par Cena alors que le titre WWE était de sortie plus tôt dans la soirée, c’est la décision de ce dimanche qui est la plus scandaleuse. Les précédents pouvaient tous se justifier d’une façon ou d’une autre : contre Kane en février, il s’agissait de préparer l’énorme main event « Once in a Lifetime » de Wrestlemania, lequel fut naturellement le clou du spectacle lors du grand barouf de Miami. A Extreme Rules, la renommée de Lesnar et la sensation créée par son retour expliquaient qu’on offre le spotlight à ce combat bestial. Ensuite, lors des deux ppv suivants, le sort de Laurinaitis, et donc de la principale figure dirigeante de Raw et Smackdown, était dans la balance… Mais là, c’est n’importe quoi.

 

Cena était dans un match dont le vainqueur devenait First Contender au titre WWE, bon sang. Mettez ce match AVANT le match par le titre, montrez que le titre importe plus que Cena! D’autant plus qu’il est toujours grisant de voir un match de championnat se tenir alors qu’on sait qu’il y a dans le coin un porteur de mallette qui pourrait bien casher une fois le combat fini… Ce dimanche, Punk et Bryan ont fourni un nouveau chef d’œuvre, au milieu de la soirée, puis on a eu quelques matchs pourris pour respirer, et enfin, le main event : le combat de John Cena. Ce booking ne rend service ni au titre, ni à Cena lui-même, qui a besoin pour retrouver le soutien plein et entier du public d’être un peu moins présenté comme le golden child de la fédération dont les aventures importent plus que tout le reste.

 

 

Bon OK, j’avoue, ce soir c’est un peu abusé. Mais à Summerslam je fais un Last Man Standing contre Michael Cole, donc là j’espère que personne  me fera chier parce que ça sera en main event!

 

 

Ce coup de gueule étant passé, revenons au vrai cœur de ce ppv, ce Punk-Bryan une nouvelle fois brillantissime. Ceux qui redoutaient que la narration se focalise un peu trop sur la présence d’AJ furent rassurés : après quelques minutes de match, la belle prit son ref bump réglementaire et fut convoyée jusqu’en coulisse, remplacée par un arbitre lambda. Du coup, nous assistâmes à une superbe confrontation de près d’un quart d’heure dénuée de toute immixtion féminine, où les coups de kendo stick et de chaise ont plu comme à Gravelotte.

 

Ces deux-là sont déjà incapables de faire un mauvais match contre un plot, alors l’un contre l’autre, c’est toujours un festival, surtout avec cette stipulation « No DQ » qui leur ouvrit de larges possibilités. AJ revint vers la fin, renvoya son arbitre suppléant au vestiaire, et on eut alors droit à la grande parade de ses œillades tantôt charmeuses, tantôt effrayées par le déferlement de violence dont elle était le cœur, tantôt amusées à la vue des efforts insensés que les deux gladiateurs accomplissaient au nom de sa conquête (car bien sûr elle tenait le titre pour qualité négligeable, simple jouet pour grands garçons, alors que c’était elle l’enjeu réel et tant désiré, elle en était sûre!).

 

 

Mords si t’as mal, Ciaime. Mords aussi si tu prends du plaisir.

 

 

Je ressentis en voyant ce combat superbe une grande honte, je peux l’avouer puisqu’on est entre nous. Avec un tant soit peu de culture, j’aurais sans doute pu comparer cette scène – deux hommes se battant à mort sous les yeux d’une belle dont le cœur entre les deux balance – à de multiples morceaux de bravoure de la littérature mondiale. Ne me viennent en tête que la tarte à la crème des Liaisons dangereuses (Bryan-Valmont, Danceny-Punk et Volanges-AJ) ou divers trios amoureux des épopées médiévales (Tristan-Isolde-Mark ou Lancelot-Guenièvre-Arthur). Chaque fois, le parallèle est pour le moins imparfait, et j’en appelle à la culture des fins lettrés qui me font l’honneur de me lire pour indiquer quelque comparaison plus appropriée.

 

En tout état de cause, ce fut une grande séquence d’émotion, où AJ hésita à plusieurs reprises entre accentuer le carnage, comme lorsqu’elle plaça une chaise entre les deux affreux, et promulguer la fin de la boucherie, à l’instar de HBK déchiré face au spectacle de la peignée que se mettaient le Taker et Triple H. Mais elle mit un point d’honneur à décompter les tombés avec équité — n’oublions pas qu’elle croit en le destin, et ne souhaite pas le contrarier, préférant se laisser porter par les caprices de la providence, c’est une nana, hein —, et ce n’est finalement que justice si à l’issue d’une énième manœuvre à couper le souffle, elle tapa trois fois le sol quand, dans les décombres de ce qui avait été quelques secondes plus tôt une jolie table sur laquelle on aurait pris plaisir à forniquer, CM Punk couvrit d’un bras inerte le corps déchiqueté de Daniel Bryan.

