Catch

Nuit de folie ?

On peut regarder un Raw mille fois, mais on ne peut pas regarder mille fois mille Raw…
Major Tom

 

Le chiffre mille, hautement symbolique, est considéré dans toutes les civilisations comme une image de grandeur, de longévité et de puissance. Citons par exemple le célèbre jeu des Mille Bornes, le fameux temple des Mille Bouddhas  en Saône et Loire, ou encore les Mille Louis qui apportèrent une triste notoriété à quelques bourgades icaunaises. Il était donc logique que la WWE, toujours sensible à la puissance des symboles, décidât de mettre les grands plats autour des petits pour célébrer avec faste et luxuriance le millième épisode de son programme phare.

 


Et pour fêter ça, Sheamus est venu avec ses enfants.

 

 

Nalyse de Raw, millième épisode

 

 

Raw en est donc à son millième épisode. Un calcul rapide nous mettra face à la terrifiante vérité : cela fait dix-neuf ans que Raw existe, ce qui ne rajeunira pas ceux qui suivaient la WWF de l’époque, et dont je fais partie. C’était en janvier 1993. À cette époque lointaine, la guerre faisait rage dans les cours de récréation entre Sega et Nintendo, le catch américain était à la mode en France depuis peu (le house show de Bercy fut même retransmis à l’époque sur Canal Plus, j’ai peut-être encore la VHS qui traîne quelque part), il n’y avait que quatre PPV par an, le Taker était encore jeune et déjà mon idole, j’allais entrer au lycée quelques mois plus tard, et jamais je n’aurais cru que presque vingt ans plus tard, j’allais me retrouver à écrire un article sur le millième show pour un site Internet (d’ailleurs, Internet, on ne savait pas ce que c’était), dans lequel j'allais emmerder les lecteurs à parler de ma vie. D'ailleurs, j'arrête.

 

Dans l’intervalle, plusieurs catcheurs sont morts, d’autres comme  Edge ont eu le temps d'effectuer l’intégralité de leur carrière.

 

Le show n'étant pas tout à fait comme les autres, une fois n’étant pas coutume, et le cachet de la Poste faisant foi, permettez-moi, estimés lecteurs, d’écrire pour une fois quelques lignes avant même d’avoir vu l'émission.

 

Car en effet, ce Raw exceptionnel mérite qu’on s’attarde quelque peu sur son cas et qu’on se pose la question suivante : qu’avons-nous envie de voir ce soir (même si, je le confesse, j’écris ce paragraphe à quatre heures de l’après-midi) ?

Un feu d’artifice de prestige, un festival de matchs d’anthologie, une poignante  rétrospective de l’histoire de la WWE, avec un œil dans le rétroviseur d’un glorieux passé, et l’autre tourné vers la route d’un avenir radieux. Voilà ce qu’on veut.

 

 

Un feu d'artifice de prestige. Absolument.

 

 

Détaillons un peu. Ce soir, on veut :

 

Des invités extérieurs au monde du catch, mais vachement classe.

 

Des grands noms de la lutte éloignés des rings depuis quelque temps.

 

Le rappel de moments particulièrement marquants.

 

Le rappel de moments particulièrement drôles.

 

Le rappel de moments particulièrement émouvants.

 

Des évolutions surprenantes dans les storylines actuelles.

 

Des affrontements époustouflants dignes des plus grands PPV.

 

Et pourquoi pas, soyons fous, un événement sans précédent dans l’histoire de la WWE ?

 

Mais, on le sait, lorsque l’on attend trop d’un événement WWE, l’on est parfois déçu. C’est donc non sans une certains crainte que j’entamerai le visionnage de cette émission pleine de promesses. Je suis optimiste certes, mais je ne peux m’empêcher de craindre que l’émission se transforme en un gros bêtisier vulgaire entrecoupé d’interventions d’anciens catcheurs aujourd’hui cacochymes venus traîner leur vieux corps souffreteux au milieu du ring pour revivre quelques instants d’une gloire morte avant de rendre leur dernier souffle. Certaines rumeurs annoncent même Ric Flair, c’est dire.

 

Ne risque-t-on également pas l’ennui si l’on croule sous les retours d’anciens grands noms qui ont fait l’essentiel de leur carrière lorsque l’on ne suivait pas le catch (j’ai personnellement fait une longue pause entre 1995 et 2007) ?

 

Cochons tout de suite le premier élément de la liste : Charlie Sheen était l’invité spécial de la soirée, et il a raconté quelques banalités en direct de chez lui, devant son escalier.

