Catch

Vive le Big Auch!

Where does a five-hundred-pound gorilla sit? Answer: Anywhere he wants to.

Mark Milton, Supreme Power

 

On l’a appris à Smackdown : l’adversaire du champion du monde Sheamus à Hell in a Cell sera le Big Show. Certains smarts indécrottables, tout à leur culte du catch technique et rapide, maudissent les cieux. Ils ont tort. Voilà pourquoi.

 

 

La tenue de camouflage du Big Show est beaucoup trop efficace : voilà dix ans que personne ne fait plus attention à lui.

 

 

Pourquoi il faut se féliciter du push du Big Show

 

 

Son absence inexpliquée m’avait fait enrager : après Summerslam, le 19 août, le Big Show avait brutalement disparu des écrans, sans que son nom soit mentionné à l’antenne une seule fois. Curieux traitement pour un homme qui, après tant de turns (l’incontournable Mat Sforcina, de 411Mania, en a décompté pas moins de vingt depuis le début de sa carrière, ce qui en fait le recordman absolu du genre à la WWE), était enfin devenu ce monster heel indestructible qu’il aurait dû incarner pendant toute sa carrière!

 

 

Avis de recherche : Paul, dont vous voyez ici la dernière photographie connue, a disparu depuis quarante jours. Si vous le voyez en train de fouiller dans une poubelle de votre jardin, prévenez le zoo.

 

 

Du haut de ses 2m15 et de ses 200 kilos, le titan contemple paisiblement ses congénères depuis maintenant une grosse quinzaine d’années. Etrangement, ce gabarit hors du commun, même dans le monde largement bigger than life de la WWE, n’a jamais suffi à en faire un main eventer sur la durée à Stamford, qu’il a rejointe en 1999 après avoir démarré quatre ans plus tôt à la WCW. S’il a tâté le sommet à plusieurs reprises, il en est toujours rapidement redescendu. Pourtant, le bonhomme possède tous les atouts qu’on peut attendre d’un tel mastodonte. Hormis Vader, il est plus mobile que tous les autres « super big men » de l’histoire de la fédération (dans sa catégorie de poids, celle des plus de 180 kilos, ils ne sont pas nombreux: André, King Kong Bundy, Earthquake, One Man Gang, Yokozuna, Mabel, Khali, Mark Henry, c'est tout, en attendant la signature de Latrell, "l'Obèse de Lyon"). Show est également un excellent parleur, doté d’une bonne élocution, d’une certaine facilité à trouver ses mots et d’un timing tout à fait correct pour la comédie comme pour les scènes de tension. Le bonhomme a certes connu quelques embrouilles backstage, mais pour autant qu’on sache, il est sympathique et respecté par ses pairs.

 

 

Comment ça, Josh? Les autres ont encore mis le feu à tes chaussures? Oh les vilains. En tout cas, je te prête une paire avec plaisir.

 

 

Et malgré cet amas d’atouts qui ressemble fort à une combinaison gagnante pour cartonner à la WWE, il a passé l’essentiel de sa carrière en midcard. Son palmarès en témoigne. Pour ne s’en tenir qu’à la WWE, il arbore trois titres de champion du monde (pour seulement 78 jours au total), un de champion ECW, un championnat US, un championnat Intercontinental, trois championnats Hardcore, et pas moins de huit runs de champion par équipes, obtenus avec l’Undertaker, Kane, Chris Jericho et le Miz. Et ses performances à Wrestlemania sont devenues un véritable sujet de plaisanterie, sur lequel a d’ailleurs été construite toute sa feud avec Cody Rhodes en début d’année. On le voit : aux yeux de Vince et de ses bookers, le grand Paul Wight est avant tout un phénomène de foire, un fidèle midcarder, un enforcer (il a joué ce rôle dans diverses stables au fil des années), un jobber to the stars, au mieux un champion intermédiaire de courte durée.

 

 

Voire de très courte durée.

 

 

Les raisons profondes de ce statut somme toute décevant eu égard à son potentiel restent à déterminer. Elles résident probablement dans un ensemble de facteurs : 1) une victoire sur un tel mastodonte permet d’asseoir la suprématie des main eventers, d’où ses fréquentes défaites des mains d’à peu près tous les champions du monde de la fédération pendant leur push; 2) l’homme, que l’on dit affable, se contente peut-être de ce rang sans nécessairement chercher à squatter les ceintures suprêmes; 3) il est parfait en tant que big man intimidant dans un groupe ou une équipe axée sur les titres tag team; et 4) étant donné ses mensurations, les bookers ont probablement hésité à le booker trop fort, de crainte de créer un monstre par trop invincible.

