Catch

Lesnar a les nerfs

– Bring out the gimp.

– The gimp is sleeping.

– Well, I guess you're gonna have to wake him up now, won't you?

Mako et Axl, CDC Fiction

 

Vous y avez cru, avouez ? Vous avez cru que vous alliez continuer longtemps à m’échapper, bien à l’abri, en pensant que l’omniprésence de Cena, le turn de Punk et tout le reste allaient m’achever. Vous pensiez vraiment que mon sang avait cessé de bouillir. Et bien vous avez eu tort. Après un trop long silence imposé par la censure socialiste, j’ai du fiel à déverser. Seulement, le PPV ne m’a pas autant déçu que je l’espérais, loin s’en faut, du coup j’ai du rab. J’en garderai pour un prochain Raw.

 

 

"Dans l'avenir, chacun aura droit à quinze ans de main event."

Andy Warhol

 

 

Nalyse de Summerslam

 

 

Toute la semaine passée, les bienveillants Axl et She Mamuse (oui, nous avons aussi des quotas sexuels dépravés) se sont acharnés à vous expliquer à quel point Summerslam serait sympathique. Pourtant, on ne peut pas dire que les signes avant-coureurs étaient particulièrement excitants : un Cena qui continue de truster les premières places, seulement bousculé potentiellement par le Gendre qui allait peut-être exiger un Main Event à sa gloire, lequel Main Event pouvant également susciter quelques angoisses sur lesquelles nous reviendrons. Par ailleurs, certains matchs n’avaient été ni bien construits ni donc bien vendus, en somme il y’avait quand même de quoi s’inquiéter un peu.

 

Et pourtant, Summerslam, c’est un peu le Wrestlemania de l’été, le second plus gros événement de l’année, et ceux qui comme moi arpentent les réseaux sociaux voient bien que la WWE a mis les petits plats dans les grands, en particulier pour le match HHH/Lesnar, qui a fait l’objet d’un soin tout particulier, signe qu’il ne devait pas rassurer les spectateurs ou leur donner envie de jouer la patate de divan.

 

Qu’en est-il, donc, du produit fini ? Nous allons nous en inquiéter assez logiquement, en remontant la carte, du lowcard jusqu’à l'upcard.

 

 

Garanti 100% sans Ryback et Brodus.

 

 

 

Bryan vs Kane

 

Je suis toujours sidéré de voir à quel point Bryan s’est fait tout seul. Lourdement plombé par des débuts difficiles, il a su, en revenant aux fondamentaux, fédérer toute sa diaspora et devenir certainement l’un des catcheurs les plus populaires du moment. Quel dommage, du coup, de le voir gaspiller un match de PPV face à Kane, sympathique jobber mais jobber toutefois, dans un match qui pis est mal booké, et s’appuyant sur une feud particulièrement bancale et surtout largement périmée. En revanche, avec un match opposant deux personnages qui ne sont ni vraiment des heels ni vraiment des faces mais juste deux déséquilibrés, on pouvait espérer un match assez inhabituel, ou nous renvoyant aux affrontements entre superstars du même bord qui se sont fait rares.

 

Et ça va faire une analogie curieuse, mais le match rappelait Jason Vorhees contre Freddy Kruger : d’un côté, un monstre implacable et déterminé, et de l’autre un psychopathe à moitié fou, beaucoup plus agile et déchaîné. Un match plaisant, du reste, Kane frappant avec une rage froide tandis que Bryan jouait un catch beaucoup plus mobile et dynamique. Bonne petite histoire, bien racontée, et dans la mesure où ce match n’est qu’un bouche-trou pour montrer Bryan lors du PPV, sa victoire était tout acquise, et c’est ce qu’il advint, Bryan contrant un piledriver en petit paquet. Faut-il, d’ailleurs, y voir une répétition générale pour un match Taker-Bryan lors de Summerslam ? Bryan devenu fou pourrait être tenté de défier le Deadman, qui sait ?

 

 

Tu me fais trop pitié Kane. J'aurais honte si je devais te taper dessus, franchement. T'as pas un grand frère un peu plus balaise?