 

Des invités extérieurs au monde du catch, mais vachement classe :

 

En ce qui concerne le deuxième, si l’on vit en effet quelques grands anciens, il en manquait d’autres que l’on aurait bien aimé apercevoir. Bien sûr, des gars comme Ric Flair ou Hulk Hogan étant encore sous contrat avec une fédération concurrente, leur présence ne pouvait relever que du fantasme. Randy Orton, encore suspendu, ne pouvait pas non plus être présent. En revanche, il est décevant de constater qu’Edge n’est pas passé faire un petit coucou, ou que Steve Austin n’est pas passé boire une bière (il paraît que, récemment opéré du genou, il aurait décidé de ne pas venir pour ne pas apparaître à Raw en béquilles). On pourrait aussi citer Ted DiBiase Sr, champion tag team à l’époque du premier Raw, ou encore Kevin Nash, pourtant encore employé par la WWE, et bien d'autres encore. Mais cessons de nous plaindre, et intéressons-nous plutôt à ce que nous avons pu voir.

 

Le show commença par une de ces petites vidéos récapitulatives dont la WWE a le secret, et il faut bien reconnaître que c’est un domaine dans lequel elle excelle. Résumant en quelques minutes pas loin de vingt ans de Raw, la séquence nous rappela quelques événements particulièrement forts (l’arrivée de Chris Jericho, le titre de champion de Mankind qui fut l’occasion pour la WCW concurrente de planter un clou dans son propre cercueil, pour n'en citer que deux) et n’oublia évidemment pas les passages les plus amusants (ou ridicules, selon le point de vue).

 

 


Et des conneries, il y en a eu.

 

 


Et pas que des petites.

 

 

(Le rappel de moments particulièrement marquants : )

 

(Le rappel de moments particulièrement drôles : )

 

L’émotion ne fut pas non plus oubliée, avec les adieux d’Edge, Ric Flair ou Shawn Michaels, la réconciliation entre Bret Hart et ce même Shawn Michaels, ou encore le décès d’Eddie Guerrero. Étrangement, je n’ai pas aperçu la moindre image d’Owen Hart.

 

(Le rappel de moments particulièrement émouvants : )

 

Le fait que les événements récents ne soient pas oubliés (la séquence comporte aussi des images du triangle amoureux entre AJ, CM Punk et Daniel Bryan) est plutôt bon signe : oui, il y aura de la nostalgie mais non, l’actualité ne sera pas délaissée. Ce Raw sera aussi en partie un Raw comme les autres. C’est d’ailleurs John Cena qui eut l’honneur de clore cette vidéo introductive, la direction voulant encore une fois montrer qu’il est l’image de la société.

 

La vidéo terminée, ce fut le boss en personne, Vince McMahon, qui se pointa de sa démarche si légère. Il était content et fier et il remercia le public, avant de laisser la place à la célèbre Degeneration-X.

 

Avant de parler de cette joyeuse bande de trublions, attardons-nous sur cette intervention de Vince. La WWE et Raw, personne ne le contestera, c’est avant tout à lui qu'on les doit. Il mène l’entreprise depuis 1983, a tout pouvoir sur elle, et est sans doute l’un des principaux artisans de la popularité de la WWE et du catch en général dans le monde. Aussi est-il assez décevant de ne le voir dire que quelques banalités, avant de disparaître et ne plus revenir de toute la soirée. Il aurait pu faire un long et émouvant discours, raconter quelques anecdotes, rendre hommage à celles et ceux qui l’ont aidé à faire de la WWE ce qu’elle est aujourd’hui. Bref, on aurait aimé davantage d’émotion ! L'occasion est ratée, mais peut-être y aurons-nous droit l'année prochaine, pour les vingt ans ?

 

Je disais donc que la DX avait été invitée.

 

Triple H et Shawn Michaels, sous les hourras de la foule, font leur arrivée sur le ring au son de leur musique emblématique. Michaels joue les essoufflés, pour rappeler avec humour qu’il n’est pas dupe et qu’il sait bien que la gimmick de jeunes potaches de la DX ne sied plus à un homme de son âge. Bien vite, les deux hommes se rendent compte que « something is missing » et font le compte : ils ont bien leurs t-shirts, leurs bâtons lumineux (en somme, tout le merchandising que les fans pourront acheter à la sortie), ainsi que leurs slips. Ils réalisent finalement que ce qu'il manque, ce sont des gens. Et d'accueillir Sean Waltman (dont les plus anciens se souviennent sous le nom de 1-2-3 Kid), Billy Gunn et le Road Dogg Jesse James. S’ensuit alors une longue célébration probablement très émouvante pour les fans de la DX à la grande époque de l’Attitude Era, mais pour ceux qui n’ont pas vécu cette période, il ne s’agissait que d’une série de blagues, de slogans et de poses peu touchante et assez longue.