 

Quoi qu’il en soit, sa carrière laissait jusqu’ici un goût d’inachevé à ses fans, dont je suis. La dernière fois qu’il a réellement joué les premiers rôles à la fédération remonte au début des années 2000, quand il affrontait Angle et Lesnar pour le titre WWE. Depuis, il a passé l’essentiel de son temps en midcard, souvent utilisé dans des segments comiques plus ou moins réussis.

 

 

– Je peux le tuer, monsieur McMahon?

Non Paul.

Je peux le balancer dans le public au moins?

Non Paul.

Je peux même pas le dénoncer à la police pour les avances qu’il a faites à deux gamins du premier rang?

Surtout pas, Paul.

– Pfiouuu… Je respire à fond, je reste zen.

 

 

Toutes ces années à regarder des hommes physiquement inférieurs lui passer devant devaient nécessairement, au moins in kayfabe, susciter sa rage. Dès lors, son dernier heel turn en date, consécutif à son renvoi par John Laurinaitis le 14 mai dernier, était tout à fait cohérent. Il en avait marre de ne pas être suffisamment respecté, de ne pas avoir le spotlight, de ne pas avoir les titres les plus prestigieux, lui qui était capable d’étaler n’importe quel membre du roster avec une main dans le dos. Lui qui avait perdu de façon scandaleuse, et en 45 secondes, un titre de champion du monde acquis de haute lutte contre Mark Henry (pour mémoire, Bryan avait cashé sa mallette sur un Show complètement KO, alors que l’arbitre aurait dû vérifier que Show était en état de combattre avant de faire démarrer le match). Lui qui possède la prise de finition suprême de la WWE — alors qu’on a vu des catcheurs se relever d’un Attitude Adjustment, d’un RKO, d’un GTS, d’un Pedigree, d’un World’s Strongest Slam et de toutes les autres prises, Tombstone compris, personne ne s’est jamais dégagé d’un Knockout Punch, également connu sous le nom éloquent de « Weapon of Mass Destruction ».

 

 

Hey salut beau gosse, tu viens danser le funk avec moi?

 

 

Non.

 

 

Tain, Naomi et Ariane m’avaient bien dit que mes techniques de drague étaient trop directes.

 

 

La rage du Big Show était crédible, et le danger qu’il représentait tout à fait réel. Seul problème, majeur : quelques mois plus tôt, la WWE nous avait servi exactement la même histoire avec Mark Henry. Comme le plus grand athlète du monde, l’homme le plus fort du monde s’était rebiffé après quinze ans de bons et loyaux services, pour nous offrir un run de champion monster heel très réussi à l’automne 2011. Et un an plus tôt, on avait vécu peu ou prou la même storyline avec Kane. Eh oui, la WWE s’est rendu compte qu’elle n’exploitait pas assez ses géants, du coup elle emploie la même ficelle trois ans de suite, vite, avant que ces vaillants quadras ne raccrochent pour de bon leur juste-au-corps.

 

 

– JE SUIS LE GEANT DELAISSÉ DEPUIS QUINZE ANS!

Non, JE SUIS LE GEANT DELAISSÉ DEPUIS QUINZE ANS!

 

 

C’est peut-être à cause de cette ressemblance trop marquée avec les runs de Kane et Henry que Show n’a pas réellement décollé cet été, malgré sa détermination nouvelle. Peut-être aussi que le contexte ne s’y prêtait pas : à Raw, la ceinture était solidement arrimée aux hanches maigrichonnes de CM Punk, et John Cena rodait comme toujours aux alentours. Comme Kane et Henry en leur temps, c’est donc vers Smackdown et sa ceinture de champion poids lourds que le géant a été envoyé cette semaine, après un retour effectué à Raw sous la forme d’un run in destructeur dans le match de majorettes que se livraient Tensai et Brodus Clay.

 

Et quel retour! Randy Orton a certes perdu de sa superbe depuis sa suspension, mais il demeure dans l’esprit du grand public le Face numéro deux de la WWE, surtout maintenant que CM Punk est retourné du côté obscur. Mais dans ce match de First Contenders, la Vipère, amoindrie il est vrai par une attaque préalable d’Alberto Del Rio, n’a pas pesé lourd. Un Big Show tout aussi vindicatif qu’avant son absence lui a roulé dessus et l’a pinné au milieu du ring, 1, 2, 3, après un Chokeslam tonitruant, auquel il ajouta une fois le match gagné un WMD pour faire bonne mesure.