 

 

 

Ziggler vs Jericho

 

La limite de vouloir suivre la hiérarchie est ce genre de cas : nous ne sommes pas dans le lowcard, mais à partir du moment où ça ne concerne pas un titre ce n’est à mon sens pas un point fort de la soirée.

 

Evidemment, ce match a tout du showstealer, et en ce sens le programmer en ouverture relève de l’énorme pari : l’opener, c’est la mise en bouche, donc d’une certaine manière le prisme à travers lequel on va juger tout le show. Donc, placer un match aussi potentiellement exceptionnel est particulièrement audacieux.

 

D’un côté, nous avons Ziggler, jeune lion, coaché par Vickie, détenteur de la mallette, qui a besoin d’asseoir sa stature d’éventuel champion, pour ne pas devenir un champion par accident comme The Miz qui a trainé son manque de légitimité comme un boulet (niveau insuffisant, incapable de s’en sortir sans Riley, etc.).

 

De l’autre, nous avons Jericho, légende vivante, devenu face pour communier avec le public avant un départ définitif que l’on annonce imminent et après un petit run de six mois qui aura donné quelques belles batailles mais finalement peu de résultats vraiment concrets. En un sens, ce match pourrait être celui du passage de relais entre Jericho et Ziggler, mais si Ziggler a l’aisance technique nécessaire, il n’a en revanche pas le verbe et le sens du public de Y2J, à la différence d’un… Sandow, oui vous avez deviné je suis l’agent du grand Damien, auquel je consacrerai quelques lignes plus tard. Ziggler, finalement, c’est un peu le nouveau Mr Perfect.

 

Le problème, dans la construction de ce match, c’est l’assaut de Ziggler sur Jericho vendredi dernier à Smackdown. Oui, il est très méchant et tricheur, mais ça on le savait déjà. Le problème, c’est que même si Ziggler gagne, il aura vaincu un adversaire amoindri, et sa victoire perdra de sa portée.

 

Et le souci, c’est qu’en plus… il n’a pas gagné. Le match a été excellent, en tous points. Ziggler a évidemment insisté sur le bassin blessé de Jericho, les deux hommes ont déroulé tout leur attirail (ce n’est pas sale) et ont manifestement une très belle alchimie entre les cordes, ils ont pris et donné du plaisir pendant plus de dix minutes avec ce qu’il fallait de nearfalls, de séquences acrobatiques et d’interventions de Vickie, mais on ne peut que se demander à qui profite le crime. La victoire du face, en général, intervient après une série de défaites, y compris en PPV. Jericho a-t-il, alors, obtenu un dernier beau match et une victoire en PPV avant sa retraite ? On sait que McMahon n’est que rarement généreux dans ces cas-là, mais c’est une hypothèse plausible, dans la mesure où le résultat actuel n’apporte pas grand-chose, si ce n’est la confirmation que Y2J est supérieur à Ziggler. Superbe match, mais résultat discutable.

 

 

 

– Mais Chris, on n'avait pas dit que c'était le match où tu me passais le relais? Alors pourquoi c'est moi qui perds?

– Ben justement. Je te passe le relais du super technicien qui jobbe tout le temps.

 

 

 

Brock Lesnar vs HHH

 

Même commentaire que pour le match précédent : pas de titre en jeu, donc même s’il s’agit du main event nous allons l’aborder dès maintenant. Et rassurez-vous il restera le titre WWE pour clore cette nalyse.

 

J’adore Brock Lesnar. Je comprends qu’il puisse choquer un public habitué au catch traditionnel avec son style extrêmement brutal hérité du MMA, le sang, la violence, même son air d’Ivan Drago, au point de gâcher le plaisir de certains suiveurs en les mettant mal à l’aise. Mais ça me convient parfaitement, car cela revient à renvoyer l’image d’un sport dur, dont les pratiquants ne sont pas que des accros de la gonflette. Si Lashley et surtout Lesnar ont connu de jolies carrières en MMA, c’est parce que ce sont des athlètes impressionnants et, malgré tout, de vrais combattants, et j’apprécie assez que la présence de Brock rappelle ce petit détail.