 

 


Allez les gars, je sais que ça fait mal, mais si on ne fait pas tout comme le kiné nous a dit, on va encore choper des escarres.

 

 

Fort heureusement, la WWE eut la bonne idée de ne pas placer la soirée que sous le signe de la nostalgie, puisqu’elle fit intervenir dans cette séquence un catcheur bien plus jeune, en la personne de Damien Sandow, qui se plaignit du manque de classe et d’intelligence de la DX, dont les valeurs sont effectivement à l’opposé de celles de son personnage. Et c’est ainsi que les vieux furent mis au service d’un catcheur contemporain. Bien entendu, après un rapide conciliabule, ils décident de péter la gueule à l’importun personnage avant de l’expulser du ring d’une manu très militari. Certes, Sandow ne sort pas grandi de la confrontation, mais quelques minutes d'exposition avec des vieilles gloires, ça ne peut pas faire de mal.

 

Et comme pour mieux nous rappeler que les feuds actuelles seraient bien au centre du show, l’on nous annonça dès le début un programme particulièrement copieux. Oui, car ce soir, nous aurons droit à :

 

 

Un mariage, dont on imagine qu’il ne se passera pas comme prévu.

 

La réponse de Brock Lesnar à Triple H, dont on imagine qu’elle sera positive, vu qu’on n’a pas fait monter la sauce comme ça pour que le match n’ait pas lieu.

 

La présence du Rock, dont on imagine que le premier mots sera « finally », mais dont on ignore combien de fois il répétera les mots « electrifying », « if you smell » et « it doesn’t matter ».

 

Un match entre John Cena et CM Punk, dont on imagine qu’il fera notablement évoluer leur histoire, vu qu’il est en main-event du Raw le plus important de l’année.

 

Tout cela est assez alléchant. Pour en parler plus vite, débarrassons-nous immédiatement des séquences les moins passionnantes. Nous avons donc pu voir une pub pour le prochain jeu vidéo de la WWE, Santino Marella et Hornswoggle offrir des jouets aux enfants les plus riches du public (c'est-à-dire ceux dont les parents ont pu leur payer une place au premier rang), une passionnante interview du millionième suiveur de la WWE sur les réseaux sociaux, et une vidéo répertoriant les plus célèbres catchphrases du catch et présentée par l’ours Fozzie, des Muppets.

 

 


Et je peux maintenant le révéler au visage d’un WWE Universe paralysé de stupéfaction : l’AGM, en fait, c’était moi.Hornswoggle n’était qu’un pion.

 

 

Au milieu de ce déluge de vidéos, nous avons tout de même eu quelques matchs. Cinq, pour être précis. Oui. Cinq. Non, ça ne fait pas beaucoup. Étaient-ils au moins de qualité ?

 

L'un d'eux vit s’affronter Brodus Clay et Jack Swagger. Emporté par un coupable optimisme, je me surpris à espérer voir Clay livrer un vrai match de catch, et non l’un de ses squash habituels. Son adversaire est tout de même d’un autre calibre que les jobbers ordinaires. Hélas, la victoire de Clay fut encore plus rapide que s’il avait affronté un parfait inconnu, puisque Swagger, vainqueur du Money in the Bank à Wrestlemania XXVI, ancien champion US, ancien champion ECW, ancien champion Poids Lourds, fut écrasé en… quinze secondes. Oui, même les jobbeurs locaux font mieux face à Ryback. Et ce n’est pas la présence de Mick Foley, venu danser avec Clay et ses deux décorations sous son costume de Dude Love (qui s’accorde assez bien avec le personnage de Clay, mais qui est tout de même moins marquant dans l’histoire de la WWE que celui de Mankind) qui sauva le match des profondeurs du désintérêt.
 

 


Et on a à peine le temps de se taper un petit pastaga !

 

 

Alors oui, Brodus Clay a une bonne tête. Oui, il est gros, lourd et fort, mais nom d’un petit bonhomme, combien de temps est-ce qu’on va le voir livrer des matchs sans intérêt qui durent dix fois moins longtemps que ses danses ? Quelle sera la prochaine étape ? Va-t-il vaincre John Cena en dix-huit secondes ? Briser la streak de l’Undertaker ? Entrer au Hall of Fame dès l’année prochaine ? Pour dire les choses clairement, y’en a marre ! Mince alors.