 

 

Dégage de mon chemin, sale jobber!

 

 

C’est donc un monstre ultra-dominant et ultra-motivé qui se dresse désormais sur la route du champion Sheamus, et c’est la meilleure nouvelle possible pour la Title Picture côté Smackdown, et même pour l’albinos en chef.

 

Sheamus appartient à cette catégorie de catcheurs grands et costauds qui regardent de haut 95% du roster. Culminant à un peu moins de deux mètres et 120 kilos, il émarge au sein de ce groupe de big men où l’on retrouve également Triple H, Wade Barrett et autres Mason Ryan. Les gars plus balèzes ne sont pas nombreux : Khali, Kane, Jackson, Tensai, Clay, Henry, et donc Big Show. Depuis le début de son règne de champion du monde face (lors de ses deux premiers runs de champion du monde, il était heel), Sheamus n’a affronté que des hommes moins impressionnants physiquement que lui : Bryan, Jericho, Orton, Del Rio, Ziggler… Au prochain pay-per-view, pour la première fois, il fera face à un type qui le surpasse d’une bonne tête et de soixante-dix kilos. Or un combat contre un gars bien plus énorme que le champion est un rite de passage obligé pour tout top face qui se respecte. C’est une chose de vaincre des mecs moins imposants que toi, mais c’est en quelque sorte logique. Quand une armoire à glace comme Sheamus fait face à Ziggler ou Del Rio, qui ne sont certes pas des brindilles, mais dont le gabarit est quand même dans la moyenne (haute) de l’humanité, le spectateur le considère assez logiquement comme le favori. C’est à l’adversaire de trouver un moyen d’éviter un bras de fer physique qui tournera forcément à l’avantage de l’éleveur de moutons.

 

 

– Sheamus m’a tapé!

Moi aussi!

Et moi aussi! Il arrête pas de nous taper!

Bon, bon, compris, je libère le Big Show de sa cave.

 

 

Mais cette fois, il y a en face de lui un putain de freak. Sheamus n’a aucune chance de le battre dans un concours de force. Il lui faudra puiser dans toutes ses ressources — courage, ingéniosité, voire vice — pour en venir à bout. S’il est victorieux, le champion en retirera une gloire nouvelle. Le public saura alors qu’il a affaire au « total package » : un gars capable de l’emporter non seulement contre des types techniques et rapides, mais aussi contre un titan sorti tout droit d’une bédé ou d’un jeu vidéo. S’il gagne, Sheamus aura définitivement assis son statut de grand champion de la WWE. D’autant que le combat ne prévoit aucune échappatoire. C’est Hell in a Cell, rien de moins! Ici, pas d’entourloupe possible. C’est Fight Club, contre la bête absolue. Un triomphe le 28 octobre prochain offrira à l’Irlandais son véritable bâton de maréchal, tant le new and improved Big Show constitue une menace extravagante. Une fois le monstre vaincu, un Sheamus champion du monde depuis sept mois apparaîtra comme la grande force dominante de la WWE — puisque l’autre champion du monde longue durée, Punk, évolue dans la catégorie des poids moyens grugeurs, et que l’inamovible Cena n’a plus touché à un titre depuis maintenant un an.

 

L’autre terme de l’alternative, c’est une victoire du Big Show. Peu probable, car la WWE aime protéger ses top face, et il est paradoxalement plus difficile de protéger un champion dans un HIAC que dans un autre match, où diverses stipulations permettent d’adoucir l’empreinte d’une défaite. Cela dit, s’il est compliqué de gruger dans un Hell in a Cell, ce n’est pas impossible. L’année dernière, Del Rio s’était servi d’une barre de fer transmise par Rodriguez pour estourbir Punk et Cena, par exemple. Show, qui a priori n’a pas d’allié pour lui refiler un gourdin en douce, peut parfaitement mettre un bon vieux coup dans les burnes dans les couilles de Sheamus avant de l’abattre d’un WMD. Et ferait un champion plus qu’acceptable à mes yeux : un tel mammouth, qui plus est enragé et prêt à employer les pires moyens pour parvenir à ses fins, apparaît comme un champion poids lourds on ne peut plus crédible. Et le Face qui finira par lui prendre la ceinture se parera immédiatement de la parure héroïque du tueur de dragons…

 

Enfin, s’il y a bien un bonhomme capable de dérouler à son corps défendant un tapis rouge à un cash-in de Dolph Ziggler, c’est bien Show. L’histoire s’écrit d’elle-même. Sheamus le vainc à HIAC, la cage se relève, le champion épuisé a à peine la force de lever la ceinture, il se retourne, blam, WMD. Show se barre, arrivée de Ziggler, l’arbitre relève Sheamus qui, en bonne tête de mule, se dit prêt à combattre, ZigZag, fermez le ban. Voilà un scénario tout à fait possible.