 

Du coup, j’avais hurlé de rage en voyant un Cena maltraité de bout en bout gagner le premier match de Lesnar, et je ne pouvais qu’espérer voir la brute battre HHH. Seulement voilà : avec la blessure d’HBK, HHH allait crier vengeance, et le public serait ravi qu’il l’obtienne. Et hors kayfabe, certains officiels étant désireux que Lesnar soit puni pour divers errements commis depuis son retour, sans que ces errements ne soient clairement identifiés, semblaient avoir demandé que Lesnar subisse une défaite lors de Summerslam pour le ramener à sa place. HHH, par l’odeur de sa propre légende alléché, aurait alors demandé à livrer ce combat. Et c’est possible : on parle d’un homme qui en a le pouvoir en coulisses, qui se fait quand même appeler The King of Kings et qui peut, peut-être, craindre pour la postérité : je vais lancer un pavé de dynamite dans une flaque, mais a-t-il l’aura d’un Hart ? D’un Rock ? D’un Stone Cold ? Même d’un Cena ? DX, il n’y était pas seul. Son catch était puissant et efficace, mais ses moves n’ont jamais été exceptionnels. Il a une place importante, certes, mais je reste persuadé que HHH est toujours à la recherche du match qui lui assurera une place de choix au premier rang de l’histoire du catch.

 

 

Et si je défiais l'Undertaker au prochain Mania? Personne ne l'a affronté trois années de suite!

 

 

Regardez comment le match a été vendu sur les réseaux sociaux : des messages quotidiens, « the perfect storm » annoncée, des propos dithyrambiques comme dans une sorte de méthode Coué assez étrange. Car HHH n’est plus en activité. Il ne se maintient plus autant qu’avant, et son match de WM contre le Taker, en dehors de sa portée symbolique, était surtout la rencontre de deux lutteurs fatigués avec une stipulation qui fleurait fortement le cache-misère.

 

Autant dire que les segments ont émaillé toute la soirée, reléguant une nouvelle fois le WWE Title au second plan et prouvant que seul HHH peut supplanter Cena lors du main event selon les propres critères du Gendre. Or, tout cela n’est pas le fruit du hasard : il fallait imposer l’idée que ce match serait historique, ce qui est normal, mais cela a été fait avec tellement d’excès, d’insistance, la blessure de HBK étant bien évidemment un moyen simple (trop ?) de choquer le public, que l’on pouvait être inquiet. Le point positif aura été de voir Heyman en coulisses, parlant à la place de Lesnar que l’on a dû juger indigne de s’y prêter, et il faut bien avouer, pour le coup, que HHH au micro est véritablement excellent.

 

Premier motif de satisfaction, toutefois : Lesnar est en passe de revenir au mieux de sa forme. Lui qui exhibait un peu de masse graisseuse à son retour est revenu à de meilleures dispositions, en arborant un corps plus athlétique et plus impressionnant encore, et il faut bien avouer que son entrée a largement de quoi foutre les foies à Kovax ! Moi-même, je ne me sens pas très bien.

 

 

Voici le casting intégral de The Expendables III.

 

 

Une satisfaction vite douchée par un tweet, celui de HBK, qui annonce que quel que soit le perdant, il entrainera l’autre dans sa chute. Il faut donc s’attendre à un HHH qui se battra jusqu’au bout et triomphant tout en étant lourdement handicapé ?

 

Problème, d’entrée : même si HHH est étonnamment affuté, comment pourrait-il être crédible face à la montagne qu’est Lesnar, une machine à tuer in comme hors kayfabe ? Il n’a pour lui que d’être le héros du film d’action, qui a donc le réalisateur dans sa poche, pour employer une métaphore cinématographique.