 

Mais gardons espoir pour les autres combats. par exemple, celui de Kane. Quel sera son adversaire ? Aura-t-on droit à un vrai match ? Avec un vrai adversaire ? Oui… Non… ?

 

 


Non.

 

 

Car c’est une bande de catcheurs de bas de carte menée par Jinder Mahal qui se pointe. Vexés de ne pas avoir de match prévu, ils sont venus se booker eux-mêmes, sans demander l’avis de persone. Et pis c’est tout.

 

Bien sûr, face à des combattants aussi impressionnants que Jinder Mahal (ah ah ah), Tyler Reks (hi hi hi) ou encore Curt Hawkins (uh uh uh), on voyait mal comment Kane allait pouvoir s’en sortir. Ah ah. Hi. Il fallait donc que quelqu’un vienne l’aider. Et que croyez-vous qu’il advint ?

 

 


Photo de tournage : Shredder dans le prochain volet des Tortues Ninjas.

Oui, c’est bien l’Undertaker qui s'en vint sauver son frangin de cet immense péril. Optimistes, les petits losers ouvrirent les hostilités et se firent fermement recevoir par une volée de chokeslams et autres tombstone piledrivers.

 

Peu exigeante, la foule scanda « this awesome », sans doute plus enthousiasmée par la simple présence du Taker que par la qualité réelle des événements assez peu épiques qui venaient de se dérouler.

 

Que l’on soit fan ou pas de l’Undertaker (et croyez bien que je me place dans la première catégorie), il faut bien reconnaître que le monsieur possède un prestige et une histoire qui ont peu d’équivalents dans le métier. C’est d’ailleurs si je ne m’abuse le seul catcheur encore en (semi) activité et qui était présent au tout premier Raw. Il était donc évidemment inévitable qu’il soit présent ce soir, et j’avoue avoir été bien content de le voir. Mais je déplore toutefois qu’il ait été mis en scène face à des catcheurs d’un si faible niveau dans la hiérarchie. Reste à voir si ce retour sera concrétisé à plus ou moins long terme, ou si le fossoyeur va retourner à sa retraite en attendant le prochain Wrestlemania.

 

 


Suivant l’exemple du football, la pratique du catch est désormais autorisée aux femmes voilées.

 

 

Le match de Heath Slater ne releva pas le niveau. Annoncé par l’ancien présentateur Howard Finkel (qui n’a rien perdu de sa belle voix), il décida de défier n’importe qui à un match sans disqualification. C’est évidemment une ancienne gloire de la WWE qui accepta la confrontation, en la personne de… Lita. Si.

 

 


– Ouais ! Ric Flair !
– Mais je ne suis pas Ric Flair !
– Ah ? Pourtant vous avez les mêmes pectoraux.

 

 

Certes, Slater a déjà été battu par Bob Backlund (soixante-trois ans) et a affronté une pelletée de catcheurs retraités (dont un clown), mais frapper une femme, tout de même, ça ne se fait pas. Comment allait-on contourner le problème ? C'est simple : la belle avait pris soin de se faire accompagner de Bradshaw (présenté comme tel mais plus connu ces dernières années sour le nom de JBL) et de Ron Simmons. Ayant lui-même demandé un match sans disqualification, ce con de Slater tenta de fuir mais fut vite arrêté par l’ensemble des vieux qui l’avaient humilié lors des Raw des dernières semaines. Forcément, il ne fit pas le malin longtemps et se fit longuement bastonner et re-humilier par les vieux. La séquence fut amusante et pas forcément déplaisante, mais un peu longuette. Espérons pour Slater qu’une fois ces humiliations hebdomadaires terminées, il continue à rester un tant soit peu présent à Raw.

 

Mais enfin, vous étonnerez-vous, il devait au moins y avoir au moins un bon match dans ce Raw ! Un combat présenté placé sous le signe de la technique, de l’acrobatie, bref du beau catch ? Il y eut effet un espoir.

 

Car quand Bret Hart est désigné ring announcer pour un match, on imagine que ce n'est pas pour rien Le Hitman, champion en exercice lors du premier Raw, est en effet le symbole du catch rapide et technique, le fer de lance d’une nouvelle ère au début des années 90 qui vit la mise en avant de lutteurs d’un gabarit moins imposant que celui des Hulk Hogan ou Ultimate Warrior qui dominèrent la décennie précédente. Bret Hart, dont le match pour le titre intercontinental contre le British Bulldog en main event (si si) de SummerSlam 1992 représente toujours, vingt ans après, un modèle absolu.

