Catch

Touché par la grâce !

Dieu existe je l'ai rencontré !

N'importe quel smart devant Daniel Bryan (surtout les petits barbus cela dit)

 

Stoppez les rotatives, changez la Une, pliez les gaules et souquez les arquebuses : le show dont nous allons parler aujourd'hui est ni plus ni moins que le meilleur épisode de SmackDown depuis des lustres, et sans doute la deuxième prestation globale offerte par la WWE cette année, juste derrière l'inaccessible Raw 1000 ! Pour arriver à un tel résultat, la fédération de Stamford a su s'appuyer sur un fil rouge brillant, son duo de champions par équipes, mais aussi une foule d'ingrédients et d'épices venus réhausser encore le spectacle, depuis les main eventers en goguette jusqu'aux placardisés sur le retour, en passant par l'aura rassurante d'une ancienne top star des lieux.

 

Haven and Hell.

 

 

Nalyse de Smackdown du 22 septembre

 

Avant de nous intéresser au fond de ce show, je vous propose si vous le voulez bien d'en nalyser d'abord la forme.  En effet, à mon sens, pour comprendre l'intérêt majeur de ce que la WWE a proposé ce week-end, il faut revenir au plan général d'un épisode de feuilleton classique. En règle générale, l'histoire se déroule autour de trois intrigues centrales, à visées scénaristiques respectivement courte, moyenne et longue.

 

Dans la boucle la plus éphémère, on va en général laisser un champ ouvert à de la comédie venant aérer la trame principale par des pastilles rafraichissantes : Rolland Marci va tricher dans son tournoi annuel de pétanque, Eva Longoria va planquer son amant dans sept placards différents, Anthony Di Nozzo va tenter de découvrir qui est la petite amie secrète de Timothy McGee, et Hornswoggle va distribuer des coups de pied en coulisses. Si ces segments peuvent sembler dispensables, ils remplissent en réalité le rôle exact qui leur est attribué : dégager chez le spectateur un temps de cerveau disponible si cher à Patrick Lelay, afin de lui permettre de mieux apprécier ce qui va se dérouler autour.

– Tire sur mon doigt !
– Oh bravo, une vignette de gonzesses = une blague scatologique…
– Non, j’estime simplement qu’étant donné l’emphase inhérente à la scène pseudo-masochiste à laquelle on vient d’assister, et l’intensité émotionnelle de la séquence artistico-sarcastique qui doit suivre dans le continuum de notre émission télévisée, il est préférable d’offrir au spectateur une bouffée d’air salvatrice afin de lui permettre de reprendre son souffle.
– Hein ?!
– … Tire sur mon doigt.

 

Dans un second temps, la narration va se concentrer sur une histoire à moyenne portée, impliquant tout ou partie des personnages du récit, sur une problématique centrale au show et dont le renouvellement fera la longévité et l'intérêt global pour le suiveur régulier, en formant le corps de chaque épisode. Horacio Cane va trouver le coupable, House diagnostiquer son patient, John Carter avoir le courage de dire à Peter Benton ce qu'il pense de son enseignement, et Booker T interdire le Brogue Kick. Cet élément est réellement vital pour un show, puisqu'il va attirer le spectateur et le captiver jusqu'au terme de la diffusion, son renouvellement est généralement de l'échelle de la semaine ce qui fera de un à sept épisodes selon que l'on parle d'un 52 minutes hebdomadaire ou d'une télénovella brésilienne.

 

 

Et pendant ce temps là, à Vera Cruz…

 

Dernier arc narratif, celui à plus longue portée, qui sert de trame de fond dans une série classique ou d'élément central inaccessible dans un feuilleton à secret. Michael Scoffield prépare son évasion, Sawyer et Locke tentent de comprendre leur île perdue, Grissom se débat avec le tueur à la maquette et la méta-storyline autour de la direction de la WWE agite le cercle des suiveurs. Si cet élément peut occasionnellement occuper le devant de la scène, il constitue surtout une ambiance générale servant à vendre les shows suivants et à maintenir des cliffhangers par la grâce d'un teasing ou d'un suspense intense. Cet arc est aussi celui du spéculatif, permettant d'envoyer des ballons sondes à destination du public, et n'est pas toujours bouclé.

