Catch

No sex, no drugs, no Brogue : seul reste le roll up ?

Un Brogue, un pic, un cap, une péninsule…

Rostand (Cyrano de Bergerac)

Ça ne vous aura pas échappé si vous avez vu le dernier épisode de SmackDown, ou mieux encore si vous en avez lu la chronique sous la plume de la sémillante McOcee, la rivalité entre Sheamus et Alberto Del Rio a connu cette semaine un rebondissement majeur avec l’interdiction du Brogue Kick de l’Irlandais. Bien sûr, le Celtic Warrior possède aujourd’hui un arsenal de finishers sans cesse enrichi, mais le priver du seul move emblématique qui soit repris sur ses t-shirts est tout sauf anodin, et peut nous pousser à l’interrogation : quelles conséquences cette péripétie peut-elle avoir sur le scénario du feuilleton du vendredi ?

 

Un catcheur est un crétin.

Un booker est un crétin avec un traitement de texte.

Ça s’est passé à Smackdown : l’interdiction du Brogue Kick

 

La WWE en est fière, elle l’affiche sans cesse d’avantage dans son nouveau jingle, son « E » pour « Entertainment » est devenu son emblème. Passé le sempiternel débat sur le titre à attribuer à nos idoles en slip, « lutteur » ou « superstar », cette façon de centrer le débat sur le spectacle et le divertissement amène surtout à quelques points épineux quant aux limites à imposer pour maintenir un cadre sûr. La santé des catcheurs en est un, régulièrement mis en avant au travers de rebondissement impromptus dans les histoires racontées au gré des blessures et contusions. Si dans les arènes romaines, la mise à mort faisait partie intégrante du spectacle et des attentes d’un public avide de sang, personne aujourd’hui n’aimerait revoir les images d’un Owen Hart laissant sa vie sous les projecteurs.

Pour prévenir la plupart des risques, la WWE a pris l’habitude au fil des années d’interdire des prises et mouvements pour leur danger implicite, ou au moins de les soumettre à autorisation. Ainsi, certaines figures épiques sont-elles l’apanage de certains membres du Roster, quand bien même elles sont formellement interdites aux autres : la confiance ça se gagne. On pourra ici lister le Tombstone Piledriver qui n’est jamais effectué par qui que ce soit d’autre que Kane, l’Undertaker, ou HHH qui a tous les droits vu qu’il est le meilleur, mais aussi le Screwdriver de Scott Steiner, les Jacknife Powerbombs de Kevin Nash, le Burning Hammer de Kenta Kobashi ou les Running Powerbombs restées tristement célèbres pour avoir laissé Darren Drozdov tétraplégique. Cette liste est fort loin d’être exhaustive, et dépasse sans doute de loin la litanie de l’arsenal de Chris Jericho !

Or quel est le point commun de la majorité de ces moves ? Ils s’en prennent à un point fragile et sensible de l’anatomie humaine, auquel toute atteinte peut avoir des conséquences dramatiques et irréversibles sur la vie des superstars impliquées, oui Titus ?

 

Oui voilà, enlève juste le « -illes » à la fin.

C’est tout à l’honneur de la WWE de veiller ainsi à la santé de son roster, mais c’est avant tout dans son intérêt. Rappelez-vous les exemples récents de Steve Austin, John Cena et surtout d’Edge, contraint à la retraite à cause justement d’une vilaine blessure au cou : de telles absences ou départs sont hautement préjudiciables à l’équilibre financier de la compagnie, qui y perd dans son actif « superstars » bien plus qu’elle n’y gagnera jamais dans la colonne « légendes ».

 

Or, revenons un instant sur le contexte de ce SmackDown : quel angle le perfide Otunga choisit-il pour convaincre le placide Booker T de la dangerosité du finisher de l’albinos Sheamus ? Celui de l’atteinte qu’il porte au cou de l’inénarrable Ricardo Rodriguez, radiographies à l’appui. Cette intrusion de l’excuse réelle dans la storyline kayfabe est faite à dessein, celui de rendre la menace encore plus prégnante et de vous faire frémir dans votre canapé devant les convulsions de ce satané seller qu’est Dolph Ziggler, un peu comme vous le feriez devant Quint laissant crisser ses ongles sur le tableau noir des Dents de la Mer. Voilà un point à porter au crédit des auteurs du show bleu : les montages vidéos des victimes, judicieusement choisies dans le haut de la carte, et le développement de l’atteinte à une zone réellement sensible, le cou des catcheurs, rend le dilemme crédible.

 

Pièce à conviction : quel adulte sain d’esprit borderait son sweat dans son slip ? Les atteintes cérébrales sont donc démontrées.

 

Il y a cependant un premier problème de taille dans cette affaire d’interdiction du Brogue Kick, un facheux sentiment de déjà-vu. En effet, rappelez-vous, nous sommes en l’an de grâce 2011, Vickie Guerrero est aux commandes de SmackDown, et veut offrir le titre de champion du monde à son toy-boy Dolph Ziggler, au détriment de son ex, Edge. Que fait-elle pour cela la bougresse ? Elle interdit le Spear, prise de finition emblématique du canadien. Même show, même ceinture, moyen pour l’originalité n’est-il pas ? (pour l’histoire complète, croyez en Malinette !). Bon, c’est qu’un précédent, c’est pas bien grave si ? Alors remontons encore d’un cran et allons jusqu’en 2008. On retrouve Vickie Guerrero aux manettes, à Smackdown, avec cette fois-ci une prise de soumission réalisée par l’Undertaker sur un Edge alors méchant. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la Cougar avait interdit la prise et laissé l’Undertaker bien marri. Même show, même ceinture. (Pour le détail de la gazette, c’est encore Malinette !)