 

 

(Des grands noms de la lutte éloignés des rings depuis quelque temps : )

 

 


Vous avez remarqué ? Pour l’occasion, je me suis même lavé les cheveux.
 

 

Et quand en plus Bret Hart commence par rendre hommage au regretté Mr Perfect, avec qui il livra quelques matchs anthologiques, qu’il annonce un combat pour la ceinture intercontinentale (traditionnellement donnée aux meilleurs techniciens du ring), et que le champion en titre est Christian, on frétille de joie, et l'on se dit que l'on va assiter à un beau match, chorégraphié à la perfection et plein de suspense. Même la révélation de l’identité du challenger, le Miz (aux capacités techniques tout de même bien moindres que celles du champion) ne parvient pas à modérer notre enthousiasme. Le combat fut d’ailleurs d’un niveau respectable. Mais (car il y a un mais), il a été coupé par la pub pendant sa diffusion américaine et ne fut donc pas diffusé en intégralité ! L’extrait ridiculement court que l’on a pu voir a tout de même permis de voir le sacre du Miz, qui remporta le combat d’une façon tout à fait clean.

 

Voir le Miz champion me laisse un peu perplexe. Je n’ai jamais été un grand amateur du bonhomme. Son niveau in-ring, bien que correct, ne m’a jamais fait rêver, et son personnage m’a toujours paru plus proche de l’adolescent prétentieux que de la machine de guerre machiavélique. Et pourtant. Est-ce son manteau volé au Taker ? Est-ce l’abandon de sa coupe de cheveux de collégien ? Est-ce son absence ces derniers temps ? Je ne saurais le dire, mais il m’insupporte moins qu’avant. D’autant que, je vous le dis tout net, je prédis pour lui un face turn à court terme. Comme tous les heels bénéficiant d’une bonne place dans la carte qui s’absentent un certain temps, il n’a pas été accueilli que par des huées, et le public a d’ailleurs paru fort heureux de sa victoire aujourd’hui. Il ne faudrait pas grand-chose pour le faire accepter par les fans. En outre, son absence récente était causée par le tournage d’un… euh… film ? et que la promotion de cette œuvre serait probablement plus efficace avec un personnage face. Je pense également qu'il a fait le tour de son personnage heel et que le faire reprendre la même gimmick serait le faire tourner en rond.

 

Je prends dont le pari d’un face-turn dans les semaines à venir, et je suis curieux de voir comment il évoluera. Ce titre obtenu brusquement sans feud préalable témoigne bien d’une volonté des bookers de faire prendre un nouveau départ au Mizounet. Reste une question : que va devenir Christian ? Espérons qu’il ne retombera pas tout au bas de la carte et qu’il n’en sera pas réduit à affronter Jinder Mahal à Superstars.

 

 


Le changement, c’est dans pas longtemps.
 

 

Autre combat honteusement coupé par la réclame : le match à six entre Sheamus, Rey Mysterio et Sin Cara face à Chris Jericho, Dolph Ziggler et Alberto del Rio (avec Jim Ross à la table des commentateurs). Moyen bien pratique de croiser plusieurs feuds lorsqu’on n’a pas beaucoup de temps, le match à six n’a pas manqué à sa mission. Si la rivalité entre Sheamus et del Rio n’a pas beaucoup évolué après ce match, celle, naissante, entre Ziggler et Jericho a en revanche connu une nouvelle étape, bien prévisible : à l’annonce des participants, il était évident que ces deux-là allaient s’engueuler et qu’ils allaient coûter la victoire à leur équipe. Les feuds heel vs heel étant rares (la seule qui me vienne à l’esprit étant celle entre Shawn Michaels et Rick Martel en 1992, les historiens du catch me corrigeront dans les commentaitres), il est très probable que Ziggler devienne face rapidement, sa mallette du Money in the Bank l’aidant en sus à donner une nouvelle impulsion à son personnage.

 

 


Allez viens, Dolph, tu vas me donner une petite impulsion dans les chiottes.

 

 

Intéressons-nous maintenant aux principales feuds du moment, à commencer par celle entre Triple H et Brock Lesnar. Vous le savez, c’est ce soir que le boucher doit dire s’il accepte ou non le défi du Game à SummerSlam.