 

 

Rhoo les petites natures. Bon, je vais finir le tonneau de bière moi-même.

 

 

La suite ne fut apparemment pas du goût de l’héroïne de la soirée, puisque le vainqueur, reprenant ses esprits et sa ceinture, l’ignora ostensiblement en célébrant longuement son triomphe sur les turnbuckles. La moue renfrognée de la Geek Goddess indique probablement d’autres développements qui à mon sens méritent à eux seuls qu’on ne rate rien des prochains épisodes de Raw (en espérant que AJ et ses boys obtiendront quelques secondes d’antenne lors du Raw 1000, abondamment mis en avant tout au long de la soirée).

 

 

Bon finalement t’avais raison Danny, Punk c’est un sale type, c’est toi que j’aime. Danny? Pourquoi tu réponds pas? POURQUOI TU REPONDS PAS SALAUD? Tu veux m’humilier hein c’est ça? Je vais t’écraser la gorge sous mon talon, ordure!

 

 

Mais il faudra désormais intégrer un nouveau mâle à l’équation, et pas des moindres, puisque comme prévu c’est John Cena qui a fini par se saisir de la mallette rouge lors du dernier match de la soirée. A vrai dire, ses adversaires faisaient tous figure de… figurants, et ce n’est pas l’incorporation du Miz, de retour après le tournage du Marine III (il admit que son absence était due au tournage d’un film, mais n’alla pas jusqu’à nommer la bouse en question, parce qu’il veut bien être corporate, le Mizou, c’est quand même grave la téhon de prendre la suite de Ted DiBiase dans une franchise lamentable), qui allait y changer quoi que ce soit.

 

 

Quoi? The Marine III? Je ne sais pas de quoi vous voulez parler. Moi, je viens de reprendre le rôle de Michael Douglas dans Wall Street.

 

 

Le buildup avait été effectué à sens unique, bien trop pour susciter un vrai suspense (d’ailleurs, 82% de nos pronostiqueurs avaient annoncé la victoire du Marine originel). Michael Cole se fit en plus un devoir de nous rappeler que chaque fois que John Cena a fait quelque chose pour la première fois, il a cartonné : il a gagné son premier match à Mania, il a gagné son premier Elimination Chamber, il a gagné son premier TLC, il a probablement aussi gagné sa première partie de pouilleux massacreur, bref le Johnny, c’est pas le genre à rater le coche lors de ses grandes premières.

 

 

– Did you know? Le jour de son dépucelage, à douze ans, John a fait jouir sa partenaire neuf fois!

Et elle, elle avait douze ans aussi, hein Michael, hein, hein, hein qu’elle avait douze ans aussi, hein que ouais Michael, hein, steuplait, hein, hein qu'elle avait douze ans aussi?

– Lemme tell you right there King, t’es quand même une saloperie de vieux pervers dégueulasse, Dawg.

 

 

Malgré cette absence de suspense, le match en soi fut fun, comme toujours ou presque avec les Money in the Bank. Comme toujours ou presque dans les matchs collectifs auxquels participe le Big Show, ses adversaires se liguèrent rapidement contre lui, et répétèrent exactement la séquence déjà vue lors de sa première tentative de gagner un MITB, il y a deux ans : on lui porte tous nos finishers, on le balance dehors (ici, avec un AA à travers Spanishannouncetable pour faire bonne mesure), puis on le recouvre d’une trentaine d’échelles. Bonne poire, Jerry Lawler s’exclama sur l’instant n’avoir jamais rien vu de tel. Apparemment, la condition première pour être commentateur à la WWE, c’est avoir une mémoire de poisson rouge héroïnomane.

 

 

Bon sang, ils ont enterré le Big Show sous plein d’échelles!!!

 

 

C’est du jamais vu!!!

 

 

Le public prenait ensuite fait et cause pour Jericho, et le match suivait le flux échevelé propre à l’exercice, Kane jouant sans souci le rôle de big bad motherfucker en attendant le réveil du Big Show. Celui-ci intervint au bout d’une dizaine de minutes, et comme il y a deux ans, le colosse tira une échelle à sa mesure de sous le ring. Forcément, les autres s’allièrent une fois de plus contre lui et l'écartèrent un instant, ce qui nous offrit une séquence plutôt fun où Jericho porta un Sleeper Hold à Cena à quelques centimètres de la mallette. Show ne se laissait pas faire, dégommait toute opposition, nettoyait les cimaises de deux WMD sur Jericho (qui livra un magnifique selling sur ce coup-là) et Miz, mais Cena finit par lui régler son compte en le cognant au crâne à coups de mallette, ne se rendant pas immédiatement compte qu’il l’avait décrochée dans le feu de l’action.

