Catch

Un beatdown presque parfait

Le repas de l’un est un poison pour l’autre.

Proverbe australien, en tout cas selon Evene.

 

Au catch comme en cuisine, il est important de laisser mijoter pour que votre repas prenne toute sa saveur, et que le fumet emplisse votre cuisine et les narines de vos invités. Mais à un moment il faut bien montrer la couleur : et à l’occasion de cet Open Fight Night, la TNA  a dévoilé un peu plus d’Aces and Eights, et rappelé que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Progression de storylines entrecoupées de plusieurs matchs agréables, voila la carte de cet impact copieux, à savourer à plusieurs.

 

 

D’ailleurs, James Storm a apporté l’apéro.

 

 

Nalyse d’Impact Wrestling du 19 juillet

 

 

Pour mieux comprendre le menu de ce soir, abordons tout de suite son fil conducteur. Après l’attaque de la semaine dernière, ni Hogan ni Sting ne sont présents ce soir, se remettant de l’agression. On a d’ailleurs droit à une photo très peu ragoutante montrant l’opération de Hogan (réelle mais non due à Aces and Eights) et les nouveaux amis du Hulkster, ses points de suture. Le show démarre donc et les commentateurs nous rappellent que les six participants aux BFG Series qui n’avaient pas pu choisir leurs adversaires à l’Open Fight Night du mois précédent pourront le faire ce soir. C’est James Storm qui ouvre le bal et met les choses au clair : il veut le titre, que Roode le possède ou non. Sa quête est inchangée, mais son ancien partenaire reste clairement dans sa ligne de mire. Comprendre : toutes les feuds d’ici Bound for Glory sont possibles, et la TNA essaie de ménager le suspense au maximum ; il faut admettre que jusqu’à présent, cette recette a bien marché.

 

Storm décide donc d’appeler celui qui selon lui est le meilleur lutteur au monde, Kurt Angle ! Sa musique retentit, une fois…deux fois… personne. La scène ressemblant furieusement à l’ending de la semaine dernière, on devine ce qui va suivre, et l’on n’est pas déçu : Aces and Eights fait découvrir à l’Olympic Gold Medalist une petite fricassée de phalanges et de bottes qui le laisse sans voix backstage et donc incapable de combattre. Cette intervention de la nouvelle stable de la TNA fut la première de trois, et on comprit très vite que cette storyline était en train de devenir le plat principal du menu.

 

Après l’agression d’un participant aux BFG Series, Aces and Eights remit ça mais en milieu de show et en attaquant le rookie soumis ce soir au gutcheck, Sam Shaw. Ce dernier a eu quelques minutes pour se fendre d’une promo sans grande inspiration, ni bonne ni mauvaise. En fait, je me demande si son utilité n’a pas juste été de servir de punching-ball et qu’on ne le reverra peut-être pas, même si Mike Tenay a annoncé un nouveau gutcheck pour lui la semaine prochaine. Ma foi, comme dans tous les restaurants, tous les clients ne peuvent pas être contents du service, n’est-ce pas ?

 

 

Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? Je l’ai demandé SAIGNANT mon beatdown, et je ne vois pas une goutte. Appelez-moi le cuistot, j’ai deux mots  à lui dire.

 

 

 

Et enfin, Aces and Eights nous fit les joies de l’ending, qui fut bel et bien comme annoncé, un Roode vs Aries, dans un match qui ne comptait pas pour le titre. Et force est de constater qu’un tel match en weekly, c’est comme déguster un sorbet trois boules fraise/framboise nappé de chantilly, ça se refuse pas. Les deux belligérants ont une fois de plus fait honneur à leur réputation, et nous eûmes droit à minutes de catch intense et brillant, qui n’était pas si loin in-ring du niveau de leur confrontation homérique précédente, l’enjeu en moins.

 

Chacun avait eu droit à une vignette backstage rappelant l’enjeu du match de ce soir : Roode voulait prouver que sa défaite n’était qu’une arnaque, et Aries se déclarait prêt à battre n’importe qui n’importe quand, tout en découvrant deux as et deux huit dans sa cape… Le départ du match fut explosif, puis les phases de domination s’enchainèrent, tout l’art de ces deux chefs cuistots étant d’alterner les temps forts et de construire un match cohérent en montrant l’ensemble de leur move-set tout en sellant suffisamment bien celui de l’adversaire pour le rendre crédible, chacun dans son domaine : Aries tente dès qu’il le peut un move spectaculaire (suicide dive, drop kick, last chance bridging submission hold) mais à chaque erreur la puissance de Roode l’envoie au sol avec de magnifiques backbreakers, spinebusters ou même encore un spear de malade. Gros point fort, ce main event fut long, bien plus de dix minutes, mais toutes les bonnes choses ont une fin : Aces and Eights débarque et provoque un no-contest, bon moyen de n’affaiblir aucun des deux lutteurs avant le rematch de Hardcore Justice. C’est alors que la TNA nous offrit une petite saveur inattendue : bien sûr, comme prévu, Aries prit un bon cassage de gueule pour la peine, mais Roode aussi eut droit à son méchouis de beignes.