 

 

Et parfois, il ne faudrait surtout pas le boucler.

 

Maintenant que nous avons établi ces quelques points, voyons comment la creative team de Stamford a su accommoder ces éléments pour en tirer la quintessence ce vendredi.  Pour commencer, intéressons-nous aux séquences courtes et aux fillers, qui étaient dans cet épisode de SmackDown au nombre de trois.

 

Tout d'abord, astucieusement placé entre deux évènements à même de siphonner tout intérêt intrinsèque au spectacle proposé, quel qu'il soit, on trouvait un match féminin venant rappeler la force de l'ex-championne qui aura droit à sa revanche au prochain PPV, Layla, battant sans coup férir la désormais incontestable meilleure technicienne du roster, Natalya. Puisqu'il est entendu, et même scandé dans les salles, que cette division n'a strictement aucun intérêt dans un ring, c'est le filler le plus logique, quoi qu'un poil trop éculé pour réellement réhausser le niveau de l'habillage.

 

Second filler, déjà bien plus intéressant, un match sans enjeu opposant Antonio Cesaro à Santino Marella. Cette rencontre, dont le résultat était écrit au vu de la stipulation, a permis au talentueux Suisse de se délester de son boulet lituanien, en larguant Aksana dans cinq langues. On ne se répandra sans doute pas en larmes ici, même si ce ressort scénaristique de la rupture, déjà vu récemment entre AJ et Daniel Bryan ou dans une configuration différente entre Ryder et Eve, vient désormais enrichir la boite à outils des scénaristes de la WWE dans l'optique d'un vendredi spécialement dédié au titre orné de la bannière étoilée. En étant encore plus optimiste, on peut espérer que le demi-botch de la Lituanienne en PPV, quand elle a invrsé l'ordre des langues de son héros rugbyman au moment de sa séquence micro introductive, aura achevé de convaincre la creative team de l'assertion suivante :

 

– Cette fille est nulle.
– This girl is not good.
– Questa ragazza non è buono.
– Diese Frau ist schlecht.
– Denne pige er ikke god.

 

Troisième et dernier filler, sans doute le plus intéressant dans l'optique des rebondissements à venir, celui mettant Heath Slater entre les crocs de Brodus Clay. Oh bien sûr, on ne retiendra pas le concours de danse entre les deux superstars, et pas davantage le court match qui lui a succédé, mais l'intrusion de Drew McIntyre et Jinder Mahal pour venir révéler à la face du monde l'avènement d'une stable de jobbers heels, suffisamment solide pour mettre le Funkausaurus à terre en trois contre un, ouvre des perspectives alléchantes. On est en effet ici clairement dans le domaine du ballon sonde.

 

En effet, rappelez-vous de la prestation de Wade Barett la semaine dernière : son match fut accompagné d'insistants chants "We want Nexus !", ce qui a inspiré à la WWE un rappel des différents clans de l'Anglais sur son site officiel, où celui-ci disait tout le bien qu'il pensait dudit Nexus, et par opposition le peu d'affection qu'il portait rétrospectivement au Corre. Deuxième étage de la fusée, wwe.com en remettait une couche dimanche avec un top des plus grandes stables revisitées avec des catcheurs actuels. Et voilà qu'on nous propose désormais une stable d'arrière-plan pour tester la réaction du public, tout cela n'étant certainement pas un concours de circonstances… Si la réaction du public devait s'avérer être la même dans les salles que ce qu'on a pu voir naître vendredi ou sur les réseaux sociaux après que les trois gusses impliqués se soient ouverts de leur plaisir de former un groupe, il ne serait pas surprenant de voir des catcheurs plus haut placés dans la carte se joindre au mouvement, on est bel et bien ici dans l'étude de marché au grand jour !

 

 

Je vous encourage d'ailleurs à faire comme moi et embaucher du petit personnel pour répandre la bonne parole sur Twitter !