 

 


Les fans de Brogue Lesnar sont venus nombreux.
 

 

Après avoir reçu une petite leçon de sophrologie de la part de Trish Stratus, donnant ainsi à ses comparses de la DX l’occasion de se foutre de sa gueule, Hunter s’invita sur le ring pour demander sa réponse. C’est Paul Heyman qui vint la donner, et tlle était négative. Triple H s’en étonna : Brock Lesnar était donc une grosse tapette ? Ne supportant pas cette attaque perfide, Heyman commit alors une grosse erreur. Faisant fi de la règle dite du « on traite pas la famille », il se permit de faire une remarque désobligeante sur les enfants de son barbu interlocuteur. En bonne mère, c’est la maman outragée elle-même qui vint défendre sa progéniture, et coller une baffe à l’impudent. Vexé comme un pou, Paul Heyman accepta alors le combat et, évidemment, Lesnar vint défendre son patron mais fut mis en déroute par le valeureux monsieur H.

 

Deux remarques sur cette scène:

 

1. Elle n’est décidément pas un modèle d’écriture. Le coup du « il est hors de question d’accepter le combat, sauf si tu m’énerves suffisamment », on nous l’a déjà fait, et on n’y croit toujours pas. Franchement, comme je l'ai dit plus haut, qui aurait pu penser que la réponse négative de Heyman serait définitive ? C’est tellement prévisible que l’effet de surprise est complètement gâché.

 

2. Paul Heyman est décidément excellent dans son rôle, et j’aimerais beaucoup le voir davantage à la WWE. Il a réussi à apporter à cette confrontation une intensité qui la sauve du naufrage total.

 

Quant au match à venir, il ne sera sûrement pas un modèle de technique, mais s’il ne s’éternise pas trop, il pourrait être agréable, pour ceux qui n’ont rien contre un peu de brutalité.

 

Cette question réglée, il restait encore deux événements importants : le mariage d’AJ et de Daniel Bryan, et la match entre John Cena et CM Punk pour le titre. Les deux histoires furent assez habilement mêlées dans quelques séquences dignes des Feux de l’Amour. La plupart d’entre vous ayant vu le show, je me contenterai d’un résumé rapide. Il ressort donc de tout ça que :

 

1. Layla s’est interrogée sur le bien-fondé du mariage.

2. AJ lui a montré Jim Duggan en train d’hurler avec un bâton dans la main, R-Truth et Roddy Piper jouer à la corde à sauter avec leur ami imaginaire, et Mae Young accompagnée de son fils (ledit fils étant, rappelons-le une main). « Et on dit que je suis mentalement instable », s’est-elle étonnée. Layla n’a pas su quoi lui répondre.

3. Des gens à l’air bête se sont filmés avec leur webcam et ont félicité les jeunes mariés en faisant des grimaces.

4. Le mariage a été célébré par un certain Slick, dont je n’avais jamais entendu parler, mais Michael Cole a dit qu’il avait été le premier manager afro-américain de la WWE (il ne faut pas dire « Noir », c’est un gros mot).

5. AJ a dit « oui », mais en fait elle disait oui à Vince, qui lui avait proposé le poste de General Manager de Raw deux heures plus tôt. Il lui a donc fallu deux heures pour comprendre la question.

6. AJ n’a finalement pas voulu se marier.

7. Daniel Bryan était énervé, et il a tout cassé.

8. Charlie Sheen aime bien le Rock.

9. CM Punk s’est foutu de la gueule de Daniel Bryan.

10. Le Rock a annoncé qu’il allait affronter le champion au Royal Rumble, quel que soit ce champion.

11. CM Punk pense que le champion, ça sera lui.

12. John Cena pense que le champion, ça sera lui.

13. Charlie Sheen s’est foutu de la gueule de Daniel Bryan.

14. Charlien Sheen a plus ou moins défié Daniel Bryan à SummerSlam.

15. Le Rock s’est foutu de la gueule de Daniel Bryan.

16. Charlie Sheen porte une casquette même dans sa maison, parce que ça lui donne l’air cool.

17. CM Punk a été hué par la foule pour la première fois depuis longtemps, car il a dit qu’il allait battre John Cena.

 

Voilà. C’est effectivement un peu le bordel. Concentrons-nous sur les points les plus importants.