 

Pour saigner, ça saigne, ça cogne fort, mais là encore, les coups de Lesnar ont l’air tellement plus douloureux, et du reste, il prend le dessus, progressivement, ne paraissant aucunement atteint ou même fatigué par les coups de son adversaire, ce qui rappelle… le match contre Cena. Inquiétude. Même en voyant Lesnar grimper sur le décor pour se jeter sur Triple H, on ne peut pas s’empêcher de penser que la feud doit se finir ce soir, parce qu’il parait difficile de proposer la même chose le mois prochain, et il parait difficile de voir le Gendre s’incliner, surtout après les rumeurs que nous avons évoquées. Et pourtant… Si la WWE avait décidé de rendre à Lesnar ses galons de tueur ? Si elle avait décidé de ne pas lui infliger une seconde défaite, de la main d’un semi-retraité qui pis est ? Si, et si, HHH avait décidé de se coucher ?

 

 

Un peu essoufflé à la fin de son 200 mètres, Christophe Lemaître.

 

 

Mais le match continue, il s’éternise, même Lesnar semble lever le pied, et l’inquiétude remonte. Après un début de match où Lesnar a pu faire apprécier sa puissance et son vice, l’essentiel du match se passe au sol, les deux hommes passant plus de temps à compter les projecteurs qu’à s’étriper gaiement.

 

Soudain, après presque trente minutes (mais peu de catch effectif), Lesnar bloque le bras de HHH, la prise est terrible… et HHH abandonne ! Lesnar sort, triomphant, un Heyman éclatant à ses côtés. HHH, lui, sort la tête basse, humilié, clairement anéanti par la défaite.

 

 

 

Non mais j'avais aucune intention d'abandonner, hein. C'est juste que cet enfoiré m'a fait une Daniel Puder.

 

 

Et là je dis chapeau. Les rumeurs étaient donc fausses ou orchestrées, à destination de ceux qui comme moi pensaient que HHH sacrifierait tout à sa propre gloire, et je suis ravi de m’être planté à ce point. C’était évidemment la meilleure issue, il fallait que Lesnar gagne, mais en humiliant HHH comme ça… Est-ce que si Orton n’a pas fait un retour plein d’humilité en repartant du bas de l’échelle, c’était parce qu’il était prévu que HHH fasse une sortie humble, expliquant que ce match lui avait démontré qu’il était trop vieux pour ces conneries ? En tous cas, chapeau bas à HHH qui s’est donc couché pour le bien de sa boîte, ce qui termine sur une note plus que positive le PPV.

 

Quant à Lesnar, il peut d’ores et déjà envisager sa prochaine victime. Une vengeance sur Cena ? Le titre de Punk, si celui-ci l’a conservé ? Le titre, tout simplement ? Auquel cas ce serait lui l’adversaire du Rock au Rumble ? Il a signé pour quelques dates mais sait-on jamais ? Et si. Et s’il affrontait le dernier adversaire de HHH. Celui qui a vu en Hunter un adversaire redoutable qu’il fallait vaincre ? Et si le Taker jetait son dévolu sur Lesnar ?

 

 

Moi je prends qui vous voulez, sauf Ryback évidemment.

 

 

 

Tag Team Championship : Air Jimmy vs Prime Time Players

 

Trois fois déjà que les PTP s’en prennent à la ceinture par équipes, peut-être va-t-elle enfin changer de mains ? Mais alors, que faire de Truth et Kingston qui se retrouveront trop forts pour les titres mineurs, pas assez pour les majeurs, et donc dans une position inconfortable, d’autant que si le style de Truth lui permet de passer du heel au face assez facilement il n’en va pas de même pour Kingston que l’on peine à imaginer en heel vicieux, et qui perd autant de possibilité de « reclassement ».

 

La réponse est venue en dix minutes : Air Jimmy a une nouvelle fois triomphé, usant au passage une équipe de plus. Il n’est pas certain que cette équipe ait vraiment besoin de cela, mais encore une fois perdre la ceinture les renverrait sans doute dans un relatif anonymat. Quant aux PTP, il est possible que le départ de Washington leur soit fatal.

 

 

– Titus, c'est quoi, Tout?

– C'est un nouveau réseau social qu'on doit utiliser pour devenir over. T'inquiète, les réseaux sociaux, je maîtrise. Sors ta bite, je t'expliquerai plus tard.