 

Faisons le point sur cette storyline : Aces and Eights, tout d’abord ennemis d’Hogan et de Sting, ont pris la TNA entière comme cible lors de cette soirée. Dans un style qui, il faut bien l’avouer, rappelle furieusement celui du Nexus originel, les nouveaux Sinister Six de la fédération d’Orlando ont transformé la fédération en « Total Nonstop Anarchy » comme Tazz s’amusait à le pointer du doigt. En tout cas l’épisode entier les a mis over, mais jusque là leurs motivations et même leur identité demeure une énigme. Des spéculations sur certains des membres affleurent sur le net (Luke Gallows, Mike Knox…) mais le mystère reste entier. Très bon moyen donc de planter le décor des mois à venir à la TNA : reste à espérer maintenant que cette histoire se passera mieux que pour les hommes au brassard noir et jaune, et qu’un vrai « higher power » est derrière tout ça.

 

 

C'est bien d'avoir des as et des huit dans sa main, mais avec un joker en plus ça prend une tout autre dimension!

 

 

Avec cette storyline ce sont les BFG Series qui ont monopolisé l’attention. Après Storm ce fut au tour de Samoa Joe de s’avancer, et d’appeler quelqu’un avec lequel il a eu de nombreux démêlés et qu’il promet de le faire abandonner : le Pope DiAngelo Dinero. Que ? Quoi ? Un soupçon de continuité dans la lutte professionnelle ? Mes papilles me tromperaient-elles ? Bref, le match fut donc l’opener catchesque, avec le Pope qui cibla la mâchoire de la machine de soumission puis eut droit à une phase assez forte avec une série de coups de genoux puis une tentative de soumission, excusez du peu ; il empêcha même Joe d’afficher son habituelle puissance et le roua de coups au sol, mais le Samoan fut opportuniste et saisit le bras de son adversaire dans un Ju-ji-gatami qui lui fit obtenir dix points de plus. Un match surprenant avec une histoire inverse à la semaine dernière : Joe est en danger mais se sauve grâce à une soumission out of nowhere, et reste donc en tête du classement après la victoire de Storm en house show ; booking très fin, qui d’ailleurs fait paraître Dinero fort dans la défaite. Un très bon parfum qui s’avère de plus en plus savoureux et Joe apparait désormais comme une évidence au moins pour les playoffs des Series, ce qui ravit tous les amateurs de gastronomie subtile.

 

 

Recette de sandwich à la samoane : prenez un arm bar, faites-le exécuter par Samoa Joe. Savourez.

 

 

Jeff Hardy fut le prochain à s’avancer mais n’eut pas le temps d’afficher ses desiderata : Robbie E fait aussi son apparition, accompagné de son compère, et le défia. Face, Hardy ne put que relever ce concours des chefs entre deux experts de la voltige, deux maestros du coup de fourch… non sérieux vous m’avez cru ? C’est Robbie E, hein ! L’homme qui ne sait faire qu’une clothesline et son finisher, BASTA ! Bref, le match en lui-même fut peu intéressant (Robbie E…) avec de nombreuses distractions de Robbie T, mais sa conclusion bien plus, car Robbie T en provoquant une altercation sur la rampe avec Jeff Hardy eut pour effet de distraire ce dernier et offrit une victoire par décompte à son comparse.

 

 

Et ainsi, le vétéran entourloupa le jeune rookie en mettant à profit sa grande connaissance des règles du monde catch…. WAIT A MINUTE !

 

 

Au delà de la victoire, anecdotique, de la cheap imitation de Zack Ryder, ce match tend à montrer qu’Hardy, au contraire de Joe, ne sera pas des playoffs, ce qui j’avoue me rend heureux : Hardy a déjà obtenu plusieurs étoiles au guide Michelin, et ses créatures savent à quoi s’attendre à la table ! Il serait bien mieux à mettre les jeunes over, tant que ces jeunes ont plus de deux moves à leur arsenal. De toute manière il devrait avoir un spot à Bound for Glory, peut-être pour aider Sting et Hogan face à Aces and Eights. En tout cas le main– event s’éloigne pour un autre ex de la WWE, ce qui semblerait montrer que la TNA a entendu ses clients et se garde désormais bien d’abuser des aliments pas très frais récupérés sur l’étal d’en face.