 

 

Charlie Sheen a tenu des propos que l'on pourrait résumer de la façon suivante : "Non mais oh, Daniel Bryan, hein ! Qu'il vienne me voir la prochaine fois qu'il passe à Los Angeles, je vais m'occuper de son cas. Non mais alors. Oh. Dis donc. Merde." Un observateur attentif ne pourra s'empêcher de remarquer que justement, la prochaine fois que la WWE passera par Los Angeles, ça sera pour SummerSlam. Et cet observateur ne pourra réprimer un frisson d'horreur à l'idée d'imaginer le talentueux Bryan affronter un acteur un peu has been dans l'un des plus importants PPV de l'année.

 

 

C'est pas le Big Show, qui me regarde de travers ? Qu'il fasse gaffe, hein, chuis un fou, moi. Même pas peur.
      

 

AJ est la nouvelle GM de Raw. Même si les intégristes de la cohérence se demanderont pourquoi le patron de la WWE a décidé de nommer à ce poste une personne sans expérience et mentalement instable, il faut bien reconnaître que la perspective de voir une cinglée exercer l'autorité suprême à raw promet d’amusantes possibilités scénaristiques.

 

Le Rock aura un match pour le titre suprême au Royal Rumble. Ce mec-là peut donc se permettre de venir deux fois par an, et il obtient un match de championnat en claquant des doigts. In kayfabe, c’est difficilement justifiable, mais on va dire qu’il a une aura suffisante pour justifier ça. Hors kayfabe, c’est encore plus gênant, notamment si l’on s’imagine à la place des types qui risquent leur santé tous les soirs pour la compagnie, et qui voient un acteur richissime leur prendre leur place.

 

Bref, une partie de tout ce joyeux bazar devait donc culminer ce soir, lors du match entre Punk et Cena.

 

D’emblée, une question se pose : quel est l’intérêt de faire casher à Cena sa mallette du Money in the Bank ? Traditionnellement, le porteur de la mallette se mue en une menace latente. Le précieux objet à la main, il est présent partout, prêt à profiter du premier moment de faiblesse du champion pour s’emparer de son titre comme un gros fourbe. Le fait de prévoir à l’avance la date de l’encaissement n’a donc que peu d’intérêt, surtout si rapidement après le décrochage de la mallette. D’autant que l’on n’avait pas besoin d’elle pour organiser le match : une figure d’autorité quelconque aurait pu se contenter de dire « à Raw exceptionnel, match exceptionnel : John Cena affrontera le champion lors du millième Raw ». Pire, le fait de prévoir le match à l’avance risquerait de renforcer l’image trop lisse de boy-scout de Cena, à l’heure ou il parvient à regagner un peu de sa popularité perdue justement à cause de ça.

 

 

 

Cette image n'a aucun rapport, mais je l'aime bien. Allez savoir pourquoi.

 

Sauf que non, les bookers avaient une idée derrière la tête. Pour ceux qui n’ont pas vu l’émission, permettez-moi d’en parler plus tard. En attendant, parlons du match.

 

Dernier combatde la soirée. Deux des stars les plus populaires de la compagnie s’affrontent. Le public est bouillant. Les chants « Cena sucks », qui s’étaient fait plus rares ces derniers temps, se font à nouveau entendre vigoureusement. Punk tend la main à son adversaire, il se contente de la taper vaguement, refusant une franche poignée de main. Une telle attitude étonne de la part de celui qui a élevé le respect en principe absolu.

 

Cena est hué lorsqu’il prend le dessus. Au contraire, chaque coup qu’il reçoit est salué par une explosion de joie dans les gradins. On le sent un peu plus agressif que d’habitude. Une lueur froide semble s’être allumée dans son regard d’acier. Le public ne le suit plus. Cet homme doute. On se prend à espérer, une fois de plus, un heel-turn qui serait sans nul doute apocalyptique. La tension est palpable. On se dit que le match rattrape les longueurs de la soirée, et que c'est pour des moments comme ça qu'on aime le catch.

 

Et puis, le coup classique. L’arbitre est assommé et ne peut faire le compte de trois pendant que Cena tente un tombé. Cena devrait déjà être champion. Cena va craquer, c’est sûr. Le moment est arrivé ! Cena va coller un Attitude Adjustment à l’arbitre. Il va s’acharner sur le corps inanimé de Punk et quittera la salle sous une pluie de gobelets en plastique lancée sur lui par un public rempli de haine ! Et il se contentera d'afficher un sourire carnassier de prédateur inhumain.

 

Et puis, en fait, non. Un homme arrive. Un gros. Un grand. Il tend ses muscles et, de toutes ses forces, il lance en avant  son corps d’ours.