 

 

 

Intercontinental Championship : The Miz vs Rey Mysterio

 

Difficile de se passionner pour ce match. The Miz a fait beaucoup de progrès, c’est incontestable, et son nouveau look passe mieux, mais il n’a pour moi toujours pas le niveau pour évoluer au sommet. Aussi, un titre mineur lui convient assez bien. Quant à Rey, il a perdu de sa superbe, au point de devoir se déguiser en Batman pour pouvoir arriver en noir (qui amincit) et en marcel pour cacher son bide. Du reste, il m’a semblé le voir avoir quelque peine à marcher.

 

The Miz est un champion assez frais, il aurait donc été curieux qu’il perde son titre, mais Rey revient après une longue absence et lui donner un titre le replacerait dans la chaine alimentaire, à moins que ce ne soit trop tôt.

 

Bon, soyons bienveillants, pour une fois, et fermons les yeux sur les grossières erreurs de rythme et les botchs de ce match. On oubliera même qu’il doit être difficile pour un voltigeur d’être en confiance avec The Miz depuis que ce dernier a raté une interception de Truth il y a quelques mois et est tombé en disgrâce de ce fait. On retiendra donc, après cette purge, un match que l’on pouvait qualifier de sympathique. Ni spécialement bien exécuté, ni impressionnant, mais un joli récital de deux revenants, comme un match de L1 par rapport à un match de Ligue des Champions…

 

Victoire de The Miz clean, sur son finisher, et la question de l’avenir des deux se pose : les deux titres mineurs sont aux mains de heels, c’est beaucoup, et si ce n’est l’US, c’est peut-être celui-ci que Kidd viendra chasser, ou Justin. Pour le premier nommé, étant donné sa capacité à sortir un bon match jusqu’à NXT, ce serait peut-être bienvenu pour un Miz sur le chemin de la rédemption.

 

Quant à Mystério, son problème a toujours été le même : il est dans une fédération qui ne valorise pas son gabarit, les titres ne sont pas innombrables à la WWE, et il va devoir offrir des oppositions de prestige en attendant une opportunité qui risque fort de ne jamais venir, entre les upcarders jaloux de leur statut et les jeunes pousses aux dents longues, à moins que la Fédération ne se décide ENFIN à restaurer la division Cruiserweight… Prenez exemple sur la TNA, pour une fois, les gars ! Mais plus les choses changent, plus elles restent les mêmes, disait Snake Plissken. Comme il avait raison.

 

 

 

Et soudain, comme il partait pour un 619, le regard de Rey accrocha une pancarte insultante et il fondit en larmes comme une grosse tafiole!

 

 

 

US Championship : Santino Marella vs Antonio Cesaro

 

Autant être honnête : je ne suis pas fan du tout de Cesaro. Je connais ses états de service, je sais qu’il s’est fait une solide réputation avant de rejoindre la WWE, mais rien n’y fait. Au-delà d’une gimmick terriblement grotesque pour nous européens (un suisse rugbyman, et pourquoi pas un footballeur français ?), je ne trouve le personnage ni spécialement charismatique, ni particulièrement doué au micro ou dans le ring. Quant à Santino, c’est un champion très populaire, et quoi qu’on puisse en penser c’est un bon lutteur qu’on ne laisse pas s’exprimer, mais il est temps de passer la main après un règne somme toute fort long. De ce fait, que ce titre, qui bien que totalement mineur, passe sur les hanches d’un non-américain assurerait à Cesaro une haine immédiate du public local, et une indifférence polie chez nous. Ce qui du reste est assez curieux, puisque finalement on ne prête qu’aux riches : Santino n’est américain ni en ni hors kayfabe…

 

En tous les cas, le match n’a pas été spécialement enthousiasmant. Le seul point réjouissant aura donc été de retrouver Striker aux commentaires, car dans le ring… Cesaro a un catch propre, puissant, mais sans âme, sans personnalité. Le finisher est souvent le point d’orgue de l’arsenal d’un catcheur, sa signature évidemment, et je trouve que le sien est assez symbolique de son moveset : efficace, mais absolument pas vibrant. En revanche, il était appréciable de le voir déjouer le Diving Headbutt de Santino, l’un de ses mouvements les plus caractéristiques, et voir Santino perdre parce que son Cobra a été « détourné » par Aksana clôt un simili-comedy match d’une manière au moins assez cohérente. On se contente de ce que l’on a.