 

Tiens en parlant d’ex de la WWE, voila MIIIISSSSTTEEEERR Anderson….Anderson ! Celui qui est tout de même le plus en jambes des anciens de Stamford a décidé cette fois d’appeler un type pour lequel il a beaucoup de respect, ni plus ni moins… qu’AJ Styles. Wow, encore un duel entre ex-champions du monde, et en plus un match aussi long que la main event.  Les deux catcheurs travaillèrent le bras gauche de leur adversaire, Anderson parvenant à prendre le dessus, puis échanges de soumissions bien enchainées, et le match s’emballe. Anderson remontre ainsi qu’il a encore du gaz, plus qu’Hardy et RVD, et malgré un ou deux botchs, le match fut vraiment très plaisant, et Anderson la gagna avec une superplex puis un contre du styles clash jusqu’au pin.

 

Ce match et le M-E étant les joyaux, la cerise sur le gâteau de la soirée, allez les regarder si vous avez du temps, ça vaut le détour. Bref, Anderson gagne sept points, mais le calvaire d’AJ n’est pas fini. En effet, Claire, la jeune femme soi-disant enceinte de lui, vient montrer à la face du monde des photos d’eux dans le même lit qui devraient prouver qu’ils ont bien eu une relation sexuelle. Bn disons le tout de suite : les photos sont faites de telle manière qu’AJ parait bourré/endormi/en train de se remettre d’un dîner pas frais sur chacune. La leçon à retenir : AJ ne sera probablement pas dans la title picture tout de suite, et il va probablement devoir prouver son innocence ; en espérant que cela réserve plus de castagne et moins de parlotte que sa situation actuelle… AJ est dans le pétrin, et la boulangère ne semble pas décidée à l’en extirper.

 

 

Et 7 points pour la table 12, 7 !

 

 

Ne restaient donc que deux matchs dans le cadre des Series, qui ne durèrent que cinq minutes chacun et n’aidèrent pas à éclaircir le milieu de tableau : RVD choisit de défier Daniels, et Ray et Magnus durent donc s’affronter. Le match RVD/Daniels tout d’abord : pour un match de RVD, c’était pas mal (mais il y avait Daniels en face, ça aide beaucoup). Mais les commentateurs avaient un invité, venu promouvoir le MMA Bellator, ce qui cassait un peu ma lecture du match : je ne sais pas vous, mais je n’aime pas qu’on me parle d’autre chose de ce qu’il y a dans mon assiette quand je mange. RVD est sorti un peu de ses moves habituels, ce qui est toujours agréable et a dominé la rencontre jusqu’à ce que la rencontre sorte du ring et que Daniels profite de l’environnement pour reprendre l’avantage. Mais bien sûr, Super RVD revint dans la partie, monkey flip, puis frog splash… ah non contré, puis rolling thun… ah non encore contré, décidément… Daniels s’aide des cordes, 1,2,3, victoire. Wow, RVD n’a que rarement dû jobber autant de sa vie, et cette année Jerry Lynn n’est pas en cause. Content pour Daniels qui malgré la triche n’est pas dans la queue du classement.

 

 

 

 

Le décollage de Daniels après un monkey flip de RVD, c’est encore du Daniels.

 

 

Ne restaient donc que Magnus et le Bully, qui se fit un plaisir d’agresser son adversaire du soir afin d’attendrir la viande qu’il allait se payer. Magnus lui rendit les coups avant que le match ne commence réellement, et cette opposition nouvelle fut rafraichissante. Pas très technique certes, mais de la puissance et de l’intensité, notamment dans les atemis de Ray (qui semblaient assez stiff, ou alors il s’y prenait très bien). Magnus finit par appliquer une texas cloverleaf mais Ray put arriver aux cordes et montrer une résistance quasi-héroïque et finit par gagner grâce à… un… non c’est bien ça un RKO, pardon un cutter. Comme quoi les recettes célèbres sont toujours gage de succès. Il est en tout très bon de voir que Bully Ray malgré ses nombreux échecs (et qui sort d’un black hole slam de Joseph Parks) regagne une certaine aura, et un tel match aura pu aider à montrer son coté badass. Mais Magnus n’en sort pas totalement perdant, ce qui illustre bien que les bookers ont bien fait leur boulot, tout comme les lutteurs, à l’image d’un travail d’équipe aussi nécessaire en cuisine qu’en catch.

 

 

Par contre, on avait bien dit à Bully Ray que la Fistinière ne faisait PAS restaurant.