 

 

Pendant sa tournée avec Fozzy, en vrai rocker, Chris Jericho s’est laissé pousser les poils sous les bras.

 

 

C’est ainsi que se termina le show, sur la célébration de Johnny in the Bank. Si l’issue ne fut jamais vraiment en doute, et si le match ne fut pas spécialement mémorable pour un MITB (cinq hommes seulement, dont deux mastodontes et un Cena qui ne prend pas de gros bumps, c’est sans doute un peu léger pour ce format), la suite s’annonce passionnante. Cena avec la mallette rouge, c’est original comme concept, et il y a là de quoi attiser l’éternelle rumeur de heel turn : n’oublions pas que sur les dix cash-in réalisés jusqu’ici, quatre furent le fait de faces, et deux fois cela se concrétisa par un heel turn (le deuxième cash-in de Punk en 2009, et celui de Bryan en 2012).

 

 

Gollum s’est emparé de l’anneau, et immédiatement, c’est devenu un gros enfoiré!

 

 

Entre ces deux grands développements internes à Raw, nous avons eu droit à deux matchs impromptus pour nous remettre de nos émotions. Juste avant le main event, six filles étaient de sortie pour l’un de ces combats à trois contre trois sans enjeu et sans saveur dont la division est coutumière. Notons seulement que Kaitlyn et Tamina occupèrent dans l’équipe face les places traditionnellement dévolues à Kelly et Alicia, et que dans le camp d’en face, Beth et Natalya se retrouvèrent comme aux plus beaux jours. Le sextuor était complété de la championne Layla d’une part et d’Eve de l’autre, tout cela dura trois minutes et Layla fit le tombé final sur Beth, ce qui semble indiquer que la prochaine challenger au titre de la petite Anglaise est à chercher ailleurs que chez l’oiseau de feu.

 

 

Le majestueux navire glissait sur l’onde. Un vent puissant gonflait ses voiles.

 

 

L’autre match impromptu… enfin quand il s’agit d’un combat de Ryback en ppv, le mot « impromptu » n’est pas vraiment approprié. La nouveauté c’est que pour la première fois, le monstre n’était pas venu pour une simple promenade de santé. Il avait déjà battu Hawkins et Reks séparément, et ce n’était que logique, au vu de ses habitudes, qu’il se fade les deux en même temps. Evidemment, le mastard en sortit vainqueur, mais les deux losers ont tout de même obtenu quelques nearfalls et ont tenu plus de quatre minutes avant de succomber, presque l’équivalent d’un push pour eux.

 

 

– Haha Curt t’as vu ce qu’on lui met?

Chut Tyler, s’il se réveille il va s’énerver.

 

 

Reks et Hawkins participent à leur niveau à ce frémissement que l’on perçoit actuellement dans la division tag team : il y a plusieurs duos constitués, et il y a même une ou deux storylines en cours, un vrai luxe en comparaison de la situation qui prévalait il y a encore quelques mois. Dimanche, il y eut même deux matchs autour de la ceinture par équipes! D’abord le pré-show, que je n’ai pas vu mais dont les experts l’ayant visionné disent le plus grand bien, lors duquel les champions en exercice Kofi et Truth sont venus à bout du tandem (tandem – vélo => haha!) Hunico et Camacho.

 

 

D’un bond de huit mètres en l’air, Kofi Kingston rappelle discrètement aux bookers qu’il aimerait bien lui aussi gagner un MITB un jour.

 

 