 

Le push du Big Show offre donc trois options parfaitement valables en vue de Hell in a Cell. Mais au-delà même de cet horizon, son retour en monster heel comporte d’innombrables possibilités. N’oublions pas que, in kayfabe, Laurinaitis lui a offert un contrat en or massif. Cela signifie que la WWE ne peut pas le virer, à moins de lui verser une somme monstrueuse. Il est perché, le Show, et peut donc faire tout ce qu’il veut (cf. ma quote d’entrée, issue de l’un des meilleurs comics américains des années 2000).

 

 

Ici, Mark Milton, aka Hyperion, l’équivalent de Superman, vient de cramer d’un rayon optique l’addition que lui présentait le serveur d’un café. Le serveur, pas fou, s’écrase, et Milton est content, il n’aura pas à payer son Perrier fraise. Lisez Supreme Power, c’est vraiment bien.

 

 

Personnellement, je pense que le meilleur booking à moyen terme serait le suivant : à l’issue de sa feud avec Sheamus, une fois le titre perdu de telle ou telle façon, on l’éloigne de la Title Picture, parce que faut bien faire de la place aux autres, et il s’allie à un autre big man vénère, Mark Henry. Voilà comment ça se passe concrètement : Show bat Sheamus à Hell in a Cell par quelque tricherie. Sheamus reprend son bien à Survivor Series, d’une façon qui fait enrager le colosse. Dans la foulée, Ziggler cashe sa mallette sur Sheamus, avec succès. Un Triple Threat Ziggler-Sheamus-Show à TLC voit la défaite du Show et donc son exclusion de la Title picture. Mais à ce moment-là, ça fait des mois qu’il squatte le main event, et même quand il perd, il est booké über-balaise. Il se promet donc de gagner enfin le Rumble, un combat taillé sur mesure pour lui mais qu’il n’a jamais remporté en neuf participations. Entre TLC et le Rumble il passe son temps à balancer tout le monde par-dessus la troisième corde, et clame sans cesse sa motivation. Au Rumble, quand il arrive enfin dans le ring, ses adversaires lui réservent le fameux « traitement Mohammed Hassan » : tout le monde, heels comme faces, se jette sur lui, et il est éliminé. Peu avant, ou peu après, Mark Henry, qui lui aussi promettait de gagner le Rumble, subit le même sort. Furieux, les deux colosses se rapprochent.

 

Au départ, ils font alliance dans un but ultra ambitieux : conquérir respectivement les titres de champion poids lourds et de champion WWE! Ben ouais, c’est eux le plus grand et le plus fort, y a pas de raison. La WWE est une jungle, et la loi de celle-ci doit s’y appliquer, à grands coups de tatane dans la gueule. Finalement, après une confrontation avec Hell No (ou qui que soient les champions tag team à ce moment-là), Show et Henry obliquent vers les titres par équipes, et forment un duo longue durée qui sèmera la terreur et la désolation dans cette division désormais bien fournie.

 

 

– Tu préfères quoi, Mark? Te fader des matchs d’une demi-heure contre Punk ou Cena, ou squasher les Uso en trente secondes une fois de temps en temps?

– Je crois que je devine où tu veux en venir…

 

 

Il peut sembler paradoxal qu’après avoir longuement chanté les louages d’un Big Show en piste pour un titre de champion du monde, j’appelle de mes vœux un retour en tag team; mais n’oublions pas que le bonhomme a 41 ans et, à ce niveau de poids, il ne faut pas s’attendre à ce qu’il continue de nous régaler pendant encore des lustres. Je voudrais donc qu’il brille de mille feux une dernière fois au sommet de la montagne, avant d’emmener son aura de monstre avec lui vers la division tag team, à laquelle sa présence apportera forcément un surcroît de prestige. Cet homme est un main eventer naturel, mais il est sans doute trop tard pour l’installer durablement au sommet. Offrons-lui un run au top, puis capitalisons dessus pour relancer définitivement la division tag team renaissante, c’est pas une bonne idée, ça? Hein?

 

 

Voilà, en fait je voulais juste dire ça.

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