 

 

Non Antonio, c'est une chaussette, pas une cravate.

 

 

Que dire de l’issue du match ? Prévisible, soit. Cesaro fera-t-il un bon champion ? Il y a quelque temps, un membre du CDC Universe me faisait l’observation suivante : si untel n’est pas digne de tel ou tel honneur, propose donc un remplaçant. Eh bien tout simplement je dirais Sandow. Sandow est en pleine bourre, et aurait pu, par sa faconde, jouer sur le fait d’être un symbole de l’Amérique tout en s’opposant aux hordes incultes, ce qui colle à merveille. Hélas, la ceinture ceint désormais la taille d’un heel, et on peut alors espérer qu’un Kidd puisse mettre la main dessus à terme, ce qui, convenons-en, serait largement mérité pour l’un des meilleurs catcheurs du roster et certainement le plus mal exploité.

 

Quelques mots encore sur Sandow, parce qu’il incarne peut-être, même s’il est un peu tôt pour en être sûr, le sens dans lequel la WWE doit tirer. Il n’est pas issu de la FCW, il a fait ses classes auparavant, mais cela ne pose plus guère de problème à Stamford. Et surtout, en plus d’être un excellent catcheur, avec un catch violent sans être simplement et bêtement brutal, il a un style. Un style à la Jericho, mais qui assumerait à fond le côté érudit. Ce verbe juste, ce phrasé, ce mépris naturel, tout cela pour révéler un slip rose et des protections violettes, comme un Dr Jekyll et Mr Hyde, qui alternerait entre le fin lettré à la parole raffinée et le sauvage du ring. Du reste, il a une maturité étonnante pour un jeune catcheur : il « sent » le public, ce qui notoirement est difficile, et tient compte du moindre détail, comme en témoigne sa façon de tenir son micro comme pour réchauffer un beau cognac. Enfin, n’oublions pas qu’après à peine cinq semaines à SD, il a été envoyé au Money in the Bank où il est loin d’avoir démérité, et qu’un match contre Clay ce soir n’aurait déplu à personne, preuve de sa précocité remarquable (qui correspond à celle de Henri, laquelle est plutôt liée au gâtisme).

 

 

Ouais ouais il est sympa le Sandow, mais est-ce qu'il sait dire "Je vous en prie" en cinq langues dont un patois parlé uniquement par trois enculeurs de mouflons?

 

 

 

World Heavyweight Championship : Sheamus vs Alberto Del Rio

 

L’exemple-type du match mal buildé. Oui, Del Rio a multiplié les manœuvres et les manigances, seulement à un moment il allait bien falloir qu’il affronte le Celtic Warrior. Or, durant la préparation du match, si on a nous montré un Sheamus conquérant et d’une puissance dévastatrice, on n’a rien fait pour nous montrer que Del Rio était un compétiteur valable, la victoire d’Orton à ses dépens n’étant pas du tout étrangère à cette situation (lequel Orton a brillé par son absence lors du PPV, alors manque de rythme ou sanction à vous de décider).

 

Et pourtant, contre toute attente, le match a été très bon, entre deux brawlers purs, Del Rio ayant un style plus aérien et Sheamus beaucoup plus puissant. Aussi, les jolis spots de l’un et les exploits de l’autre se sont multipliés, Ricardo Rodriguez jouant la mouche du coche avec un brio jubilatoire. Les deux hommes sont généreux dans l’effort, et cela s’est encore vu ce soir, les deux livrant une bataille qui n’était peut-être pas homérique mais clairement très impressionnante.