Comme on vient de le voir, les fillers ont tenu leur rang ce vendredi, avec une mention spéciale pour le dernier nommé, qui pourrait bien être promu prochainement à un rang plus élevé voire au statut de grande trame de fond, si tant est que les bookers arrivent à raconter une histoire intéressante et structurée et non une simple redite du Nexus. On pourrait par exemple découvrir si le bigger plan de Wade Barett était de décapiter Yoshi Tatsu à la force de son coude, ou si son idée était de doter son barrage d'une turbine pour pouvoir électrocuter ses adversaires.

 

Sortons de ces quelques spéculations pour aller jeter un coup d'oeil à la trame de fond du show bleu, soit fort logiquement son titre majeur, le championnat du monde poids lourds. Si ce dernier est fort logiquement le centre névralgique le plus légitime de l'émission du vendredi, son passage à l'arrière-plan était une excellente initiative de la part des bookers, qui gagnent ici du temps pour construire le moment choc qui déclenchera de nouveaux rebondissements dans le long règne de Sheamus, et permet surtout de reposer le spectateur de l'ennuyeuse rivalité avec Del Rio qui accaparait un temps d'antenne bien trop conséquent au regard de l'inanité et de la vacuité du programme proposé.

 

 

Tu m'as convaincu, cette feud est désormais bannie !

La transition s'est en tout cas engagée ce vendredi avec un Del Rio renvoyé verbalement dans les cordes par Booker T, tandis que Randy Orton ramenait lestement sa tête vers le sol d'un RKO vengeur. Avoir un match par équipes entre la Vipère, Sheamus, Ziggler et le Mexicain étant de plus l'assurance de voir du beau spectacle, la séquence n'avait rien d'idiot. Et la nouvelle défaite de celui qui voudrait one-more-one-more-one-more-and-once-again-one-more-match semble sceller définitivement son sort, dans la mesure où c'est en plus lui qui prend le pin cette fois.

 

Seul souci, s'il pouvait sembler acquis que l'Irlandais allait passer à autre chose, la blessure de John Cena pourrait bien le priver d'adversaire par le jeu des chaises musicales, puisque si le gros spectacle devait pallier aux absences du Marine face à CM Punk comme c'est déjà le cas en House Show, avec Orton parti s'amuser dans 12 Rounds reloaded et Barrett pas encore nécessairement prêt pour l'intensité d'une feud de main event, il ne resterait plus guère que Del Rio et Ziggler pour lutter avec le hooligan roux, à moins d'un improbable push de Rhodes ou Sandow…

Ouep, tu m'as encore convaincu, cette feud est de retour !

 

Bref, si je porte résolument au crédit des créatifs d'avoir placé le titre poids lourds à l'arrière-plan, l'absence de plans à court terme n'est certainement pas étrangère à cette décision. Mais ne boudons pas notre plaisir et délectons-nous de cette chance, et de ce qui a fait tout l'attrait du SmackDown dont nous parlons aujourd'hui : la place étant libre pour une histoire extraordinaire à résolution à moyen terme, la WWE a pu donner carte blanche à ses auteurs pour nous écrire un scenario aussi réussi que son interprétation en fut brillante, celui de champions par équipes colériques et aux caractères peu compatibles.

 

Cette histoire qui a rythmé l'intégralité de l'épisode fut en effet d'une précision dans l'écriture et d'une justesse dans le jeu qu'il convient d'apprécier à sa juste valeur, celle d'un travail d'orfèvre. Pour réussir ce tour de force, les scénaristes nous ont concocté un triptyque narratif partant fort, gardant le rythme et finissant au sprint. Un vrai régal !

 

 

Enfin bref, on se comprend…

 

 

Premier volet de cette triple détente, le segment d’ouverture de SmackDown, qui a mis en valeur l’incroyable potentiel comique du duo, réhaussé par la légende la plus portée sur le jeu d’acteur après le Rock, Edge himself. En effet, l’ancien taulier de la maison bleue était de retour pour promouvoir son rôle dans la série Haven, et le moins que l’on puisse dire c’est que niveau jeu de scène, la démonstration a été convaincante.