Plus tard dans la soirée, dans l’un des moments de respiration que réservent tous les ppv, les Prime Time Players affrontaient Primo et Epico, redevenus face depuis qu’ils ont été trahis par le dénommé AW. Celui-ci porte donc un micro et hurle ses encouragements à ses sbires tout au long du combat. Si le résultat n’est pas encore tout à fait saisissant, il faut au moins saluer l’innovation. Avec un peu d’expérience, AW pourrait finir par bien gérer ce rôle à la Jimmy Hart. La preuve qu’il en est capable, c’est que le match, démarré dans un silence de cathédrale, a fini par provoquer quelques réactions de la foule — mais l’explication tient probablement autant aux vannes moisies de l’ancien intervieweur de l’ECW qu’aux acrobaties des deux Portoricains, qui ont libéré leur moveset maintenant qu’ils sont gentils, et constituent donc une équipe de poids légers très agréable à suivre, au point qu’on se demande si Primo n’est pas parti pour se bâtir une réputation à la Tyson Kidd, celle du super worker jamais pushé qui attend patiemment son heure en lowcard. Au final, les latinos gagnèrent sur un rollup, comme vendredi à Smackdown, les méchants renois allèrent provoquer les gentils renois champions qui s’étaient installés à la table des commentateurs (d’ailleurs, je me demande si Little Jimmy est un petit black à casquette ou un blondinet sorti d’une pub de cornflakes), et Truth balança de l’eau au visage d’AW, ça c’est de la feud, les cocos.

 

 

C’est quand même ultra-violent les règlements de comptes entre gangs noirs aux USA.

 

 

Raw et les divers matchs de remplissage ont donc occupé la seconde moitié du ppv. Smackdown, fidèle à son statut de show secondaire, avait été chargé d’ouvrir la teuf.

 

La mallette bleue se balançait à son filin quand retentirent les premiers riffs, et Vickie Guerrero annonça l’entrée du futur vainqueur. Là aussi, de même que pour le MITB rouge, le problème principal du match tenait à un suspense tout relatif. Six des huit candidats ne constituaient pas une menace sérieuse. Qu’on en juge par les pronostics de nos lecteurs : à eux deux, Dolph Ziggler (49% des votes) et Cody Rhodes (40%) monopolisaient près de 90% des suffrages. Faut-il y voir l’illustration de la faiblesse du buildup? Il est vrai que les bookers auraient pu faire en sorte que l’on croie que chacun des huit hommes avait une chance réelle de l’emporter. Or rien n’a été fait en ce sens, si bien que Santino, Sin Cara et Tensai n’ont recueilli aucune voix sur nos 232 votants (et n’en auraient probablement pas obtenu plus s’il y avait eu dix fois plus de joueurs). Christian avait attiré trois votes, Kidd 6 et Sandow 15.

 

Dès lors, chaque fois qu’un autre que Rhodes ou Ziggler s’approchait de la mallette, on savait bien qu’il échouerait. Mais il faut se souvenir que ce match est propice aux immenses surprises. Jugez plutôt à la vue des résultats de nos concours de pronostics. Wrestlemania 2010 : 1,23% des joueurs avaient annoncé la victoire de Jack Swagger. MITB 2010 : 1,03% de bons pronostics pour la victoire de Kane, 13% pour celle du Miz. MITB 2011 : 5,14% pour Daniel Bryan. Au final, seule la victoire dans le MITB rouge de Del Rio cette année-là aura été largement prévisible (69,57%). Tout ça pour dire que c’est pas parce que Rhodes et Ziggler étaient favoris, comme Lawler l’annonça étrangement lui-même, qu’il fallait exclure toute entourloupe…

 

 

– GRAOUMPF!

Mamma mia! Il m’a croqué mon cobrinho!

 

 

Le match fut globalement l’opener qu’il devait être, avec huit hommes dont six rapides, un moyen (Sandow) et un gros (Tensai). S’il fut loin d’être exempt de botchs, on peut se montrer indulgent à cet égard, tant le contexte, dans ce ring encombré de corps et d’échelles, est compliqué. Evidemment, chacun eut son moment de gloire. Tensai domina au départ, puis Sandow tenta de jouer les costauds à son tour. Les high flyers ont tous pété de jolis moves, dont une, heu, slingshot powerbomb d’échelle à échelle de Kidd sur Ziggler qui a suscité des cris HOLY SHIT dans l’assistance, et un spear d’échelle à échelle porté par Christian sur je ne sais plus qui, qui rappela le fameux spot Edge-Jeff Hardy d’il y a une grosse dizaine d’années. Marella fit rire les enfants en mimant le vertige lorsqu’il escalada son échelle, avant que son cobra ne l’emmène vers les sommets, Tensai effectua sur Sin Cara la même powerbomb que celle réalisée par Sheamus sur le pauvre Mexicain il y a un an (mais cette fois l’homme masqué a pu finir le match, ouf), et les contres se sont enchaînés d’une façon satisfaisante, même si on n’a évidemment pas échappé aux traditionnelles séquences "je reste dehors plusieurs minutes à chaque bump" et aux non moins traditionnels ralentissements brutaux de ceux qui grimpaient l’échelle, comme si celle-ci était habitée d’une gravité propre.