 

Seulement, deux difficultés demeurent. Après nous avoir vendu un Sheamus surpuissant et un Del Rio plutôt faible, que Del Rio se transcende à ce point peut décontenancer, et le fait de voir Sheamus utiliser un colifichet qu’on lui a jeté de l’extérieur pour l’emporter déséquilibre la cohésion de la rencontre. Il est probable, du reste, que Sheamus aurait dû ramasser cet objet au lieu de se le faire lancer, car maintenant il va falloir expliquer d’où venait ce qui semble être une chaussure, c’est-à-dire qui l’a lancée. Une fin donc peu maitrisée qui fragilise l’ensemble.

 

 

Heu… Ton pantalon est décousu, Bébert.

 

 

Le second point est que ce match, un gros brawl, passait avant le match entre HHH et Lesnar. Du coup, il a placé la barre à un certain seuil, pas si simple à atteindre. Et en fait, il a été plutôt supérieur, tout simplement parce que l’autre match a été porté à bout de bras par Lesnar. Néanmoins, nous l’avons dit, beaucoup de suiveurs retiennent  essentiellement l’issue des combats, bien plus que leur déroulement, et c’est exactement pour cela que celui-ci restera dans l’ombre du main-event, pourtant inférieur dans l’absolu.

 

 

Le saviez-vous? C'est en regardant Del Rio faire son Crossed Armbreaker que Lesnar a décidé d'apprendre à employer la Kimura.

 

 

 

WWE Championship : CM Punk vs John Cena vs Big Show

 

Je l’avoue, le turn de Punk m’a fait très peur. J’ai craint de voir revenir à grands pas le heel de la SES, ou une énième variation sur le thème du heel qui veut du respect, à croire que les bookers ne connaissent plus que ça. Or, ce n’est pas tout à fait ça : on a ici un tweener cérébral, aux comportements imprévisibles et fort intéressants. En fait, on dirait un heel qui de temps en temps laisse pointer un face. Le meilleur exemple en restera lorsqu’après avoir songé à attaquer Cena à Raw, il a préféré lui tendre une main d’apaisement. Lorsque Cena l’a refusée, qui était le heel ? Cette construction progressive et astucieuse m’a plutôt réjoui, malgré quelques ratés comme des remarques un peu déplacées ou insultantes envers AJ, remarques qui n’étaient pas tout à fait celles d’un heel, mais plus généralement ne cadraient pas avec le personnage de Punk.

 

En revanche, j’en profite pour revenir un instant sur un point important : j’ai lu, dans ces colonnes, que la WWE cherchait un top face et que Punk n’avait hélas pas donné entière satisfaction. J’approuve cette analyse, mais pas les causes invoquées. Punk n’a pas pu donner satisfaction parce que, et c’est que j’expliquais dans ces murs lors d’un article sur le Summer of Punk, on lui a coupé les ailes. Le personnage au verbe libre, qui cassait le quatrième mur, s'est vite effacé derrière un champion WWE classique englué dans une histoire dont il était surtout le spectateur (Bryan et AJ). Dans ces conditions, on a tué le personnage qui lui avait assuré son énorme popularité, et un lutteur ne peut évoluer que dans l’espace que l’on lui laisse. Je pense donc qu’en effet Phil Brooks n’a pas donné satisfaction, mais qu’il n’en est pas responsable…

 

 

La voix des sans voix essaie bien de nous crier quelque chose, mais la musique est trop forte.

 

 

Je ne reviendrai pas sur Cena, l’indéboulonnable, tout en ayant une pensée pour Swagger, Ziggler, et tous ceux qui auraient pu prendre sa place.

 

Quant à Show, il est devenu, en effet, un monstre de foire que l’on exhibe dans certains matchs comme une stipulation à lui tout seul. Il coulera de l’eau sous les ponts avant qu’il touche durablement un titre, mais il amuse les gens. C’est d’autant plus dommage que son rôle de méchant carriériste était assez intéressant, surtout porté par le talent de Show avec un micro que l’on minimise trop souvent.