 

Du cabotinage à la comédie, en passant par les sautes d’humeur et les rebondissements scénaristiques, les trois garçons nous ont réellement tout fait dans le ring. Alors bien sur les puristes trouveront à redire sur les capacités des uns et des autres, mais si Bryan a été égal à lui-même, la performance de Kane peut surprendre. Être capable de se réinventer encore, la quarantaine passée, c’est un exemple dont devrait peut-être s’inspirer l’Undertaker…

 

 

Et maintenant le feel-good moment : WEEEEEEEE ARE ZE CHAMPIIOOONS !

 

 

Deuxième temps, les matchs individuels. Cette fois l’idée est simple, les deux garçons sont des compétiteurs extrêmement redoutables, capables d’écrabouiller à peu près n’importe qui dans le roster, mais ont beaucoup de mal à gérer leurs émotions, aussi la moindre distraction de l’un peu entraîner la défaite de l’autre. C’est ainsi que Damien Sandow et Cody Rhodes décrochent des victoires opportunistes sur chacun des acteurs vedettes.

 

Mais l’essentiel est ailleurs, ces défaites sont l’occasion d'apporter de l’eau au moulin d’un duo plus cartoonesque que jamais, avec un Bryan qui sort de nulle part en coulisses, ou encore cette obsession à se parer des deux ceintures à la fois qui n’est pas sans rappeler Dexter et sa soeur Dee Dee, ou encore Bugs Bunny et Daffy Duck, capables de se faire les tours les plus pendables, mais aussi de faire front le moment venu, tout en vivant des aventures largement bigger than life. Et dire que tout ça naît d’un guest hosting complètement raté de Charlie Sheen !

 

 

Je vis en slip dans une poubelle avec une barbe hirsute, et les gens m’adorent. Franchement, si ça donne pas des idées à tous les clodos du monde…

 

 

Le volet final de notre triptique est sans doute le plus proprement jouissif en terme de rendu. Si l’on en croit les différents rapports d’enregistrement de SmackDown, ce n’était pas le Main Event initialement, puisque cette place devait revenir au tag-team match entre les main eventers. Mais devant l’adhésion de la foule et le génie de la scène, l’orgie de coups de chaise qui fera passer l’Undertaker et HHH pour des vieux clampins incapables de s’affronter de façon un peu stiff a pris la place de segment de conclusion du show. Plus que jamais, la comparaison avec des personnages de BD est tentante, puisqu’on a l’impression d’avoir affaire à Asterix et Obelix au milieu d’un troupeau de romains impuissants, à la nuance près qu’AJ/Falbala a un peu semé la discorde entre les Gaulois. On peut d’ores et déjà ouvrir les paris : je pense que si ce Main Event ne finit pas dans les OMG ou WTF moment aux prochains Slammy Award, Henri Death pourra se couper sa couille survivante ! Voilà en tout cas une conclusion merveilleuse pour un show qui ne l’était pas moins.

 

 

Bon, si avec une ceinture WHC je me tapais AJ, logiquement avec deux ceintures Tag Team je devrais choper les Bellas non ?

 

 

A la fin d’un show de cet acabit, on relève la tête et on réalise assez mal que l’histoire est déjà finie. Voilà une performance qui tranche singulièrement avec les longueurs récurrentes de Raw depuis son passage à trois heures d’antenne. Mais encore mieux, on en redemande de ces shows complètement axés sur une histoire !

 

Gardons-nous cependant de tomber dans le piège de l’extrémisme, il serait en effet intéressant que la WWE tire les bonnes leçons de cette réussite : si centrer son émission sur une storyline et lui donner toute latitude à divertir la foule est une excellente idée, en revanche braquer deux fois par semaine les feux brûlants de la rampe sur Kane et Bryan jusqu’à user le concept jusqu’à la lie serait un gâchis assez décourageant. Gageons que les analystes de Stamford auront fait le même constat, et qu’on leur a raconté dans leur jeunesse la fable de la poule aux oeufs d’or…

 

 

Pour l’heure, la WWE est assise entre deux chaises : centrer son show sur un axe narratif, ou le centrer systématiquement sur Kane et Bryan. Espérons qu’elle saura choisir la bonne !

 

 

Tiens, si vous êtes pas réfractaires au changement, jetez donc un oeil là dessus, pour voir à quoi aurait pu ressembler cette nalyse. You're welcome.

 

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