 

Le Big Show vient d’administrer un spear à John Cena, et enchaîne avec son célèbre « coup de poing sur le coin de la gueule » (je ne sais pas si c’est vraiment le nom officiel de la prise).

 

Punk, qui a repris ses esprits, ne sait pas quoi faire. Le public, emporté par la puissance cathartique de la scène, est submergé par l’adrénaline. La salle n’est que bruit et fureur. Le champion réveille l’arbitre, mais se refuse à faire le tombé. La foule est subjuguée par sa noblesse.

 

Mais il craque.

 

Punk se précipite sur le corps de Cena. Le geste n’est assurément pas à son honneur, mais qu’aurions-nous fait à sa place ? C’est la loi du catch. C’est cruel certes, mais c’est la vie. L'adversaire ne peut se défendre, il faut en profiter.

 

Et puis Cena se dégage. Punk a hésité trop longtemps et voit la victoire lui échapper. Désorienté, il tente un Go to Sleep mais son adversaire s’en dégage et parvient à le contrer : Punk est emprisonné dans un STF. Il va abandonner. John Cena va regagner la ceinture. Le public est désormais tout entier derrière lui, comme un seul homme. Il exulte.  Mais le Big Show n’a pas dit son dernier mot : il vient frapper Cena à nouveau, signifiant la fin du match par disqualification. Punk garde donc la ceinture.

 

Et là, quelque chose cloche. Cena se fait largement dominer par le Big Show. Épuisé par le combat, il est incapable de réagir. Et, dans le coin du ring, Punk regarde. Il attend. Il ne fait rien. On le sent hésitant, perdu, mais il ne bouge pas. Il quitte même le ring. Ce n’est finalement qu’à l’intervention du Rock en personne que Cena doit son salut. La foule explose. Les commentateurs doivent hurler dans leur micro pour se faire entendre.

 

Triomphant, dominant un Big Show terrassé, le Rock s’apprête à achever le colosse. Il prend son élan, court dans les cordes et…

 

L’impensable devient réalité. CM Punk retourne entre les cordes et cueille le Rock d’une énorme clothesline avant de lui administrer sa prise de finition, le fatal Go to Sleep.

 

 

 

Tiens, et si je changeais de personnalité ? L'ancienne a déjà un an.

 

 

 

(Des évolutions surprenantes dans les storylines actuelles : )

 

(Des affrontements époustouflants dignes des plus grands PPV : )

 

Vous avez bien lu. Un an après son monstrueux face turn, déjà dû à Cena, CM Punk est redevenu un heel et s’en est pris à l’icône ultime de la fédération. Une fois de plus, il apparaît comme l’antithèse d Marine. Autrefois symbole de liberté face à un Cena qui apparaissait comme le jouet des instances dirigeantes, il devient désormais le lâche, par opposition à un John Cena qui ne faillit jamais à ses valeurs. Il est d’ailleurs intéressant de noter que Punk avait vraiment montré toute l’étendue de son talent après son heel-turn en 2009, causé justement par l’encaissement d’un contrat MITB sur le champion Jeff Hardy. Autre détail cocasse : si CM Punk est le premier à avoir remporté deux fois un Money in the Bank Ladder Match, Cena est désormais le premier à avoir raté son cash in.

 

(Et pourquoi pas, soyons fous, un événement sans précédent dans l’histoire de la WWE : )

 

Les destins de CM Punk et de Cena sont liés. Tels Batman et le Joker, tels deux faces d'une même pièce, tels le plus et le moins, ils ont besoin l'un de l'autre. L'un est fort quand l'autre est faible. Et leurs affrontements futurs promettent d'être passionnants, car ils nous rappellent que chacun de nous est aussi double : à la fois ombre et lumière, êtres conscients et civilisés en même temps qu'animaux parfois dominés par notre cerveau reptilien, nous pouvons nous aussi céder à chaque instant à la tentation du Mal et de la lâcheté.

 

Alors oui, ce Raw a connu quelques longueurs. Oui, il a un peu manqué des grands noms que l'on attendait. Mais seul son main-event exceptionnel d'intensité restera dans les mémoires, et c'est à la fin de spectacles comme celui-ci que l'on comprend pourquoi l'on aime le catch.

 

Parce qu'au délà du spectacle et du grand-guignol, le catch met en scène notre humanité dans ce qu'elle a de plus primordiale, et nous rappelle que l'âme humaine est faite aussi bien de grandeurs divines que de profondeurs infernales.

 

 

Surtout, ne pas péter…

 

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