 

 

Voyons donc où en est le classement des Series :

 

(1) Samoa Joe – 47 points [5-3-0] … 8 matches
(2) James Storm – 43 points [4-1-1] … 6 matches
(3) Kurt Angle – 27 points [3-3-0] … 6 matches
(4) Mr. Anderson – 23 points [3-2-1] … 6 matches
(5) Jeff Hardy – 21 points [3-2-0] … 5 matches
(6t) Magnus – 14 points [2-3-0] … 4 matches
(6t) Rob Van Dam – 14 points [2-3-0] … 5 matches
(8) Daniels – 12 points [2-3-0] … 5 matches
(9t) A.J. Styles – 7 points [1-3-0] … 4 matches
(9t) The Pope – 7 points [1-5-0] … 6 matches
(9t) Bully Ray – 7 points [1-3-0] … 4 matches
(12) Robbie E. – 5 points [1-5-0] … 6 matches

 

Si le milieu de tableau reste très ouvert, Joe semble presque avoir atteint le nombre de points requis pour arriver dans le top 4.  Anderson et Hardy restent de probables outsiders, mais ça semble plus difficile pour RVD et Styles. En tout ces Series sont ce qu’il y a actuellement de plus intéressant catchesquement parlant à la TNA, et un tournoi ou les victoires et les défaites comptent vraiment, cela fait plaisir. D’autant que jusqu’ici il n’y eu aucune DQ, contrairement à l’année dernière.

 

Par contre, je vais un peu renâcler, sans aller jusqu’à cracher dans la soupe, qui fut bonne, mais il m’a manqué plusieurs flaveurs. Ok, les Series et Aces and Eights étaient les stars du show. Mais pourquoi n’avoir pas mentionné la X-Division, au fort momentum après destination X ? Pourquoi n’avoir vu qu’une seule K-O ( je vais y revenir), et ne pas avoir parlé de la situation du K-O championship ? Ou sont les tag teams ? Bref, je grogne, mais j’aimerais bien que la TNA se rappelle la semaine prochaine de tous ses ingrédients spéciaux, indisponibles partout ailleurs et qui nous donnent à envie à nous de venir chez elle nous restaurer. Si la quantité de catch fut assez copieuse, et nous rappelle que « Wrestling Matters » est un motto bien meilleur appliqué qu’asséné, il manque encore plusieurs sauces au bouillon pour aboutir à un Impact proche de la perfection.

 

 

 

 

Pour un Impact un peu comme elle, quoi…

 

 

Mais bon, quelques vignettes ont permis d’échapper à la tyrannie de la title picture et de la nouvelle écurie made in TNA. Ainsi, il est probable que Chavo Guerrero, nouvelle acquisition de la TNA, viendra grossir les rangs des prétendants à la ceinture au X rouge, ce qui semble une bonne idée vu que le X-Roster est en reconstruction. Il faudra voir si la TNA accomplit cependant l’exploit de nous faire oublier que Chavo fut la bitch d’Hornswoggle pendant un bout de temps, et qu’il n’a plus vraiment 25 piges. Mais je suis assez confiant. Sinon nous avons eu droit au retour  des champions Knock-out par équipe, fraichement mariés à travers un court segment backstage. Bon j’espère qu’ils donneront rapidement leurs ceintures à des filles méritantes histoire de donner plus de temps d’antenne à la gent- féminine. Moi perso Christy me suffit, mais bon autant que la division féminine reste attirante.

 

Enfin Joseph Parks eut une discussion backstage avec Garret Bischoff, et nia un comportement inhabituel la semaine dernière avec Bully Ray. Bon si je suis content de voir que l’histoire de Parks continue, j’aurais aimé que quelqu’un d’AUTRE que Bischoff fils ait une interaction avec lui, genre Kenny King (juste pris à la ROH mais pas encore vraiment exploité) ou n’importe qui, que quelqu’un sans talent et bien trop sous le spot-light.

 

Pour finir, que peut-on dire sur cet Impact ? Un repas catchesque solide, copieux, avec deux matchs longs et très intéressants, et seulement un match sans intérêt sur six. On peut espérer que le show de la semaine prochaine mettra un peu moins de lumière sur les Series et Aces and Eights, et buildera les nombreux matchs de midcard pour Hardcore Justice, un peu comme les sprinteurs laissent parler les grimpeurs une fois arrivés dans la montagne. En attendant, après avoir bien mangé, on va aller se coucher.

 

 

 

 

Bon alors, pour la qualité du beatdown, je vais mettre 8, c’était bien exécuté. La décoration je vais mettre 7 aussi, c’est très bien éclairé et on se sentait à l’aise pour se faire tanner. Par contre l’ambiance, je mets juste 5 : ça manquait de « mother-fucker » et de nœuds de cravate coulants.

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