 

Alors bien sûr, le catch c’est un cycle sans fin, c’est l’histoire de la vie, le méchant embête le gentil, gagne en trichant et finit par perdre sous les vivats de la foule, mais les artifices intermédiaires se doivent de changer un peu pour conserver au tout l’attrait de l’inédit ! Or, nous arrivons ici à un deuxième problème d’envergure, et celui-ci vient justement de la tentation de l’inédit.

 

La copie de l'Angry Miz Girl est par exemple nettement mois bien que l'originale.

 

Non, ne pensez pas que je me contredis dans une seule et même phrase, l’inédit est souvent un gage de qualité pour un show ou une storyline, mais l’inédit pour l’inédit peut, lui, avoir des conséquences lourdes de sens. En effet si nous, simples suiveurs, faisons le constat que ce choix de la creative team n’était pas nécessairement le plus heureux en renvoyant à d’autres faits analogues, on peut raisonnablement penser que Kevin Eck et ses copains en ont fait de même. Or, un peu comme un joueur de poker qui se serait lancé dans une stratégie erronée mais voudrait néanmoins tirer les marrons du feu au prix de toutes les audaces, les bookers pourraient tenter de sauver leur angle en faisant varier la conclusion par rapport aux références citées plus tôt. Quelle est la seule issue possible ici ? Et bien tout simplement, à contrario de l’Undertaker 2008 ou de l’Edge 2011, le Sheamus 2012 devrait s’incliner contre son challenger, dépourvu qu’il est de sa meilleure arme.

 

Or cette issue n’a aucun sens, et ce pour deux raisons majeures. La première, c’est que le Celtic Warrior est construit depuis des mois comme un leader charismatique et invincible, nettement supérieur à l’essentiel du roster et doté d’une multitude d’armes à son arsenal, de la High Cross au White Noise en passant par la récente Texas Cloverleaf. Dès lors, si la perte de son Brogue Kick le mène à sa perte et permet à Alberto Del Rio de le surclasser, c’est qu’il n’était finalement pas si fort que ça et que son build est tout bonnement raté, ce qui poserait un sacré malaise non ? Deuxième raison majeure, une défaite de l’Irlandais entraînerait une nouvelle prolongation de la feud avec l’aristocrate mexicain. On ne comprendrait certainement pas que les deux hommes en restent là alors que ça serait la première victoire de Del Rio ! Or, après quatre PPV construits autour de cet affrontement (même avorté au dernier moment sur contusion), il est temps pour les deux de passer à autre chose.

 

 

– Voilà Alberto, je voudrais t'offrir une bague

– Oune bague en or ?

– Non, c'est pour une rupture…

– Oune blague en plaqué ?

 

La cause est donc entendue, une défaite de Sheamus n’est pas souhaitable. Mais il y a un autre problème de taille, la victoire ne l’est pas d’avantage ! Reprenons le raisonnement précédent. Si Sheamus privé de sa meilleure arme s’impose à nouveau devant Del Rio, c’est qu’il lui est réellement supérieur. Soit. Mais dans le même temps, les bookers nous ont construit un Del Rio soumettant un main-eventer aussi notoirement dur au mal que Randy Orton, le plaçant dès lors comme lui-aussi supérieur à la concurrence. Or, si un Sheamus amoindri défait Del Rio, c’est un peu comme si le Barça démolit le Real, tout privé de Xavi, Iniesta et Messi qu’il serait : qui viendrait contester sa suprématie ? Un Barrett qui lutte contre Tatsu ? Un Big Show revenu une nouvelle fois à SmackDown pour tourner autour d’un titre sans le décrocher ? Non, de fait, il ne resterait guère que deux grands méchants possibles, Brock Lesnar et CM Punk. Mais le premier a un contrat qui ne se prête guère à une feud, et le second est l’emblème du show du lundi. Deux choix donc bien improbables…

Puisque de deux maux il faut choisir le moindre, je pencherais pour la seconde idée d’un Sheamus plus fort que fort et voué à aller kicker Brock, mais cela obligerait soit à du remplissage entre deux apparitions du monstre d’Heyman, soit à une présence moindre du champion sur le ring du vendredi, ce que SmackDown ne peut guère se permettre. Sur cette conclusion teintée d’un certain pessimisme, je finirai en avouant que si par une Teddy Longuerie la plus basique, Booker T surprenait Ricardo Rodriguez en train de danser la gigue et permettait en réaction au dernier moment à Sheamus d’utiliser son move fétiche, je jetterais sans rechigner un voile d’oubli sur les grosses ficelles de booking, pour apprécier la sortie honorable trouvée par les bookers. Parce que pour l’instant, ils se sont quand même sacrément mis dans le bousin !

 

 

La lampe torche.

Le PQ aussi.

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