 

 

Bon, je suis tout seul, j’ai l’échelle et y a la mallette en haut. Putain, si personne n’intervient dans les dix prochaines minutes, je vais pouvoir la décrocher!

 

 

Finalement, Dolph surgit de derrière la table des annonceurs où l’avait balancé Tensai, rampa au-dessus du corps inanimé du Japonais (à noter que Sakamoto ne lui fut de strictement aucun secours pendant tout le combat, paie ton valet de merde), et bondit au moment opportun pour dégommer Christian et décrocher à notre plus grande joie la mallette qui lui promet enfin le règne que son talent mérite.

 

 

– Ca va Dolph, je te ralentis pas trop?

Tranquille, je gère. Christian est sur la dernière marche de l’échelle, là, j’ai donc encore facilement trente secondes pour le rattraper.

 

 

Grand moment pour Ziggler, sans doute plus important encore que son règne tronqué de champion et ses quelques matchs de championnat du monde contre Orton et Punk. Il est de facto devenu un main eventer, et ce n’est plus qu’une question de semaines ou de mois avant qu’il obtienne cette ceinture qu’on est nombreux à lui souhaiter depuis des années. Le garçon est désormais si populaire qu’on pourrait voir, à cette occasion, une inversion de la dynamique habituelle : normalement, un face qui cashe devient heel, mais cette fois, il n’est pas exclu qu’on assiste à un face turn quand le brillant Show Off fera valoir ses droits…

 

 

Yes! Un destin à la Swagger m’attend!

 

 

Mais Dolph champion du monde, ce n’est peut-être pas pour demain, car la ceinture poids lourds est toujours solidement arrimée au tronc d’arbre nommé Sheamus. Comme de bien entendu, il est venu à bout d’Alberto Del Rio après un match tout à fait convenable, mais moyennement enthousiasmant. Il est assez surprenant que le storytelling n’ait guère insisté sur les attaques répétées commises ces dernières semaines par le richard de Mexico sur le bras gauche du blafard champion. Si vous n’étiez pas au courant que Sheamus était censément diminué, vous ne vous en êtes certainement pas rendu compte pendant le match. Celui-ci suivit une structure propre à bon nombre des combats de John Cena : le powerhouse face est dominé par un adversaire technique et vicieux, réussit de temps en temps à se rebeller mais est toujours contré, jusqu’à la séquence finale où il se réveille pour de bon et fait parler la foudre de ses finishers. Ici, un White Noise suivi d’un Brogue Kick ont fait l’affaire, après un peu moins d’un quart d’heure qu’on qualifiera de compétent mais oubliable.

 

 

– You can’t see me!

Bien sûr, perro, surtout quand les projos sont branchés sur toi, ça me brûle la rétine!

 

 

Dans la foulée, Del Rio et Rodriguez attaquèrent lâchement le vainqueur, et Ziggler, pas encore douché, s’en vint tenter une Kane 2010 — à savoir un cash-in le soir-même de la conquête de la mallette. Mais Del Rio ne voulait pas jouer les passeurs décisifs, s’expliqua avec le blondin, et le temps que Dolph l’allonge d’un coup de mallette, Sheamus s’était relevé et… vous imaginez sans peine la suite.

 

 

Bienvenue au main event, fella!

 

 

La dernière image de Dolph Ziggler en ce soir triomphal pour lui fut donc celle d’un homme KO au centre du ring, aux pieds d’un Sheamus plus indestructible que jamais, image qui augure bien de la difficulté du prochain défi du protégé de Vickie. Ziggler est désormais parmi les big boys pour de bon, et il lui faudra encore hausser d’un cran son niveau déjà stratosphérique pour espérer réussir son coup, et ça nous va très bien.

 

 

Le silence qui suit un selling de Ziggler, c’est encore du selling de Ziggler.

 

 

Conformément au rôle qui est le sien, le show a rebattu les cartes pour la suite, en offrant à Cena une mallette contenant un pacte faustien (la gloire en échange de l’âme) et à Ziggler un gros marteau permettant de défoncer le plafond de verre. Finalement, ce crû du ppv Money in the Bank n’aura pas égalé son magnifique prédécesseur de 2011, mais il n’en aura pas été très loin, grâce à ce phénoménal combat Punk-Bryan d’une demi-heure, sous le regard affolé, serein, enamouré et méprisant de la sublime AJ. La WWE a eu beau terminer la soirée par une énième apothéose de l’épopée de John Cena, c’est ce match fantastique qui restera en premier lieu dans les mémoires.

 

 

Ca y est! Je sais enfin à quel grand classique cette histoire me faisait penser!

 

 

C’était pourtant évident.

 

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