 

Et pourtant, le problème du match, c’est bien Show. Cena/Punk, nous avons pu le vérifier par le passé, a donné des rencontres sublimes, et le MITB 2011 est encore dans toutes les mémoires. Introduire Show dans ce bel équilibre, c’était créer des ruptures de rythme, une espèce de virus dans un programme bien huilé, la rencontre durant au final dix minutes, ce qui est bien trop peu, mais se concluant, au moins, sur une innovation : une double soumission, Punk et Cena soumettant Show. Problème : qui gagnait ? AJ intervenait donc, et on a pu noter que Cena suspectait une entente entre AJ et Punk, belle mentalité pour un pseudo marine qui affiche «Hustle Loyalty Respect »… La sublime AJ décidait donc de relancer le match. Issue évidente, mais peut-être aurait-on eu des suites plus intéressantes et créatives avec une bonne vieille décision arbitraire et dégueulasse. Au moins aurait-elle pu exclure Show du match, puisqu’il était indiscutablement perdant, car en le maintenant  on risquait de repartir pour dix minutes avec le géant en briseur de mécanique. Fort heureusement, en un sens, on n’avait droit qu’à une minute de plus, le temps pour Cena de placer son AA sur Show, pour Punk de virer Cena et de faire le tombé. Nous sommes dans un match à trois, ce n’est pas un comportement de heel.

 

 

– Comment ça on continue le match? Mais vire Show au moins, il vient d'abandonner!

– Si je le vire, tu resteras seul contre Cena, c'est ça que tu veux? Tu feras le tombé sur qui alors, gros malin?

– OK, mettons que j'aie rien dit.

 

 

Du reste, Punk ne s’est jamais comporté comme un heel ce soir. Il est devenu plus chicaneur, plus râleur, soit, mais son catch et son attitude ne sont pas celles d’un heel, il suffit de voir son bain de foule après le match pour s’en convaincre. Peut-être les bookers ont-ils enfin mesuré le vaste gâchis effectué avant de décider de revenir en arrière, en en faisant un tweener à la Stone Cold ? A voir.

 

Ce qui, en revanche, pourrait se penser, maintenant, c’est que le second plus gros événement de l’année étant passé, Cena, Jericho et Show étant battus, parmi d’autres, il n’est pas du tout exclu que Punk garde son titre jusqu’au Rumble et que ce soit bien lui qui affronte The Rock. A moins que Bryan, en pleine bourre, ne vienne lui prendre le précieux sésame, car après tout Punk est tout à fait une des cibles potentielles de son délire paranoïaque. Des perspectives réjouissantes, si les bookers parviennent à se passer de Cena pendant cinq mois dans la Title picture…

 

 

Oh moi, je veux bien rester quelque temps loin du titre, hein. Tant que je fais le main event des ppv, ça me va.

 

 

Comment conclure ? Un très bon PPV, sincèrement. Une carte riche, qui n’a même pas eu le temps d’aligner les Divas, Ryback ou Clay. Un seul changement de ceinture, mais l’essentiel était ailleurs : ce soir, les lignes ont semblé bouger. Cena a perdu. Sheamus n’est plus invincible. Orton n’était pas là, ce dernier point étant d’ailleurs terriblement éloquent, la WWE pouvant laisser à la maison une Superstar de ce calibre. Faut-il s’inquiéter pour Orton, nous n’en sommes pas là, mais il va falloir suivre ses prochains mois avec intérêt.

 

Et surtout, HHH s’est couché. Et au-delà d’avoir perdu, il a signé son passage du slip de combat au col blanc, le catcheur laissant la place au décideur tout comme celui-ci a décidé de sacrifier celui-là lors de ce PPV. Ce Summerslam, c’est l’annonce que peut-être, jusqu’en janvier, nous allons avoir du mouvement, du changement, de nouvelles têtes, un nouveau souffle. Certes, la WWE nous a déjà joué cette symphonie, à Summerslam d’ailleurs en général. Mais cette fois, les signes sont forts. Et l’impatience de voir la suite est bien entendu largement accrue.

 

 

Lassé de ses défaites à répétition, John Cena a enfin décidé de prendre des stéroïdes. Ca va chier.

 

 

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